Bonsoir à tous,
Une valeur est tout simplement ce à quoi on tient. Ou qu’on souhaite acquérir si on ne l’a pas. Le travail, la vérité, l’argent, le repos, l’amour, la vie, la propriété, la beauté, la famille, la religion, l’amitié, entre bien d’autres, sont des valeurs. Toutes sont fongibles, nous pouvons échanger l’une pour l’autre et nous sommes sommés constamment de faire des choix entre elles. Pour certains, leur chien ou leur voiture de sport sont des valeurs très prisées, et ils doivent choisir entre les garder ou avoir un enfant. Beaucoup doivent choisir entre le travail et la famille ; certains entre leur vie et la défense d’autres valeurs, telles la liberté, la patrie ou la religion ; ou entre l’honneur et l’argent.
La hiérarchie que nous établissons entre les valeurs constitue notre vie morale (la hiérarchie des biens, comme le dit le bon Seb

). Nous portons un jugement différent sur la personne qui donne systématiquement la priorité à, disons, l’argent et le travail, et telle autre personne, qui leur préfère la famille et l’amitié.
Le fait d’avoir dû choisir implique que ce que l’on n’a pas choisi était aussi une valeur, sinon la question du choix ne se serait même pas posée. La vie des innocents est tout autant une valeur que la vérité. Pourtant, dans le cas que soumet captinhadock, on doit forcément manquer à l’une ou à l’autre.
Ce dilemme entre le devoir de vérité et sauver la vie d’innocents est célèbre en philosophie depuis qu’il a fait l’objet d’un débat entre Emmanuel Kant et Benjamin Constant. On le trouve résumé partout sur internet,
notamment ici.
Je suis du côté de Kant. Ce n’est pas parce que je place la vie d’innocents au dessus de la vérité dans ma hiérarchie morale que je ne commets pas un mensonge, ce qui est
toujours répréhensible. Il n’y a pas de « pieux mensonge ». Il y a une destruction de valeur (la vérité) au profit d’une autre valeur que lui juge supérieure (la vie d’innocents). Mais cette destruction est réelle.
Pour illustrer la portée du propos, je prendrais un autre dilemme souvent présenté (depuis St Thomas d’Aquin) comme une sorte de « pieux péché ». Si mon enfant meurt de faim (ou moi-même), j’aurais « le droit » de voler du pain.
Certes pas. Voler est
toujours répréhensible. Comme mentir. Mais parce que je place la vie de mon enfant au dessus de toute propriété matérielle, je n’hésiterai pas à voler ce morceau de pain. Et j’accepterai ensuite d’être condamné pour ce vol. Dans une société civilisée, il faut que je le sois. De même que la religieuse de l’anecdote doit se repentir d’avoir menti à la police, car elle a incontestablement péché. La vie morale a un coût. J’espère seulement que pour elle comme pour moi, la clémence des juges nous sera acquise au vu des circonstances.
Cordialement
Christian