par ti'hamo » jeu. 14 janv. 2010, 15:21
. Tout de même, je me permets de noter une chose qu'on a laissé de côté : que ce soit vous-même, Muirgeal, quand vous en faisiez la remarque, ou bien les personnes dont vous faites mention qui se détournent de l'Église ou ne s'y intéressent pas, toutes partent de ce point :
une mauvaise impression.
Que ce soit pour se dire "l'église me donne l'impression de... donc je la quitte" ou pour dire "l'église devrait arrêter de donner l'impression que...", il y a là un point commun : l'impression posée comme un fait établi.
En effet, dans tous ces cas, on commence par dire "l'église donne l'impression de", et ensuite seulement on raisonne à partir de cela, posé comme un fait - que devrait-elle changer, dire, faire, etc.
Cette impression est donc présentée comme un fait de l'église : c'est l'église qui "donne l"impression".
Et il ne vient visiblement à l'idée d'aucune de ces personnes de se dire "'J'AI l'impression que", de se dire que cette impression vient d'eux-mêmes.
Il me semble que c'est, normalement, le chemin logique : ayant une impression, on vérifie d'abord cette impression, on cherche d'où elle vient.
Or, là, cette impression est posée comme un fait, dont l'église est entièrement responsable, et on part de là pour savoir quoi changer à l'église. Au lieu de commencer par mettre en doute sa propre impression, se dire qu'elle vient d'abord de nous, à partir de faits extérieurs, et s'efforcer de déterminer d'où elle nous vient.
Cela me semble révélateur :
. d'une part, d'une prééminence du sentiment sur la raison. Cette attitude revient bien à partir du principe présupposé, même pas formulé, considéré comme acquis, que nos impressions subjectives sont vraies, sont forcément justes, et à en faire le fondement de nos jugements.
. d'autre part, de la mentalité individualiste de notre époque : partout en effet, nous sommes encouragés à donner ainsi la prééminence à nos "impressions". Après tout, c'est un peu le moteur de notre monde de surconsommation : le point primordial est de "faire bonne impression" pour caser son produit ; c'est même ainsi que tourne la politique, désormais.
Le citoyen, consommateur, donc, est de toute part flatté et encouragé à faire part de ses impressions, à se pencher sur ses impressions, à donner son sentiment, pour que tel produit ou programme soit changer, modifié, retoqué, pour mieux s'adapter à son sentiment ; pour lui faire meilleure impression.
Pas étonnant, donc, qu'on retrouve systématiquement ce mode de "raisonnement" fonctionnant maintenant de manière réflexe, automatique : spontanément, on se demande quelle impression cela nous fait, si cela nous plaît ou non,
sans jamais passer par la case "raisonnement", "étude", "connaissance de la chose jugée".
Cela n'est pas, en soi, une spécificité de notre époque : c'est un défaut humain, qui s'enracine dans notre orgueil (puisque cela revient à partir du principe que nos impressions sont forcément la vérité et que c'est aux autres de se justifier, de s'adapter, et de faire des efforts) et notre égoïsme (puisque cela revient à se demander avant tout ce qui nous agrée, nous sied, nous fait plaisir, et nous arrange).
. D'ailleurs, c'était déjà le cas du temps de Jésus : on voit qu'à certains moments il est suivi par une grande foule... mais quelques chapitres plus loin, certains s'en vont parce qu'il a dit "celui qui ne mange pas de ma chair n'aura pas part à la vie éternelle" et qu'ils ont alors eu l'impression que c'était un cinglé qui demandait n'importe quoi.
À noter que ce qui caractérise les disciples fidèles et les apôtres, ce n'est pas de n'avoir pas de mauvaises impressions, puisque, par exemple, quand Jésus leur explique son idée du mariage, ils font remarquer que "si telle est la condition de l'homme vis-à-vis de la femme, alors ça vaut pas le coup de se marier".
Ou encore, quand il leur présente les difficultés qu'il y a à être sauvés, ils font remarquer que si c'est comme ça, alors personne ne peut être sauvé (à quoi Jésus répond qu'effectivement personne ne peut se sauver, puisque c'est Dieu seul qui sauve...)
Ce qui caractérise les disciples fidèles, donc, c'est de continuer malgré tout à suivre Jésus, en essayant de le comprendre. Souvent, ils comprennent après coup, d'ailleurs.
(cf. la résurrection).
. Tout ça pour dire que le "l'église donne l'impression de..." est déjà, en soi, un mauvais point de départ, puisque bâti sur des présupposés instinctifs faux, qui s'enracinent dans notre orgueil et notre égoïsme, et sont fortement encouragés et renforcés dans notre société.
Je ne dis pas qu'il faille répondre cela tout le monde ("reviens quand tu auras les bonnes questions, petit scarabée", sûr que c'est un peu lourd à la longue), mais je trouve important d'en prendre conscience, nous, ici.
. Il me semble donc qu'on peut en tirer ceci :
. D'une part, on voit que Jésus a à faire à des attitudes analogues, or pour autant il ne change pas son discours, son langage, ni son message.
De la même manière, on n'a pas à se soumettre au diktat des "impressions" de tel ou tel, en changeant le message.
. D'autre part, on ne peut pas faire comme si cette "mauvaise impression" était un obstacle de bonne foi dans une démarche de personnes de bonne volonté. Puisque cela vient de notre tendance à tout soumettre au diktat de nos impressions et de nos sentiments, alors partir par là reviendrait de fait à chercher à retoquer telle religion pour la faire correspondre aux attentes de telle personne.
C'est tout différent de l'attitude de Jésus et des saints qui consiste effectivement à venir jusqu'à la personne, se mettre à son niveau et parler son langage, mais pour dire, toujours, la même chose.
Je ne dis pas qu'il s'agisse de personnes de mauvaise foi. Je dis que cette partie là de leur discours n'est pas dictée par la bonne foi et la bonne volonté, qu'il ne faut pas encourager cette tendance en eux (en nous), et qu'il faut donc arriver à glisser sur un autre terrain d'approche.
. Tout de même, je me permets de noter une chose qu'on a laissé de côté : que ce soit vous-même, Muirgeal, quand vous en faisiez la remarque, ou bien les personnes dont vous faites mention qui se détournent de l'Église ou ne s'y intéressent pas, toutes partent de ce point :
une mauvaise impression.
Que ce soit pour se dire "l'église me donne l'impression de... donc je la quitte" ou pour dire "l'église devrait arrêter de donner l'impression que...", il y a là un point commun : l'impression posée comme un fait établi.
En effet, dans tous ces cas, on commence par dire "l'église donne l'impression de", et ensuite seulement on raisonne à partir de cela, posé comme un fait - que devrait-elle changer, dire, faire, etc.
Cette impression est donc présentée comme un fait de l'église : c'est l'église qui "donne l"impression".
Et il ne vient visiblement à l'idée d'aucune de ces personnes de se dire "'J'AI l'impression que", de se dire que cette impression vient d'eux-mêmes.
Il me semble que c'est, normalement, le chemin logique : ayant une impression, on vérifie d'abord cette impression, on cherche d'où elle vient.
Or, là, cette impression est posée comme un fait, dont l'église est entièrement responsable, et on part de là pour savoir quoi changer à l'église. Au lieu de commencer par mettre en doute sa propre impression, se dire qu'elle vient d'abord de nous, à partir de faits extérieurs, et s'efforcer de déterminer d'où elle nous vient.
Cela me semble révélateur :
. d'une part, d'une prééminence du sentiment sur la raison. Cette attitude revient bien à partir du principe présupposé, même pas formulé, considéré comme acquis, que nos impressions subjectives sont vraies, sont forcément justes, et à en faire le fondement de nos jugements.
. d'autre part, de la mentalité individualiste de notre époque : partout en effet, nous sommes encouragés à donner ainsi la prééminence à nos "impressions". Après tout, c'est un peu le moteur de notre monde de surconsommation : le point primordial est de "faire bonne impression" pour caser son produit ; c'est même ainsi que tourne la politique, désormais.
Le citoyen, consommateur, donc, est de toute part flatté et encouragé à faire part de ses impressions, à se pencher sur ses impressions, à donner son sentiment, pour que tel produit ou programme soit changer, modifié, retoqué, pour mieux s'adapter à son sentiment ; pour lui faire meilleure impression.
Pas étonnant, donc, qu'on retrouve systématiquement ce mode de "raisonnement" fonctionnant maintenant de manière réflexe, automatique : spontanément, on se demande quelle impression cela nous fait, si cela nous plaît ou non,
sans jamais passer par la case "raisonnement", "étude", "connaissance de la chose jugée".
Cela n'est pas, en soi, une spécificité de notre époque : c'est un défaut humain, qui s'enracine dans notre orgueil (puisque cela revient à partir du principe que nos impressions sont forcément la vérité et que c'est aux autres de se justifier, de s'adapter, et de faire des efforts) et notre égoïsme (puisque cela revient à se demander avant tout ce qui nous agrée, nous sied, nous fait plaisir, et nous arrange).
. D'ailleurs, c'était déjà le cas du temps de Jésus : on voit qu'à certains moments il est suivi par une grande foule... mais quelques chapitres plus loin, certains s'en vont parce qu'il a dit "celui qui ne mange pas de ma chair n'aura pas part à la vie éternelle" et qu'ils ont alors eu l'impression que c'était un cinglé qui demandait n'importe quoi.
À noter que ce qui caractérise les disciples fidèles et les apôtres, ce n'est pas de n'avoir pas de mauvaises impressions, puisque, par exemple, quand Jésus leur explique son idée du mariage, ils font remarquer que "si telle est la condition de l'homme vis-à-vis de la femme, alors ça vaut pas le coup de se marier".
Ou encore, quand il leur présente les difficultés qu'il y a à être sauvés, ils font remarquer que si c'est comme ça, alors personne ne peut être sauvé (à quoi Jésus répond qu'effectivement personne ne peut se sauver, puisque c'est Dieu seul qui sauve...)
Ce qui caractérise les disciples fidèles, donc, c'est de continuer malgré tout à suivre Jésus, en essayant de le comprendre. Souvent, ils comprennent après coup, d'ailleurs.
(cf. la résurrection).
. Tout ça pour dire que le "l'église donne l'impression de..." est déjà, en soi, un mauvais point de départ, puisque bâti sur des présupposés instinctifs faux, qui s'enracinent dans notre orgueil et notre égoïsme, et sont fortement encouragés et renforcés dans notre société.
Je ne dis pas qu'il faille répondre cela tout le monde ("reviens quand tu auras les bonnes questions, petit scarabée", sûr que c'est un peu lourd à la longue), mais je trouve important d'en prendre conscience, nous, ici.
. Il me semble donc qu'on peut en tirer ceci :
. D'une part, on voit que Jésus a à faire à des attitudes analogues, or pour autant il ne change pas son discours, son langage, ni son message.
De la même manière, on n'a pas à se soumettre au diktat des "impressions" de tel ou tel, en changeant le message.
. D'autre part, on ne peut pas faire comme si cette "mauvaise impression" était un obstacle de bonne foi dans une démarche de personnes de bonne volonté. Puisque cela vient de notre tendance à tout soumettre au diktat de nos impressions et de nos sentiments, alors partir par là reviendrait de fait à chercher à retoquer telle religion pour la faire correspondre aux attentes de telle personne.
C'est tout différent de l'attitude de Jésus et des saints qui consiste effectivement à venir jusqu'à la personne, se mettre à son niveau et parler son langage, mais pour dire, toujours, la même chose.
Je ne dis pas qu'il s'agisse de personnes de mauvaise foi. Je dis que cette partie là de leur discours n'est pas dictée par la bonne foi et la bonne volonté, qu'il ne faut pas encourager cette tendance en eux (en nous), et qu'il faut donc arriver à glisser sur un autre terrain d'approche.