Toto a écrit :La liturgie orthodoxe est effectivement très belle, mais pas exempte de certains points qui mettent mal à l'aise ; par exemple, les très grandes inclinations devant les icônes contrastent avec l'absence total de geste spécifique quand le prêtre passe devant le Saint Sacrement.
Eux pourraient proférer le jugement inverse!
Simplement, l'adoration chez les chrétiens de rite byzantin (je laisse de côté les autres rites orientaux) passe avant tout l'adoration des icônes. On peut remarquer que dans une église byzantine, ce qui est avant tout visible, c'est l'iconostase (souvent spectaculaire). Le Saint Sacrement est à l'abri dans le sanctuaire fermé, derrière l'iconostase, la lampe rouge du sanctuaire étant accrochée non pas à côté du tabernacle mais devant l'iconostase (du moins d'après ce que j'ai déjà vu, je ne sais pas si c'est une règle systématique).
Je dirais qu'à partir du moment où le prêtre et le diacre rentrent dans le sanctuaire aux moments prévus dans la liturgie, le salut du tabernacle ne s'impose pas (je ne sais pas s'il y a un salut de l'autel?).
Chez les latins, le respect, le sentiment de présence du Saint Sacrement, se sont très développés, surtout peut-être à partir du XIe Siècle qui a vu les premières contestations de la présence réelle (Bérenger de Tours). L'iconographie y a pris une valeur moindre (en n'oubliant pas un iconoclasme modéré très présent à l'époque carolingienne, qui a laissé son influence... le 7e Concile oecuménique n'a pas vraiment été appliqué en Occident). Concurrement, le sanctuaire est devenu plus ouvert à l'époque tridentine (disparition des jubés, du rideau du sanctuaire au profit du respect du seul tabernacle, plus de séparation nette entre le sanctuaire et le choeur), ceci sans parler de l'époque post-conciliaire où on a eu à la fois une très nette diminution du respect porté au Saint Sacrement, sans contrepartie aucune... et un oubli total de la notion même de sanctuaire : suppression de la clôture du choeur, libre circulation autour de l'autel dans bien des endroits...).
Il n'y a pas à opposer un rite à un autre, simplement constater que le sentiment d'adoration devant la présence divine s'est concrétisé de façons différentes selon les rites.
Autre chose, les liturgies des uniates ne sont sans aucun doute pas moins belles que les liturgies orthodoxes puisque ce sont les mêmes, avec l'incomparable avantage d'être en communion avec l'Eglise catholique ; alors pourquoi ne pas les mentionner non plus, fût-ce en passant? J'ai la désagréable impression qu'à force de promouvoir l'œcuménisme avec les orthodoxes, on néglige ces uniates.
Question compliquée. J'ai souvent eu la même impression que vous. D'un autre côté, pas mal d'"uniates" se considèrent simplement comme "Orthodoxes en communion avec Rome", pleinement Orthodoxes dans leur théologie, leur vie et leur pratique, tout en gardant le lien de communion avec le Pape, et souhaitant vivement la réunion avec leur contrepartie Orthodoxe. Les Orthodoxes n'étant pas d'accord avec ce point de vue...
Rome a officiellement abandonné la volonté de recourir à l'"uniatisme", sans qu'on sache très bien ce que cela recouvre.
Par ailleurs, les querelles entre "Orthodoxes" et "uniates" sont parfois très vives, notamment entre le patriarcat de Moscou et l'Eglise ukrainienne gréco-catholique (à vrai dire, la situation ukrainienne est passablement compliquée). Le pape François est réputé proche de l'Eglise ukrainienne, dans laquelle il a officié un moment (il connaît donc bien cette Eglise et il a lui-même pratiqué de façon plus qu'occasionnelle la liturgie byzantine), et il est ami avec son actuel patriarche (du moins c'est ce que celui-ci a déclaré). Donc je pense qu'il sait de quoi il en ressort.
(P.S. le terme "uniate" est injurieux de la part des Orthodoxes).
Paroles du pape François à propos de la liturgie orthodoxe
Dans les Églises orthodoxes, on a conservé cette liturgie ancienne, si belle. Nous, nous avons un peu perdu le sens de l’adoration. Eux le conserve, ils adorent Dieu, ils chantent, le temps ne compte pas. Le centre est Dieu, et c’est une richesse que je voudrais dire en cette occasion, puisque vous me posez cette question.
Ce qui continue de me sidérer là-dedans, c'est de lire de tels discours sur la liturgie orientale tout en constatant, chez les mêmes (il n'y a pas que François), un minimalisme liturgique constant dans la pratique du rite romain. Allez comprendre.
J'ai l'impression qu'il y a là un reste idéologique de l'"Esprit du Concile" qui conduit certains à rejeter de façon allergique tout le passé liturgique de l'Eglise latine, et à encenser ce qui s'est fait depuis 1970. Ca me fait penser à un autre jésuite, un américain nommé Robert Taft, incardiné dans l'Eglise ukrainienne, spécialiste de la liturgie en général et de la liturgie byzantine en particulier, grand défenseur de l'église ukrainienne à tous points de vue, de son rite et de son identité face aux discours russes. Quand il parle d'histoire de la liturgie, il est certainement très calé. Quand il parle de la réforme liturgique dans l'Eglise latine et du traditionalisme, il se mue tout à coup en idéologue le plus acharné et le plus sectaire, dans un discours qui devient complètement irrationnel. Très curieux. On dirait presque l'influence d'une egrégore ou de quelque chose comme ça.
In Xto,
archi.