Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : mer. 26 févr. 2014, 20:02
par prodigal
J'ai appris une version pour ma part de la légende concernant les disputes au sujet de l'âme des femmes. Je crois qu'elle est de l'historienne Régine Pernoud.
Cela viendrait de Grégoire de Tours, qui raconte les discussions d'un concile au sujet de la question suivante : le mot latin "homo, hominis" désigne-t-il seulement les hommes, entendons par là les mâles, ou bien vaut-il aussi pour les femmes? Cette discussion n'est pas sans enjeu concernant l'interprétation des textes. Le concile en question, je ne sais lequel, a jugé que "homo" désignait aussi bien les femmes que les hommes. Certains aujourd'hui y verraient la preuve d'un complot organisé par la théorie du genre!
En ce qui concerne l'éducation des femmes dans l'Antiquité je n'ai pas de lumières spéciales,mais il semble avéré d'une part que la civilsation gréco-romaine était, surtout la grecque, très misogyne (ainsi Platon dans la République avançant l'idée que les femmes sont égales aux hommes s'excuse du caractère choquant et paradoxal d'une telle affirmation!); et d'autre part, le christianisme n'a opéré aucune révolution politique, ni dans ce domaine ni dans un autre, mais s'est adapté aux mentalités du temps.
Le résultat assez fâcheux est qu'on ne sait dire clairement aujourd'hui si l'Eglise est sexiste et fière de l'être, les femmes par nature ne pouvant accomplir les mêmes tâches que les hommes, ou si au contraire elle proclame l'égalité fondamentale de tous les hommes, y compris bien entendu des femmes; d'où toutes les circonlocutions auxquelles auront recours certains messieurs.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : mer. 26 févr. 2014, 20:16
par Théodore
Deux remarques :
- Concernant le rapport entre l'Église et les femmes, le sujet est en partie traité (à charge) par Uta Ranke-Heinemann dans son ouvrage Des Eunuques pour le Royaume des Cieux, que je conseille
- Deuxièmement, on a rapidement évoqué le rétablissement du diaconat féminin, aboli au VIIIe siècle. Qu'en pensez-vous ?
Il me semble, d'une perspective protestante, que ce serait une initiative d'un grand intérêt pour l’œcuménisme, notamment pour l'accueil dans l'Église d'ex-pasteurs femmes.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : mer. 26 févr. 2014, 20:41
par Altior
Théodore a écrit : notamment pour l'accueil dans l'Église d'ex-pasteurs femmes.
Les "pasteurs femmes" sont des laïques. D'ailleurs, tout comme les "pasteurs hommes". Leur accueil dans l'Eglise se fait comme l'accueil de tout laïque. Certainement, ceci n'empêche pas qu'il reçoivent l'ordination ultérieurement.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : mer. 26 févr. 2014, 20:56
par Mac
Kerniou a écrit :Merci, Mac, pour votre réponse apaisante, mais, je suppose que cela ne vous a pas échappé, je suis une "râleuse" par rapport à certains sujets.
Ces chants sont beaux si vous voulez les écouter.
Fraternellement.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : mer. 26 févr. 2014, 22:22
par Fée Violine
Kerniou a écrit :Bonjour Chère Fée,
C'est en cours "d'instruction religieuse" (donc après ma communion solennelle), à l'école, chez les soeurs du Sacré-Coeur, que j'ai appris cela, de la bouche d'une religieuse, en 1960 !!!
Le débat aurait été définitivement clos par le pape de l'époque, lors d'un concile ou d'un synode, je ne sais plus, avec la précision que l'âme des petites filles venait à trois mois et non à la naissance comme pour les petits garçons ...
Si je dois ré-apprendre toute mon "instruction religieuse",ça va être difficile. C'est d'autant que plus épouvantable pour moi que j'avais presque toujours la meilleure note ! Avoir eu le premier prix de fausses vérités, ce n'est pas possible !
Pour la scolarité des filles dans l'antiquité as-tu une idée ?
Je n'ai jamais entendu parler de cette théorie de l'âme à 3 mois ! Il est possible que quelqu'un ait dit ça, à l'époque, mais que ça ait été un enseignement officiel, c'est bien invraisemblable. Où cette religieuse a-t-elle pu trouver ça?
L'enseignement officiel de l'Eglise, c'est que l'âme est créée par Dieu au moment de la conception. St Thomas d'Aquin supposait qu'elle était créée en cours de grossesse, mais il n'en était pas sûr, il pensait que c'était peut-être au moment où l'enfant commence à bouger.
Quant à faire une distinction entre l'âme des filles et celle des garçons, c'est totalement étranger à l'esprit chrétien. Depuis le début, il n'y a jamais eu de doute sur l'égalité des deux. Le baptême a toujours été donné exactement de la même manière aux filles et aux garçons. Et comment ta religieuse expliquait-elle qu'on baptise les bébés des deux sexes dès la naissance, si les filles n'ont pas d'âme ?!
Quant à la scolarité des filles dans l'antiquité : l'antiquité, c'est vaste, et je ne connais pas tous les pays ni toutes les époques. Je suppose que la condition des filles a dû être différente d'un pays à l'autre; et dans un même pays, elle devait être différente selon les classes sociales.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : mer. 26 févr. 2014, 22:26
par Fée Violine
prodigal a écrit :J'ai appris une version pour ma part de la légende concernant les disputes au sujet de l'âme des femmes. Je crois qu'elle est de l'historienne Régine Pernoud.
Cela viendrait de Grégoire de Tours, qui raconte les discussions d'un concile au sujet de la question suivante : le mot latin "homo, hominis" désigne-t-il seulement les hommes, entendons par là les mâles, ou bien vaut-il aussi pour les femmes? Cette discussion n'est pas sans enjeu concernant l'interprétation des textes. Le concile en question, je ne sais lequel, a jugé que "homo" désignait aussi bien les femmes que les hommes. Certains aujourd'hui y verraient la preuve d'un complot organisé par la théorie du genre!
Ah ! Vous pensez que Kerniou faisait allusion à cette légende? On a pourtant souvent dit, sur le forum, que c'était une invention.
La version que vous donnez n'est pas tout à fait exacte. Ce concile n'a pas discuté de l'âme des femmes. C'est seulement un des évêques présents qui a posé la question car il ne savait pas au juste le sens du mot "homo". Mais c'est tout. Il n'y a pas eu de discussion!
Plus de détails sur le sujet: http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9gen ... M%C3%A2con
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : mer. 26 févr. 2014, 23:32
par prodigal
Oui, c'est bien ce que j'ai voulu dire. La légende s'est formée à partir d'une mauvaise lecture de ce que raconte Grégoire de Tours. Il n'a pas été question de l'âme des femmes, mais de savoir si "homo" pouvait s'appliquer aux femmes. Nous sommes d'accord.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : mer. 26 févr. 2014, 23:50
par salésienne05
Un rappel important de Benoît XVI, alors encore Cardinal Ratzinger ci-dessous. Le texte, splendide, est à lire en intégralité à l'adresse suivante http://christus.fr/la-collaboration-hom ... ratzinger/ . Je pense que cela répondra déjà à de nombreuses questions. Ce texte renvoie dos à dos ceux qui voudraient, à l'instar des musulmans, cloîtrer la femme et la cantonner au rôle de "mère-au-foyer-mais-surtout-pas-d'avantage", et ceux qui voudraient que les femmes soient semblables aux hommes.
Même si la maternité est un élément fondamental de l’identité féminine, cela n’autorise absolument pas à ne considérer la femme que sous l’angle de la procréation biologique. Il peut y avoir en ce sens de graves exagérations, qui exaltent une fécondité biologique en des termes vitalistes et qui s’accompagnent souvent d’un redoutable mépris de la femme. L’existence de la vocation chrétienne à la virginité, audacieuse par rapport à la tradition vétéro-testamentaire et par rapport aux exigences de nombreuses sociétés humaines, est ici d’une très grande importance [17]. Elle constitue une contestation radicale de toute prétention à enfermer les femmes dans un destin qui serait simplement biologique. De même que la virginité reçoit de la maternité physique le rappel qu’il n’existe pas de vocation chrétienne si ce n’est dans le don concret de soi à l’autre, de même, la maternité physique reçoit de la virginité le rappel de sa dimension fondamentalement spirituelle: à savoir que ce n’est pas en se contentant de donner la vie physique que l’on enfante véritable ment l’autre. Cela signifie que la maternité peut trouver des formes d’accomplissement plénier même là où il n’y a pas d’engendrement physique [18].
Dans cette perspective, on comprend le rôle irremplaçable de la femme à tous les niveaux de la vie familiale et sociale qui impliquent les relations humaines et le souci de l’autre. C’est là que se manifeste clairement ce que Jean-Paul II a appelé le génie de la femme [19]. Ce point implique d’abord que les femmes soient présentes de manière active et en faisant preuve de fermeté dans la famille, « société primordiale et, en un sens, “souveraine” » [20], car c’est là que se modèle de manière primordiale le visage d’un peuple; c’est là que ses membres reçoivent les acquis fondamentaux. Ils apprennent à aimer en étant aimés gratuitement; ils apprennent le respect de toute autre personne en étant respectés; ils apprennent à connaître le visage de Dieu en en recevant la première révélation d’un père et d’une mère pleins d’attentions. Chaque fois que ces expériences fondatrices font défaut, c’est l’ensemble de la société qui souffre violence et qui engendre à son tour de multiples violences. Cela implique aussi que les femmes soient présentes dans le monde du travail et dans les instances de la société, et qu’elles aient accès à des postes de responsabilité qui leur donnent la possibilité d’inspirer les politiques des nations et de promouvoir des solutions nouvelles pour les problèmes économiques et sociaux.
À ce propos, on ne peut toutefois oublier que la combinaison entre les deux activités — famille et travail — prend, dans le cas de la femme, des formes différentes de celles qu’elle prend pour l’homme. Le problème qui se pose consiste donc à harmoniser la législation et l’organisation du travail avec les exigences de la mission de la femme au sein de la famille. Le problème n’est pas seulement juridique, économique ou organisationnel; il s’agit surtout d’une question de mentalité, de culture et de respect. Cela requiert en effet une juste valorisation du travail effectué par la femme au sein de la famille. De cette manière, les femmes qui le désirent librement pourront consacrer la totalité de leur temps au soin du ménage, sans être socialement dévalorisées, ni économiquement pénalisées; tandis que celles qui désirent avoir aussi d’autres activités pourront le faire avec des horaires adaptés, sans être mises devant le choix de sacrifier leur vie de famille ou d’être soumises quotidiennement au stress, ce qui ne favorise ni l’équilibre personnel, ni l’harmonie familiale. Comme l’a écrit Jean-Paul II: « Ce sera l’honneur de la société d’assurer à la mère — sans faire obstacle à sa liberté, sans discrimination psychologique ou pratique, sans qu’elle soit pénalisée par rapport aux autres femmes — la possibilité d’élever ses enfants et de se consacrer à leur éducation selon les différents besoins de leur âge » [21].
14. Il est toutefois opportun de rappeler que les valeurs féminines que l’on vient de signaler sont avant tout des valeurs humaines: la condition humaine de l’homme et de la femme, créés à l’image de Dieu, est une et indivisible. C’est seulement parce que les femmes sont plus immédiatement en syntonie avec ces valeurs qu’elles peuvent en être le rappel et le signe privilégiés. Mais, en dernière analyse, tout être humain, homme et femme, est destiné à être « pour l’autre ». Dans cette perspective, ce que l’on nomme « féminité » est plus qu’un simple attribut du sexe féminin. Le mot désigne en effet la capacité fondamentalement humaine de vivre pour l’autre et grâce à lui.
La promotion de la femme au sein de la société doit donc être comprise et voulue comme une humanisation qui se réalise au moyen des valeurs redécouvertes grâce aux femmes. Toute perspective qui entend être celle d’une lutte des sexes n’est qu’un leurre et qu’un piège. Elle ne peut qu’aboutir à des situations de ségrégation et de compétition entre hommes et femmes. Elle ne peut qu’encourager un solipsisme qui se nourrit d’une fausse conception de la liberté.
Sans aller à l’encontre des efforts visant à promouvoir les droits auxquels les femmes peuvent aspirer dans la société et dans la famille, ces observations veulent plutôt corriger la perspective qui considère les hommes comme des ennemis à vaincre. La relation homme-femme ne peut prétendre trouver sa juste configuration dans une sorte d’opposition méfiante et défensive. Il faut que cette relation soit vécue dans la paix et le bonheur de l’amour partagé.
Plus concrètement, si les politiques sociales — con- cernant l’éducation, la famille, le travail, l’accès aux services, la participation à la vie civique — doivent, d’une part, combattre toute discrimination sexuelle injuste, elles doivent, d’autre part, savoir écouter les aspirations et repérer les besoins de chacun. La défense et la promotion de l’égale dignité et des valeurs personnelles communes doivent s’harmoniser avec la reconnaissance attentive de la différence et de la réciprocité, là où cela est requis par la réalisation des caractéristiques humaines propres, masculines ou féminines.
IV. L’actualité des valeurs féminines dans la vie de l’Église
15. Pour ce qui est de l’Église, le signe de la femme est plus que jamais central et fécond. Cela provient de l’identité même de l’Église, identité que cette dernière reçoit de Dieu et qu’elle accueille dans la foi. C’est cette identité « mystique », profonde, essentielle, qu’il faut garder à l’esprit quand on réfléchit aux rôles respectifs de la femme et de l’homme dans l’Église.
Dès les premières générations chrétiennes, l’Église s’est considérée comme une communauté engendrée par le Christ et liée à lui par une relation d’amour, relation dont l’image nuptiale est la meilleure expression. De là découle que le premier devoir de l’Église est de demeurer en la présence de ce mystère d’amour de Dieu, manifesté par le Christ, de le contempler et de le célébrer. A cet égard, la figure de Marie constitue, dans l’Église, la référence fondamentale. En utilisant une métaphore, on pourrait dire que Marie présente à l’Église le miroir où cette dernière est invitée à reconnaître son identité et les dispositions de son cœur, les attitudes et les gestes que Dieu attend d’elle.
Toute l’existence de Marie est une invitation faite à l’Église d’enraciner son être dans l’écoute et l’accueil de la Parole de Dieu, car la foi n’est pas tant la quête de Dieu par l’être humain, que plutôt la reconnaissance par l’homme que Dieu vient à lui, le visite et lui parle. Cette foi, pour laquelle « rien n’est impossible à Dieu » (cf. Gn 18, 14; Lc 1, 37), se vit et s’approfondit dans l’obéissance humble et aimante avec laquelle l’Église sait s’adresser au Père: « Que tout se passe pour moi selon ta parole! » (Lc 1, 38). La foi renvoie sans cesse à Jésus — « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5) — et l’accompagne sur son chemin jusqu’au pied de la croix. À l’heure des ténèbres les plus profondes, Marie demeure avec courage dans la fidélité, avec pour seule certitude la confiance en la parole de Dieu.
C’est toujours de Marie que l’Église apprend à connaître l’intimité du Christ. Marie, qui a porté dans ses mains le petit enfant de Bethléem, enseigne à connaître l’infinie humilité de Dieu. Elle qui a accueilli dans ses bras le corps supplicié de Jésus, descendu de la croix, montre à l’Église comment accueillir toutes les vies qui, dans notre monde, sont défigurées par la violence et le péché. De Marie, l’Église apprend le sens de la puissance de l’amour, telle que Dieu la déploie et la manifeste dans la vie même de son Fils bien-aimé: « Il disperse les superbes… il relève les humbles » (Lc 1, 51-52). Toujours de Marie, les disciples du Christ apprennent le sens et le goût de la louange devant l’œuvre des mains de Dieu: « Le Puissant fit pour moi des merveilles » (Lc 1, 49). Ils apprennent qu’ils sont dans le monde pour garder la mémoire de ces « merveilles », et pour veiller dans l’attente du jour du Seigneur.
16. Cependant, regarder Marie et l’imiter, cela ne signifie pas laisser l’Église dans une passivité issue d’une conception dépassée de la féminité et la condamner à une vulnérabilité dangereuse, dans un monde où comptent surtout la domination et le pouvoir. En réalité, le chemin du Christ n’est pas celui de la domination (cf. Ph 2, 6), ni celui du pouvoir dans le sens où le monde l’entend (cf. Jn 18, 36). On peut apprendre du Fils de Dieu que cette « passivité » est en réalité la voie de l’amour; elle est un pouvoir royal qui triomphe de toute violence; elle est une « passion » qui sauve le monde du péché et de la mort, et qui recrée l’humanité. En confiant l’Apôtre Jean à sa Mère, le Crucifié invite son Église à apprendre de Marie le secret de l’amour vainqueur.
Bien loin de donner à l’Église une identité fondée sur un modèle contingent de la féminité, la référence à Marie, avec une disponibilité à l’écoute, à l’accueil, à l’humilité, à la fidélité, à la louange et à l’attente, situe l’Église dans la continuité de l’histoire spirituelle d’Israël. De telles attitudes deviennent, en Jésus et par lui, la vocation de tout baptisé. Indépendamment des conditions, des états de vie, des vocations diverses, avec ou sans responsabilités publiques, ces attitudes déterminent un aspect essentiel de l’identité de la vie chrétienne. De même, s’il s’agit d’attitudes qui devraient être le fait de tout baptisé, il appartient de manière caractéristique à la femme de les vivre avec une particulière intensité et avec naturel. Ainsi, les femmes ont un rôle de la plus grande importance dans la vie de l’Église, en rappelant ces attitudes à tous les baptisés et en contribuant de manière unique à manifester le vrai visage de l’Église, épouse du Christ et mère des croyants.
Dans cette perspective, on comprend aussi en quoi le fait que le sacerdoce ministériel soit exclusivement réservé aux hommes [22] n’empêche en rien les femmes d’accéder au cœur de la vie chrétienne. Pour tous les chrétiens, elles sont appelées à être des modèles et des témoins irremplaçables de la manière dont l’Épouse répond par l’amour à l’amour de son Époux.
Fraternellement.
Cécile
PS : j'ajouterais qu'il est plus difficile à une femme catholique qui, en moyenne, a fait 5 ans d'études après le bac et qui a été indépendante financièrement, de devenir complètement dépendante (même par amour) d'un mari, quel qu'il soit. Si je travaille à mi-temps, c'est bien pour avoir, en dehors du fait d'apprécier d'avoir une vie sociale, un minimum d'indépendance financière (ne pas être infantilisée au point de devoir justifier tous mes achats et ceux du foyer). Car, en ce domaine, comme dans d'autres, hommes et femmes n'envisagent souvent pas du tout les dépenses de la même manière. L'essentiel pour mon mari n'est pas le même essentiel chez moi...
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : jeu. 27 févr. 2014, 3:06
par Kerniou
Merci, Cécile, de nous avoir communiqué ce très beau texte de Benoît XVI qui répond bien aux questions relatives à la place de la femme dans l'Eglise.
J'ai été personnellement sensible à ce qu'il dit de Marie recueillant le corps supplicié de Jésus descendu de la croix. Je pensais à Marie face à son fils souffrant sur la croix mais je n'avais pas vraiment pensé à ce moment où elle le reçoit, mort, dans ses bras. Je ne peux m'empêcher d'y voir, un geste d'offrande. Sans comparaison avec Marie qui portait le fils de Dieu, ce passage parlera aux mères et aux pères qui ont accueilli un enfant au début de sa vie et l'ont accompagné jusqu'à sa mort.
A la lecture de ces mots, j'ai revu notre fille à la fin de sa vie, elle ne pouvait plus se mouvoir et mon mari la soulevait comme un bébé (d'1,74m) alors qu'elle ne tenait plus sa tête. J'ai repensé avec quelles précautions et quel respect nous reposions son corps sur le lit et sa tête sur l'oreiller ... Cette vie qui nous avait été confiée, je l'ai mise au monde et je l'ai remise entre les mains de Dieu lors de sa mort ... Accueillir la vie et la mort, telle est notre condition humaine.
Excusez ces considérations personnelles, mais elles me sont venues à l'esprit.
Pour en revenir aux sources de Soeur M..., je ne sais d'où elles viennent et je n'ai rien vérifié. La réflexion de Fée Violine sur la date du baptême et le délai de la venue de l'âme est tout à fait juste et je ne l'avais pas relevée ...
J'aurais, par ailleurs, une question sur "les relevailles" de la mère qui avaient lieu quelques temps après la naissance. Quand elle se se relevait après avoir été alitée, la mère allait à l'église pour une forme de purification, si j'ai bien compris, avant de revenir à la pratique religieuse et aux sacrements.
Quelqu'un saurait-il le pourquoi de la nécessité d'une purification après avoir donné la vie ? Je me souviens que ma grand-mère est venue pour accompagner ma mère à l'église, pour les relevailles, après la naissance de ma jeune soeur.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : jeu. 27 févr. 2014, 4:15
par Peccator
Il me semble que les relevailles sont un héritage qui nous reste de nos racines juives. Si j'ai bien compris, l'accouchement aurait été impur en raison des saignements qui l'accompagnent presque toujours (le sang étant pour les Hébreux le siège de l'âme).
Les femmes juives devaient être purifiées avant de pouvoir aller au Temple, et la purification de Marie, largement passée sous silence actuellement, fait partie de la fête de la Présentation de Jésus au Temple. Voir Lévitique 12.
Je suppose que le raisonnement a été que si ça avait été assez bon pour Marie (dont on dit aussi qu'en réalité elle n'avait pas à le faire, n'ayant jamais été souillée, et qu'elle ne s'y est prêté que par respect de la Loi), alors ça doit être bon pour les femmes chrétiennes.
Ceci dit, chez les chrétiens, il me semble que les relevailles étaient théoriquement plus une action de grâce (pour la naissance de l'enfant) qu'une purification (mais le rituel avait un sacré goût de purification, avec le prêtre qui allait chercher la femme à la porte de l'église où elle attendait avec son cierge...).
J'ai un peu de mal à comprendre pourquoi la circoncision, signe de l'Alliance avec Abraham, est devenue facultative, mais que les relevailles seraient toujours nécessaires... Cela fait partie pour moi des mystères des cérémonies catholiques... Mais bon, je ne suis pas théologien.
Pour les amateurs d'études bibliques :
A la chandeleur, nous lisons le texte de l'évangile de St Luc où il est précisé que Joseph et Marie apportent en sacrifice "un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes".
En fait, le Lévitique prescrit :
- pour la purification de la mère (Lv 12, 6) : 1 agneau en holocauste et 1 tourterelle en sacrifice d'expiation, ou 2 tourterelles si on est pauvre,
- pour le rachat de l'enfant premier-né, qui appartient à Dieu (Ex 13, 2, Ex 34, 20 et Nb 18, 16) : 5 sicles d'argent.
Nous mettons actuellement surtout l'accent sur la Présentation de Jésus, mais le sacrifice indiqué par St Luc est en fait pour la purification de Marie. Sacrifice dont on ne parle plus dans la suite de la péricope, entièrement consacrée à Jésus. Les tourterelles ont dû s'envoler
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : jeu. 27 févr. 2014, 10:35
par salésienne05
En effet, Peccator, si je me souviens bien de mes cours sur le judaïsme antique et médiéval avec Mr Chouraqui (c'était il y a 20 ans quand même...), dans la Talmud, la femme est considérée comme impure lors de tout saignement, qu'il soit après l'accouchement, ou durant la période des règles. Ce qui fait qu'encore de nos jours, les Juifs "intégristes" font chambre à part lors des règles de leurs épouses, que parfois elles ne peuvent pas manger à la même table, et ce qu'elles touchent est considéré comme impur également.
Heureusement que Jésus est passé par là...
Fraternellement.
Cécile
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : jeu. 27 févr. 2014, 10:57
par Kerniou
Merci à vous, Peccator et Cécile, pour vos éclaircissements.
De nos jours, par décision ou désuétude, les relevailles ne se pratiquent plus ou très rarement.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
En mâle, pas (trop) dominateur mais suffisamment lâche pour vous avoir laissé défendre seules la dignité de la femme, je tiens quand même à vous dire que je partage vos avis .
... y compris cellui de Kerniou quand elle raconte les horreurs de l'enseignement de certains pasteurs aux générations d'avant et d'après guerre. Deux exemples racontées par ma maman, qui aurait été horrifiée d'être qualifiée de féministe (avec le sens soixante-huitard du terme). Je n'invente rien, et si elle nous a raconté cela, elle qui était si pudique et si respectueuse de l'Eglise et de l'autorité en général, c'est qu'en avait vraiment gros sur le cœur :
- lorsqu'elle a accepté de faire le catéchisme (fin des années 60), plusieurs mamans lui ont dit combien elles étaient ravies de voir qu'une femme pouvait prendre une telle tâche, alors qu'on leur avait appris que les femmes étaient tout-entier plongées dans le péché !
- une décennie plus tôt, elle s'était vue refuser l'absolution parce qu'elle avait confessé qu'elle s'était refusée à son mari. Quel enseignement sur le mariage et le couple donnait-on à l'époque 1/ pour qu'on puisse considérer cela comme un péché ? 2/ pour refuser l'absolution pour un point comme celui-là ?
Mais çà, ... c'était avant, comme dit la pub.
Ces deux exemples sont à remettre dans leur contexte historique, juste pour dire que l'Eglise comme la société n'étaient pas toujours très tendres avec nos mères et grand-mères et que le sexisme était réel au sein des enseignements et des pratiques de l'Eglise.
Fraternellement
Jean-Mic
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : jeu. 27 févr. 2014, 17:46
par PaxetBonum
Kerniou a écrit :
J'aurais, par ailleurs, une question sur "les relevailles" de la mère qui avaient lieu quelques temps après la naissance. Quand elle se se relevait après avoir été alitée, la mère allait à l'église pour une forme de purification, si j'ai bien compris, avant de revenir à la pratique religieuse et aux sacrements.
Quelqu'un saurait-il le pourquoi de la nécessité d'une purification après avoir donné la vie ? Je me souviens que ma grand-mère est venue pour accompagner ma mère à l'église, pour les relevailles, après la naissance de ma jeune soeur.
Les relevailles se pratiquent toujours.
Généralement le jour du baptême quelques jours après l'accouchement.
C'est une bénédiction de la mère non une purification, une bénédiction appelant sur elle l'aide de Dieu pour se relever de l'enfantement et l'aider à élever son enfant saintement.
Re: Dans l'Eglise il y a moins de sexisme qu'ailleurs
Publié : jeu. 27 févr. 2014, 18:03
par Kerniou
Merci, Jean-Mic de votre soutien. De toute façon, l'évolution du rôle des femmes ne peut se faire qu'avec les hommes et grâce à eux, pas contre eux.
J'espère ne dire trop d'horreurs, j'essaie de rétablir une part de vérité par rapport à un passé idéalisé.
Merci à Paxetbonum pour son info sur les relevailles qui perdurent.