La beauté selon Hans Urs von Balthasar dans la gloire et la croix
Introduction
La beauté révèle le lien profond entre le vrai et le bien : elle en cerne le double visage, inséparablement liés. Chez les Grecs, la beauté surgit de manière soudaine, comme une rupture ou un choc. Elle bouleverse et transforme, souvent marquée par la colère sacrée, car elle ouvre sur le royaume des puissances invisibles.
Dans une perspective chrétienne, la croix, par son axe vertical, nous relie au « Tu divin », ce lien personnel que Dieu avait offert à Adam. La beauté devient alors non pas le salut lui-même, mais ce qui est sain, plein, lumineux, paisible, authentique — comme la musique pure de Mozart. Elle est déjà une anticipation du bonheur éternel promis par Dieu.
Mais le beau ne peut être capturé ou fixé : celui qui tente de l’enfermer le voit disparaître, car il contient quelque chose de l’infini de Dieu.
La beauté en Christ
En Jésus-Christ, qui est la figure parfaite du Dieu invisible, il y a une vraie intériorité qui se donne : une union de l’âme et du corps, une parole libre, une lumière qui s’adresse à nous. La beauté de Dieu se manifeste en lui comme une liberté totale — comme le disait Schelling — car elle est la liberté même de Dieu qui s’incarne.
Et pourtant, cette beauté a une dimension morale : elle nous appelle à la conversion, à un changement radical de vie. C’est ce que saint Paul a vécu et annoncé.
L’éros divin et la nature transformée
Il nous faut retrouver l’élan d’amour divin, cet « éros » de Dieu qui, dans une extase d’amour, sort de lui-même pour créer, s’incarner, mourir sur la croix, et ressusciter.
Déjà Rousseau percevait que Dieu, en créant la nature, y avait déposé sa proximité. Être proche de la nature, c’est donc, en un sens, être proche de Dieu. Poésie et Écriture se rejoignent. Chateaubriand montrait que la nature, belle mais incomplète, appelle le surnaturel : le Christ vient la combler — par la rédemption, la foi, l’espérance, la charité, la loi morale et la doctrine sur la condition déchue de l’homme. C’est le « oui » marial, réponse de l’humanité au don de Dieu.
Perfection et mystère du Christ
La perfection classique cherche à embrasser la profondeur ; la perfection romantique la dépasse. En Jésus-Christ, les deux s’unissent.
Les romantiques voyaient dans la nuit le mystère divin, et dans le jour la sensibilité humaine. Or, c’est justement dans cette union du sensible et du spirituel que Dieu se révèle. Le Christ manifeste cette double nature — divine et humaine. Comme Yahvé entouré de ténèbres, ou comme Samson détruisant les colonnes du temple, le mystère de Dieu mêle ténèbres et lumière : un Orient voilé et un Occident lumineux, sans que l’un soit supérieur à l’autre.
La beauté révélée dans la croix
Le Christ est l’image du fou humilié, dont la lumière finira par se répandre sur toute la terre. Celui qui refuse la beauté risque bientôt de ne plus savoir prier.
La beauté est un signe, qu’on retrouve même dans l’amour humain des époux — bien faible en comparaison de l’amour de Dieu — et surtout dans la vie des saints. Elle est contemplation : une contemplation esthétique, mais aussi spirituelle, qui initie à une lumière eschatologique, un avant-goût du Royaume.
Les Pères de l’Église et la lumière du salut
Les Pères de l’Église ont chacun transmis un aspect de cette beauté :
Origène : l’esprit de la lettre et son éclat intérieur.
Irénée : le sens de l’économie du salut.
Hilaire de Poitiers : l’unité de l’Église — morale, sacramentelle et institutionnelle.
Léon le Grand : l’harmonie suprême exprimée dans la liturgie.
Évagre le Pontique : la lumière et la vérité de l’âme purifiée par la foi.
La tradition contemplative et esthétique grecque a laissé une empreinte forte sur la Bible : dans les psaumes, Job, les proverbes, le Cantique des cantiques, l’Ecclésiaste, l’Ecclésiastique et la Sagesse de Salomon.
Une théologie de la beauté
Pour Karl Barth, Dieu éveille par la complaisance, crée le désir et comble par la joie : il est le Dieu aimable et digne d’être aimé.
Hegel voyait dans la Trinité une dynamique : le Père (identité), le Fils (non-identité, dans l’abandon de la croix), et l’Esprit-Saint (réconciliation des deux dans l’amour).
Le Christ, par sa passion et sa résurrection, embrasse tout ce que nous trouvons beau, mais aussi tout ce que nous jugeons laid, douloureux, dans nos vies. L’incarnation opère une inversion radicale : le Rédempteur se fait racheté, portant nos péchés gratuitement pour nous sauver.
Le « daïmon » du beau, c’est-à-dire l’esprit qui le porte, doit être trinitaire : enraciné dans la relation d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit.
Conclusion
Dieu donne la douceur et le désir d’avancer, comme l’épouse va vers l’Agneau. La croix et la résurrection sont toutes deux rédemptrices. Dans le baptême, l’Esprit Saint est infusé en nous : c’est le commencement de cette beauté divine, mystérieuse, que rien dans le monde ne peut offrir.
Mais alors, quel « beau » suivrons-nous ? Celui de Dieu ou celui de Satan ? C’est sous le regard même de Dieu que ce discernement devient possible.
Urs von Balthazar : la gloire et la croix, mon résumé de l'introduction
Règles du forum
Forum de discussions entre chrétiens sur les questions de théologie dogmatique
Forum de discussions entre chrétiens sur les questions de théologie dogmatique
-
nicolascroix
- Ædilis

- Messages : 21
- Inscription : ven. 31 janv. 2025, 17:15
- Conviction : catholique
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 9 invités