Libremax a écrit :
Cher Geoffroy,
je crois reconnaître dans ce que vous écrivez une réalité importante à laquelle Pierre Perrier fait souvent allusion, et c'est pourquoi en commentant la prédication de ce prêtre copte, je restais prudent quant à une éventuelle façon proprement orientale de parler de Dieu, à savoir d'une façon qui ne peut se passer d'un discours analogique fondateur.
J'ai réagi en pur occidental, qui a besoin d'un discours conceptuel, dans lequel il ne faut donc pas se laisser enfermer, mais qui m'apparaît comme un passage obligé, à un moment ou à un autre. La Trinité répond à d'autres questions que son seul "fonctionnement". Elle répond au dilemne de la divinité de Jésus et de l'unité de Dieu.
Même les orientaux se sont mêlés aux luttes doctrinales à ce sujet...
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Si vous voulez, le "passage obligé" de la conceptualisation de Dieu existe du fait des contradicteurs, qui par exemple ne veulent pas une argumentation d'autorité basée sur l'Écriture, mais sur un plan philosophique ou scientifique. A ce moment là, la Vérité étant vrai pour tout, il est normal de développer cette preuve de Dieu avec d'autres instruments adéquats en dehors du champ proprement lié à la Révélation. C'était la démarche de Saint Thomas d'Aquin.
Cela étant dit, si elle semble nécessaire pour des esprits plus savants, elle ne doit se faire que sur la base de la prédication analogique du Christ, donc d'une manière à posteriori. C'est d'ailleurs ce que l'histoire métaphysique a fait, en ce sens qu'elle a développé théologiquement et philosophiquement sur la base du plus simple credo révélé. Cependant ces prolongements ont posé des gros problèmes que l'on subit de nos jours, du fait qu'ils peuvent vouloir défendre Dieu tout en le défendant très mal. Il faut faire très attention.
Le problème de cette conceptualisation (si l'on sort justement du cadre de la synthèse thomiste) c'est qu'elle débouche sur le résultat métaphysique que Nietzsche a appelé la mort de Dieu (Jean-Luc Marion en parle assez bien, même si, il devrait se mettre dans le lot avec son "Dieu sans être"). A force de concept, on se retrouve à sortir du cadre de la Vérité relevée, à en perdre le sens premier et à transformer Dieu en une idole métaphysique conceptuelle, c'est là que le nominalisme est arrivé avec Guillaume d'Ockham, ensuite avec Descartes, le Dieu moral de Kant... on est très loin du Christ avec tout cela, on est très loin d'une compréhension simple pour un fidèle lambda qui n'a pas le moyen de saisir toutes ces problématiques.
C'est dommage d'en arriver à ne pas convaincre de façon analogique, du fait que cela crée une tension argumentative obligatoire qui se place sur un autre plan, qui donc ne se situe pas dans le cadre de la Révélation. Les orientaux ne sont pas protégés de cela, l'hellénisme a aussi été prégnant chez eux.
C'est le fait de notre société rationaliste où toute parole est sujette à réflexion et à suspicion (souvent pour de mauvaises raisons logiques) cependant à y voir en plus des travaux de Pierre Perrier ceux de Marcel Jousse, on s'aperçoit que dans les traditions orales "primitives", la Bonne Nouvelle est acceptée d'une manière fulgurante quand on le fait de manière analogique et oral. Ce n'est pas avec la Somme Théologique que l'on converti un africain analphabète.
Libremax a écrit :Toute la prédication du Christ est inscrite trinitairement, tout doit être annoncé en bloc sinon on se perd.
Mais les musulmans nous demandent "qui est Jésus".
Ce n'est pas qu'un homme. "Il est Dieu, mais alors vous avez plusieurs dieux".
Dieu est l'Unique. "alors comment est-ce possible?"
Est-ce à dire que nous devons nous taire sur le mystère de la Trinité, et renoncer d'en parler autrement que ce qu'en parlent les Evangiles? Je ne suis pas du tout contre l'approche analogique. Mais n'est-elle pas une
introduction?
A partir des mêmes textes évangéliques, de nombreux courants de pensée ont interprété la Trinité de diverses manières; même si on peut sans problème imaginer une Eglise unie avec une dogmatique plus souple qu'aujourd'hui, certaines hérésies ont tout de même vu le jour qui donnaient lieu à une réflexion radicalement différente. Peut-on considérer que l'arianisme était tolérable pour l'Eglise, etc?
Si je puis dire, l'introduction suffit ! Toute l'ossature de l'Église est fondée sur la Bonne Nouvelle, on a rien a ajouté d'extérieur à cela. Il faut convaincre avec nos propres armes théologiques, faire une "sortie théologique" conduit à dire que je crois en une chose mais que je convins avec d'autres moyens, c'est contradictoire pour un musulman (en gros on ne peut pas convaincre la réalité du Christ uniquement par la philosophie naturelle Aristote).
J'ai pas creusé la question, mais chez les Pères syriaques comme Saint Ephrem, Pierre Perrier insiste bien sur le fait que ces gens là argumentent contres les hérésies par analogie, donc ils s'inscrivent dans le prolongement d'une "argumentation" comme le Christ et qui était lié plus généralement à l'environnement oriental hébraïque où toute la Bible a été reçue et transmise.
De toute manière le débat islamo-chrétien semble toujours aussi peu concluant, on a beau les convaincre de toutes les manières, ils restent sur leurs positions.