par etienne lorant » jeu. 12 mars 2009, 18:07
Mac a écrit : Cependant, dans le texte, les souffrances du riche ne peuvent être apaisées. Savez-vous svp ce que disent les théologiens sur ce texte?
Je n'oserais pas m'avancer trop loin sur un terrain qui n'est pas le mien. Mais je doute qu'il n'y ait vraiment aucun espoir pour ce riche, devenu soudainement âme pauvre et souffrante dans cette fournaise. Je pose un simple raisonnement: si ce riche est capable, du milieu de sa souffrance, de prier Abraham et qu'Abraham l'appelle mon enfant... et encore: si ce riche demande de l'aide non pour lui-même mais pour ses frères... c'est forcément qu'il demeure quelque chose de bon en lui. Alors, est-il là pour l'éternité ?
C'est vrai, je suis d'accord, qu'un théologien tranche pour moi car je n'oserais pas m'avancer plus loin.
Je passe à une autre âme, celle de mon propre père, Gabriel, décédé le 9 avril dernier. Quelques jours après ses funérailles, que nous avons célébré en blanc, une fidèle qui assistait à la messe au monastère m'a abordé à la sortie et m'a servi une petite leçon de catéchisme. Mon père aurait "quelques souffrances" à traverser encore au purgatoire. Je lui ai répondu : ces souffrances-là, je ne me fais guère de souci, car
au purgatoire les âmes voient ce qu'elles désirent, tandis que nous, nous souffrons sans voir.
Mon père avait souffert quinze ans depuis son hémiplégie, subissant douleurs et humiliations diverses, et essayant toujours de marcher de nouveau. Parvenu à l'hôpital pour la dernière fois, il avait même dû se battre pour mourir, car le chef du service de gériatrie - un de ses anciens élèves, le gavait contre sa volonté. Nous avons dû intervenir car, vers la fin, nous l'avions retrouvé les mains enveloppées de gaze, les bras attachés avec des essuie-mains aux montants du lit... ce n'étaient plus des soins, mais de la torture.
Bref, les âmes voient ce qu'elles désirent. Elles souffrent, mais sur le même mode que j'ai souffert, le jour où j'ai été délivré du tabac: pendant une journée complète, mais surtout l'après-midi, j'aurais voulu qu'on m'attache pour être sûr de ne pas courir après une cigarette. Mais lorsque j'ai senti que "ça y est !", j'allais passer au travers et être quitte pour toujours, je fus dans la joie. Une joie extraordinaire, car on ne cesse de fumer qu'une fois - du moins dans ces conditions-là. Eh bien, je souffrais mais à cause de la joie, j'aurais voulu que l'après-midi fût plus longue encore. Ainsi joie et souffrance peuvent coexister, et le fait de voir que l'on va immanquablement vers une complète délivrance, c'est extrêmement motivant.
J'ai de nouveau écrit longuement, mais je voudrais terminer par ce qu'écrivait un spiritualiste chrétien (qui ?): les âmes sont purifiées "comme à travers le feu", mais ce feu, elles le produisent elles-mêmes dans leur excès de désir. Elles cherchent, sans y parvenir, mais accélérant la purification, à rentrer dans le paradis comme les satellites rentrent dans l'atmosphère: en brûlant leur bouclier thermique.
Je raconte ces choses pour ce qu'elles valent: une réflexion personnelle.
[quote="Mac"] Cependant, dans le texte, les souffrances du riche ne peuvent être apaisées. Savez-vous svp ce que disent les théologiens sur ce texte?[/quote]
Je n'oserais pas m'avancer trop loin sur un terrain qui n'est pas le mien. Mais je doute qu'il n'y ait vraiment aucun espoir pour ce riche, devenu soudainement âme pauvre et souffrante dans cette fournaise. Je pose un simple raisonnement: si ce riche est capable, du milieu de sa souffrance, de prier Abraham et qu'Abraham l'appelle mon enfant... et encore: si ce riche demande de l'aide non pour lui-même mais pour ses frères... c'est forcément qu'il demeure quelque chose de bon en lui. Alors, est-il là pour l'éternité ?
C'est vrai, je suis d'accord, qu'un théologien tranche pour moi car je n'oserais pas m'avancer plus loin.
Je passe à une autre âme, celle de mon propre père, Gabriel, décédé le 9 avril dernier. Quelques jours après ses funérailles, que nous avons célébré en blanc, une fidèle qui assistait à la messe au monastère m'a abordé à la sortie et m'a servi une petite leçon de catéchisme. Mon père aurait "quelques souffrances" à traverser encore au purgatoire. Je lui ai répondu : ces souffrances-là, je ne me fais guère de souci, car [b]au purgatoire les âmes voient ce qu'elles désirent[/b], tandis que nous, nous souffrons sans voir.
Mon père avait souffert quinze ans depuis son hémiplégie, subissant douleurs et humiliations diverses, et essayant toujours de marcher de nouveau. Parvenu à l'hôpital pour la dernière fois, il avait même dû se battre pour mourir, car le chef du service de gériatrie - un de ses anciens élèves, le gavait contre sa volonté. Nous avons dû intervenir car, vers la fin, nous l'avions retrouvé les mains enveloppées de gaze, les bras attachés avec des essuie-mains aux montants du lit... ce n'étaient plus des soins, mais de la torture.
Bref, les âmes voient ce qu'elles désirent. Elles souffrent, mais sur le même mode que j'ai souffert, le jour où j'ai été délivré du tabac: pendant une journée complète, mais surtout l'après-midi, j'aurais voulu qu'on m'attache pour être sûr de ne pas courir après une cigarette. Mais lorsque j'ai senti que "ça y est !", j'allais passer au travers et être quitte pour toujours, je fus dans la joie. Une joie extraordinaire, car on ne cesse de fumer qu'une fois - du moins dans ces conditions-là. Eh bien, je souffrais mais à cause de la joie, j'aurais voulu que l'après-midi fût plus longue encore. Ainsi joie et souffrance peuvent coexister, et le fait de voir que l'on va immanquablement vers une complète délivrance, c'est extrêmement motivant.
J'ai de nouveau écrit longuement, mais je voudrais terminer par ce qu'écrivait un spiritualiste chrétien (qui ?): les âmes sont purifiées "comme à travers le feu", mais ce feu, elles le produisent elles-mêmes dans leur excès de désir. Elles cherchent, sans y parvenir, mais accélérant la purification, à rentrer dans le paradis comme les satellites rentrent dans l'atmosphère: en brûlant leur bouclier thermique.
Je raconte ces choses pour ce qu'elles valent: une réflexion personnelle.