Bonjour Brindille
Je reviens avec quelques jours de retard sur votre message, et celui de votre interlocuteur.
La citation est fausse, Keynes parlait d'euthanasie des *rentiers*, pas des "riches".. Avec ces ces sinistres principes keynésiens, un type qui a économisé toute sa vie pour ses vieux jours, ou un agriculteur qui a mis de l'argent de côté pour acheter un tracteur, voit ses économies réduites à néant lorsque l'Etat décide de faire marcher la planche à billet pour financer ses dettes.
Effectivement, j'ai cité de mémoire et c'est bien d'euthanasie des rentiers dont Keynes parlait. Mais l'argument selon lequel l'inflation pénaliserait l'agriculteur qui a épargné pour acheter un tracteur ne tient pas : les investissements productifs sont essentiellement financés par l'emprunt. Je connais beaucoup d'agriculteurs sur-endettés, et aucun qui ait payé cash son matériel. L'agriculteur, et plus généralement tous les acteurs de l'économie réelle, ont tout à gagner d'une inflation modérée. Enfin, j'ai écrit qu'il fallait être un peu plus flexible sur l'inflation… mais pas non plus qu'il fallait abuser de la planche à billets.
Les économistes considèrent généralement que croissance économique et inflation vont de pair… La politique monétaire de la FED américaine étant sur ce point bien plus souple que celle de la BCE européenne. Donc, lorsque l'on fait de la lutte contre l'inflation la priorité économique absolue, on sacrifie la croissance économique à l'intérêt particuliers des rentiers… C'est ce qui se passe dans la zone euro, caractérisé par une croissance médiocre comparativement aux autres économies développées…
Le premier documentaire cité sur ce fil présente correctement le système de réserve fractionnaire, cependant, il préconise le recours à la banque centrale pour payer ses dépenses (sur le modèle du quantitative easing de la FED), ce qui est catastrophique à la longue, tout le monde s'accordant à dire que le dollar va s'écrouler dans les années à venir. Il semble que la BCE va suivre le même modèle puisque Mario Draghi vient de baisser les taux directeurs.
Dans l'immédiat, l'euro et la croissance européenne semblent (encore) plus menacés que le dollar et la croissance américaine… Quant au
quantitative easing des USA ils n'a pas servi à financer la dette publique américaine (le gouvernement empruntant toujours auprès du secteur privé), mais essentiellement son déficit commercial abyssal… La remise en cause du leadership américain (avec la montée de puissances émergentes, et de la Chine en premier lieu) remet en cause la place du dollar comme monnaie d'échange international. L'euro ne s'étant pas imposé comme monnaie d'échange international (par exemple en obtenant une cotation du
brent en euros), ce type de politique ne peut pas être appliquée pur l'UE.
L'idée présentée dans le documentaire est de supprimer le système des réserves fractionnaires afin de rendre à la banque centrale le monopole de l’émission de monnaie, les banques privées empruntant alors auprès de la banque centrale. Les états pourraient, dans ce scénario, emprunter auprès de la banque centrale à des taux nuls. Cela ne signifie pas que le principal de la dette ne doit ou ne devra pas être remboursé et les capacités d'emprunt de l'État resteront conditionnées à sa solvabilité !!!
L'idée que la dette publique vient du montant des intérêts est faux: la France paye des intérêts à 2 ou 3%, ce qui est largement payable si l’État était bien géré. Le taux d'intérêt n'est pas du tout abusif (c'est pas non plus gratuit, hein, les banques ne sont pas des organismes de charité). Les intérêts sont élevés parce que les dépenses déficitaires sont élevées. Il ne faut pas confondre cause et conséquence. Donc le problème de la dette ne vient pas des méchants banquiers, mais des Etats-nounous qui dépensent de l'argent qu'ils n'ont pas en empruntant au banques.
La France, sans le montant des intérêts, serait à l'équilibre budgétaire. Je ne dis pas que les taux d'intérêt sont abusifs, mais simplement qu'il existe d'autres moyens de financement moins coûteux et plus fiables pour financer la dette publique. En tant que contribuable, je préférerai que mon impôt sur le revenu serve à entretenir et construire des hôpitaux et des écoles, à fournir des services publics… plutôt que de payer des banquiers et des investisseurs privés pour un service que la banque centrale pourrait fournir gratuitement ! Quant aux marchés financiers, nous voyons bien l'instabilité qu'ils génèrent… une simple attaque spéculative sur l'euro pouvant faire grimper les taux obligataires de l'Italie à plus de 7%… on est alors très loin de taux d'intérêts raisonnables !
Bien à vous
Christophe