par François-Xavier » lun. 03 déc. 2007, 18:37
errare humanum est a écrit :de garder l'unité de l'Eglise
pour ne pas attenter au sens de la Foi
Il me semble que vous citez ici des motifs qui sont très importants, des motifs pastoraux. L'unité du troupeau, la sauvegarde de l'expression de la foi. Je suis assez d'accord. Mais je ne répondrais pas de la même façon à cette question ; pour bien replacer la notion de liturgie au bon niveau, je vous propose une petite réflexion de dom Delatte, le premier abbé de Solesmes, qui est le monastère qui est à l'origine du "mouvement liturgique" au XIX°, mouvement qui a abouti à la constitution dogmatique "de Sacra Liturgia" ou "Sacrosanctum Concilium" de Vatican II (le gras, c'est de moi) :
Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes a écrit :
ll y a chez nous, (...) une vocation spéciale à la prière ; il y a rapport et convergence de toute l'organisation pratique de notre vie vers une fin cultuelle. La liturgie sainte est tout à la fois pour nous un procédé de sanctification et un but. Elle est surtout un but. Notre contemplation s'y alimente sans trêve, et elle s'y rapporte toute comme à son objet adéquat et à son terme propre*. Ceci mérite d'être bien compris.
Il n'est pas indifférent, même au point de vue pratique, de savoir très exactement quelle est notre fin, d'en trouver une définition assez heureuse pour embrasser à la fois Dieu et nous, ses intérêts et les nôtres, sa gloire et notre bonheur, l'œuvre du temps et celle de l'éternité. Les définitions ne manquent pas : il s'agit, dit-on, de faire notre salut, — de procurer la gloire de Dieu, — de réaliser notre sanctification, — de parvenir à l'union à Dieu et à sa vie éternelle. Ces formules sont exactes, mais de valeur inégale ; avec un peu d'exégèse, il est vrai, on retrouve impliquée chez toutes l'intégralité de la doctrine ; et pour les âmes éclairées et généreuses, la première perd son danger de conduire pratiquement à la tiédeur et au marchandage spirituel. La meilleure est la dernière ; (...). Mais aucune, sauf la seconde, ne suggère l'idée de liturgie. Et c'est dommage ; car enfin l'union au Seigneur est ordonnée elle-même à la louange.
* Voir Mère Cécile Bruyère, la Vie spirituelle et l'Oraison d’après la sainte Écriture et la tradition monastique, chap X, XX, XXII, XXIII.
En fait il faut bien comprendre une chose : la liturgie en tant que telle n'est pas à limiter au ritualisme parfois asséchant et qui peut même faire perdre la Foi.
Dans la liturgie, nous cherchons à être unis à Dieu dans la prière, et par cette prière lui rendre gloire. Quand on y réfléchit un tout petit peu, c'est effectivement la seule raison de notre existence sur cette terre : la gloire de Dieu. C'est en cela que la liturgie, (je ne parle pas des rites ou du cérémonial qui sont effectivement uniquement des moyens - souvent bien pauvres...) est un but dans la pensée de dom Delatte. Pour le moine, l'objectif, c'est la prière continuelle. et le moine, en fin de compte, c'est beaucoup plus un simple baptisé qu'un clerc. C'est choquant pour nos petites âmes du XXI° siècle qui aiment bien tout mettre dans les cases, distinguer les moyens de la fin. Mais c'est instructif. Et c'est surtout une occasion de conversion. "Le moine, disait Saint Jean Cassien, commence réellement à prier quand il ne s’aperçoit plus qu’il prie." C’est là l’union continuelle à Dieu qu’ambitionnent les saints, et qui marque l’entrée dans la vie mystique. La vie monastique est une vocation de baptisé, par une vocation de clerc. Rien ne dit que Saint Benoît ait été un jour ordonné prêtre.
errare humanum est a écrit :la liturgie ne s'interesse pas qu'à la célebration de la messe n'est-ce pas? elle existe pour tous les sacrements?
Oui, vous avez entièrement raison, et même on peut ajouter la chose suivante : on touche probablement l'essence de la qualité liturgique lorsque la célébration n'est pas sacramentelle, puisqu'on ne se pose plus la question de savoir si c'est valide ou non. C'est à dire que dans bien des cas, on se contente du sacrement (par ex. le sacrement de l'Eucharistie). C'est pour cela qu'il est intéressant de distinguer l'Eucharistie en tant que sacrement et l'Eucharistie en tant que célébration. De nos jours, toute célébration sacramentelle est liturgique - et de plus en plus ! -, mais toute célébration liturgique n'est pas sacramentelle (par contre il est vrai qu'on voit de moins en moins de célébrations réellement liturgiques des heures, par exemple...).
Pour entrer réellement dans une logique de "liturgie" indépendamment de la question sacramentelle, une bonne expérience est l'office des lectures ou des vigiles. C'est long, c'est beau, c'est liturgique. Il n'y a pas de sacrement... Et pourtant on est typiquement dans la profondeur de la signification liturgique et de son but : l'union à Dieu.
[quote="errare humanum est"]de garder l'unité de l'Eglise
pour ne pas attenter au sens de la Foi[/quote]
Il me semble que vous citez ici des motifs qui sont très importants, des motifs pastoraux. L'unité du troupeau, la sauvegarde de l'expression de la foi. Je suis assez d'accord. Mais je ne répondrais pas de la même façon à cette question ; pour bien replacer la notion de liturgie au bon niveau, je vous propose une petite réflexion de dom Delatte, le premier abbé de Solesmes, qui est le monastère qui est à l'origine du "mouvement liturgique" au XIX°, mouvement qui a abouti à la constitution dogmatique "de Sacra Liturgia" ou "Sacrosanctum Concilium" de Vatican II (le gras, c'est de moi) :
[quote="Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes"]
ll y a chez nous, (...) une vocation spéciale à la prière ; il y a rapport et convergence de toute l'organisation pratique de notre vie [b]vers une fin cultuelle[/b]. La liturgie sainte est tout à la fois pour nous un procédé de sanctification et un but. Elle est [b]surtout un but[/b]. Notre contemplation s'y alimente sans trêve, et elle s'y rapporte toute comme à son objet adéquat et à son terme propre*. Ceci mérite d'être bien compris.
Il n'est pas indifférent, même au point de vue pratique, de savoir très exactement quelle est notre fin, d'en trouver une définition assez heureuse pour embrasser à la fois Dieu et nous, ses intérêts et les nôtres, sa gloire et notre bonheur, l'œuvre du temps et celle de l'éternité. Les définitions ne manquent pas : il s'agit, dit-on, de faire notre salut, — de procurer la gloire de Dieu, — de réaliser notre sanctification, — de parvenir à l'union à Dieu et à sa vie éternelle. Ces formules sont exactes, mais de valeur inégale ; avec un peu d'exégèse, il est vrai, on retrouve impliquée chez toutes l'intégralité de la doctrine ; et pour les âmes éclairées et généreuses, la première perd son danger de conduire pratiquement à la tiédeur et au marchandage spirituel. La meilleure est la dernière ; (...). Mais aucune, sauf la seconde, ne suggère l'idée de liturgie. Et c'est dommage ; car enfin [b]l'union au Seigneur est ordonnée elle-même à la louange[/b].
* Voir Mère Cécile Bruyère, [i]la Vie spirituelle et l'Oraison d’après la sainte Écriture et la tradition monastique[/i], chap X, XX, XXII, XXIII.
[/quote]
En fait il faut bien comprendre une chose : la liturgie en tant que telle n'est pas à limiter au ritualisme parfois asséchant et qui peut même faire perdre la Foi.
Dans la liturgie, nous cherchons à être unis à Dieu dans la prière, et par cette prière lui rendre gloire. Quand on y réfléchit un tout petit peu, c'est effectivement la seule raison de notre existence sur cette terre : la gloire de Dieu. C'est en cela que la liturgie, (je ne parle pas des rites ou du cérémonial qui sont effectivement uniquement des moyens - souvent bien pauvres...) est un but dans la pensée de dom Delatte. Pour le moine, l'objectif, c'est la prière continuelle. et le moine, en fin de compte, c'est beaucoup plus un simple baptisé qu'un clerc. C'est choquant pour nos petites âmes du XXI° siècle qui aiment bien tout mettre dans les cases, distinguer les moyens de la fin. Mais c'est instructif. Et c'est surtout une occasion de conversion. "Le moine, disait Saint Jean Cassien, commence réellement à prier quand il ne s’aperçoit plus qu’il prie." C’est là l’union continuelle à Dieu qu’ambitionnent les saints, et qui marque l’entrée dans la vie mystique. La vie monastique est une vocation de baptisé, par une vocation de clerc. Rien ne dit que Saint Benoît ait été un jour ordonné prêtre.
[quote="errare humanum est"]la liturgie ne s'interesse pas qu'à la célebration de la messe n'est-ce pas? elle existe pour tous les sacrements?[/quote]
Oui, vous avez entièrement raison, et même on peut ajouter la chose suivante : on touche probablement l'essence de la qualité liturgique lorsque la célébration n'est pas sacramentelle, puisqu'on ne se pose plus la question de savoir si c'est valide ou non. C'est à dire que dans bien des cas, on se contente du sacrement (par ex. le sacrement de l'Eucharistie). C'est pour cela qu'il est intéressant de distinguer l'Eucharistie en tant que sacrement et l'Eucharistie en tant que célébration. De nos jours, toute célébration sacramentelle est liturgique - et de plus en plus ! -, mais toute célébration liturgique n'est pas sacramentelle (par contre il est vrai qu'on voit de moins en moins de célébrations réellement liturgiques des heures, par exemple...).
Pour entrer réellement dans une logique de "liturgie" indépendamment de la question sacramentelle, une bonne expérience est l'office des lectures ou des vigiles. C'est long, c'est beau, c'est liturgique. Il n'y a pas de sacrement... Et pourtant on est typiquement dans la profondeur de la signification liturgique et de son but : l'union à Dieu.