Cher Olivier C,
vous êtes le bienvenu dans tous les fils de tous les forums. Votre avis est très intéressant, et c'est un bonheur de partager sa foi avec tous ceux qui le veulent. Ne vous excusez plus... moi aussi j'arrive dans les fils comme un cheveu sur la soupe, mais apparemment on me le pardonne facilement!
Chère Sofia,
Vous posez la question du moment du jugement particulier : la position d'Olivier est intéressante et a des points communs avec la mienne. Je sais qu'après la mort, les "choses sont fixées" en ce sens que le temps d'acquérir des mérites est fini pour l'âme, "le temps de la Miséricorde de Dieu" est remplacé par "le temps de la Miséricorde et de la Justice de Dieu qui nous sauve" (sur la ligne de Saint Paul selon moi, mais je ne suis pas érudite). Maintenant, quand intervient exactement le moment du jugement particulier et les subtilités de chaque mot... je ne suis ni Seb ni Raistlin ni Pneumatis, voir eux ou leurs semblables pour encadrer à 10
-3 près la réponse exacte! Je crois qu'il y a eu des fils sur ce moment précis du jugement sur le forum, mais je ne saurais vous en dire plus. Toujours est-il qu'il y a un moment où le jugement particulier intervient, et qu'à ce moment, l'âme est encore en position de crier à Dieu le cri du lépreux "Jésus , fils de David, aie pitié de moi", je veux dire, elle peut choisir d'obéir à Dieu ou de rejeter Dieu. Et ce moment on le situe de foi au moment de la mort. Oui je vois l’objection, un moment M n’est pas plus définissable qu’un nombre décimal…
Juste une remarque cependant: si on remonte le fil actuel de discussion, certains intervenants parlent de la notion d'éternité et de la notion de permanence; merci à eux, mon cerveau manquant cruellement de circonvolutions, je n'aurais jamais trouvé ça toute seule. Mais cela interpelle sur ce qu'on appelle le "moment" du jugement particulier. En effet, si on se trouve dans l'autre monde dans un état sans dimension temporelle, alors le moment du jugement, euh... il y a un gros hic de logique... Il se peut là aussi que ne connaissant pas tout, nous prenions encore une fois les ombres de la caverne pour des réalités tangibles, et qu'une fois advenus à la lumière, nous nous exclamions de surprise... Comment Dieu organise cette rencontre, qui se voudrait l’accueil d’un père à son enfant, dans la joie des retrouvailles, et qui tourne à la purge de toute tache de par la faute des pécheurs, là je ne sais pas… mais comme rien n’est impossible à Dieu, ça se passe quand même.
Vous posez aussi la question de l’administration de la Justice de Dieu : elle s’exerce parce qu’il faut bien qu’elle s’exerce, pas par soulagement divin ou négation d’une âme. Dieu est Amour, Perfection, Lumière infinis… Pour demeurer auprès de Lui, il faut être en mesure de se laisser imprégner totalement par cette Lumière, de vivre d’Elle et par Elle, condition
sin equa non pour vivre une vie de lumière au paradis. Il faut vouloir cela, de toutes ses forces, de toute son âme. Comment pourraient cohabiter ensemble et réaliser cette Perfection Divine des âmes qui n’adhèreraient pas à Dieu et à Sa Loi d’Amour, qui le rejetterais Lui et tous ses Saints et ses Anges, qui ne serait qu’insultes et reniement, qui ne supporteraient ni la vue ni la proximité des Saints et du paradis, incapables de vivre de et par cette Lumière ? Oui, ça nous semble incroyable que de telles personnes existent, mais si on se fie à la vie des saints, c’est parfois ce que l’on finit par percevoir. Les âmes damnées sembleraient ne vouloir que notre perte, sembleraient nous haïr et Dieu encore plus, sembleraient en contradiction totale avec Dieu et la Lumière divine, ne supportent pas nos prières et tout un tas de choses similaires. Et leurs réactions et actes ne sont vraiment pas beaux.
En outre, j’ai lu il y a longtemps que les âmes dans l’autre monde voient les moindres de leurs actions étalées en pleine lumière, au vu et au su de tous, car Dieu est Lumière et rien n’est retenu, caché. Il y a peut-être des pécheurs orgueilleux pour lesquels un tel truc doit être carrément insupportable. Pour les autres, pécheurs aussi, reconnaitre ses péchés, même les plus secrets, même les plus honteux, doit résulter d’un immense effort d’humilité, d’un immense effort d’abandon à la Miséricorde de Dieu et de ses saints. Comment accueillir une âme en plein effort pour se purifier et se délivrer de son attachement au matérialisme si au paradis des âmes moins pures se moquaient d’elle ? C’est ainsi qu’il faut accepter l’idée que le paradis se mérite, qu’il faut vraiment y tendre de toute son âme pour y aller, que tout n’est pas acquis d’avance, et que Dieu ne nous doit pas tout. Considérer que la Justice de Dieu est intransigeante, c’est aussi un peu reconnaître qu’on est vexé que Dieu ne soit pas à nos pieds, près à se laisser défigurer parce que nous ne voulons pas vraiment faire d’effort. (je parle en général bien entendu).
Sofia, en lisant l’évangile, j’ai été touchée principalement par deux choses : l’Amour infini et infiniment pur de Jésus pour l’Homme, et par son humilité, qui à mon sens est une humilité qui dépasse l’entendement. Comme je suis tordue moi aussi, je me suis dit, « gomme ces deux aspects et gratte derrière, parce que ce sont deux arbres qui cachent la forêt de la personnalité de Jésus, et par là de Dieu ». Derrière j’ai senti deux choses d’emblée : une détermination infinie, hors de toute mesure humaine, une virilité au sens noble du terme, une sorte de Puissance pas terrestre, pas humaine ni de ce monde, un truc de ouf d’une dimension autre que celle de l’univers, et un ascétisme absolu : Il est l’Ascète. Et derrière encore une chose : Jésus a été Jésus que parce qu’Il a été l’Obéissance.
Jésus est tout sauf un simplet naïf en déphasage de benoiterie avec le monde adulte.
Mais revenons sur sa détermination ; Il a exactement le genre de personnalité qui me ferait fuir si son coté bulldozer n’était enseveli sous des couches de bonté. Donc il a beau être bien bon, je ne le vois pas vraiment comme une personne qu’on pourrait se permettre de tenter de manipuler ou de lui marcher sur les pieds, sous peine d’un rappel à l’ordre parfait, parce qu’intelligent et intègre, et surtout assez intelligent pour ne pas oublier la charité dans ce rappel. La Justice de Dieu s’exerce parce qu’elle fait partie d’un plan parfait, elle s’exerce avec justice et charité, et elle s’exerce parce qu’advient un moment où si elle ne s’exerçait pas, Dieu ne serait pas perfection, et son plan non plus.
Vous posez aussi la question de la peine du sens. Si j’ai bien compris, de la fournaise ardente et de sa raison d’exister. Je vous répondrais en citant un bouquin (pour une fois que je me rappelle où j’ai lu un truc !) : « Dieu est un feu dévorant (Dt 4, 24) qui brûle tout ce qui n’est pas conforme à Lui et qui irradie de gloire tout ce qui Lui est conforme. Le Feu du Ciel, le Feu du purgatoire, le Feu de l’enfer, c’est le Feu même de Dieu. Au Ciel, il glorifie les élus en les comblant de sa gloire. Au purgatoire, il purifie les âmes de leurs imperfections dans l’Amour. En enfer, il brûle en permanence ceux qui se sont fermés à Dieu en s’établissant comme des dieux. C’est le Feu de l’Amour divin. » (in Mois des âmes du purgatoire, du Père Girardin).
Sinon je souhaite qu’il soit bien clair que vous avez là la réponse d’une chrétienne de base, sans études théologiques et non exempte d’éventuelles coquilles.
Je vous souhaite une bonne soirée, et sachez que votre questionnement vous honore.
Zélie