Bonjour,
Pierrot2 :
Mon souci était de parvenir à cela, à l'intérieur de son couple, ou, si l'on considère l'extérieur, d'avoir ce souci, pour la cohésion interne de tous les couples. Cette unité ne saurait sans doute se faire que dans les couples catholiques, où les deux nourrissent une foi commune.
Il me semble que c'est là, dans ces cellules familiales, à la fois le défi le plus ambitieux (en ce sens que le plus difficile est de construire avec son plus proche prochain), et le plus facile (en ce sens que le couple homogène dans sa confession de foi est toujours assisté de la présence de NS , selon Mt18,20)
Oui.
Je lisais, par ailleurs, un texte critique de cinéma évoquant l'oeuvre du feu cinéaste Stanley Kubrick. On y parlait du film
Shining. Ne vous rengorgez pas tout de suite. Vous allez comprendre.
Le cinéaste lui-même expliquait comment l'intéressait de traiter la structure dysfonctionnelle du couple à prime abord, et qu'il avait voulu aborder la chose dans le genre de l'horrible. Il fallait y voir une sorte de fable. Une sorte de conte de Grimm, disait-il. Quand c'est l'autre dans le couple qui devient la menace, une puissance d'aliénation. Un petit enfer. Le cinéaste continuait en disant que selon lui il y avait quelque chose de
faussé dans l'être humain. Je crois que Kubrick n'était pas croyant. Mais c'est quand même intéressant de voir comment un incroyant en arrive à devoir confesser lui-même la validité de la doctrine de l'Église à quelque part. Je pense ici au péché originel. Quelque chose de
biaisé ...
Voir ce texte dans les Cahiers du cinéma :
Cahiers
Les deux hommes s'opposaient aussi sur leur conception du mariage. Pour Stephen King, le couple est un refuge alors que Kubrick considérait cette institution comme un enfer. L'hôtel isolé n'est dès lors par différent du salon dans Huis clos de Sartre : un espace duquel nul ne peut s'échapper. «L'enfer c'est les autres», écrit Sartre; dans le film de Kubrick, chaque membre de la tribu familial est un «autre». Kubrick ne s'intéressait guère au surnaturel, sinon comme un outil. Pour le cinéaste, le mal est un attribut consubstantiel à l'homme et Jack Torrance (le personnage) est responsable de ses actes. Il n'a droit à aucune rédemption.
Selon la romancière Diane Johnson, qui adapta le roman avec le cinéaste, «c'était l'ambiance de peur croissante dans la sphère domestique, la haine sous-jacente et réciproque entre le père et le fils» qui l'intriguaient. Une chose l'intéressait par-dessus tout : la raison pour laquelle la situation était terrifiante. «Il y avait là quelque chose de très basique ... une situation archétypale bien plus intéressante que toute cette histoire de fantômes».
Incidemment, la formule employée par Johnson révèle le peu d'intérêt de Kubrick pour le genre horrifique. S'il utilise efficacement un certain nombre de motifs classiques du film d'horreur, leur fonction réelle, une fois mise de côté l'expérimentation ludique, est de camoufler ce qui l'intéressait vraiment : l'énigme du couple, cette entité qui génère une pression telle qu'elle révèle le pire en chacun. Dans un entretien, le cinéaste déclarait : «Il y a par essence quelque chose de biaisé dans la personnalité humaine. Un côté maléfique. L'une des choses que les histoires d'horreur parviennent à faire, c'est nous montrer les archétypes de l'inconscient : on voit alors ce côté obscur sans être obligés de nous y confronter directement.»
Dès le début du film ...
... des séquences intercalées montrent la femme de Jack et leur fils dans l'appartement familial , à Denver. Danny, un enfant perturbé doué de pouvoirs parapsychiques, devine le moment exact ou son père est engagé par le directeur de l'hôtel. Il devient agité. Il ne veut pas vivre «là-bas» et part se réfugier dans la salle de bain ou il discute avec Tony, un ami imaginaire qui vit dans sa bouche. Après avoir eu une vision étrange, il s'évanouit. Un médecin est appelé. Tremblante, Wendy répond à ses questions. Elle révèle ainsi que Jack n'enseigne plus depuis qu'il a été licencié et qu'il a désespérément besoin de ce travail. Il n'a renoncé à l'alcool que récemment, après une crise ou il a frappé son fils si fort qu'il lui a démis l'épaule. A l'évidence terrifiée, Wendy le défend tout de même à contrecoeur. La juxtaposition de ces deux scènes nous alerte sur le véritable sujet du film : le couple.
Shining est structuré en mouvements, séparés par des intertitres. Le premier qui apparaît après le départ du personnel indique : «Un mois plus tard». Il est presque midi mais Jack se réveille tout juste. Sa dégradation physique est frappante, comme s'il avait été drogué. «Il vaudrait mieux que je mettre à écrire», grommelle-t-il quand sa femme lui suggère une promenade. Aussitôt, on comprend que cet homme n'est pas un écrivain. Sa «panne d'inspiration» vient peut-être de ce qu'il s'obstine dans le fantasme romantique d'être un auteur. Il s'est fixé un but inaccessible, impression renforcée quand on entre là ou il a installé son bureau. Il lance une balle contre le mur, encore et encore. La machine à écrire reste inutilisée.
Quelques jours plus tard, il explose quand Wendy vient le prévenir d'une tempête de neige. «Fous le camp d'ici !» Les scènes qui suivent décrivent ce qui serait aujourd'hui analysé comme du harcèlement et se révèlent pénibles à regarder. Sans aucune justification, le comportement du mari devient de plus en plus hostile et menaçant envers sa femme. Nicholson admit qu'il avait exhumé quelques répliques d'une période ancienne de sa vie, quand il était marié et s'emportait contre son épouse si elle osait l'interrompre pendant qu'il écrivait.
et
L'une des scènes les plus glaçantes du film survient peu après que Wendy et Danny se sont installés dans le «bureau» pour ne pas déranger Jack qui dort dans leur appartement. Danny retourne dans sa chambre pour prendre un jouet et découvre son père assis sur son lit, prostré, Son apparence est effrayante mais, d'une douce voix, il demande à son fils de venir s'asseoir sur ses genoux. Cet élan de tendresse est un leurre. Alors qu'il sait combien Danny est malheureux , Jack lui demande s'il s'amuse. Apeuré, l'enfant répond «oui» puis demande à son père s'il aime cet hôtel. «Je l'adore [...] Je veux que tu te plaises ici. Je voudrais qu'on puisse y rester à jamais ...» Cette réponse cruelle amène Danny à verbaliser la peur qui hante son esprit : .«Tu nous ferais jamais mal, à maman et à moi ?»
Quelque chose de détraqué dans la relation ...
Mais comparons tout ce synopsis de
Shining avec ce qu'a pu écrire un auteur jésuite du nom de Pierre van Breemen dans
Je t'ai appelé par ton nom.
Pierre van Breemen
Le péché peut être considéré à deux niveaux, et ses effets sont le plus immédiatement tangibles : calomnier, voler, etc. Ces péchés concrets, cependant, ne sont que les conséquences d'un péché plus radical, qui est de se blinder contre l'amour de Dieu. Concrètement, nous pouvons dire que tout péché est une tentative pour combler un vide ressenti dans notre vie; au niveau plus profond, nous comprenons pourtant que ce vide n'a aucune raison d'être. Dieu est assez grand pour remplir mon coeur et le remplir à plein bord. On pourrait dire que les hommes sont comme des plantes qui auraient le pouvoir de décider si elles vont ou non se tourner vers le soleil. En fait, une plante se tournera toujours vers le soleil [...] Mais quant à nous, nous pouvons décider de nous tourner vers le soleil pour en recevoir la lumière ou de nous en détourner et, de ce fait, devenir stériles.
Nous ferions bien de ne pas considérer le péché sous son seul aspect concret, comme un problème moral, mais davantage comme un égarement fondamental :
l'enchaînement au superficiel et aux apparences, à tel point que la personne n'est plus ouverte à ce qui est au-delà. Quand l'amour n'atteint plus l'intime de mon coeur, le monde extérieur devient une menace. Les personnes et les circonstances qui m'entourent ne me donnent pas suffisamment d'espace. Je les ressens comme oppressantes, menaçantes et aliénantes, non parce qu'en soi elles seraient néfastes, mais parce que tout au fond de moi quelque chose est faussé. C'est ici que se trouve la racine du mal.
Dès que le monde devient pour moi une menace, je me tiens sur la défensive, je deviens même agressif et, dans la lutte qui s'ensuit, je commets beaucoup de fautes. Ce sont là les péchés concrets.
Lorsque j'oppose ce grand refus, je ruine en même temps ma propre existence. Cela se comprend, puisque Dieu est le fondement le plus profond de mon être. Le péché est de ce fait une autodestruction.
«La chair tend vers la mort, mais l'Esprit tend vers la vie et la paix» (Rm 8,6)
Des expressions telles que : «Je ne me comprends pas moi-même; j'ai l'impression de jouer un rôle; si seulement ils savaient», et ainsi de suite, montrent combien la culpabilité nous déchire, fait éclater notre personnalité.
«En effet, je ne comprends pas ce que j'accomplis, car ce que je voudrais faire, ce n'est pas ce que je réalise; mais ce que je déteste, c'est cela que je fais ... Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas.» (Rm 7,15)
Il se produit une désintrégation de ma personnalité qui m'entraîne au loin. Étranger à Dieu, je deviens aussi étranger à moi-même. Il est évident que de cette façon je me fais du tort, mais également que mes relations avec les autres se détériorent.
P. van Breemen, «Le refus de se laisser aimer», p. 72 dans
Je t'ai appelé par ton nom