papillon a écrit :Il est évident, Anne, que cette époque n'a pas eu que du mauvais. Tout n'est jamais tout blanc ni tout noir.
C'est ça j'disais.
Mais de même qu'on ne peut tout condamner en bloc sous prétexte qu'il y a eu des choses négatives, on ne peut non plus enjoliver le passé, minimiser les erreurs commises et la lourdeur de la vie d'antan par nostalgie de certains aspects positifs du passé. Il est normal que dans l'évolution d'une société il y ait des choses qui doivent changer.
J'ai pas dis le contraire.
Malheureusement les changements ne se font pas toujours sans heurts.
C'est peut-être la réussite de la Révolution Tranquille... Ça c'est fait avec un minimum de heurts.
Aussi je crois que c'est un raccourci facile de laisser entendre que les membres de "l'élite" de l'époque, qui semblent à l'origine de la Révolution Tranquille, ont mordu la main qui les a nourrit. Ce n'est pas si simple.
J'ai t'y dit ça, moi là ?
On peut les accuser d'avoir trahi leurs éducateurs, on peut aussi leur être reconnaissants d'avoir su, grâce à leur éducation, exprimer le vécu quotidien et les aspirations de ceux qui ne pouvaient les rendre ne mots.
Alors qui est vraiment à l'origine de la Révolution Tranquille ?
C'est pas des gens qui sont apparus par génération spontanée ou venus de l'extérieur.
Tout n'était pas noir, bien sûr. Personnellement j'ai aussi certains bons souvenirs de cette époque. Bien que je vienne d'un milieu ouvrier, j'ai pu bénéficié dans le système public d'un enseignement classique, encore en vigueur avant l'avènement des cégeps, et j'en suis reconnaissante, bien que je n'aie pu la poursuivre jusqu'à la fin en raison justement des réformes dans l'enseignement.
Ça, j'ai voulu dire ça !
Moi je veux bien, mais ce jansénisme nous était tout de même servi du haut de chaires qui ne prêtaient à aucune méprise, dans des églises catholiques, par des hommes portant col romain, sous l'autorité de prélats des plus catholiques représentant la sainte autorité de l'Eglise de Rome. Alors on fait quoi avec ça?
C'est à chacun de décider.
Si on prend quelques-uns de ces "abus"... Prenons l'ingérence des prêtres dans la vie familiale en insistant sur la procréation, mettons... Suffit de regarder chacun notre arbre généalogique et de voir à quelle génération nous disparaissons...
Moi, c'est pas long: je suis la 5e vivante des enfants de mes parents. Ma mère et mon père n'étaient pas les ainés, ni même les 2e et 3e de leurs frateries respectives... (Je sous-entends que si nos parents et grands-parents avaient "empêché la famille" avec la même rigueur que nos contemporains... On serait pas une grosse gang à jaser ici !)
Prenons l'ingérence du clergé dans la censure... Mettons, qu'il n'y a personne de nos jours qui trouve que les "guidounes" à la télé, c'est anormal et que les p'tites filles dont on voit les fesses et les seins à l'école, ben, c'est correct...
C'était quoi leur but, nos bons frères à bras et nos pisseuses ? (S'cusez le langage, mais j'ai entendu ça souvent et ça fait partie du "folklore" québécois, faut croire). La domination ? La folie du pouvoir ? Peut-être bien que oui, mais peut-être bien que non.
Le puritanisme protestant n'est pas très différent, au final, et il est toujours bien vivant.
Sans doute aurait-on dû s'attendre à ce que nos parents et grands-parents, qui pour la plupart avaient peu de scolarité quand ils en avaient une, et qui avaient appris à obéir sans discussion en baissant les yeux, sachent faire la différence entre catholicisme et jansénisme, fassent gentiment la part des choses, et appliquent à cette doctrine qu'on leur imposait, avec sagesse et subtilité, les nuances que leurs pasteurs étaient incapables de faire eux-mêmes.
Ben sûr...
Reste à analyser pourquoi cet analphabétisme était si soigneusement entretenu. Perso, j'y vois la jolie touche coloniale des anglos, mais c'est moi.
Je ne sais pas pour l'élite, mais pour ce qui est des gens simples et ordinaires, la majorité quoi, peu qualifiés pour énoncer de grands principes, il aura fallu pour sortir de cette situation, pour beaucoup d'entre eux, un raz-le-bol suffisamment puissant pour vaincre les vieux réflexes de peur, de culpabilité et de soumission fortement ancrés dans l'âme du canadien-français-catholique-porteur-d'eau, ce qui n'est pas peu dire. Avec le résultat qu'on sait, aux allures de raz de marée. Qui est arrivé en premier, la poule ou l'oeuf ?
Sans doute a-t-on jeté le bébé avec l'eau du bain, mais à quoi d'autre pouvait-on s'attendre ?
Le bébé est en train de mourir gelé dehors. On peut le lancer, mais le laisser là, c'est autre chose. Il y a un manque de maturité évident quand on n'est pas capable de mettre de côté les niaiseries du passé pour rentrer le bébé et s'en occuper...
C'est facile de dire qu'on aurait dû faire les choses de telle ou telle manière, quand on a pris du recul. En pleine tempête, c'est une autre histoire.
Quand on ressent le besoin de défoncer les portes pour éviter l'asphyxie, on se soucie peu d'endommager la baraque. Ce n'est que plus tard, dans le calme, qu'on rafistole les choses.
Des fois, il ne reste plus rien à rafistoler.
Et d'autres fois, le rafistolage ne donne qu'une caricature de ce qui était et devient totalement sans intérêt.
Aussi nous appartient-il sans doute aujourd'hui de faire la part des choses, mais je ne pourrais jamais reprocher aux membres de "l'élite" de l'époque d'avoir exprimé efficacement ce que vivait la majorité besogneuse et silencieuse, pas plus que je ne pourrais blâmer ceux qui ont bien davantage souffert que profité de cette période de la voir encore aujourd'hui comme une "Grande Noirceur" même s'ils manquent d'objectivité, car pour eux c'est ce qu'elle a été.
Avec le recul, peut-être. Mes parents ont vécu à cette époque. Ils en éprouvent une certaine nostalgie, car les valeurs d'alors avaient du bon: entraide, simplicité, convivialité, joies et peines partagées à plusieurs, soirées passées avec les autres (pas devant la télé ou l'ordi) à parler, chanter, etc. Ils se rappellent les moments difficiles et la pauvreté, mais "tout le monde était pareil" et les riches étaient rares (du moins dans notre bled).
J'écoute ces mères de famille nombreuse parler de leur marmaille et j'ai envie, parfois, de leur demander après lequel elles auraient voulu arrêter d'en avoir... La plupart du temps, ce sont les p'tits derniers qui s'occupent de ces parents vieillissant et de moins en moins autonomes, pas les 2-3 ainés... Étrange, mais vrai. Et édifiant en soi.