Cher 3ème type,
Vous me prenez d'assaut avec vos questions et j'essaie tant bien que mal d'y répondre (j'avais qu'à pas répondre, me diriez-vous

)
Alors, à l'attaque ! (Ce sera un grand pavé, mais le dernier, je vous le promets, sinon ma femme va me faire une scène de ménage, c'est sûr!).
3emeType a écrit :Ce que vous me dites sur les handicapés mentaux me rassure beaucoup

Leurs faiblesses d'intelligence et de volonté ne seraient donc qu'apparentes ?
Jusqu'où ils sont conscients de leur acte, de leur pensée, Dieu seul le sait. Mais si l'on prend l'exemple d'Audrey Santo, elle a dû être capable de dire oui à Dieu du fond de son végétarisme. C'est pourquoi l'Eglise respecte intégralement la vie de toute personne, du début de sa conception à sa mort naturelle.
3emeType a écrit :Concernant ma première question
Laquelle déjà ? :>
Si vous permettez, je veux encore vous fournir une clef de compréhension qui peut peut-être vous éclairer, puisque j'y ai réfléchi la première partie de la nuit !
3emeType a écrit :quelqu'un qui ne croit pas en Dieu est-il forcément pécheur ?
Pour faire court, je vous ai dit qu'un amour ontologique tourné vers Dieu est posé en nous à notre insu, dans une région inaccessible, par Dieu lors de notre création. Cet amour est à la racine des autres amours. Au niveau spirituel, nous avons 2 facultés : l'intelligence (la faculté à saisir la vérité) et la volonté (celle de choisir le bien). D'accord ?
Et pourtant on découvre rapidement qu'on ne fait pas le bien qu'on souhaite. Qu'on est ignorant et détraqué en somme. Que même si je comprends, je n'applique pas. Que si je veux sourire à ma bien-aimée je l'insulte deux minutes plus tard, etc. Sans parler des passions qui se réveillent en nous et nous écartèlent parfois.
1) Pour appréhender ce mystère, l'Eglise nous invite à tourner le regard vers les origines, vers le premier homme qui était naturellement harmonieux comme l'a voulu Dieu. Mais par un choix fatal, il choisit de désobéir à Dieu, de se couper de Lui en somme, et donc de lui-même. Ce fut le péché des origines, un vrai désastre. Et comme on ne donne que ce qu'on a, Adam et Ève ne purent transmettre à leurs descendants cette harmonie d'eux-même avec Dieu. Caïn tua Abel, rajoutant ainsi des péchés personnels. Et ainsi de suite, de descendant en descendant.
L'homme est fait pour Dieu, mais hélas se coupa de Dieu. Et l'homme eu peur de Dieu.
Quelle fut la réaction de Dieu pour réparer cette catastrophe ? "Il va devoir le réapprivoiser, laborieusement, comme on réapprivoise un oiseau apeuré" (D. Barthélemy, Dieu et son image). Il aurait pu "s'adresser à tout homme venant en ce monde par la lumière même de sa conscience [uniquement en la guidant de l'intérieur], et ce n'est pas ce qu'il a fait.(...) Il aurait pu se servir d'un être d'élection, d'un génie apparaissant au sommet de l'une des grandes civilisations de l'humanité et assurer par là même sa Parole d'un rayonnement culturel colossal [donc uniquement en guidant par l'extérieur]. Ce n'est pas ce que Dieu a fait.
Dieu a pris une solution qui est entre les deux, ou qui nous apparaît comme entre les deux, il a choisi un certain groupe humain qui n'est qu'une part de l'humanité mais où pullulent les individus." (ibid.)
(J'ai fait cette citation et ce développement pour qu'on essaie un peu de comprendre ensemble comment Dieu s'approche de l'homme, en vue de répondre à vos premières questions de ce fil).
2) Dieu choisit donc les hébreux pour apprivoiser peu à peu l'humanité. Il lui confia sa Loi (notamment les 10 commandements) pour éclairer son intelligence. Avec toutes les explications fournies sur l'amour ontologique, on comprend que "la Loi, dans ses exigences les plus hautes, n'est donc pas une prescription imposée du dehors qui étoufferait la créature ou au contraire l'obligerait à se dépasser dans un déchirement plus ou moins insoutenable. Elle ne dit rien de plus, à sa manière, que la formule bien connue : deviens ce que tu es, mais en projetant une lumière métaphysique sur ce que nous sommes et sur ce que nous avons à faire : reproduire librement au niveau spirituel le mouvement que nous accomplissons irrésistiblement et obscurément au niveau des profondeurs inaccessibles de notre être (Père Molinié)."
(Vous suivez toujours ? C'est juste un raccourci de plusieurs centaines/milliers d'années qu'on prend... :> )
Il n'empêche, la Loi montre aussi qu'on est bien loin du compte. Le péché originel nous a rendu incapables de la pratiquer. Bref, tous pécheurs, éclairés ou non.
3) On a donc besoin d'un Sauveur, de quelque chose qui nous guérisse de l'intérieur, qui vienne à notre secours. Ce secours gratuit se nomme la grâce de Dieu (= l'amour de Dieu pour nous) qui échappe à notre expérience. "Une des fonctions essentielles de la grâce sera donc de nettoyer progressivement les yeux de notre cœur." (ibid.) Par elle, Dieu veut non seulement nous restaurer, mais nous amener au coeur de son amour. Il veut qu'on aime non seulement de tout notre amour, mais de l'amour dont Dieu Lui-même s'aime. Ainsi, l'homme incapable de Dieu peut devenir fils adoptif de Dieu et vivant de son Amour. Une pure folie divine.
Cette grâce qui nous guérit et nous sanctifie, est reçue dans le Baptême. "Elle nous perfectionne l'âme même pour la rendre capable de vivre avec Dieu, d'agir par son amour" (Catéchisme de l'Eglise Catholique n°2000). "La préparation de l'homme à l'accueil de la grâce est déjà une oeuvre de la grâce" (ibid., 2001).
Mais Dieu nous demande aussi la libre réponse de l'homme. On peut refuser, freiner, accueillir un peu, s'ouvrir tout grand à l'amour de Dieu reçue.
Un mot pour terminer sur le baptême :
" Le Seigneur Lui-même affirme que le Baptême est nécessaire pour le salut. Aussi a-t-Il commandé à ses disciples d'annoncer l'Evangile et de baptiser toutes les nations.(...)"(ibid. 1257). Qu'en est-il de ceux qui ne sont pas baptisés, peuvent-ils être sauvés ? (Ça rejoint l'une de vos questions, non?)
"Parce que le Christ est mort pour le salut de
tous les hommes, peuvent aussi être sauvés sans le baptême ceux qui sont morts à cause de la foi (baptême de sang), les catéchumènes (ceux qui se préparent au baptême mais meurent avant d'être baptisés) et de même ceux qui, sous la motion de la grâce, sans avoir la connaissance du Christ ni de l'Église, recherchent sincèrement Dieu et s'efforcent d'accomplir sa volonté (baptême de désir). Quant aux petits enfants morts sans baptême, l'Église dans sa liturgie les confie à la miséricorde de Dieu" (Abrégé du CEC, 262)."
Voilà, le voyage ensemble se termine car ma famille va reprendre ses droits; pour quelques temps je ne serai plus autant disponible. J'ai conscience que j'ai pris beaucoup de raccourcis. Mon but était de vous montrer un peu le mode d'emploi de l'homme, et surtout comment Dieu agit, nous apprivoise. Il le fait par graduation, tout en respectant notre liberté. Parfois doucement, chez certains violemment. Tout comprendre nous ne le pourrons pas. Mais souvent des témoignages nous donnent quelques lumières sur comment Dieu nous guide pratiquement. Je vous souhaite non seulement de comprendre un peu comment Dieu agit, mais surtout d'entrer dans le mystère de Dieu par la confiance. De se laisser guider par Lui, de vous laisser utiliser à sa guise pour poursuivre son oeuvre de salut, pour entrer peu à peu dans l'amour trinitaire.
Merci pour votre recherche qui fut pour moi un super stimulant ! :>
Cordialement,
Théophile