Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

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Petit Matthieu
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Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Petit Matthieu »

Bonsoir à tous,

Je fais ces temps-ci la triste constatation que nombre de reproches que le Christ a fait aux hommes de son temps peuvent s'adresser à moi directement, et sans nuance ou circonstance atténuante. Il y a une phrase qui me revient souvent à l'esprit actuellement :" Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment." (Luc,6, 32).

C'est hélas parfaitement mon cas. J'aime mes amis, ma famille et plusieurs personnes que la vie m'a permis de connaître. Mais il y a un grand nombre de personnes que je n'arrive pas à aimer. Incapable, impossible. Je ne vois que leurs défauts, ils m'écœurent et je ne manque pas d'arguments pour les rejeter. Leur égoïsme, leur irrespect total m'exaspèrent, je ne parviens pas à mettre en pratique cette phrase du Christ, alors mourant : "Pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font". Bien sur, je ne peux pas m'adresser au Père par cette formule, mais à moi même : "Matthieu, pardonne leur car ils ne savent ce qu'ils font".

Pour le moment, je souffre trop l'injustice et la folie des hommes me fait presque vomir. L'argent, la superficialité, la violence, la bêtise... Combien de personnes ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et pourtant s'autorise à juger et insulter tout ce qui leur semble hostile au courant absurde de leurs propres vies !

Bref, je crois qu'il me manque une chose : le fait de ne pas attendre sur terre la justice, mais de la savoir arriver à l'heure du Jugement. Mais aussi ne pas attendre ce jugement comme une revanche, mais prendre en pitié les autres hommes, ceux que je déteste à l'heure actuelle, en me répétant cette phrase "Pardonne leur, ils ne savent ce qu'ils font".

Qu'il est dur d'aimer, vraiment.
"Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes."
Phrase finale de saint Vincent de Paul dans le film "Monsieur Vincent".
etienne lorant
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par etienne lorant »

C'est vrai que c'est dur d'aimer ... lorsque l'on découvre qu'il faut trancher en soi-même, dans l'ego. Vous venez de débusquer la part de vous-même qui ne va pas cesser de s'opposer à l'oeuvre de l'Esprit . Cela va vous sembler très paradoxal, mais je me réjouis de votre aveu. Il prouve que le Seigneur a entendu votre prière et vous a pris sous son aile. Et du coup vous avez découvert "l'ennemi intérieur"... Je me souviens bien de vos premiers messages, vous redoutiez le grand changement de vie du départ à Lyon et la séparation d'avec votre milieu d'origine avait été rude. A la même épôque, nous avions aussi une "Dubida" (Camille), bretonne de son état, qui est partie étudier à Rennes, et dont nous n'avons plus jamais entendu parler. Mais vous êtes toujours là, et je vous en remercie.

Je suis en pleine dispute et silence d'avec une amie d'il y a vingt ans. Elle a connu ma conversion, j'ai connu son reniement, mais je l'ai retrouvée un jour à l'église. A présent, nous voici de nouveau à distance. En confiant à sa mère (77 ans) le contenu des messages que je lui adressais, elle est retombée dans une relation de pouvoir - que je ne juge pas, mais qui est extrêmement perverse. Cette semaine a été souffrante malgré le beau soleil, car "L-M" était la seule femme à qui je me confiais encore librement. Cependant, je vous dis cela pour vous réconforter: hier, dans un partage d'Evangile, Jésus est "descendu" (comme dit Simone Weil) et m'a rempli de son Amour. J'ai pu écrire ce partage que personne n'a remarqué mais qui est bourré à craquer d'un instant de pure et parfaite grâce divine. Si vous comprenez un tant soit peu ce que j'ai voulu exprimer, votre joie sera grande ! En union de prières,

Etienne


"On se souvient que la foi de l'apôtre Philippe avait été mise directement à l'épreuve par Jésus. Lors de la multiplication des pains et des poissons, la foule était nombreuse, elle avait faim, il devait y avoir parmi eux des enfants, mais aussi des vieillards et des malades. L'Evangile nous rappelle que Jésus se tournant vers son apôtre lui avait demandé directement: "Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ?" L'Evangéliste nous dit : "Il parlait ainsi pour le mettre à l'épreuve, car lui savait bien ce qu'il allait faire..." Et en réalité, par la réponse qu'il fait, Philippe montre qu'il s'était déjà inquiété de la situation et qu'il avait déjà, dans le secret de sa conscience, évalué le montant exhorbitant de la dépense. Se croyait-il insondable aux yeux de son Maître ?

Comme j'en étais là de ma réflexion, l'évidence m'a frappée d'une manière absolue. La mise à l'épreuve de Philippe, le Seigneur ne l'a pas recherchée. Mais il s'est contenté de "voir" la préoccupation de Philippe dans son coeur afin de l'exprimer à haute voix devant tous. Et quelle émotion d'un seul coup ! Car je réalise pleinement ceci: si le Jésus que j'aime discerne pleinement le flot de mes pensées... je réalise aussi que non seulement mes bonnes mais aussi mes mauvaises pensées lui sont un livre perpétuellement ouvert.

Quelle confusion ! Mais s'il y a épreuve, elle se situe exactement ici: surpris dans mes pensées, ne suis-je pas tenté de tout cacher, de tout nier ? En définitive, non. J'ai eu le choix un court instant, mais finalement, non: ce n'est pas la gêne qui l'emporte, mais l'amour du Dieu vivant ! Ce sentiment soudain, comme je voudrais aussi le partager pleinement avec tous! C'est un sentiment très fort, très élevé, très pur en dépit de ma médiocrité. En effet, il en est de l'apôtre de Philippe comme de moi, comme de n'importe lequel ou laquelle d'entre nous. Quand Jean parle d'une épreuve pour Philippe, quelle merveilleuse épreuve que celle-là ! Car le Seigneur n'a pas relevé et dévoilé le doute de Philippe, Il ne s'est pas attardé sur la vanité du raisonnement humain ("Le salaire de deux cent journées n'y suffirait pas !"), mais ce qu'Il a montré à tous, c'est le souci et la réelle compassion éprouvée par son disciple devant la foule affamée. Il ne répond pas sur ce qu'il y a de petit en nous, mais il exalte le bien, le bon, la miséricorde.

Avec Thomas ce fut pareil. Jésus l'a rejoint dans la préoccupation de son coeur, là exactement où le débat de la foi et du doute avait lieu. De la même manière, Jésus avait rejoint Marie-Madeleine: "Il lui est beaucoup pardonné parce qu'elle a beaucoup aimé. Mais à qui aime peu, on pardonne peu !"... Que d'admirables mots, lorsqu'on s'implique soi-même - comment se fait-il qu'il n'y ait pas plus de conversions, mon Dieu !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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La Chartreuse
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par La Chartreuse »

Que de sacrifices et de renoncements, parfois héroïques, il est nécessaire de s'imposer pour garder la charité, vertu crucifiante, ! Pour être charitable, il faut être fort. N'a-t-on pas enseigné que la douceur est la plus grande force ? Rien n'est fort comme l'amour.

Puis, il faut souvent penser que Dieu, l'infinie perfection, supporte bien, et avec quelle patience et quelle bonté ! nos imperfections, nos défauts, nos manques d'égards, nos injustices, nos rébellions, nos offenses ; et nous ne pourrions pas, nous qui sommes imparfaits, supporter ceux de nos semblables !

Bon courage !
Amicalement
La Chartreuse


Je suis soldat du Christ, si la Vérité est attaquée je parlerai, je tiendrai haut et ferme l'étendard de la foi, l'étendard de mon Dieu.
zélie
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par zélie »

Matthieu,
c'est humain de ne pouvoir aimer tout le monde comme on aime ses amis et sa famille, même si ce tout le monde est pas spécialement ni meilleur ni pire que nous. Et bien sûr, quand on tombe sur des cas spéciaux d'égoïsme et d'orgueil, ça donne envie de vomir. Et pourtant...
Jésus ne vous demande pas la force d'un martyr déjà si tôt dans votre vie, mais regardez-y bien, à la capacité d'amour des martyrs... Au moment de leur mort que demandent-ils? Que l'âme de leurs bourreaux soit sauvée, rien d'autre. Cela s'appelle l'amour spirituel, et c'est cela que Jésus nous enseigne:
Dans un premier temps, si un être humain est très méchant avec vous, la loi et l'enseignement religieux nous demande de ne pas nous venger nous-mêmes, mais de remettre ce nœud dans les mains de Dieu, en lui abandonnant tout avec confiance, en ayant la certitude filiale et aimante que Lui saura bien mieux que nous dénouer les nœuds de l'âme cruelle et l'amener sur son Coeur Divin. Il y a des cas où quand on souffre ignoblement sous la cruauté d’autrui, en arriver à ne pas haïr et remettre tout à Dieu est déjà un exploit, mais vous me semblez capable d’un pas de plus.
Dans un deuxième temps, réfléchissez un instant à ce qu'est l'enfer, à la pire souffrance que vous avez vécue ou que vous avez vue transparaître sur le visage d'un ami trahi ou très durement éprouvé par la cruauté ou l'absence d'amour. Imaginez un tel supplice multiplié des millions de fois et éprouvé pour l'éternité, y-a-t-il vraiment une seule âme que vous voudriez voir en enfer? Malgré tout ce qu'elle a pu faire sur terre, une telle souffrance ne vous semble-t-elle pas terrible en comparaison? En ne priant pas pour une âme, ne la prive-t-on pas de la clé d’une possible prison future ?
Enfin, quoi que vous pensiez d’une personne idiote, orgueilleuse, suffisante ou écoeurante, ne perdez jamais de vue que c’est une âme… Une âme, simplement une âme, et que c’est ainsi que les anges et Dieu Père la voit. C’est une âme informe, malade spirituellement, immature si vous voulez, mais c’est une âme, créée par Dieu avec autant d’amour qu’Il vous a créé vous et qu’Il vous aime, vous. Vous savez, l’Amour est la nature de Jésus ; Il aime, presque je dirais qu’Il aime parce qu’Il est Amour et ne peut donc pas faire autre chose qu’aimer. Que son Amour soit délectation devant un saint on le comprend aisément. Que son Amour soit patient envers nous même si les bras Lui en tombent quasi-constamment, ça aussi ça nous paraît acquis. Mais aimer ce n’est pas que jouir de la joie d’aimer, savez-vous ? Il y a des amours faciles à porter, parce que l’aimé se laisse aimer, mais il y a aussi des amours douloureux, infiniment douloureux, parce que l’aimé rejette toutes les grâces, toutes les perches… Et pourtant, Jésus aime aussi ces âmes-là, -et au passage, bien souvent, « ces âmes-là», c’est nous-mêmes-… Considérez combien Jésus souffre infiniment plus que vous devant une âme rebelle, et combien la moindre prière qu’on peut Lui adresser pour cette âme le comble de joie divine, parce qu’il aime cette âme en votre lieu et place. A vous qui n’arrivez pas à aimer complètement, il ne vous est demandé que de prier pour que l’âme de cette personne soit sauvée ou s’ouvre à Dieu.
Cela au moins vous pouvez le faire, même si la première fois ce n’est que la tête qui prie ; petit à petit, ce sera le cœur qui s’y mettra, et finira par trouver des circonstances atténuantes à la débilité apparente d’un orgueilleux.
C’est un très beau et très apaisant chemin que celui de l’amour spirituel, savez-vous ? C’est le chemin de Marie : je ne sais plus où je l’ai lu, mais dans un livre où elle s’adressait à une sainte âme, elle expliquait que devant une personne, elle ne regardait jamais à qui elle était humainement ou comment elle était mise, sa condition… Elle ne regardait que le bien à tirer des circonstances –même les plus insignifiantes- pour le bien de cette âme, pour l’amener à finir sa vie sur le Cœur de Dieu ! Peut-il y avoir catéchisme plus suave que celui de Marie ? Elle était maitresse dans l’art de l’amour totalement spiritualisé, et je pense que c’est pour cela qu’elle a été une si précieuse aide pour l’église naissante et déjà persécutée.
Je me souviens avoir lu aussi plusieurs fois que des saintes âmes, devant des âmes absconses et désespérantes qui ne leur inspirait que du dégoût, se mettaient instantanément à prier pour que Jésus sauve cette âme et que le dégoût leur passe, car aimer avec lassitude et fatigue peut se concevoir, être dégoûté d’une âme ce n’est déjà plus de l’amour et cela non, il ne faut pas le laisser en soi.
Voilà, je vous laisse, je suis malade actuellement et un peu fatiguée.
Que la Joie de Dieu inonde votre cœur et guide votre âme,
Zélie
Théophile
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Théophile »

Heureusement qu'on ne sait pas aimer ! On ne prendrait tout de suite pour Dieu :-D mais sans Dieu.

N'aviez-vous pas cité un rêve de l'abbé Pierre il n'y a pas si longtemps sur la souffrance qui dansait avec l'amour (je cite de tête de linotte) ? Avec la pauvreté du coeur c'est pareil. Ce que Dieu raffole de nous, ce ne sont pas nos vertus - il en a un stock plein -, ni nos idées ou nos actions, mais notre pauvreté de coeur. Notre nullité quoi (ouille j'ai mal à l'orgueil en disant cela :p ).
C'est comme cela qu'il a fait les présentations avec Ste-Catherine de Sienne : Je suis tout et tu n'es rien. Je voudrais bien être rien pour que tu sois tout, mais c'est comme cela, et ça n'a aucune importance. Maintenant que les présentations sont faites nous pouvons donc dialoguer :> (paraphrasé par le Père Molinié).

C'est donc par notre rien que Dieu nous saisis. Réjouissons-nous alors de le voir agir en nous, autour de nous, comme il le veut. Comme dans les films, rien ne va jusqu'à moins 5, et hop au dernier instant une porte se dérobe, un bout de corde, et nous voilà sorti d'affaire ! Que va faire Dieu dans votre situation ? Suspense, il a un plan d'amour pour vous !

A bientôt l'ami !
Cordialement,
Théophile
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Hélène
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Hélène »

Eh oui cher petit Matthieu... de réaliser comment nous sommes incapables d'aimer (en vérité) est déjà le début de la sagesse et le début du parcours de sainteté. Vouloir aimer... c'est déjà aimer. L'Amour n'est pas qu'un sentiment. Il est une perfection de la volonté...

Je me souviens mes premiers jours de conversion, si j'avais accueilli l'Amour de Dieu pour moi, j'étais bien incapable à mon tour de Lui rendre une pauvre réponse d'amour en aimant mon prochain. Je me souviens, un jour que j'étais au coin d'une rue dans le Vieux Montréal, je me suis arrêtée devant toute cette jungle urbaine, regardant les gens marcher, courir, "jetés vers la mort" et me disant "qu'est-ce qu'ils m'énervent" et je sentais beaucoup de haine, de violence et de colère en moi, contre le monde (et bien sûr contre moi-même). Réalisant combien cela me pesait et m'enchaînait, à cet instant, cette simple prière est montée : "Seigneur, apprends-moi à aimer"...

Et puis, peu à peu, sa pédagogie pour me montrer à aimer a été celle-ci : Il m'a montré jusqu'où Il m'aime... oh la la... jusque dans la pourriture de ma mort, de mon péché, Il est descendu pour me relever, me sortir de mes tombeaux dans lesquels je m'étais enfermés depuis tant d'années... Puis j'ai appris, jour après jour. Il faut être patient avec soi-même, mais avec la grâce de Dieu, on apprend à Le laisser aimer en nous (eh quoi ? Vous croyez que nous sommes capables d'aimer naturellement nos ennemis ? Seule notre volonté animée par la Grâce peut y parvenir). Il a versé son Sang pour chacune de ces âmes... que nous avons du mal à aimer.

Comme Jésus disait à saint Catherine de Sienne : "j'ai versé telle goûte de Sang pour toi, te considères-tu suffisamment payée ?" et encore : "fais-toi capacité et je me ferai torrent"...

Ne vous découragez pas...
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etienne lorant
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par etienne lorant »

Très beau partage. J'espère que la santé s'améliore ? N'oublions pas le dicton: "En avril ne te découvre pas d'un fil" !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Petit Matthieu
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Petit Matthieu »

Merci beaucoup à tous pour ces superbes réponses, vraiment j'ai lu lentement tant vos témoignages et conseils étaient denses. Cela me réconforte, me redonne du courage. Je sais que le découragement est un péché, mais qu'il est dur de continuer cette course parfois !

Ce qui m'effraie bien souvent, c'est de voir à quel point la haine est tentante quand on essaye d 'aimer ce qui est haïssable. La tentation est si proche, celle d'être défoulé en jugeant. La haine et la colère n'ont jamais été aussi proches de moi ces temps-ci. Le monde m'écœure à un point sans précédent, et pourtant je sais que l'amour est plus noble, puisqu'il vient du Seigneur. Ma foi y adhère mais mon coeur me semble incapable. Aimer ses ennemis....quel homme s'il n'était à la fois Dieu aurait pu penser une chose pareille ?

En tout cas merci à vous, vos mots m'encouragent, me relèvent un peu. J'espère qu'un jour, ce mur constitué de mes devoirs et grandi par mes faiblesses et péchés arrêtera de s'élever ! J'ai l'impression qu'il monte mètre par mètre alors que j'essaie de me diriger vers Dieu.
"Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes."
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Griffon
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Griffon »

Cher petit Matthieu,

Le pardon est divin. Dieu seul peut réellement pardonner.
Aussi, quand c'est trop dur, on peut bien prier : " Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. "
Et après avoir "tout" remis dans les mains du Père, il vaut mieux ne plus s'en occuper.
Surtout ne pas se préoccuper de savoir ce dont nous-même, nous sommes capables en matière de pardon.
Ce genre de question ouvre la porte aux tentations de satan.


Aimer ?!
Qui est capable d'aimer ?
Pour arriver en haut de la montagne de l'amour, disait Sainte Thérèse, il suffit de l'abandon et de la reconnaissance.
Se confier aux bras de Dieu, et Le remercier de ses grâces. Tant de grâces.
Et le plus souvent, on oublie de Le remercier et de Le louer.

C'est Lui qu'il faut regarder, Petit Matthieu, et pas soi-même...

Bon vent,

Griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
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Fée Violine
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Fée Violine »

Cher Petit Matthieu, sur la difficulté d'aimer, voici les notes que j'ai prises à une retraite que j'ai faite récemment (dans le cadre des Fraternités laïques dominicaines), le prédicateur étant le frère Denis Bissuel, prieur du couvent de Marseille.

« Communion fraternelle et eucharistie »
[+] Texte masqué
La communion fraternelle fait partie de l’engagement des laïcs (n° 8 de la règle). La règle recommande aussi l’eucharistie quotidienne : les deux vont ensemble.
Enracinement dans la parole de Dieu.
Actes des apôtres :
« Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, » c’est la tradition, la transmission.
« à la communion fraternelle », c’est le fondement même de la vie chrétienne. Nous cheminons dans la vie chrétienne par notre communion fraternelle. Ce n’est pas une option.
« à la fraction du pain et à la fidélité aux prières ».
Les Actes font la présentation originelle de la communauté idéale, « ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme », où est-elle cette communauté ? ça fait rêver quand on est responsable de communauté ! Nous sommes appelés à vivre 1Co 11, on a l’impression qu’à peine né ça ne marche pas. St Paul les critique : « l’un a faim tandis que l’autre est ivre etc. », c’est ça la communauté idyllique ?
Les communautés chrétiennes se déchirent.

Communauté fraternelle ou fraternité
Que nous dit l’Écriture sur ce sujet ?
Dans l’Écriture, dès qu’il y a deux frères ensemble, ils se disputent : Caïn et Abel. Ensuite Isaac et Ismaël ne peuvent jouer ensemble ; Jacob et Ésaü se cognent dans le sein de leur mère ; Joseph et ses frères : il est rejeté, il a tous les ennuis, parce qu’il était le préféré de Jacob.
Notre réaction spontanée est « c’est pas juste », donc qu’est-ce que je fais ? J’élimine mon frère, ou bien j’essaie de construire tant bien que mal une fraternité ?
Juda et Thamar (Gn 38) ont deux jumeaux, problème pour savoir lequel a la priorité (en passant, ces deux jumeaux sont cités dans la généalogie de Jésus).

Revenons à Caïn et Abel, Gn 4. Vivre en frères, c’est pas évident. « Ève dit : J’ai acquis un homme de par le Seigneur. Puis naquit Abel, frère de Caïn ». Ils n’ont déjà pas le même statut : Abel naît comme « frère de Caïn », il n’est pas « acquis de par le Seigneur ».
« Le temps passa ». Phrase très importante. Le temps est un critère de vérité, la fraternité s’éprouve sur la durée. C’est facile de s’entendre avec quelqu’un qu’on voit juste en passant.
Caïn offre les produits du sol, Abel les premiers-nés du troupeau et la graisse. Le Seigneur demande de lui faire assez confiance pour compromettre l’avenir du troupeau en lui offrant les premiers-nés.
Le Seigneur agrée Abel et son offrande mais pas celles de Caïn. Pourquoi ? C’est pas juste, dirons-nous spontanément !
Ce remarquable texte des origines nous parle de nous aujourd’hui.
« Caïn en fut très irrité et eut le visage abattu », la relation fraternelle commence à se dégrader. Dieu lui demande avec simplicité : pourquoi fais-tu cette tête ? Nous aussi dans les frats il nous arrive de faire la gueule. Dieu dit : méfie-toi car « le malin est une bête tapie qui te convoite », il va s’en mêler et tu n’es pas sûr de gagner la partie. Chez nous aussi (pas forcément des choses dramatiques). Le malin profite de la situation quand ça ne va pas très bien.
Caïn tue Abel. Il croit ainsi avoir réglé le problème en éliminant son frère.
Dieu dit : « où est ton frère ? »
Étrange réponse de Caïn : « Je ne sais pas ». Il est paumé. Ment-il ou ne sait-il pas où il en est, l’Écriture ne le dit pas.
Demandons à Dieu de nous aider à savoir où sont nos frères.
Deux sanctions : son travail sera stérile ; il va errer sur la terre.
Éliminer notre frère nous désoriente, nous déstabilise, d’où importance de la fraternité.
Cette histoire nous rappelle qu’il n’est pas vrai que la fraternité soit spontanée. Le fraternité se construit.
Apprenons à vivre en frères sans nous entretuer. Montrons au monde qu’il est possible de vivre ensemble sur la durée, en frères, car de partout les gens se disputent.

D’autre part : les conflits entre frères ne viennent pas de malentendus. Il y a quelque chose de structurel là-dedans. La fraternité en elle-même est source de conflits. Être frères suppose même père ou même mère. La fraternité est imposée, on ne choisit pas ses frères, qu’il s’agisse d’une fraternité naturelle ou religieuse. Une fraternité n’est pas une bande d’amis. Nous sommes frères parce que nous nous reconnaissons fils d’un même père, reconnaissance qui nous permet d’éviter de cruelles déceptions.
Mes frères me rappellent que je ne suis pas unique. Mon frère est l’image de ce que je suis et de ce que je ne suis pas. Il y a donc à la fois un lien fort et le rappel que je ne suis pas unique. D’où jalousie, car on aime être unique.
S’il est trop pareil, je suis jaloux, et s’il est trop différent, je ne supporte pas !
Si la fraternité n’est pas une épreuve, c’est que je ne vis pas vraiment la fraternité. Vivre ensemble est forcément éprouvant.

Le Lévitique avec ses 613 préceptes nous rappelle qu’aucun élément de notre vie n’est étranger à Dieu, même si le détail de ces règlements est périmé. Dans le chapitre 19, il y a le célèbre verset « tu aimeras ton prochain comme toi-même », on connaît ; mais juste avant, il dit :
« tu n’exploiteras pas ton prochain », le texte (Lév 19, 13-18) cite un certain nombre de manières de lui nuire.
Toujours comprendre la Bible pour moi-même et non pour le voisin ! C’est donc à moi qu’il dit « tu n’exploiteras pas ton prochain et tu ne le spolieras pas ».
« tu ne maudiras pas un muet et tu ne mettras pas d’obstacle devant un aveugle », c’est-à-dire ce qui se passe quand j’attaque quelqu’un qui ne peut pas se défendre, ainsi j’aurai le dessus.
« mais tu craindras ton Dieu. Je suis le Seigneur »
« tu ne commettras pas d’injustice en jugeant. Tu ne feras pas acception de personne envers le pauvre, tu ne seras pas ébloui par le grand », nous sommes souvent plus attirés par les gens brillants que par les cabossés.
« tu n’iras pas diffamer les tiens, et tu ne mettras pas en cause le sang de ton prochain. Je suis le Seigneur »
« Je suis le Seigneur » est répété toutes les deux ou trois phrases. La raison de respecter ces lois, c’est que Dieu est Dieu. Notre raison de vivre en frères, c’est Dieu, c’est « Je Suis qui Je Suis ».
« tu n’auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère », quand la parole de Dieu nous parle d’amour, elle parle aussi de haine, ce que nous hésitons à faire. La haine est meurtrière. « Celui qui hait son frère est un assassin », dit st Jean.
« tu dois réprimander ton compatriote », c’est un devoir mais c’est très difficile. Être capable d’aller le trouver et de lui dire en face ce qui ne va pas, sans haine, sans l’écraser. C’est la condition sine qua non de l’amour du prochain. Faire des reproches est difficile.
« et tu n’auras pas la charge d’un péché. »
« tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune, tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur »
Ne pas aller trop vite à ces phrases sur l’amour. Il faut respecter le cheminement humain qui est le nôtre. « Dieu est amour » c’est à la fin de la Bible, pas au début. Si on le dit trop vite, on n’est pas dans la vérité. Il faut d’abord démasquer le mal qui nous habite, le nommer, il a horreur de ça. Nommer le mal, le regarder en face. Pas pour le plaisir de parler du mal, mais c’est la réalité. Opération vérité sur ce que nous sommes.
« le prochain » c’est le premier venu, cf. parabole du Samaritain.
Le dilemme de l’équité nous rend proches de l’entêtement de Caïn. La fraternité à la fois nous rapproche et nous sépare. Le chapitre 19 est au milieu du Lévitique qui est au milieu de la Torah. Donc se laisser enseigner par Dieu, au cœur de l’enseignement il y a ce qu’on doit reconnaître pour arriver à « tu aimeras ton prochain ».

Après on arrive au NT. Comment se sortir du mal ? Soit complicité avec le mal (d’où destruction), soit s’en sortir mais c’est difficile.
Chez Matthieu, le discours sur la montagne fait référence à la loi du talion. Quand ça dérape dans les relations fraternelles. Le mot talion vient de talis, « tel » : œil pour œil etc. C’est une loi simple, qui sert à canaliser le déchaînement de la violence, à réguler. C’est une concession que Dieu fait, car la tendance naturelle, si on me donne une gifle, c’est d’en rendre deux, et l’autre de même, d’où escalade. Mais c’est un équilibre délicat, illusoire. Jésus reprend et transforme cette loi (« tendez l’autre joue »).
C’est une première clé évangélique. Ce n’est pas naturel, c’est surnaturel ! Commençons à faire le bien, face à ce mal qui peut nous détruire, détruire notre communauté. C’est un chemin de conversion. C’est le bien qui doit devenir contagieux et non le mal.

Le pardon. On aurait tendance à oublier, mais pardonner c’est le contraire d’oublier car il faut reconnaître le mal pour pouvoir pardonner.
Ce n’est pas non plus l’excuse. Si j’ai des circonstances atténuantes, je n’ai pas à être pardonné.
Évaluer la gravité de quelque chose.
Considérer comme insignifiant ce qui ne l’est pas est une ruse maléfique, on tourne autour.
Pardonner, c’est laisser tomber, mais pour laisser tomber quelque chose il faut d’abord le prendre en main ! Prendre le mal à pleines mains et le détruire, le faire disparaître. 70 x 7 fois = totalement.
Luc 17 « si ton frère pèche, réprimande-le, et s’il se repent pardonne-lui », pour pardonner il faut être capable de réprimander.
Cela donne tout son poids à la place de la parole. Réprimander quelqu’un, c’est aller le voir (et parfois il faut prendre son courage à deux mains), le regarder dans les yeux, et lui parler. Surtout dans un Ordre voué à la parole ! Mais c’est vrai dans toute communauté chrétienne, quelle qu’en soit la forme.
Le jour où on ne se parle plus, on est mort. C’est le radicalisme évangélique : soit la vie soit la mort.
Le commandement de l’amour mutuel : « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés », parole dite par Jésus juste avant sa passion.
« aimez vos ennemis ». Il n’y a de charité que si je rentre dans cette démarche qui va au-delà des sentiments naturels.
Il faut d’abord reconnaître que j’ai des ennemis. À quoi le Seigneur m’appelle-t-il quand il me dit cela ? Qui sont mes ennemis ? Tous ces gens qui me gênent etc.
L’amour des ennemis nous qualifie comme fils du Père.

Mt 5, 43s, Jésus reprend Lév 19, 18 « tu aimerais ton prochain comme toi-même »
« qui est mon prochain ? », demande quelqu’un. Ce n’est pas plus évident que « qui est mon ennemi ? » Jésus répond par l’histoire du Samaritain. Le prochain c’est le premier que je vais trouver sur la route, que je n’ai pas prévu, pas choisi, alors que nous avons tendance à trier.
Jésus retourne la question : « de qui s’est-il montré le prochain ? », c’est-à-dire que l’amour marche dans les deux sens. Le prochain à aimer c’est l’homme blessé mais aussi le Samaritain, et là c’est plus difficile. L’amour évangélique c’est aussi aimer ceux dont nous avons besoin, nous devons donc reconnaître que nous avons besoin des autres. C’est gratifiant de s’occuper de quelqu’un qui a besoin, mais la charité ne se limite pas à ça. Augustin, dans le commentaire sur 1Jn, dit que l’amour à l’état pur c’est aimer un égal, quelqu’un qui n’a pas besoin de moi. C’est l’amour gratuit, on n’attend rien. En fait on attend toujours quelque chose, au moins un sourire !
Jn 13, lavement des pieds, amour mutuel. C’est là qu’il dit « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », et pour savoir comment il nous a aimés, il faut relire tout l’évangile.
Pratiquons la parole de Dieu et nous comprendrons peu à peu ce qu’est cet amour.
« je vous donne un commandement nouveau afin que vous vous aimiez les uns les autres ». Ce n’est pas une option, c’est un commandement. C’est parce que Jésus nous l’ordonne et que nous y croyons que nous sommes sauvés.
Il y a des gens que ça choque, mais c’est un commandement. Jésus veut que nous nous en sortions.

Il nous donne la nourriture, la substance pour que nous y arrivions, pour que la communion fraternelle se réalise. Selon la théologie, ce que nous vivons dans l’eucharistie est réel.
Semaine sainte, ambiance de meurtre autour de Jésus, et parmi les disciples un drame communautaire, Jésus souligne la gravité de la trahison en disant « c’est un qui mange avec moi ». Autour de ce repas il y a des reniements annoncés par Jésus, refusés par Pierre. Et c’est au cœur de cette réalité d’une humanité déchirée que Jésus instaure l’eucharistie.

Questions. Débat

* « comme je vous ai aimés » : en tant qu’homme ou en tant que Dieu ?
* différence entre « comme toi-même » et « comme je vous ai aimés » ?
* « je vous ai aimés », au passé : il ne nous aime donc plus ? (réponse : c’est de l’ordre de l’événement, ce passé nous renvoie à l’incarnation)
* n’est-il pas plus constructif parfois de ne pas tout dire, de ne pas dire tout ce qui a blessé, notamment si on sent que la personne n’est pas capable de l’entendre ?
* comment faire si la personne refuse notre pardon ?
* Jésus n’a pas réprimandé Judas. Faut-il toujours réprimander ?
* le pardon n’est pas l’oubli, mais après le pardon, ne faut-il pas oublier ?
* comment sait-on qu’on a vraiment pardonné ? (réponse : quand on l’a dit, même si la personne est décédée. Mais c’est sans cesse à reprendre)
* relations fraternelles. Comment ne pas entrer dans le système de violence ?
* que signifie la phrase de Gn « si on tue Caïn, il sera vengé 7 fois » ?

Le pardon est un don qui nous réconcilie. Dire ou ne pas dire ? il faut maintenir la place de la parole. Le pardon suppose la parole. Dans le sacrement il n’y a pas de pardon s’il n’y a pas confession, donc parole.
Mais certes, il faut trouver le bon moment pour que ce soit possible. Être soi-même en mesure de le faire (pas trop tendu) et l’autre aussi.
Ne pas tout dire, mais être capable de dire « tu m’as fait mal », ou « je t’ai fait mal, je te demande pardon ».
Le pardon est quelque chose de grave, il ne s’agit pas de babioles.

S’il refuse le pardon, cf. Mt 18, 15 s.
Ce n’est pas facile, la barre est haute c’est la perfection, nous sommes appelés à de grandes choses.

Comment ne pas entrer dans le cercle de violence : déjà en ne tuant pas son frère, en le laissant vivre.
Nous sommes frères mais différents, avec des qualités/défauts/limites différents. C’est pourquoi nous en venons à dire que c’est pas juste. Vivre cela dans la foi. Car il n’y a rien de juste. Dès qu’il nous arrive une tuile, on va dire « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ». La seule solution est de vivre la fraternité, nous laisser façonner par la parole de Dieu et la fraternité. Surtout ne pas résoudre le problème comme Caïn ! Il y a des questions qui restent des questions, et c’est ainsi qu’on avance. Il y a un espace qui est celui de Dieu. La réponse ultime, nous ne l’avons pas. On peut quand même travailler à réduire les injustices !

Caïn vengé 7 fois : il y a une progression dans la Bible, concernant la réception du pardon.
Les psaumes présentent parfois un Dieu vengeur. Ne pas évacuer trop vite les passages qui nous dérangent, ne pas chloroformer la parole de Dieu.

Question 1 : c’est un amour qui passe par la croix. Toute charité est crucifiante. Offrande totale de notre vie. Nous sommes appelés à la sainteté. Dieu ne nous demande pas de tout comprendre avant d’agir. Il dit à Abraham « pars » et Abraham ne sait pas où il va.

l’eucharistie
Ce mot dans le NT désigne le fait de rendre grâce. Quand ils veulent parler de ce que nous appelons l’eucharistie, ils disent « la fraction du pain » (Actes) ou « le repas du Seigneur » (Paul). Il s’agit donc de manger et boire, et ensemble.
Hier nous nous demandions comment en sortir. La parole qui résume tout, c’est « prenez et mangez ». Il faut donc prendre et manger.
L’aspect repas n’est pas neutre, les évangélistes nous disent que ça s’est passé au cours d’un repas. Notre expérience humaine de base nous montre que manger ensemble crée un lien, une communion élémentaire. Ce n’est pas seulement nutritionnel. Se rassembler à table c’est ce qui constitue la famille. Les communautés religieuses mangent ensemble selon un rite déterminé.
Quand je me mets à table, je reçois la nourriture, je n’ai pas forcément préparé le repas. Il y a quelque chose de l’ordre du don et de la réception d’un don. Ça me rappelle ma dépendance. Manger ensemble c’est affirmer notre dépendance mutuelle.
* Il y a une tension, car nous partageons le même plat. Si mon voisin en prend trop, je n’en aurai pas assez. L’éducation consiste à apprendre aux enfants à partager, à attendre. Le rapport à la nourriture comporte toujours une certaine agressivité, qu’il faut éduquer. Il n’est pas évident de passer de l’acte de manger à l’acte de manger ensemble. Il y a là un enjeu fondamental.
À la Cène, Jésus prend du pain, nourriture sacrée, nourriture de base, nourriture partagée (le « copain », c’est celui avec qui je partage le pain). Il prend un pain unique, le brise et le distribue à tous les convives. C’est à cette cassure qu’ils le reconnaîtront. Nous sommes invités à prendre ce que Jésus nous donne et à le manger. Ce geste préfigure ce qui va lui arriver, il va être brisé. C’est l’inverse de la digestion, quand je mange du pain je le transforme en moi-même, quand je communie il me transforme en lui-même.
« Celui qui croit mange » (Augustin).
Jn 6 discours sur le pain de vie, celui qui mâche, qui mastique, c’est très concret, très incarné.

Le vin.
Le mot « vin » n’est pas dans l’évangile : « il prit la coupe etc. » Jésus nous présente une coupe, nous devons boire la coupe qu’il nous tend. Dans la Bible, ça signifie partager le destin de quelqu’un. Jésus nous demande de le ,suivre, de partager son destin. Ça peut faire peur.
« Père, que cette coupe s’éloigne de moi », « pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire », etc.
Bien sûr que c’était du vin, mais le mot n’y est pas. Quand on colle au texte, on voit cette histoire de coupe, c’est une dimension fondamentale de l’eucharistie. Ça nous engage.
« Ceci est le sang de l’alliance versé pour vous », c’est d’une violence extrême. L’alliance résulte de ce sang versé. Dans la Bible, il est interdit de verser le sang et encore plus interdit de le boire : Jésus nous demande de faire ce qui est interdit. C’est l’interdit fondateur car le sang c’est l’âme, et l’âme appartient à Dieu. C’est le fruit défendu. Qu’est-ce que aujourd’hui je n’ai pas le droit de dévorer ? Le péché originel a consisté à manger, et la communion consiste à manger. Il y a en chacun de nous quelque chose de sacré (l’image de Dieu, l’âme) qu’il est interdit de toucher. C’est une interprétation possible.
Il y a quelque chose de sacré chez autrui que je n’ai pas le droit de toucher, encore moins de croquer. Respect de l’intimité d’autrui.
Pour la Pâque on saigne l’agneau, on met le sang sur le linteau de la porte et ça protège de l’extermination. Nous, nous mettons le sang de l’agneau à l’intérieur de nous et peut-être ça nous protège du mal.
Cf. 1Co chapitre 8, avant le récit de la Cène, le débat sur les idolothytes (les viandes sacrifiées aux idoles), sur la nourriture c’est fondamental. Paul dit que le critère absolu c’est l’édification de la communauté. Le chrétien édifie, au sens propre, la communauté. Ce critère peut nous aider à discerner quand nous avons un doute.
Donc, un enjeu de vie ou de mort dans la nourriture. Autour de la table les relations humaines vont se déliter (trahisons) ou grandir.
Dans la célébration eucharistique, Jésus prend du pain et nous dit « prenez et mangez ». Dans la Genèse, Ève prit et mangea. Les mêmes gestes, mais si je prends ce qui ne m’est pas donné, ça mène à la mort. Dans l’autre cas, à la vie.
« leurs yeux s’ouvrirent » : Adam et Ève/disciples d’Emmaüs, même chose.
… et ils virent qu’ils étaient nus.
…et ils le reconnurent.
1er cas : vulnérables, ils ont tout perdu.
2ème cas : la reconnaissance.
Jésus reprend le geste du péché des origines pour le retourner et en faire une source de vie.
Jésus prend son corps rompu et son sang versé, qui portent les marques de la violence, et nous les donne sous les « espèces » de quelque chose de bon à manger, le pain et le vin. Ainsi il nous donne la possibilité d’une subversion de la violence humaine et de rendre possible la fraternité humaine.
Si je célèbre l’eucharistie avec des gens que je n’aime/supporte pas, ce n’est pas hypocrite de leur donner le baiser de paix : au contraire c’est ça qui me sauve, car on se donne « la paix du Christ ».
Autrefois on disait « les chrétiens sont ceux qui vont à la messe », on ne le dit plus, et pourtant c’est vrai ! Être « croyant mais pas pratiquant » ne veut rien dire. Avoir un cœur prêt à vivre ce que je vais célébrer. Et en même temps c’est l’eucharistie qui nous aide. Bien sûr c‘est difficile de se réconcilier avec certains, mais tout est difficile ! Si on attend d’être en état de grâce pour communier, on ne communiera pas, mais il ne faut pas attendre trop pour se confesser.
Le prêtre ne peut dire la messe s’il est seul.

Conclusion :
Il est essentiel pour célébrer l’eucharistie d’être rassemblés et de communier en mangeant, essentiel que le pain soit brisé, que quelque chose se déchire pour que la vie advienne : le côté ouvert du Christ, d’où sortent du sang et de l’eau ; le rideau du Temple déchiré, d’où l’Esprit descend. Que notre cœur se brise, que quelque chose se déchire au fond de nous-mêmes pour que la vie fraternelle se réalise.
Laissons-nous pénétrer et toucher par la parole de Dieu.
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Luis
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Luis »

Fée Violine a écrit :Ne pas aller trop vite à ces phrases sur l’amour. Il faut respecter le cheminement humain qui est le nôtre. « Dieu est amour » c’est à la fin de la Bible, pas au début. Si on le dit trop vite, on n’est pas dans la vérité. Il faut d’abord démasquer le mal qui nous habite, le nommer, il a horreur de ça. Nommer le mal, le regarder en face. Pas pour le plaisir de parler du mal, mais c’est la réalité. Opération vérité sur ce que nous sommes.
:wow:

Je trouve que dites là en très peu de mots une chose très importante et très profonde. Il m'est venu récemment la réflexion suivante : on entend beaucoup de personnes se plaindre du Dieu de l'Ancien Testament trop violent et vengeur. Ils ne reconnaissent pas le Dieu doux et bon du Nouveau Testament et sont tentés de rejeter ce Dieu-là. Mais il faut mettre en regard cette violence supposée avec le péché de l'homme. Dieu doit dérouler un plan très long et qui aille jusqu'aux dernières extrémités pour nous sauver. Et ceci à cause de la noirceur de notre propre faute.

Ceux qui rejettent le Dieu de l'Ancien Testament sous-estiment gravement la profondeur de notre péché.

Le Seigneur a demandé à Abraham de sacrifier son fils, mais il a arrêté sa main. Au final, c'est son propre Fils que Dieu sacrifiera.
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Petit Matthieu
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Petit Matthieu »

Merci beaucoup pour ce texte Fée Violine, plusieurs passages m'ont vraiment parlé.
Notamment le Lévitique, je me rappelle l'avoir lu avec un ennui terrible, il y a maintenant longtemps. Mais vos notes m'ont fait découvrir de nouvelles choses.

Craindre Dieu aussi, cela n'est pas encore assez dans mon quotidien. Ce désir de lui plaire, ce dégoût de la décevoir. "Dieu est, cela suffit" comme Eloi Leclerc fait parler Saint François. Je ne mets sans doute pas assez Dieu dans mes relations avec mon prochain. J'essaye d'y arriver seul, mais c'est le Seigneur qui peut seul aider à nous aimer les uns les autres, par son médiateur le Christ.

Merci à vous, bonne nuit !
"Ce n’est que pour ton amour, pour ton amour seul, que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes."
Phrase finale de saint Vincent de Paul dans le film "Monsieur Vincent".
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par etienne lorant »

Pour moi aimer autrui, c'est d'abord poser des actes de miséricorde envers autrui, mais avec la motivation que c'est pour plaire au Seigneur... et le sentiment parfois m'inonde, mais d'abord le sentiment de reconnaissance envers Jésus.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Petit Matthieu
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Petit Matthieu »

En relisant ce fil, en réfléchissant aussi un peu, je constate à quel point le chrétien est tiraillé entre l'amour et la haine. Il doit aimer Dieu plus que tout, mais détester le péché. Or le péché est partout !
Il doit s'écarter du monde, mépriser les gloires humaines et les vanités, mais aimer ses ennemis....ces mêmes orgueilleux, vaniteux.

Il doit aussi s'aimer soi-même, tout en détestant ce qui l'écarte de son chemin vers Dieu.

Sommes nous donc condamnés à connaître ces deux sentiments à chaque seconde de notre vie ? A ce moment précis je déteste, peu après j'aime cela.... Jamais de repos, jamais de quiétude, j'ai l'impression d'entrer dans un combat permanent, dans un bataille sans arme, sans volonté, sans envie.
Dernière modification par Petit Matthieu le mar. 04 mai 2010, 22:00, modifié 1 fois.
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Raistlin
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Re: Aimer......bien plus difficile que je ne le pensais.

Message non lu par Raistlin »

Petit Matthieu a écrit :En relisant ce fil, en réfléchissant aussi un peu, je constate à quel point le chrétien est tiraillé entre l'amour et la haine. Il doit aimer Dieu plus que tout, mais détester le péché. Or le péché est partout !
Voilà peut-être qui éclaire un peu cette figure vétéro-testamentaire d'un Dieu en colère. Dieu nous aime mais hait le péché. Et si le péché provoque Sa juste colère, Son amour pour nous provoque Sa miséricorde.
« Dieu fournit le vent. A l'homme de hisser la voile. » (Saint Augustin)
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