J'ai trouvé Montesquieu, Montesquieu est représentatif de tous les auteurs modernes, sauf les thomistes :
On constate que dans la logique de Montesquieu, il y a contradiction entre bien particulier et bien public, ils ne se confondent jamais et la société représente un sorte d'ennemie du particulier. Système, selon moi, évidemment absurde.Ces premières lois leur acquièrent la liberté les secondes, la propriété. Il ne faut pas décider par les lois de la liberté, qui, comme nous avons dit, n'est que l'empire de la cité, ce qui ne doit être décidé que par les lois qui concernent la propriété. C'est un paralogisme de dire que le bien particulier doit céder au bien public: cela n'a lieu que dans les cas où il s'agit de l'empire de la cité, c'est-à-dire de la liberté du citoyen ; cela n'a pas lieu dans ceux où il est question de la propriété des biens, parce que le bien public est toujours que chacun conserve invariablement la propriété que lui donnent les lois civiles.
Cicéron soutenait que les lois agraires étaient funestes, parce que la cité n'était établie que pour que chacun conservât ses biens.
Posons donc pour maxime que, lorsqu'il s'agit du bien public, le bien public n'est jamais que l'on prive un particulier de son bien, ou même qu'on lui en retranche la moindre partie par une loi ou un règlement politique. Dans ce cas, il faut suivre à la rigueur la loi civile, qui est le palladium de la propriété.
L'Esprit des Lois Livre XXV, CH. XV.
En effet selon la doctrine du contrat social, qui explicite la devise "liberté, égalité, fraternité", au commencement est l'individu libre. Il nait libre de tout, à l'égard de ses parents, de sa patrie, de la religion, de Dieu même. Il est riche de tout et n'est lié par rien, pas même par la piété ou la justice. C'est un éfronté petit tyran.
La deuxième partie de la triade, c'est l'égalité. Là, il va falloir que notre individu, sacrifie au prochain un certain nombre de ses prérogatives et s'il venait à réclamer son héritage, culturel, religieux, patriotique, on lui rappellera l'égalité avec les autres individus. Donc on le prive de tout ce qu'il reçoit, de toute distinction avec les autres individus, de tout ce qui ne vient pas de lui.
La troisième partie de la triade, c'est encore un idéal, une valeur sociale, qui me semble avoir une valeur de moyen : il faudra s'il venait à n'accomplir pas l'idéal de l'égalité, qu'il sacrifie ses biens, même acquis par son talent ou son industrie, pour les autres et c'est l'objet de la "fraternité". Sur ce point le dépouillement ne sera jamais total.
Donc selon cette triade, il n'existe rigoureusement aucun bien commun. Le bien commun, à la rigueur, c'est cette triade, mais sorti de là il n'existe rien de commun : soit c'est à moi et je suis entièrement libre, soit je dois le sacrifier aux autres pour atteindre l'idéal de l'égalité par le moyen de la fraternité et ce n'est plus à moi, ça m'est étranger et je suis "généreux", mais c'est dans le fond mauvais pour moi, cela m'appauvrit.
En revanche la doctrine du bien commun, va tenter et à mon avis arriver à montrer qu'il ne s'agit pas d'être méchant avec soi-même pour être bon avec les autres mais que le bien commun est meilleur pour chacun que son bien propre.
Les deux "doctrines" vont se retrouver sur le plan des réalisations pratiques. C'est d'habitude la deuxième partie des déclarations des droits de l'homme.
Pour les partisans des biens communs, comme pour les partisans de la triade, il ne faut pas être dépouillé de sa liberté de ses biens, de sa santé etc. Toutefois, les déclarations des droits de l'homme vont, jusqu'à, je crois, la déclaration européennes des droits de l'homme (influence des démocrates chrétiens ?) qui va la mentionner, passer sous silence les questions concernant les biens obtenus par et dans les familles.
Cependant pour les partisans de la triade, en raison de la contradiction interne entre les trois idéaux, qui laissent l'esprit dans la confusion, dans la contradiction, nous allons passer du libéralisme au collectivisme ou bien à toutes les nuances intermédiaires, les compromis imaginables, mais toujours sur le fondement de cette triade. Sur le plan philosophique, cela correspond à l'idéalisme, qui tout occupé à "fonder les valeurs" passe d'une idée à une autre, en en faisant des absolus contradictoires, sans s'occuper de la réalité, des choses telles qu'elles sont. Je vais m'attacher à retrouver une citation de Gilson sur la question, dans laquelle il semble conclure, si mes souvenirs sont fidèles, que l'idéalisme est le père de tous les extrêmismes.
Or dans la doctrine du bien commun, si mon voisin n'est pas injustement privé de ses biens, non seulement c'est bon pour lui mais c'est bon pour tous et donc pour moi. Si je dois renoncer à un terrain pour qu'il se construise une route, c'est bon pour les autres, mais c'est bon pour moi aussi etc.
Et même si tout le monde reçoit ce qui lui est dû, non seulement c'est bon pour ceux qui reçoivent mais c'est aussi bon pour les autres qui donnent ("Qui paie ses dettes s'enrichit", dit-on dans ce sens). Et ce bien est meilleur que mon bien propre, mon bien singulier, car non seulement il fait plus d'heureux, mais il est moralement meilleur. Il surpasse mon bien singulier en quantité et en qualité. Cela en raison de ce que, comme homme, et donc comme être raisonnable, ma participation à ce bien est meilleure pour moi, car ce bien est supérieur, donc le bien commun est plus désirable que le bien singulier, particulier. Dans ce cadre, plus de "générosité", soit c'est du bien commun et il est meilleur pour moi, soit c'est de la charité, mais ce n'est plus de la justice et donc ne concerne plus directement l'organisation sociale, mais la conscience.
Je préfère la doctrine du bien commun, qui me semble plus apaisante pour l'esprit.
A mon avis pour répondre à Christian, le bien commu se promeut tous les jours et le "programme" que l'on peut avoir n'empêche pas qu'effectivement nous ne connaissons pas l'avenir. Mais cela est le lot de toute l'humanité, nous faisons des projets, mais les hommes proposent et Dieu dispose. Ces programmes doivent évidemment tenir compte de la situation, des circonstances actuelles et celles prévisibles.
Vous me semblez, cher Christian, avoir une vue bien hobbesienne (et donc moderne) de la vie en société : l'Etat n'a pas que la violence à sa disposition, il ne l'emploie même que rarement, il a l'éducation, les arguments, le consentement général et bien d'autres choses qui ne me viennent pas à l'esprit, pour mettre en oeuvre ses obligations et sa politique.



