Bonjour Didyme,
Merci pour votre excellent message qui creuse profondément dans les questions difficiles en cause et qui propose des réflexions pertinentes qui permettent d’avancer.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
En fait, ce qui m'interroge c'est de savoir ce qu'apporterait donc l'arbre de la connaissance du bien et du mal si avant même d'en manger l'homme a déjà la connaissance du bien et du mal ?
En effet !
C’est précisément ce qui est essentiel. Adam et Ève n’avaient pas, ne possédaient pas la connaissance du bien et du mal, précisément parce que cette connaissance ne peut pas être possédée séparément. Elle ne peut être que partagée, vécue en communion d’amour avec le Créateur.
Il ne s’agit pas ici d’une connaissance technique ou intellectuelle à acquérir par apprentissage. Nous sommes ici dans l’ordre du bon et du mauvais, de l’amour et du non amour, de la vie spirituelle en communion avec Dieu ou de son absence.
La connaissance du bien et du mal n’existe pas séparément. En le détachant de l’arbre, son fruit se décompose et meurt, inexorablement. Il s’agit de cette connaissance dont Saint-Exupéry dit «
On ne voit bien que par le cœur ».
Cette connaissance est de l’amour, ne s’apprend et ne se comprend que dans l’amour et par l’amour. Cette connaissance donne une intelligence de Dieu et du réel.
Manger de son fruit a certes donné à Adam et Ève une «
intelligence » et une connaissance particulière, mais c’est précisément une connaissance séparée de l’amour, trompeuse, radicalement différente en ce qu’elle n’est pas une intelligence d’amour.
La connaissance du bien et du mal à partager en communion avec Dieu n’a pas de réalité sans Dieu, et ne peut être séparée de lui, car c’est de l’amour. En séparer un fruit n’est qu’illusion et le manger ne permet pas de réellement se l’approprier, mais, au contraire, de s'en séparer.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
À moins que l'arbre n'ait pas la connaissance du bien et du mal en soi mais de par sa consommation ou non, et donc par la confiance ou non en Dieu, il éclaire (indirectement, comme un symbole) sur le mal acté ou l'acte de foi.
Cela me semble une belle observation intéressante à réfléchir.
La connaissance du bien et du mal n’est pas un objet à posséder que cet arbre aurait eu séparément en lui-même. Il me semble plus juste de penser que cet arbre était cette connaissance elle-même à partager dans et par l’amour.
Et, je trouve votre observation excellente : «
de par sa consommation ou non, et donc par la confiance ou non en Dieu, il éclaire (indirectement, comme un symbole) sur le mal acté ou l'acte de foi », car le «
mal acté » n’est rien d’autre que la non-confiance, et donc le non-amour.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Par ailleurs, on nous dit
"La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence" (Genèse 3:6)
S'il est précieux pour ouvrir l'intelligence, j'imagine que c'est qu'il apporte (même symboliquement) une connaissance, une conscience qui n'était pas là avant.
En effet, et pas seulement symboliquement.
Une connaissance peut en effet être acquise de diverses manières, et elle a toujours pour effet d’augmenter l’intelligence, de donner un surplus de savoir.
Mais, sans l'amour, cette intelligence et ce savoir ne donnent pas la même compréhension, ni la même conscience du réel. Une connaissance partagée dans l’amour et avec amour donne une autre intelligence du réel, une autre conscience qu’une connaissance sans amour.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Xavi a écrit :Et, à cet égard, il leur restait nécessairement, après avoir été créés et avoir expérimenté dans le jardin d’Eden tout l’amour de leur rencontre, de choisir – ou non ! – l’amour de Dieu.
S’ils n’avaient pas eu ce choix libre et en pleine connaissance de cause, les humains n’auraient été que des robots prédéterminés ou défectueux.
Non, s'ils n'avaient pas eu ce choix entre des contraires j'aurais envie de dire que cela aurait témoigné que les humains auraient été des êtres accomplis, unifiés, dans la vérité (en pleine connaissance), et libres justement (car dans l'être, pleinement eux et non dans l'instabilité et l'inconsistance d'un choix entre des contraires).
Ici, il s’agit bien en effet de deux positions contraires.
Je pense en effet que Dieu n’a pas créé l’humain «
accompli » ou «
achevé », mais dans l'état nécessaire pour qu'il puisse entrer dans une communion d'amour par un choix libre, ce qui implique certes une «
instabilité ».
Il y a bien un choix entre des contraires (l’amour ou le non-amour), et il me parait bien réel et consistant.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
D'ailleurs, si ce choix était véritablement l'expression de La Liberté, un choix libre et en pleine connaissance alors il n'y aurait pas de salut possible puisque d'une part, un choix véritablement libre ne changerait pas (et n'aurait pas de raison de changer en fait).
Il me semble que cette affirmation qu’ «
un choix véritablement libre ne changerait pas (et n'aurait pas de raison de changer en fait) » me semble contenir une contradiction en elle-même car ce qui ne peut changer ne permet pas un choix libre.
À cet égard, il peut être observé qu’après le choix mortel d’Adam et Ève qui a marqué toute leur descendance, le Créateur, dans son amour bienveillant, a immédiatement veillé à permettre aux humains de pouvoir changer ce choix originel.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Et d'autre part, Dieu chercherait-il donc à combattre la liberté bonne en voulant vaincre le péché ?! Ou ne respecterait-il pas la liberté de sa créature dans son choix ?!
La Bible me semble témoigner constamment à quel point Dieu ne respecte pas ce choix (le "non" du péché) et n'en veut pas.
Non, ce n’est pas la réalité que Dieu nous révèle.
Dieu respecte infiniment ce choix. Il veut partager son amour avec un humain libre et debout. Il ne veut pas en faire un serviteur soumis, mais un ami.
La victoire sur le péché, c’est la restauration de l’amour qui fait vivre ceux qui le choisissent.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
il ne s'agit pas ici d'expression de liberté mais plutôt des errements du libre-arbitre qui se cherche, qui s'égare.
Il me semble que l’un n’exclut pas l’autre. Il y a en même temps «
expression de liberté » et «
errements ».
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Il respecte certes cette forme de liberté de la créature qui "se cherche" en ne forçant pas, en ne la manipulant pas telle une marionnette, mais en lui laissant faire son propre chemin et en lui permettant d'apprendre à travers les choix.
Oui, en effet.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
La possibilité de dire "non" ne me paraît pas consécutive à l'amour mais à l'ignorance.
Vous avez raison de dire que la possibilité de dire «
non » n’est pas consécutive à l’amour. En effet, cette possibilité précède l’amour qui se réalise et devient présent par le choix libre d’aimer.
D’une certaine manière, vous pouvez parler d’une «
ignorance » avant ce choix car, en effet, la connaissance du bien et du mal, la connaissance de l’amour, ne vient que par l’amour.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32D'ailleurs, on parle de choix d'aimer. Choisissez-vous d'aimer vous ?
Moi, lorsque j'aime quelqu'un ou quelque chose je ne le choisis pas, c'est simplement quelque chose qui
est, de l'ordre de l'être.
Ici, il me semble que nous parlons de réalités différentes.
Ce qui ne se choisit pas relève seulement de la sensibilité personnelle. J’aime ou n’aime pas le chocolat, ou n’importe quoi d’autre, y compris telle ou telle personne. Le mot «
aimer » a ici un sens réduit.
L’amour qui est la vie même de Dieu qu’il nous offre en partage est un choix libre de tout l’être. Sa réalité c’est précisément la connaissance du bien et du mal en communion d’amour.
Entre «
je veux déterminer par moi-même tout ce qui est bien ou mal » et «
je veux déterminer tout ce qui est bien ou mal en communion d’amour avec un autre que moi-même », il y a deux désirs différents entre lesquels il y a un choix possible.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Après, quand l'amour fait défaut je peux choisir de bien agir malgré tout.
Mais peut-on penser que lorsqu'on choisit Dieu, on le fait par défaut ? Certainement que c'est un premier pas mais je doute que ce choix intellectuel, raisonnable tienne à terme si l'amour n'apparaît pas.
Et encore, on peut choisir Dieu parce qu'on sait que c'est le meilleur choix sans pour autant l'accueillir sincèrement. Mais j'ose imaginer que l'opportunisme n'a pas sa place dans ce choix final de Dieu.
Oui ! Ces observations sont vraies.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
J'ai par conséquent l'impression qu'aimer et choisir sont deux choses différentes. Aimer c'est de l'ordre de l'être, choisir c'est de l'ordre de l'intellect.
Avec une telle compréhension du mot «
choisir », votre impression est en effet compréhensible.
L’amour dont nous parlons concerne en effet l’être tout entier et donc il est certain que le mot choix utilisé pour cet amour n’est évidemment pas du seul ordre de l’intellect. Mais, quel autre mot utiliser alors ?
Les mots «
liberté » ou «
libre » se heurtent à la même difficulté s’ils sont réduits à l’intellect.
Mais, dès lors qu’il s’agit de l’être tout entier et de Dieu, nous ne pouvons oublier que nos mots humains sont inévitablement trop limités pour en parler avec toute la justesse car il s’agit de réalités qui sont bien plus grandes que ce que notre seul intellect peut saisir.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Je ne pense donc pas que l'amour nécessite un choix, l'amour est simplement de l'ordre de l'être,
d'une reconnaissance, une relation. Et on a cet amour, cette reconnaissance de Dieu lorsqu'on grandit dans la foi et dans l'être.
Dès lors que le mot «
choix » signifie dans votre usage de ce mot «
choix de l’ordre de l’intellect », ce que vous écrivez me semble juste.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Le choix permettant de grandir est bien une question de libre-arbitre mais il est un moyen pour y accéder et par conséquent lié à une ignorance, à un manque.
Comme indiqué plus haut, le choix intellectuel est, en effet, lié à une ignorance de la connaissance qui n’est possible que dans et par l’amour.
Le choix de partager la connaissance du bien et du mal sans s’approprier en soi-même cette connaissance pour la posséder en soi séparément ne peut pas être seulement intellectuel. C’est de tout son cœur que l’être tout entier (corps, esprit et âme) entre dans le choix de l’amour.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Le libre-arbitre est donc un moyen et non une fin en soi, non une question de choix pour le choix qui au fond révèle surtout une chose, à savoir la volonté d'être aux commandes, de faire sa propre volonté, d'être à l'origine, son propre Dieu et maître.
Or, il semblerait que le libre-arbitre consiste en un moyen résultant de notre condition. Un moyen pour grandir et accéder à la liberté, à La Vérité que nous n'avons pas.
Mais
"Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira" (Jean 8:32)
Cela me semble juste.
Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Par ailleurs, je doute que le péché originel se soit fait en pleine connaissance de cause alors qu'il témoignerait plutôt de l'ignorance, de la bêtise (
"La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence" (Genèse 3:6")).
Votre conclusion revient ici au cœur des difficultés.
La seule ignorance qui subsistait c’est celle de la connaissance qui se vit par l’amour, ce qui restait à choisir par Adam et Ève de tout leur cœur, de tout leur être.
Cela reste vrai pour chacun de nous.