Bonjour,
Je suis le débat depuis un moment, et, sans vouloir prétendre apporter la réponse absolue et conclusive, je souhaite vous faire part de ce que je pense de la question, sur deux pôles :
- le pôle juridique :
Face à ce genre de questions, je me demande tout d'abord quelle est la loi et la coutume de la Sainte Église Catholique. En consultant le Code de Droit Canonique, voici ce qui est mis concerné la communion portée aux malades :
Canon 911
§1 Le devoir et le droit de porter la très sainte Eucharistie en Viatique aux malades appartient au curé et aux vicaires paroissiaux, aux chapelains ainsi qu'au Supérieur de la communauté dans les instituts religieux cléricaux ou les sociétés de vie apostolique cléricales pour tous ceux qui se trouvent dans leur maison.
§2 En cas de nécessité, ou avec l'autorisation au moins présumée du curé, du chapelain ou du Supérieur qu'il doit informer ensuite, tout prêtre ou tout autre ministre de la sainte communion doit le faire.
Que constatons-nous ? Que la personne ordinairement appelée à apporter la communion aux malades est le curé de la paroisse. Et que, "
en cas de nécessité, ou avec l'autorisation au moins présumée du curé (...), tout prêtre ou tout autre ministre de la sainte communion doit le faire".
Je souligne alors deux points importants :
1) "
en cas de nécessité" : pas besoin de gloser plus que nécessaire dessus, il est évident qu'il faut que le prêtre ait des raisons graves, qui imposent une
nécessité, pour qu'il délègue son devoir de porter la communion aux malades.
2) "
tout autre ministre de la sainte communion doit le faire" : la question est de savoir de quels ministres de la sainte communion il s'agit dans ce paragraphe du canon précité. À mon avis, comme il n'est pas donné de précision supplémentaire, le canon désigne les ministres ordinaires
et extraordinaires de la sainte communion, qui sont, le rappelle le canon 910 :
Canon 910 :
§1 Les ministres ordinaires de la sainte communion sont l'Evêque, le prêtre et le diacre.
§2 Les ministres extraordinaires de la sainte communion sont l'acolyte et tout autre fidèle député selon les dispositions du canon 230 § 3.
Canon 230 :
§3 Là où le besoin de l'Eglise le demande par défaut de ministres, les laïcs peuvent aussi, même s'ils ne sont ni lecteurs, ni acolytes, suppléer à certaines de leurs fonctions, à savoir exercer le ministère de la parole, présider les prières liturgiques, conférer le baptême et distribuer la sainte communion, selon les dispositions du droit.
J'en conclus donc, sans trop creuser dans les détails, qu'un laïc
peut porter la communion aux malades. Il en a le droit, mais ce n'est qu'un
privilège exceptionnel, exigé par la
nécessité.
Voilà pour le droit.
- le pôle de la Foi :
Je consulte mon Abrégé du Catéchisme de l'Église Catholique, sur la section consacrée au sacrement de l'ordre.
Point 336 :
Avec quelle autorité est exercé le sacerdoce ministériel ?
Dans l'exercice de leur ministère sacré, les prêtres ordonnés parlent et agissent, non pas en vertu d'une autorité propre, ni même par mandat ou délégation de la communauté, mais dans la Personne du Christ Tête et au nom de l'Église. De ce fait, le sacerdoce ministériel se différencie radicalement, et pas seulement par une différence de degré, du sacerdoce commun des fidèles, au service duquel le Christ l'a institué.
Je fais des liens ensuite avec ma précédente investigation canonique, et j'en tire la conclusion
personnelle, qu'au point de vue de la Foi,
il est nécessaire de rappeler l'éminente supériorité ontologique du sacerdoce du prêtre par rapport au sacerdoce baptismal du laïc, par un enseignement adapté, aux personnes à qui est confiée la tâche de porter la communion aux malades, afin qu'il n'y ait pas de risque d'orgueil. Je pense en effet que l'une des craintes que partagent certaines personnes de ce fil de discussion, et elle est à mon sens tout à fait justifiée, c'est que faute d'une préparation et d'une connaissance de la Foi suffisantes, les laïcs qui portent la communion aux malades risquent de se sentir investis d'un "pouvoir", alors qu'ils devraient être conscients de n'être "que" des serviteurs délégués de la distribution de la sainte communion, et que cela n'est pas leur rôle en principe, mais le rôle du prêtre.
Conclusion : les laïcs portant la communion aux malades, c'est une nécessité permise par le droit de la Sainte Église. Et pour éviter les abus ou les mécompréhensions, une formation adaptée est à mon sens nécessaire.
En espérant avoir pu un peu éclairer la lanterne de quelques-uns (ce serait déjà une grande grâce

).
Cordialement.
[Ajout : remarquez, de plus, que le Code, au canon 911 §2, précise : "En cas de nécessité, (...) tout prêtre ou tout autre ministre de la sainte communion
doit le faire." Hors de question donc de laisser les malades sans la possibilité de communier au Corps du Christ.]