Bonjour
Depuis le 19 ème siècle, bon nombre d'intellectuels catholiques - surtout préconciliaires - se sont acharnés sur la philosophie de Kant. Connaissant peu de chose à cette dernière, je voulais savoir quelles sont les raisons précises de cette opposition. Qu'est-ce que, d'un point de vue catholique, on peut lui reprocher ?
Question "débile", mais réponse technique appréciée...
Amicalement
MB
Kant et le christianisme : question de candide
Re: Kant et le christianisme : question de candide
Ok merci...
Alors je me demande si, en fait, nous sommes tous kantiens sans le savoir (enfin, je parle de moi) : est-ce la raison pour laquelle un discours métaphysique ne nous fait rien ?
Est-ce aussi la raison pour laquelle, quand on entend des arguments de type théologique, mystique, symbolique (j'emploie ces mots faute de mieux, je donnerai des exemples s'il le faut), ça ne "paraît" pas convaincant, ça n'emporte au mieux qu'une adhésion formelle, du bout des lèvres ?
J'ai eu par exemple ici même, il y a un an, une discussion - encore une sur ce sujet ! - sur la manière catholique d'envisager la vie intime :
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 7&start=15
Mon interlocuteur, Olivier JC, disait des choses vraiment très intéressantes (dans la lignée d'une argumentation vraiment théologique), et honnêtement, possédant tout ce qu'il fallait pour emporter l'adhésion. Pourtant, il ne me "parle" toujours pas, car on n'arrive pas à voir dans la vie pratique, celle que nous menons tous les jours, les liens profonds qu'il évoquait. C'est comme si son discours sur la chose - très fin et humaniste par ailleurs - ne restait que du discours, de la parole qui au fond pourrait être remplacée par une autre parole, sans rien changer au réel.
Je ne suis pas très clair, et il est assez pénible de devoir reprendre toute une discussion précédente et ancienne ; peut-être ne me fais-je pas comprendre. En tout cas il me semble qu'il y a là une impression (au sens de quelque chose qu'on imprime) nettement kantienne, si j'ai bien compris ce que cela veut dire. Me trompé-je ?
Amicalement
MB
Alors je me demande si, en fait, nous sommes tous kantiens sans le savoir (enfin, je parle de moi) : est-ce la raison pour laquelle un discours métaphysique ne nous fait rien ?
Est-ce aussi la raison pour laquelle, quand on entend des arguments de type théologique, mystique, symbolique (j'emploie ces mots faute de mieux, je donnerai des exemples s'il le faut), ça ne "paraît" pas convaincant, ça n'emporte au mieux qu'une adhésion formelle, du bout des lèvres ?
J'ai eu par exemple ici même, il y a un an, une discussion - encore une sur ce sujet ! - sur la manière catholique d'envisager la vie intime :
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 7&start=15
Mon interlocuteur, Olivier JC, disait des choses vraiment très intéressantes (dans la lignée d'une argumentation vraiment théologique), et honnêtement, possédant tout ce qu'il fallait pour emporter l'adhésion. Pourtant, il ne me "parle" toujours pas, car on n'arrive pas à voir dans la vie pratique, celle que nous menons tous les jours, les liens profonds qu'il évoquait. C'est comme si son discours sur la chose - très fin et humaniste par ailleurs - ne restait que du discours, de la parole qui au fond pourrait être remplacée par une autre parole, sans rien changer au réel.
Je ne suis pas très clair, et il est assez pénible de devoir reprendre toute une discussion précédente et ancienne ; peut-être ne me fais-je pas comprendre. En tout cas il me semble qu'il y a là une impression (au sens de quelque chose qu'on imprime) nettement kantienne, si j'ai bien compris ce que cela veut dire. Me trompé-je ?
Amicalement
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gerardh
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Re: Kant et le christianisme : question de candide
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Bonjour,
J'avais entendu dire (sans toutefois le vérifier) que Kant était mort chrétien. Qu'en est-il ?
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Bonjour,
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Re: Kant et le christianisme : question de candide
Bonjour,
J'attendais moi aussi des précisions sur Kant, et celles du bon Seb sont les bienvenues. Je ne connais qu'assez indirectement la philosophie Kantienne. Ce que j'en ai compris c'est un transcendantalisme absolu. Je vais peut-être me faire houspiller par des pros de la philo, mais selon moi, transposé à la religion, le transcendantalisme de Kant nous donnerait l'Islam. Dans sa philosophie, l'absolu est inconnaissable, la transcendance est de fait une rupture entre les natures qui empêche leur connaissance mutuelle, du moins celle du créateur par la créature. Côté moral, de ce que j'en ai compris, le principe de l'impératif catégorique développé par Kant est à rapprocher du pharisaïsme. Les fondements de la morale sont dans cette transcendance, ne nous sont pas intelligible et s'imposent donc à nous comme impératifs, sans que nous n'ayons d'autre choix que d'y obéir, en dernier lieu, aveuglément.
Il faut m'arrêter si je dis des bétises, mais j'ai toujours compris la métaphysique de Kant comme une négation de la grâce, donc de l'incarnation qui en est la parfaite figure.
D'abord, être véritablement rationnel demande de croire, car cela pose comme axiome que la rationalité est critère de vérité/de discernement. Ca parait tellement évident qu'on ne remet jamais en cause cet axiome. C'est pourtant ce qu'a fait Nietzsche à sa manière. Croire à la raison est un acte de foi, en quelques sortes. C'est aussi un bon moyen d'éviter de sombrer dans la folie.
Maintenant vous pouvez avoir envie d'adhérer profondément à un raisonnement qui vous semble juste, mais quelque chose en vous fait obstacle. J'ai l'exemple de ma maman qui est athée, qui s'intéresse légèrement à la philo, et avec qui j'ai déjà usé des raisonnements métaphysiques à la Saint Thomas d'Aquin. En tout point, sur le plan de la raison, elle était alors convaincu de l'existence de Dieu, comme si elle le voyait écrit sous la forme 2+2=4. Mais elle me disait : "pourtant je ne sais pas pourquoi, mais je n'arrive pas à y croire".
La raison traduit et valide les données pour notre intelligence, mais notre intelligence (notre coeur, comme disaient les anciens) doit alors être ouverte, par l'action de la grâce, pour accueillir la connaissance. Si nous la fermons, nous ne pouvons accueillir cette connaissance, si rationnelle soit-elle. Le mieux, face à une contradiction profonde, c'est de bien poser et décortiquer les arguments, les données, etc...
Il y a quelques mois, j'ai confié à mon directeur spirituel mon mal être par rapport à des débats notamment à propos des idées sédévacantistes, des personnes comme il y en a sur ce forum, qui vous mettent en opposition les papes les uns avec les autres, etc... Je lui disais que c'était affreux parce que dans mon discernement j'ai cette règle d'humilité et d'obéissance qui fait que si je doute, reconnaissant que ma capacité à raisonner a ses limites, défaut de comprendre, je peux commencer par croire. C'est ce que nous enseigne Saint Augustin, notamment. Je peux donc compter sur l'Eglise du Christ pour m'éclairer. Non pas que je croies aveuglément, comme il est question dans ce que j'indique de Kant, mais je crois d'abord, m'ouvrant ainsi à la grâce, par laquelle la vérité pourra alors entrer dans mon coeur, donc pour comprendre ensuite. J'ai foi dans l'Eglise pour cela. Et je faisais remarquer que ce qu'on pouvait me faire de pire, c'était de démontrer que l'Eglise (pas juste une personne dedans, l'Eglise en tant que corps du Christ) s'était trompé, ne serait-ce qu'une fois, ou que nous serions actuellement des brebis sans berger, comme le pensent les sédévacantistes. Pour moi c'est le vrai désespoir qui pointe dans ce cas. Je lui ai dit que je m'étais que j'avais total confiance dans la raison, mais que cette fois, je préférais croire que je souffrais d'une cécité intellectuelle me cachant une erreur logique, plutôt que de remettre en cause mon Eglise, sans qui je serai de toute façon à la dérive. Mon directeur spirituel m'a répondu que je faisais l'expérience de la vrai foi, ou de ce qu'on appelle parfois "nuit de la foi" : le moment où on n'a plus aucune certitude, où notre intelligence est complètement déstabilisée, mais où nous continuons à respecter ces vertus d'humilité et d'obéissance aux apôtres du Christ qui nous guident dans le désert. L'important n'est plus de juger soi-même si notre berger est dans la vérité (ce qui nous donnerait la raison de le suivre) ou pas, mais de faire totalement confiance à Dieu, et de croire qu'en nous abandonnant totalement à sa grâce, en nous abandonnant nous-même par l'obéissance fidèle à son Eglise, nous rendons alors témoignage à la Vérité, et que si toutefois notre berger devait être dans l'erreur, la grâce ferait alors éclater la Vérité.
Entre ça et la morale de Kant, il n'y a que peu de différence, sinon que pour Kant cet aveuglement semble une généralité, voire une fatalité. Alors que dans le christianisme c'est une épreuve temporaire pour la foi, destinée à nous ouvrir à une connaissance véritable, éclatante. Simplement, le Seigneur nous enseigne, en plus de la Vérité, ce qu'il faut pour l'accueillir. Et ce qu'il faut bien souvent pour accueillir la vérité, c'est de savoir abandonner son jugement personnel. Ainsi chez Kant, le risque, étant aveugle, est de croire les "mauvaises choses". Car si il faut croire pour comprendre, il faut aussi comprendre pour (bien) croire (lisez Fides et Ratio). Grâce à Dieu, les rares fois où votre jugement personnel entrerait en contradiction avec la foi chrétienne, vous déploieriez tous les efforts possibles pour lever cette contradiction par la raison, mettant en évidence toutes les incompréhensions et les malentendus. Et si d'aventure ces efforts demeuraient un échec, alors vous subiriez l'épreuve de l'abandon de votre propre jugement, pour vous en remettre, le temps de l'épreuve et du discernement, au jugement des serviteurs du Christ, peut-être en attendant que quelqu'un d'autre ne lève la contradiction pour vous. Il faut parfois cela pour faire éclater la vérité dans notre coeur.
La difficulté pour nous, parfois, d'accueillir la vérité, doit nous inviter à réfléchir à la manière dont nous annonçons à nos frères, la vérité de l'évangile : faisons-nous ce qu'il faut pour la communiquer de manière à ce qu'elle soit comprise, ou nous contentons-nous de dire en laissant à celui qui entend l'entière responsabilité de comprendre et d'accepter ? Réflexion sur la pédagogie, à laquelle nous a déjà invité Benoit XVI.
J'attendais moi aussi des précisions sur Kant, et celles du bon Seb sont les bienvenues. Je ne connais qu'assez indirectement la philosophie Kantienne. Ce que j'en ai compris c'est un transcendantalisme absolu. Je vais peut-être me faire houspiller par des pros de la philo, mais selon moi, transposé à la religion, le transcendantalisme de Kant nous donnerait l'Islam. Dans sa philosophie, l'absolu est inconnaissable, la transcendance est de fait une rupture entre les natures qui empêche leur connaissance mutuelle, du moins celle du créateur par la créature. Côté moral, de ce que j'en ai compris, le principe de l'impératif catégorique développé par Kant est à rapprocher du pharisaïsme. Les fondements de la morale sont dans cette transcendance, ne nous sont pas intelligible et s'imposent donc à nous comme impératifs, sans que nous n'ayons d'autre choix que d'y obéir, en dernier lieu, aveuglément.
Il faut m'arrêter si je dis des bétises, mais j'ai toujours compris la métaphysique de Kant comme une négation de la grâce, donc de l'incarnation qui en est la parfaite figure.
D'abord, être véritablement rationnel demande de croire, car cela pose comme axiome que la rationalité est critère de vérité/de discernement. Ca parait tellement évident qu'on ne remet jamais en cause cet axiome. C'est pourtant ce qu'a fait Nietzsche à sa manière. Croire à la raison est un acte de foi, en quelques sortes. C'est aussi un bon moyen d'éviter de sombrer dans la folie.
Maintenant vous pouvez avoir envie d'adhérer profondément à un raisonnement qui vous semble juste, mais quelque chose en vous fait obstacle. J'ai l'exemple de ma maman qui est athée, qui s'intéresse légèrement à la philo, et avec qui j'ai déjà usé des raisonnements métaphysiques à la Saint Thomas d'Aquin. En tout point, sur le plan de la raison, elle était alors convaincu de l'existence de Dieu, comme si elle le voyait écrit sous la forme 2+2=4. Mais elle me disait : "pourtant je ne sais pas pourquoi, mais je n'arrive pas à y croire".
La raison traduit et valide les données pour notre intelligence, mais notre intelligence (notre coeur, comme disaient les anciens) doit alors être ouverte, par l'action de la grâce, pour accueillir la connaissance. Si nous la fermons, nous ne pouvons accueillir cette connaissance, si rationnelle soit-elle. Le mieux, face à une contradiction profonde, c'est de bien poser et décortiquer les arguments, les données, etc...
Il y a quelques mois, j'ai confié à mon directeur spirituel mon mal être par rapport à des débats notamment à propos des idées sédévacantistes, des personnes comme il y en a sur ce forum, qui vous mettent en opposition les papes les uns avec les autres, etc... Je lui disais que c'était affreux parce que dans mon discernement j'ai cette règle d'humilité et d'obéissance qui fait que si je doute, reconnaissant que ma capacité à raisonner a ses limites, défaut de comprendre, je peux commencer par croire. C'est ce que nous enseigne Saint Augustin, notamment. Je peux donc compter sur l'Eglise du Christ pour m'éclairer. Non pas que je croies aveuglément, comme il est question dans ce que j'indique de Kant, mais je crois d'abord, m'ouvrant ainsi à la grâce, par laquelle la vérité pourra alors entrer dans mon coeur, donc pour comprendre ensuite. J'ai foi dans l'Eglise pour cela. Et je faisais remarquer que ce qu'on pouvait me faire de pire, c'était de démontrer que l'Eglise (pas juste une personne dedans, l'Eglise en tant que corps du Christ) s'était trompé, ne serait-ce qu'une fois, ou que nous serions actuellement des brebis sans berger, comme le pensent les sédévacantistes. Pour moi c'est le vrai désespoir qui pointe dans ce cas. Je lui ai dit que je m'étais que j'avais total confiance dans la raison, mais que cette fois, je préférais croire que je souffrais d'une cécité intellectuelle me cachant une erreur logique, plutôt que de remettre en cause mon Eglise, sans qui je serai de toute façon à la dérive. Mon directeur spirituel m'a répondu que je faisais l'expérience de la vrai foi, ou de ce qu'on appelle parfois "nuit de la foi" : le moment où on n'a plus aucune certitude, où notre intelligence est complètement déstabilisée, mais où nous continuons à respecter ces vertus d'humilité et d'obéissance aux apôtres du Christ qui nous guident dans le désert. L'important n'est plus de juger soi-même si notre berger est dans la vérité (ce qui nous donnerait la raison de le suivre) ou pas, mais de faire totalement confiance à Dieu, et de croire qu'en nous abandonnant totalement à sa grâce, en nous abandonnant nous-même par l'obéissance fidèle à son Eglise, nous rendons alors témoignage à la Vérité, et que si toutefois notre berger devait être dans l'erreur, la grâce ferait alors éclater la Vérité.
Entre ça et la morale de Kant, il n'y a que peu de différence, sinon que pour Kant cet aveuglement semble une généralité, voire une fatalité. Alors que dans le christianisme c'est une épreuve temporaire pour la foi, destinée à nous ouvrir à une connaissance véritable, éclatante. Simplement, le Seigneur nous enseigne, en plus de la Vérité, ce qu'il faut pour l'accueillir. Et ce qu'il faut bien souvent pour accueillir la vérité, c'est de savoir abandonner son jugement personnel. Ainsi chez Kant, le risque, étant aveugle, est de croire les "mauvaises choses". Car si il faut croire pour comprendre, il faut aussi comprendre pour (bien) croire (lisez Fides et Ratio). Grâce à Dieu, les rares fois où votre jugement personnel entrerait en contradiction avec la foi chrétienne, vous déploieriez tous les efforts possibles pour lever cette contradiction par la raison, mettant en évidence toutes les incompréhensions et les malentendus. Et si d'aventure ces efforts demeuraient un échec, alors vous subiriez l'épreuve de l'abandon de votre propre jugement, pour vous en remettre, le temps de l'épreuve et du discernement, au jugement des serviteurs du Christ, peut-être en attendant que quelqu'un d'autre ne lève la contradiction pour vous. Il faut parfois cela pour faire éclater la vérité dans notre coeur.
La difficulté pour nous, parfois, d'accueillir la vérité, doit nous inviter à réfléchir à la manière dont nous annonçons à nos frères, la vérité de l'évangile : faisons-nous ce qu'il faut pour la communiquer de manière à ce qu'elle soit comprise, ou nous contentons-nous de dire en laissant à celui qui entend l'entière responsabilité de comprendre et d'accepter ? Réflexion sur la pédagogie, à laquelle nous a déjà invité Benoit XVI.
Site : http://www.pneumatis.net/
Auteur : Notre Père, cet inconnu, éd. Grégoriennes, 2013
Auteur : Notre Père, cet inconnu, éd. Grégoriennes, 2013
Re: Kant et le christianisme : question de candide
Avé Pneumatis
Je vous cite :
Certains y verront de la crainte, de la mauvaise foi, du peu de foi, etc., mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Je crois que dans la conformation de nos esprits contemporains, il y a une charpente, il y a une conformation générale, qui nous empêche de faire le pas supplémentaire, qui nous empêche de "sentir" de façon absolument convaincue que cette voie est la bonne. Ayant entendu un discours de vérité, nous ne modelons pas sur lui notre façon de vivre, car nous ne voyons pas le lien concret.
Pour être un peu cuistre, je dirais que nous sommes dans une epistémé - au sens de M. Foucault - c'est-à-dire une structure générale du cadre de raisonnement et de pensée, qui tout simplement ne nous donne pas les moyens d'accéder à une pleine compréhension des enjeux de la spiritualité chrétienne. Nous - enfin moi - n'avons pas les outils nécessaires, et je me demande si cela ne provient pas de cette "distance" que vous évoquiez au sujet de Kant.
En passant, je n'ai rien à redire sur ce que vous avez exposé des problèmes de compréhension par la foi et la raison ; et c'est cela qui fait le problème des ennemis de l'Eglise, car bien souvent, par le fait qu'il méprisent d'entrée de jeu les données de la foi, ils ne veulent pas chercher à comprendre !
Amicalement
MB
(*) [PS, précision au passage : dans le débat auquel je faisais allusion, je disais à Oliver JC que j'acceptais volontiers la validité des argumentations de l'Eglise en ce qui concerne les données profondes de la vie du couple, de l'ouverture à la vie, etc., mais que quelque chose m'empêchait d'être convaincu. En l'espèce, j'expliquais que si je voyais bien où était le problème dans le principe même de la contraception, je ne voyais pas pour autant où était le mal - mais ne dévions pas la conversation, il y a déjà eu assez de fils sur ce sujet !]
Je vous cite :
Je suis bien content que vous m'ayez compris... au moins je n'ai pas été si obscur que je le craignais ! Le cas d'espèce que vous citez, en parlant de votre mère, ne me concerne pas, mais c'est exactement ce mécanisme-là (*); dans le domaine spirituel, on voit là où est l'enchaînement le plus logique des faits et des arguments, on devine que la bonne direction est plus ou moins là, mais on ne veut pas s'y engager.Maintenant vous pouvez avoir envie d'adhérer profondément à un raisonnement qui vous semble juste, mais quelque chose en vous fait obstacle. J'ai l'exemple de ma maman qui est athée, qui s'intéresse légèrement à la philo, et avec qui j'ai déjà usé des raisonnements métaphysiques à la Saint Thomas d'Aquin. En tout point, sur le plan de la raison, elle était alors convaincu de l'existence de Dieu, comme si elle le voyait écrit sous la forme 2+2=4. Mais elle me disait : "pourtant je ne sais pas pourquoi, mais je n'arrive pas à y croire".
La raison traduit et valide les données pour notre intelligence, mais notre intelligence (notre coeur, comme disaient les anciens) doit alors être ouverte, par l'action de la grâce, pour accueillir la connaissance. Si nous la fermons, nous ne pouvons accueillir cette connaissance, si rationnelle soit-elle. Le mieux, face à une contradiction profonde, c'est de bien poser et décortiquer les arguments, les données, etc...
Certains y verront de la crainte, de la mauvaise foi, du peu de foi, etc., mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Je crois que dans la conformation de nos esprits contemporains, il y a une charpente, il y a une conformation générale, qui nous empêche de faire le pas supplémentaire, qui nous empêche de "sentir" de façon absolument convaincue que cette voie est la bonne. Ayant entendu un discours de vérité, nous ne modelons pas sur lui notre façon de vivre, car nous ne voyons pas le lien concret.
Pour être un peu cuistre, je dirais que nous sommes dans une epistémé - au sens de M. Foucault - c'est-à-dire une structure générale du cadre de raisonnement et de pensée, qui tout simplement ne nous donne pas les moyens d'accéder à une pleine compréhension des enjeux de la spiritualité chrétienne. Nous - enfin moi - n'avons pas les outils nécessaires, et je me demande si cela ne provient pas de cette "distance" que vous évoquiez au sujet de Kant.
En passant, je n'ai rien à redire sur ce que vous avez exposé des problèmes de compréhension par la foi et la raison ; et c'est cela qui fait le problème des ennemis de l'Eglise, car bien souvent, par le fait qu'il méprisent d'entrée de jeu les données de la foi, ils ne veulent pas chercher à comprendre !
Amicalement
MB
(*) [PS, précision au passage : dans le débat auquel je faisais allusion, je disais à Oliver JC que j'acceptais volontiers la validité des argumentations de l'Eglise en ce qui concerne les données profondes de la vie du couple, de l'ouverture à la vie, etc., mais que quelque chose m'empêchait d'être convaincu. En l'espèce, j'expliquais que si je voyais bien où était le problème dans le principe même de la contraception, je ne voyais pas pour autant où était le mal - mais ne dévions pas la conversation, il y a déjà eu assez de fils sur ce sujet !]
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