par Fée Violine » mar. 27 avr. 2010, 0:55
Cher Petit Matthieu, sur la difficulté d'aimer, voici les notes que j'ai prises à une retraite que j'ai faite récemment (dans le cadre des Fraternités laïques dominicaines), le prédicateur étant le frère Denis Bissuel, prieur du couvent de Marseille.
« Communion fraternelle et eucharistie »
- [+] Texte masqué
- La communion fraternelle fait partie de l’engagement des laïcs (n° 8 de la règle). La règle recommande aussi l’eucharistie quotidienne : les deux vont ensemble.
Enracinement dans la parole de Dieu.
Actes des apôtres :
« Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, » c’est la tradition, la transmission.
« à la communion fraternelle », c’est le fondement même de la vie chrétienne. Nous cheminons dans la vie chrétienne par notre communion fraternelle. Ce n’est pas une option.
« à la fraction du pain et à la fidélité aux prières ».
Les Actes font la présentation originelle de la communauté idéale, « ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme », où est-elle cette communauté ? ça fait rêver quand on est responsable de communauté ! Nous sommes appelés à vivre 1Co 11, on a l’impression qu’à peine né ça ne marche pas. St Paul les critique : « l’un a faim tandis que l’autre est ivre etc. », c’est ça la communauté idyllique ?
Les communautés chrétiennes se déchirent.
Communauté fraternelle ou fraternité
Que nous dit l’Écriture sur ce sujet ?
Dans l’Écriture, dès qu’il y a deux frères ensemble, ils se disputent : Caïn et Abel. Ensuite Isaac et Ismaël ne peuvent jouer ensemble ; Jacob et Ésaü se cognent dans le sein de leur mère ; Joseph et ses frères : il est rejeté, il a tous les ennuis, parce qu’il était le préféré de Jacob.
Notre réaction spontanée est « c’est pas juste », donc qu’est-ce que je fais ? J’élimine mon frère, ou bien j’essaie de construire tant bien que mal une fraternité ?
Juda et Thamar (Gn 38) ont deux jumeaux, problème pour savoir lequel a la priorité (en passant, ces deux jumeaux sont cités dans la généalogie de Jésus).
Revenons à Caïn et Abel, Gn 4. Vivre en frères, c’est pas évident. « Ève dit : J’ai acquis un homme de par le Seigneur. Puis naquit Abel, frère de Caïn ». Ils n’ont déjà pas le même statut : Abel naît comme « frère de Caïn », il n’est pas « acquis de par le Seigneur ».
« Le temps passa ». Phrase très importante. Le temps est un critère de vérité, la fraternité s’éprouve sur la durée. C’est facile de s’entendre avec quelqu’un qu’on voit juste en passant.
Caïn offre les produits du sol, Abel les premiers-nés du troupeau et la graisse. Le Seigneur demande de lui faire assez confiance pour compromettre l’avenir du troupeau en lui offrant les premiers-nés.
Le Seigneur agrée Abel et son offrande mais pas celles de Caïn. Pourquoi ? C’est pas juste, dirons-nous spontanément !
Ce remarquable texte des origines nous parle de nous aujourd’hui.
« Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu », la relation fraternelle commence à se dégrader. Dieu lui demande avec simplicité : pourquoi fais-tu cette tête ? Nous aussi dans les frats il nous arrive de faire la gueule. Dieu dit : méfie-toi car « le malin est une bête tapie qui te convoite », il va s’en mêler et tu n’es pas sûr de gagner la partie. Chez nous aussi (pas forcément des choses dramatiques). Le malin profite de la situation quand ça ne va pas très bien.
Caïn tue Abel. Il croit ainsi avoir réglé le problème en éliminant son frère.
Dieu dit : « où est ton frère ? »
Étrange réponse de Caïn : « Je ne sais pas ». Il est paumé. Ment-il ou ne sait-il pas où il en est, l’Écriture ne le dit pas.
Demandons à Dieu de nous aider à savoir où sont nos frères.
Deux sanctions : son travail sera stérile ; il va errer sur la terre.
Éliminer notre frère nous désoriente, nous déstabilise, d’où importance de la fraternité.
Cette histoire nous rappelle qu’il n’est pas vrai que la fraternité soit spontanée. Le fraternité se construit.
Apprenons à vivre en frères sans nous entretuer. Montrons au monde qu’il est possible de vivre ensemble sur la durée, en frères, car de partout les gens se disputent.
D’autre part : les conflits entre frères ne viennent pas de malentendus. Il y a quelque chose de structurel là-dedans. La fraternité en elle-même est source de conflits. Être frères suppose même père ou même mère. La fraternité est imposée, on ne choisit pas ses frères, qu’il s’agisse d’une fraternité naturelle ou religieuse. Une fraternité n’est pas une bande d’amis. Nous sommes frères parce que nous nous reconnaissons fils d’un même père, reconnaissance qui nous permet d’éviter de cruelles déceptions.
Mes frères me rappellent que je ne suis pas unique. Mon frère est l’image de ce que je suis et de ce que je ne suis pas. Il y a donc à la fois un lien fort et le rappel que je ne suis pas unique. D’où jalousie, car on aime être unique.
S’il est trop pareil, je suis jaloux, et s’il est trop différent, je ne supporte pas !
Si la fraternité n’est pas une épreuve, c’est que je ne vis pas vraiment la fraternité. Vivre ensemble est forcément éprouvant.
Le Lévitique avec ses 613 préceptes nous rappelle qu’aucun élément de notre vie n’est étranger à Dieu, même si le détail de ces règlements est périmé. Dans le chapitre 19, il y a le célèbre verset « tu aimeras ton prochain comme toi-même », on connaît ; mais juste avant, il dit :
« tu n’exploiteras pas ton prochain », le texte (Lév 19, 13-18) cite un certain nombre de manières de lui nuire.
Toujours comprendre la Bible pour moi-même et non pour le voisin ! C’est donc à moi qu’il dit « tu n’exploiteras pas ton prochain et tu ne le spolieras pas ».
« tu ne maudiras pas un muet et tu ne mettras pas d’obstacle devant un aveugle », c’est-à-dire ce qui se passe quand j’attaque quelqu’un qui ne peut pas se défendre, ainsi j’aurai le dessus.
« mais tu craindras ton Dieu. Je suis le Seigneur »
« tu ne commettras pas d’injustice en jugeant. Tu ne feras pas acception de personne envers le pauvre, tu ne seras pas ébloui par le grand », nous sommes souvent plus attirés par les gens brillants que par les cabossés.
« tu n’iras pas diffamer les tiens, et tu ne mettras pas en cause le sang de ton prochain. Je suis le Seigneur »
« Je suis le Seigneur » est répété toutes les deux ou trois phrases. La raison de respecter ces lois, c’est que Dieu est Dieu. Notre raison de vivre en frères, c’est Dieu, c’est « Je Suis qui Je Suis ».
« tu n’auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère », quand la parole de Dieu nous parle d’amour, elle parle aussi de haine, ce que nous hésitons à faire. La haine est meurtrière. « Celui qui hait son frère est un assassin », dit st Jean.
« tu dois réprimander ton compatriote », c’est un devoir mais c’est très difficile. Être capable d’aller le trouver et de lui dire en face ce qui ne va pas, sans haine, sans l’écraser. C’est la condition sine qua non de l’amour du prochain. Faire des reproches est difficile.
« et tu n’auras pas la charge d’un péché. »
« tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune, tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur »
Ne pas aller trop vite à ces phrases sur l’amour. Il faut respecter le cheminement humain qui est le nôtre. « Dieu est amour » c’est à la fin de la Bible, pas au début. Si on le dit trop vite, on n’est pas dans la vérité. Il faut d’abord démasquer le mal qui nous habite, le nommer, il a horreur de ça. Nommer le mal, le regarder en face. Pas pour le plaisir de parler du mal, mais c’est la réalité. Opération vérité sur ce que nous sommes.
« le prochain » c’est le premier venu, cf. parabole du Samaritain.
Le dilemme de l’équité nous rend proches de l’entêtement de Caïn. La fraternité à la fois nous rapproche et nous sépare. Le chapitre 19 est au milieu du Lévitique qui est au milieu de la Torah. Donc se laisser enseigner par Dieu, au cœur de l’enseignement il y a ce qu’on doit reconnaître pour arriver à « tu aimeras ton prochain ».
Après on arrive au NT. Comment se sortir du mal ? Soit complicité avec le mal (d’où destruction), soit s’en sortir mais c’est difficile.
Chez Matthieu, le discours sur la montagne fait référence à la loi du talion. Quand ça dérape dans les relations fraternelles. Le mot talion vient de talis, « tel » : œil pour œil etc. C’est une loi simple, qui sert à canaliser le déchaînement de la violence, à réguler. C’est une concession que Dieu fait, car la tendance naturelle, si on me donne une gifle, c’est d’en rendre deux, et l’autre de même, d’où escalade. Mais c’est un équilibre délicat, illusoire. Jésus reprend et transforme cette loi (« tendez l’autre joue »).
C’est une première clé évangélique. Ce n’est pas naturel, c’est surnaturel ! Commençons à faire le bien, face à ce mal qui peut nous détruire, détruire notre communauté. C’est un chemin de conversion. C’est le bien qui doit devenir contagieux et non le mal.
Le pardon. On aurait tendance à oublier, mais pardonner c’est le contraire d’oublier car il faut reconnaître le mal pour pouvoir pardonner.
Ce n’est pas non plus l’excuse. Si j’ai des circonstances atténuantes, je n’ai pas à être pardonné.
Évaluer la gravité de quelque chose.
Considérer comme insignifiant ce qui ne l’est pas est une ruse maléfique, on tourne autour.
Pardonner, c’est laisser tomber, mais pour laisser tomber quelque chose il faut d’abord le prendre en main ! Prendre le mal à pleines mains et le détruire, le faire disparaître. 70 x 7 fois = totalement.
Luc 17 « si ton frère pèche, réprimande-le, et s’il se repent pardonne-lui », pour pardonner il faut être capable de réprimander.
Cela donne tout son poids à la place de la parole. Réprimander quelqu’un, c’est aller le voir (et parfois il faut prendre son courage à deux mains), le regarder dans les yeux, et lui parler. Surtout dans un Ordre voué à la parole ! Mais c’est vrai dans toute communauté chrétienne, quelle qu’en soit la forme.
Le jour où on ne se parle plus, on est mort. C’est le radicalisme évangélique : soit la vie soit la mort.
Le commandement de l’amour mutuel : « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés », parole dite par Jésus juste avant sa passion.
« aimez vos ennemis ». Il n’y a de charité que si je rentre dans cette démarche qui va au-delà des sentiments naturels.
Il faut d’abord reconnaître que j’ai des ennemis. À quoi le Seigneur m’appelle-t-il quand il me dit cela ? Qui sont mes ennemis ? Tous ces gens qui me gênent etc.
L’amour des ennemis nous qualifie comme fils du Père.
Mt 5, 43s, Jésus reprend Lév 19, 18 « tu aimerais ton prochain comme toi-même »
« qui est mon prochain ? », demande quelqu’un. Ce n’est pas plus évident que « qui est mon ennemi ? » Jésus répond par l’histoire du Samaritain. Le prochain c’est le premier que je vais trouver sur la route, que je n’ai pas prévu, pas choisi, alors que nous avons tendance à trier.
Jésus retourne la question : « de qui s’est-il montré le prochain ? », c’est-à-dire que l’amour marche dans les deux sens. Le prochain à aimer c’est l’homme blessé mais aussi le Samaritain, et là c’est plus difficile. L’amour évangélique c’est aussi aimer ceux dont nous avons besoin, nous devons donc reconnaître que nous avons besoin des autres. C’est gratifiant de s’occuper de quelqu’un qui a besoin, mais la charité ne se limite pas à ça. Augustin, dans le commentaire sur 1Jn, dit que l’amour à l’état pur c’est aimer un égal, quelqu’un qui n’a pas besoin de moi. C’est l’amour gratuit, on n’attend rien. En fait on attend toujours quelque chose, au moins un sourire !
Jn 13, lavement des pieds, amour mutuel. C’est là qu’il dit « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », et pour savoir comment il nous a aimés, il faut relire tout l’évangile.
Pratiquons la parole de Dieu et nous comprendrons peu à peu ce qu’est cet amour.
« je vous donne un commandement nouveau afin que vous vous aimiez les uns les autres ». Ce n’est pas une option, c’est un commandement. C’est parce que Jésus nous l’ordonne et que nous y croyons que nous sommes sauvés.
Il y a des gens que ça choque, mais c’est un commandement. Jésus veut que nous nous en sortions.
Il nous donne la nourriture, la substance pour que nous y arrivions, pour que la communion fraternelle se réalise. Selon la théologie, ce que nous vivons dans l’eucharistie est réel.
Semaine sainte, ambiance de meurtre autour de Jésus, et parmi les disciples un drame communautaire, Jésus souligne la gravité de la trahison en disant « c’est un qui mange avec moi ». Autour de ce repas il y a des reniements annoncés par Jésus, refusés par Pierre. Et c’est au cœur de cette réalité d’une humanité déchirée que Jésus instaure l’eucharistie.
Questions. Débat
* « comme je vous ai aimés » : en tant qu’homme ou en tant que Dieu ?
* différence entre « comme toi-même » et « comme je vous ai aimés » ?
* « je vous ai aimés », au passé : il ne nous aime donc plus ? (réponse : c’est de l’ordre de l’événement, ce passé nous renvoie à l’incarnation)
* n’est-il pas plus constructif parfois de ne pas tout dire, de ne pas dire tout ce qui a blessé, notamment si on sent que la personne n’est pas capable de l’entendre ?
* comment faire si la personne refuse notre pardon ?
* Jésus n’a pas réprimandé Judas. Faut-il toujours réprimander ?
* le pardon n’est pas l’oubli, mais après le pardon, ne faut-il pas oublier ?
* comment sait-on qu’on a vraiment pardonné ? (réponse : quand on l’a dit, même si la personne est décédée. Mais c’est sans cesse à reprendre)
* relations fraternelles. Comment ne pas entrer dans le système de violence ?
* que signifie la phrase de Gn « si on tue Caïn, il sera vengé 7 fois » ?
Le pardon est un don qui nous réconcilie. Dire ou ne pas dire ? il faut maintenir la place de la parole. Le pardon suppose la parole. Dans le sacrement il n’y a pas de pardon s’il n’y a pas confession, donc parole.
Mais certes, il faut trouver le bon moment pour que ce soit possible. Être soi-même en mesure de le faire (pas trop tendu) et l’autre aussi.
Ne pas tout dire, mais être capable de dire « tu m’as fait mal », ou « je t’ai fait mal, je te demande pardon ».
Le pardon est quelque chose de grave, il ne s’agit pas de babioles.
S’il refuse le pardon, cf. Mt 18, 15 s.
Ce n’est pas facile, la barre est haute c’est la perfection, nous sommes appelés à de grandes choses.
Comment ne pas entrer dans le cercle de violence : déjà en ne tuant pas son frère, en le laissant vivre.
Nous sommes frères mais différents, avec des qualités/défauts/limites différents. C’est pourquoi nous en venons à dire que c’est pas juste. Vivre cela dans la foi. Car il n’y a rien de juste. Dès qu’il nous arrive une tuile, on va dire « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ». La seule solution est de vivre la fraternité, nous laisser façonner par la parole de Dieu et la fraternité. Surtout ne pas résoudre le problème comme Caïn ! Il y a des questions qui restent des questions, et c’est ainsi qu’on avance. Il y a un espace qui est celui de Dieu. La réponse ultime, nous ne l’avons pas. On peut quand même travailler à réduire les injustices !
Caïn vengé 7 fois : il y a une progression dans la Bible, concernant la réception du pardon.
Les psaumes présentent parfois un Dieu vengeur. Ne pas évacuer trop vite les passages qui nous dérangent, ne pas chloroformer la parole de Dieu.
Question 1 : c’est un amour qui passe par la croix. Toute charité est crucifiante. Offrande totale de notre vie. Nous sommes appelés à la sainteté. Dieu ne nous demande pas de tout comprendre avant d’agir. Il dit à Abraham « pars » et Abraham ne sait pas où il va.
l’eucharistie
Ce mot dans le NT désigne le fait de rendre grâce. Quand ils veulent parler de ce que nous appelons l’eucharistie, ils disent « la fraction du pain » (Actes) ou « le repas du Seigneur » (Paul). Il s’agit donc de manger et boire, et ensemble.
Hier nous nous demandions comment en sortir. La parole qui résume tout, c’est « prenez et mangez ». Il faut donc prendre et manger.
L’aspect repas n’est pas neutre, les évangélistes nous disent que ça s’est passé au cours d’un repas. Notre expérience humaine de base nous montre que manger ensemble crée un lien, une communion élémentaire. Ce n’est pas seulement nutritionnel. Se rassembler à table c’est ce qui constitue la famille. Les communautés religieuses mangent ensemble selon un rite déterminé.
Quand je me mets à table, je reçois la nourriture, je n’ai pas forcément préparé le repas. Il y a quelque chose de l’ordre du don et de la réception d’un don. Ça me rappelle ma dépendance. Manger ensemble c’est affirmer notre dépendance mutuelle.
* Il y a une tension, car nous partageons le même plat. Si mon voisin en prend trop, je n’en aurai pas assez. L’éducation consiste à apprendre aux enfants à partager, à attendre. Le rapport à la nourriture comporte toujours une certaine agressivité, qu’il faut éduquer. Il n’est pas évident de passer de l’acte de manger à l’acte de manger ensemble. Il y a là un enjeu fondamental.
À la Cène, Jésus prend du pain, nourriture sacrée, nourriture de base, nourriture partagée (le « copain », c’est celui avec qui je partage le pain). Il prend un pain unique, le brise et le distribue à tous les convives. C’est à cette cassure qu’ils le reconnaîtront. Nous sommes invités à prendre ce que Jésus nous donne et à le manger. Ce geste préfigure ce qui va lui arriver, il va être brisé. C’est l’inverse de la digestion, quand je mange du pain je le transforme en moi-même, quand je communie il me transforme en lui-même.
« Celui qui croit mange » (Augustin).
Jn 6 discours sur le pain de vie, celui qui mâche, qui mastique, c’est très concret, très incarné.
Le vin.
Le mot « vin » n’est pas dans l’évangile : « il prit la coupe etc. » Jésus nous présente une coupe, nous devons boire la coupe qu’il nous tend. Dans la Bible, ça signifie partager le destin de quelqu’un. Jésus nous demande de le ,suivre, de partager son destin. Ça peut faire peur.
« Père, que cette coupe s’éloigne de moi », « pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire », etc.
Bien sûr que c’était du vin, mais le mot n’y est pas. Quand on colle au texte, on voit cette histoire de coupe, c’est une dimension fondamentale de l’eucharistie. Ça nous engage.
« Ceci est le sang de l’alliance versé pour vous », c’est d’une violence extrême. L’alliance résulte de ce sang versé. Dans la Bible, il est interdit de verser le sang et encore plus interdit de le boire : Jésus nous demande de faire ce qui est interdit. C’est l’interdit fondateur car le sang c’est l’âme, et l’âme appartient à Dieu. C’est le fruit défendu. Qu’est-ce que aujourd’hui je n’ai pas le droit de dévorer ? Le péché originel a consisté à manger, et la communion consiste à manger. Il y a en chacun de nous quelque chose de sacré (l’image de Dieu, l’âme) qu’il est interdit de toucher. C’est une interprétation possible.
Il y a quelque chose de sacré chez autrui que je n’ai pas le droit de toucher, encore moins de croquer. Respect de l’intimité d’autrui.
Pour la Pâque on saigne l’agneau, on met le sang sur le linteau de la porte et ça protège de l’extermination. Nous, nous mettons le sang de l’agneau à l’intérieur de nous et peut-être ça nous protège du mal.
Cf. 1Co chapitre 8, avant le récit de la Cène, le débat sur les idolothytes (les viandes sacrifiées aux idoles), sur la nourriture c’est fondamental. Paul dit que le critère absolu c’est l’édification de la communauté. Le chrétien édifie, au sens propre, la communauté. Ce critère peut nous aider à discerner quand nous avons un doute.
Donc, un enjeu de vie ou de mort dans la nourriture. Autour de la table les relations humaines vont se déliter (trahisons) ou grandir.
Dans la célébration eucharistique, Jésus prend du pain et nous dit « prenez et mangez ». Dans la Genèse, Ève prit et mangea. Les mêmes gestes, mais si je prends ce qui ne m’est pas donné, ça mène à la mort. Dans l’autre cas, à la vie.
« leurs yeux s’ouvrirent » : Adam et Ève/disciples d’Emmaüs, même chose.
… et ils virent qu’ils étaient nus.
…et ils le reconnurent.
1er cas : vulnérables, ils ont tout perdu.
2ème cas : la reconnaissance.
Jésus reprend le geste du péché des origines pour le retourner et en faire une source de vie.
Jésus prend son corps rompu et son sang versé, qui portent les marques de la violence, et nous les donne sous les « espèces » de quelque chose de bon à manger, le pain et le vin. Ainsi il nous donne la possibilité d’une subversion de la violence humaine et de rendre possible la fraternité humaine.
Si je célèbre l’eucharistie avec des gens que je n’aime/supporte pas, ce n’est pas hypocrite de leur donner le baiser de paix : au contraire c’est ça qui me sauve, car on se donne « la paix du Christ ».
Autrefois on disait « les chrétiens sont ceux qui vont à la messe », on ne le dit plus, et pourtant c’est vrai ! Être « croyant mais pas pratiquant » ne veut rien dire. Avoir un cœur prêt à vivre ce que je vais célébrer. Et en même temps c’est l’eucharistie qui nous aide. Bien sûr c‘est difficile de se réconcilier avec certains, mais tout est difficile ! Si on attend d’être en état de grâce pour communier, on ne communiera pas, mais il ne faut pas attendre trop pour se confesser.
Le prêtre ne peut dire la messe s’il est seul.
Conclusion :
Il est essentiel pour célébrer l’eucharistie d’être rassemblés et de communier en mangeant, essentiel que le pain soit brisé, que quelque chose se déchire pour que la vie advienne : le côté ouvert du Christ, d’où sortent du sang et de l’eau ; le rideau du Temple déchiré, d’où l’Esprit descend. Que notre cœur se brise, que quelque chose se déchire au fond de nous-mêmes pour que la vie fraternelle se réalise.
Laissons-nous pénétrer et toucher par la parole de Dieu.
Cher Petit Matthieu, sur la difficulté d'aimer, voici les notes que j'ai prises à une retraite que j'ai faite récemment (dans le cadre des Fraternités laïques dominicaines), le prédicateur étant le frère Denis Bissuel, prieur du couvent de Marseille.
« Communion fraternelle et eucharistie »
[spoiler]La communion fraternelle fait partie de l’engagement des laïcs (n° 8 de la règle). La règle recommande aussi l’eucharistie quotidienne : les deux vont ensemble.
Enracinement dans la parole de Dieu.
Actes des apôtres :
« Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, » c’est la tradition, la transmission.
« à la communion fraternelle », c’est le fondement même de la vie chrétienne. Nous cheminons dans la vie chrétienne par notre communion fraternelle. Ce n’est pas une option.
« à la fraction du pain et à la fidélité aux prières ».
Les Actes font la présentation originelle de la communauté idéale, « ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme », où est-elle cette communauté ? ça fait rêver quand on est responsable de communauté ! Nous sommes appelés à vivre 1Co 11, on a l’impression qu’à peine né ça ne marche pas. St Paul les critique : « l’un a faim tandis que l’autre est ivre etc. », c’est ça la communauté idyllique ?
Les communautés chrétiennes se déchirent.
Communauté fraternelle ou fraternité
Que nous dit l’Écriture sur ce sujet ?
Dans l’Écriture, dès qu’il y a deux frères ensemble, ils se disputent : Caïn et Abel. Ensuite Isaac et Ismaël ne peuvent jouer ensemble ; Jacob et Ésaü se cognent dans le sein de leur mère ; Joseph et ses frères : il est rejeté, il a tous les ennuis, parce qu’il était le préféré de Jacob.
Notre réaction spontanée est « c’est pas juste », donc qu’est-ce que je fais ? J’élimine mon frère, ou bien j’essaie de construire tant bien que mal une fraternité ?
Juda et Thamar (Gn 38) ont deux jumeaux, problème pour savoir lequel a la priorité (en passant, ces deux jumeaux sont cités dans la généalogie de Jésus).
Revenons à Caïn et Abel, Gn 4. Vivre en frères, c’est pas évident. « Ève dit : J’ai acquis un homme de par le Seigneur. Puis naquit Abel, frère de Caïn ». Ils n’ont déjà pas le même statut : Abel naît comme « frère de Caïn », il n’est pas « acquis de par le Seigneur ».
« Le temps passa ». Phrase très importante. Le temps est un critère de vérité, la fraternité s’éprouve sur la durée. C’est facile de s’entendre avec quelqu’un qu’on voit juste en passant.
Caïn offre les produits du sol, Abel les premiers-nés du troupeau et la graisse. Le Seigneur demande de lui faire assez confiance pour compromettre l’avenir du troupeau en lui offrant les premiers-nés.
Le Seigneur agrée Abel et son offrande mais pas celles de Caïn. Pourquoi ? C’est pas juste, dirons-nous spontanément !
Ce remarquable texte des origines nous parle de nous aujourd’hui.
« Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu », la relation fraternelle commence à se dégrader. Dieu lui demande avec simplicité : pourquoi fais-tu cette tête ? Nous aussi dans les frats il nous arrive de faire la gueule. Dieu dit : méfie-toi car « le malin est une bête tapie qui te convoite », il va s’en mêler et tu n’es pas sûr de gagner la partie. Chez nous aussi (pas forcément des choses dramatiques). Le malin profite de la situation quand ça ne va pas très bien.
Caïn tue Abel. Il croit ainsi avoir réglé le problème en éliminant son frère.
Dieu dit : « où est ton frère ? »
Étrange réponse de Caïn : « Je ne sais pas ». Il est paumé. Ment-il ou ne sait-il pas où il en est, l’Écriture ne le dit pas.
Demandons à Dieu de nous aider à savoir où sont nos frères.
Deux sanctions : son travail sera stérile ; il va errer sur la terre.
Éliminer notre frère nous désoriente, nous déstabilise, d’où importance de la fraternité.
Cette histoire nous rappelle qu’il n’est pas vrai que la fraternité soit spontanée. Le fraternité se construit.
Apprenons à vivre en frères sans nous entretuer. Montrons au monde qu’il est possible de vivre ensemble sur la durée, en frères, car de partout les gens se disputent.
D’autre part : les conflits entre frères ne viennent pas de malentendus. Il y a quelque chose de structurel là-dedans. La fraternité en elle-même est source de conflits. Être frères suppose même père ou même mère. La fraternité est imposée, on ne choisit pas ses frères, qu’il s’agisse d’une fraternité naturelle ou religieuse. Une fraternité n’est pas une bande d’amis. Nous sommes frères parce que nous nous reconnaissons fils d’un même père, reconnaissance qui nous permet d’éviter de cruelles déceptions.
Mes frères me rappellent que je ne suis pas unique. Mon frère est l’image de ce que je suis et de ce que je ne suis pas. Il y a donc à la fois un lien fort et le rappel que je ne suis pas unique. D’où jalousie, car on aime être unique.
S’il est trop pareil, je suis jaloux, et s’il est trop différent, je ne supporte pas !
Si la fraternité n’est pas une épreuve, c’est que je ne vis pas vraiment la fraternité. Vivre ensemble est forcément éprouvant.
Le Lévitique avec ses 613 préceptes nous rappelle qu’aucun élément de notre vie n’est étranger à Dieu, même si le détail de ces règlements est périmé. Dans le chapitre 19, il y a le célèbre verset « tu aimeras ton prochain comme toi-même », on connaît ; mais juste avant, il dit :
« tu n’exploiteras pas ton prochain », le texte (Lév 19, 13-18) cite un certain nombre de manières de lui nuire.
Toujours comprendre la Bible pour moi-même et non pour le voisin ! C’est donc à moi qu’il dit « tu n’exploiteras pas ton prochain et tu ne le spolieras pas ».
« tu ne maudiras pas un muet et tu ne mettras pas d’obstacle devant un aveugle », c’est-à-dire ce qui se passe quand j’attaque quelqu’un qui ne peut pas se défendre, ainsi j’aurai le dessus.
« mais tu craindras ton Dieu. Je suis le Seigneur »
« tu ne commettras pas d’injustice en jugeant. Tu ne feras pas acception de personne envers le pauvre, tu ne seras pas ébloui par le grand », nous sommes souvent plus attirés par les gens brillants que par les cabossés.
« tu n’iras pas diffamer les tiens, et tu ne mettras pas en cause le sang de ton prochain. Je suis le Seigneur »
« Je suis le Seigneur » est répété toutes les deux ou trois phrases. La raison de respecter ces lois, c’est que Dieu est Dieu. Notre raison de vivre en frères, c’est Dieu, c’est « Je Suis qui Je Suis ».
« tu n’auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère », quand la parole de Dieu nous parle d’amour, elle parle aussi de haine, ce que nous hésitons à faire. La haine est meurtrière. « Celui qui hait son frère est un assassin », dit st Jean.
« tu dois réprimander ton compatriote », c’est un devoir mais c’est très difficile. Être capable d’aller le trouver et de lui dire en face ce qui ne va pas, sans haine, sans l’écraser. C’est la condition sine qua non de l’amour du prochain. Faire des reproches est difficile.
« et tu n’auras pas la charge d’un péché. »
« tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune, tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur »
Ne pas aller trop vite à ces phrases sur l’amour. Il faut respecter le cheminement humain qui est le nôtre. « Dieu est amour » c’est à la fin de la Bible, pas au début. Si on le dit trop vite, on n’est pas dans la vérité. Il faut d’abord démasquer le mal qui nous habite, le nommer, il a horreur de ça. Nommer le mal, le regarder en face. Pas pour le plaisir de parler du mal, mais c’est la réalité. Opération vérité sur ce que nous sommes.
« le prochain » c’est le premier venu, cf. parabole du Samaritain.
Le dilemme de l’équité nous rend proches de l’entêtement de Caïn. La fraternité à la fois nous rapproche et nous sépare. Le chapitre 19 est au milieu du Lévitique qui est au milieu de la Torah. Donc se laisser enseigner par Dieu, au cœur de l’enseignement il y a ce qu’on doit reconnaître pour arriver à « tu aimeras ton prochain ».
Après on arrive au NT. Comment se sortir du mal ? Soit complicité avec le mal (d’où destruction), soit s’en sortir mais c’est difficile.
Chez Matthieu, le discours sur la montagne fait référence à la loi du talion. Quand ça dérape dans les relations fraternelles. Le mot talion vient de talis, « tel » : œil pour œil etc. C’est une loi simple, qui sert à canaliser le déchaînement de la violence, à réguler. C’est une concession que Dieu fait, car la tendance naturelle, si on me donne une gifle, c’est d’en rendre deux, et l’autre de même, d’où escalade. Mais c’est un équilibre délicat, illusoire. Jésus reprend et transforme cette loi (« tendez l’autre joue »).
C’est une première clé évangélique. Ce n’est pas naturel, c’est surnaturel ! Commençons à faire le bien, face à ce mal qui peut nous détruire, détruire notre communauté. C’est un chemin de conversion. C’est le bien qui doit devenir contagieux et non le mal.
Le pardon. On aurait tendance à oublier, mais pardonner c’est le contraire d’oublier car il faut reconnaître le mal pour pouvoir pardonner.
Ce n’est pas non plus l’excuse. Si j’ai des circonstances atténuantes, je n’ai pas à être pardonné.
Évaluer la gravité de quelque chose.
Considérer comme insignifiant ce qui ne l’est pas est une ruse maléfique, on tourne autour.
Pardonner, c’est laisser tomber, mais pour laisser tomber quelque chose il faut d’abord le prendre en main ! Prendre le mal à pleines mains et le détruire, le faire disparaître. 70 x 7 fois = totalement.
Luc 17 « si ton frère pèche, réprimande-le, et s’il se repent pardonne-lui », pour pardonner il faut être capable de réprimander.
Cela donne tout son poids à la place de la parole. Réprimander quelqu’un, c’est aller le voir (et parfois il faut prendre son courage à deux mains), le regarder dans les yeux, et lui parler. Surtout dans un Ordre voué à la parole ! Mais c’est vrai dans toute communauté chrétienne, quelle qu’en soit la forme.
Le jour où on ne se parle plus, on est mort. C’est le radicalisme évangélique : soit la vie soit la mort.
Le commandement de l’amour mutuel : « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés », parole dite par Jésus juste avant sa passion.
« aimez vos ennemis ». Il n’y a de charité que si je rentre dans cette démarche qui va au-delà des sentiments naturels.
Il faut d’abord reconnaître que j’ai des ennemis. À quoi le Seigneur m’appelle-t-il quand il me dit cela ? Qui sont mes ennemis ? Tous ces gens qui me gênent etc.
L’amour des ennemis nous qualifie comme fils du Père.
Mt 5, 43s, Jésus reprend Lév 19, 18 « tu aimerais ton prochain comme toi-même »
« qui est mon prochain ? », demande quelqu’un. Ce n’est pas plus évident que « qui est mon ennemi ? » Jésus répond par l’histoire du Samaritain. Le prochain c’est le premier que je vais trouver sur la route, que je n’ai pas prévu, pas choisi, alors que nous avons tendance à trier.
Jésus retourne la question : « de qui s’est-il montré le prochain ? », c’est-à-dire que l’amour marche dans les deux sens. Le prochain à aimer c’est l’homme blessé mais aussi le Samaritain, et là c’est plus difficile. L’amour évangélique c’est aussi aimer ceux dont nous avons besoin, nous devons donc reconnaître que nous avons besoin des autres. C’est gratifiant de s’occuper de quelqu’un qui a besoin, mais la charité ne se limite pas à ça. Augustin, dans le commentaire sur 1Jn, dit que l’amour à l’état pur c’est aimer un égal, quelqu’un qui n’a pas besoin de moi. C’est l’amour gratuit, on n’attend rien. En fait on attend toujours quelque chose, au moins un sourire !
Jn 13, lavement des pieds, amour mutuel. C’est là qu’il dit « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », et pour savoir comment il nous a aimés, il faut relire tout l’évangile.
Pratiquons la parole de Dieu et nous comprendrons peu à peu ce qu’est cet amour.
« je vous donne un commandement nouveau afin que vous vous aimiez les uns les autres ». Ce n’est pas une option, c’est un commandement. C’est parce que Jésus nous l’ordonne et que nous y croyons que nous sommes sauvés.
Il y a des gens que ça choque, mais c’est un commandement. Jésus veut que nous nous en sortions.
Il nous donne la nourriture, la substance pour que nous y arrivions, pour que la communion fraternelle se réalise. Selon la théologie, ce que nous vivons dans l’eucharistie est réel.
Semaine sainte, ambiance de meurtre autour de Jésus, et parmi les disciples un drame communautaire, Jésus souligne la gravité de la trahison en disant « c’est un qui mange avec moi ». Autour de ce repas il y a des reniements annoncés par Jésus, refusés par Pierre. Et c’est au cœur de cette réalité d’une humanité déchirée que Jésus instaure l’eucharistie.
Questions. Débat
* « comme je vous ai aimés » : en tant qu’homme ou en tant que Dieu ?
* différence entre « comme toi-même » et « comme je vous ai aimés » ?
* « je vous ai aimés », au passé : il ne nous aime donc plus ? (réponse : c’est de l’ordre de l’événement, ce passé nous renvoie à l’incarnation)
* n’est-il pas plus constructif parfois de ne pas tout dire, de ne pas dire tout ce qui a blessé, notamment si on sent que la personne n’est pas capable de l’entendre ?
* comment faire si la personne refuse notre pardon ?
* Jésus n’a pas réprimandé Judas. Faut-il toujours réprimander ?
* le pardon n’est pas l’oubli, mais après le pardon, ne faut-il pas oublier ?
* comment sait-on qu’on a vraiment pardonné ? (réponse : quand on l’a dit, même si la personne est décédée. Mais c’est sans cesse à reprendre)
* relations fraternelles. Comment ne pas entrer dans le système de violence ?
* que signifie la phrase de Gn « si on tue Caïn, il sera vengé 7 fois » ?
Le pardon est un don qui nous réconcilie. Dire ou ne pas dire ? il faut maintenir la place de la parole. Le pardon suppose la parole. Dans le sacrement il n’y a pas de pardon s’il n’y a pas confession, donc parole.
Mais certes, il faut trouver le bon moment pour que ce soit possible. Être soi-même en mesure de le faire (pas trop tendu) et l’autre aussi.
Ne pas tout dire, mais être capable de dire « tu m’as fait mal », ou « je t’ai fait mal, je te demande pardon ».
Le pardon est quelque chose de grave, il ne s’agit pas de babioles.
S’il refuse le pardon, cf. Mt 18, 15 s.
Ce n’est pas facile, la barre est haute c’est la perfection, nous sommes appelés à de grandes choses.
Comment ne pas entrer dans le cercle de violence : déjà en ne tuant pas son frère, en le laissant vivre.
Nous sommes frères mais différents, avec des qualités/défauts/limites différents. C’est pourquoi nous en venons à dire que c’est pas juste. Vivre cela dans la foi. Car il n’y a rien de juste. Dès qu’il nous arrive une tuile, on va dire « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ». La seule solution est de vivre la fraternité, nous laisser façonner par la parole de Dieu et la fraternité. Surtout ne pas résoudre le problème comme Caïn ! Il y a des questions qui restent des questions, et c’est ainsi qu’on avance. Il y a un espace qui est celui de Dieu. La réponse ultime, nous ne l’avons pas. On peut quand même travailler à réduire les injustices !
Caïn vengé 7 fois : il y a une progression dans la Bible, concernant la réception du pardon.
Les psaumes présentent parfois un Dieu vengeur. Ne pas évacuer trop vite les passages qui nous dérangent, ne pas chloroformer la parole de Dieu.
Question 1 : c’est un amour qui passe par la croix. Toute charité est crucifiante. Offrande totale de notre vie. Nous sommes appelés à la sainteté. Dieu ne nous demande pas de tout comprendre avant d’agir. Il dit à Abraham « pars » et Abraham ne sait pas où il va.
l’eucharistie
Ce mot dans le NT désigne le fait de rendre grâce. Quand ils veulent parler de ce que nous appelons l’eucharistie, ils disent « la fraction du pain » (Actes) ou « le repas du Seigneur » (Paul). Il s’agit donc de manger et boire, et ensemble.
Hier nous nous demandions comment en sortir. La parole qui résume tout, c’est « prenez et mangez ». Il faut donc prendre et manger.
L’aspect repas n’est pas neutre, les évangélistes nous disent que ça s’est passé au cours d’un repas. Notre expérience humaine de base nous montre que manger ensemble crée un lien, une communion élémentaire. Ce n’est pas seulement nutritionnel. Se rassembler à table c’est ce qui constitue la famille. Les communautés religieuses mangent ensemble selon un rite déterminé.
Quand je me mets à table, je reçois la nourriture, je n’ai pas forcément préparé le repas. Il y a quelque chose de l’ordre du don et de la réception d’un don. Ça me rappelle ma dépendance. Manger ensemble c’est affirmer notre dépendance mutuelle.
* Il y a une tension, car nous partageons le même plat. Si mon voisin en prend trop, je n’en aurai pas assez. L’éducation consiste à apprendre aux enfants à partager, à attendre. Le rapport à la nourriture comporte toujours une certaine agressivité, qu’il faut éduquer. Il n’est pas évident de passer de l’acte de manger à l’acte de manger ensemble. Il y a là un enjeu fondamental.
À la Cène, Jésus prend du pain, nourriture sacrée, nourriture de base, nourriture partagée (le « copain », c’est celui avec qui je partage le pain). Il prend un pain unique, le brise et le distribue à tous les convives. C’est à cette cassure qu’ils le reconnaîtront. Nous sommes invités à prendre ce que Jésus nous donne et à le manger. Ce geste préfigure ce qui va lui arriver, il va être brisé. C’est l’inverse de la digestion, quand je mange du pain je le transforme en moi-même, quand je communie il me transforme en lui-même.
« Celui qui croit mange » (Augustin).
Jn 6 discours sur le pain de vie, celui qui mâche, qui mastique, c’est très concret, très incarné.
Le vin.
Le mot « vin » n’est pas dans l’évangile : « il prit la coupe etc. » Jésus nous présente une coupe, nous devons boire la coupe qu’il nous tend. Dans la Bible, ça signifie partager le destin de quelqu’un. Jésus nous demande de le ,suivre, de partager son destin. Ça peut faire peur.
« Père, que cette coupe s’éloigne de moi », « pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire », etc.
Bien sûr que c’était du vin, mais le mot n’y est pas. Quand on colle au texte, on voit cette histoire de coupe, c’est une dimension fondamentale de l’eucharistie. Ça nous engage.
« Ceci est le sang de l’alliance versé pour vous », c’est d’une violence extrême. L’alliance résulte de ce sang versé. Dans la Bible, il est interdit de verser le sang et encore plus interdit de le boire : Jésus nous demande de faire ce qui est interdit. C’est l’interdit fondateur car le sang c’est l’âme, et l’âme appartient à Dieu. C’est le fruit défendu. Qu’est-ce que aujourd’hui je n’ai pas le droit de dévorer ? Le péché originel a consisté à manger, et la communion consiste à manger. Il y a en chacun de nous quelque chose de sacré (l’image de Dieu, l’âme) qu’il est interdit de toucher. C’est une interprétation possible.
Il y a quelque chose de sacré chez autrui que je n’ai pas le droit de toucher, encore moins de croquer. Respect de l’intimité d’autrui.
Pour la Pâque on saigne l’agneau, on met le sang sur le linteau de la porte et ça protège de l’extermination. Nous, nous mettons le sang de l’agneau à l’intérieur de nous et peut-être ça nous protège du mal.
Cf. 1Co chapitre 8, avant le récit de la Cène, le débat sur les idolothytes (les viandes sacrifiées aux idoles), sur la nourriture c’est fondamental. Paul dit que le critère absolu c’est l’édification de la communauté. Le chrétien édifie, au sens propre, la communauté. Ce critère peut nous aider à discerner quand nous avons un doute.
Donc, un enjeu de vie ou de mort dans la nourriture. Autour de la table les relations humaines vont se déliter (trahisons) ou grandir.
Dans la célébration eucharistique, Jésus prend du pain et nous dit « prenez et mangez ». Dans la Genèse, Ève prit et mangea. Les mêmes gestes, mais si je prends ce qui ne m’est pas donné, ça mène à la mort. Dans l’autre cas, à la vie.
« leurs yeux s’ouvrirent » : Adam et Ève/disciples d’Emmaüs, même chose.
… et ils virent qu’ils étaient nus.
…et ils le reconnurent.
1er cas : vulnérables, ils ont tout perdu.
2ème cas : la reconnaissance.
Jésus reprend le geste du péché des origines pour le retourner et en faire une source de vie.
Jésus prend son corps rompu et son sang versé, qui portent les marques de la violence, et nous les donne sous les « espèces » de quelque chose de bon à manger, le pain et le vin. Ainsi il nous donne la possibilité d’une subversion de la violence humaine et de rendre possible la fraternité humaine.
Si je célèbre l’eucharistie avec des gens que je n’aime/supporte pas, ce n’est pas hypocrite de leur donner le baiser de paix : au contraire c’est ça qui me sauve, car on se donne « la paix du Christ ».
Autrefois on disait « les chrétiens sont ceux qui vont à la messe », on ne le dit plus, et pourtant c’est vrai ! Être « croyant mais pas pratiquant » ne veut rien dire. Avoir un cœur prêt à vivre ce que je vais célébrer. Et en même temps c’est l’eucharistie qui nous aide. Bien sûr c‘est difficile de se réconcilier avec certains, mais tout est difficile ! Si on attend d’être en état de grâce pour communier, on ne communiera pas, mais il ne faut pas attendre trop pour se confesser.
Le prêtre ne peut dire la messe s’il est seul.
Conclusion :
Il est essentiel pour célébrer l’eucharistie d’être rassemblés et de communier en mangeant, essentiel que le pain soit brisé, que quelque chose se déchire pour que la vie advienne : le côté ouvert du Christ, d’où sortent du sang et de l’eau ; le rideau du Temple déchiré, d’où l’Esprit descend. Que notre cœur se brise, que quelque chose se déchire au fond de nous-mêmes pour que la vie fraternelle se réalise.
Laissons-nous pénétrer et toucher par la parole de Dieu.[/spoiler]