etienne lorant a écrit :A vous lire, laissons-donc les malades mourir sans consolation aucune, cela fera de nous de vrais soldats (pardon: "fidèles") de l'Eglise... jusqu'au jour où ils se retrouveront invalides, bien sûr. Votre discours ne tient aucun compte de la miséricorde du Christ.
Je pense m'être bien expliqué. J'ai sans doute eu tord?
Je me rends compte qu'il y a 2 conceptions qui s'opposent ici, une conception qu'on peut appeler "traditionnelle" et une conception qu'on peut appeler "moderne". Ceux qui fréquentent des paroisses "modernes" ne sont certes habitués à aucune règle ou presque concernant la façon de recevoir l'Eucharistie, ou concernant la distinction entre le rôle des ministres ordonnés, ie ayant reçu le sacrement de l'Ordre, en d'autres termes ayant reçu l'Esprit pour diriger l'Eglise, prêcher en son nom, consacrer les espèces, et simples laïcs, ce qui ne veut aucunement dire - sauf dans les caricatures de certains, ça ne manque pas dans ce fil

- que les laïcs doivent se contenter d'être des assistants passifs.
A l'opposé, les chrétiens "traditionnels" appliquent un ensemble dépendant de principes qui ont été tenus en honneur depuis 2000 ans, en Orient comme en Occident. Dans la vision catholique du monde, l'Eglise est l'oeuvre de l'Esprit Saint, elle est guidée par lui, même si ça se fait par l'intermédiaire des hommes. Ce qui a été tenu pour vrai, pour essentiel, pour sacré, par les chrétiens depuis l'aube du christianisme, par les Pères, et pendant de nombreux siècles, par les deux branches principales de l'Eglise (l'occidentale et l'orientale), donc qui fait une certaine unanimité, qui a été confirmé par le Magistère du Pape et des Evêques au cours des siècles, et qu'on appelle couramment la Tradition (avec un grand T), doit pour cette raison être considéré comme l'oeuvre du Saint Esprit dans l'Eglise, à l'opposé des opinions individuelles.
Parmi ces règles universelles, il y a le respect et la vénération immense, presque pointilleux, qu'on doit avoir pour le Très Saint Sacrement, qui font que sa distribution, sa manipulation, est soumise à des règles. C'est beau, c'est sacré, c'est le Corps et le Sang du Christ, et pour cette raison on ne fait pas n'importe quoi avec, et normalement, seules les mains consacrées du prêtre peuvent le toucher. Distribuer l'Eucharistie fait donc partie du ministère propre du prêtre, et en cas de besoin du diacre (mais son rôle normal dans la Tradition occidentale est de manipuler les vases sacrés, donc notamment la distribution du Sang, à l'époque où elle était fréquente).
Au contraire, le catholique "moderne" ne trouve pas choquant qu'on se passe l'Eucharistie de main en main, sans distinction de personne, sans précaution particulière, sans jeûne préalable (à part la prescription résiduelle d'1 heure avant la Communion, dont beaucoup ne connaissent même pas l'existence, j'ai pu le constater, autant dire qu'il ne reste rien). De même il ne trouve pas choquant qu'un laïc exerce des fonctions qui, dans la Tradition de l'Eglise, sont réservées à des ministres consacrés: toutes les distinctions légales qui n'ont pas encore été abolies ne lui disent rien et lui semblent bien artificielles, rigoureuses et pointilleuses.
Il y a des nuances, bien sûr, mais ces 2 points de vue apparaissent clairement ici.
Le catholique moderne communie aussi fréquemment, en partie grâce à des règles plus souples concernant le jeûne, (mais avaient-elles besoin d'être autant assouplies qu'elles l'ont été depuis les années 60?), dûes au départ à un Pape pas du tout moderniste (Saint Pie X).
Et certes, la communion a toujours été considéré, entre autres aspects, comme une nourriture spirituelle, dont il n'est pas bon d'être totalement privé. Pour autant, est-il absolument nécessaire de la recevoir régulièrement, est-ce vraiment un obstacle au développement spirituel?
Là encore, le chrétien traditionnel se tourne vers la Tradition de l'Eglise, vers "ce que l'Esprit dit aux Eglises". Il y voit des ermites que leur mode de vie conduisait à ne recevoir que rarement la communion. Etait-ce un obstacle à leur spiritualité? L'un d'eux, qui se trouve être représenté sur mon avatar (dans mon idée, celui qui me représente c'est l'ours, pas le Saint ermite, ça serait trop prétentieux, mais puisqu'il est visible à côté de ce message j'en profite pour le mentionner), n'en a pas moins fini par être un grand Saint, connu pour avoir eu l'expérience de la Transfiguration. D'autres chrétiens ont dû être privés pendant longtemps, pour diverses raisons, du Corps du Christ. En sont-ils morts?
Il paraît donc clairement excessif, du point de vue de la Tradition, de faire du point de vue de la nourriture spirituelle nécessaire, et de la communion fréquente, une chose absolument indispensable plutôt que seulement utile (ce qui est autre chose que les caricatures que certains intervenants, qui ne s'honorent guère, ont fait de ce point de vue). En particulier, les chrétiens traditionnels n'ont jamais permis à ce point de vue de supplanter la nécessité du respect rituel, des ministres ordonnés, et de tout ce qui tourne autour.
Alors, entre, le chrétien traditionnel, et le chrétien moderniste, qui ne voit là-dedans qu'un relent de pharisianisme et de manque de charité (y a qu'à voir ce qui s'est dit dans ce fil, bonjour les caricatures, vachement charitables soit dit en passant), qui a raison?
Pourtant, l'Eglise du premier a duré 2000 ans, pendant laquelle les chrétiens ont pu recevoir la grâce des sacrements, même si ce n'est pas aussi souvent que le second l'a rêvé; elle dure encore, et pourrait bien renaître de ses cendres là où elle a été battue en brèche, en Occident, par l'Eglise du second. Celle-ci, au contraire, avec seulement 40 ans d'existence, est en train de s'étioler à vitesse accélérée, n'a plus assez de prêtres pour porter la communion aux malades, elle n'aura bientôt plus de prêtres pour consacrer les hosties, et finalement elle n'aura bientôt plus de laïcs non plus pour aider les vieux et leur porter la communion étant donné l'âge moyen des paroissiens. Finalement, que vaut la "charité" si facile et si confortable du chrétien moderne, rendu souvent si imbu de lui-même par le seul fait qu'il soit "engagé"? [edit: avant de tomber moi-même dans la caricature, je ne mets certainement pas tous les laïcs qui rendent service à l'Eglise dans le même panier, mais j'en vois trop, y compris dans ce fil, pour qui c'est trop manifestement une occasion d'orgueuil, un moyen de se sentir supérieurs] Ce cercle vicieux est-il réellement une façon d'aider les malades - et les autres - à recevoir le secours des sacrements, au-delà des discours à très courte vue? Clairement non.
J'ose espérer donc que ceux qui n'ont connu la seconde conception de l'Eglise, sachent s'ouvrir un peu à la vraie ecclésialité, à la Tradition de l'Eglise universelle - et à ce qu'elle contient d'enseignement de l'Esprit. Ils ont reçu Son onction pour les y aider.
Mais à contrario, si ils persistent, comme on peut le voir tout au long de ce fil, à laisser dominer leur sentimentalité facile et superficielle, à penser que leur opinion est parfaitement informée et les dispense de rechercher que ce qu'a enseigné l'Esprit (ou peut-être croient-ils que l'Esprit leur est donné sans effort et dirige la moindre de leurs pensées?), ou à se laisser aller à des mesquineries et des caricatures grossières, ils ne feront que s'éloigner de l'Eglise. A partir de quel moment l'Eucharistie qu'ils mangent avec autant de désinvolture deviendra-t-elle leur propre condamnation, comme l'enseigne Saint Paul (autorité qui ne semble pas suffisante pour coeurderoy, ce qui ne plaide guère en faveur de sa juste conception de l'Eglise)?
Fin du fil en ce qui me concerne, à moins que ce ne soit pour éclaircir honnêtement et calmement un point donné; que ceux qui ont des oreilles entendent.