Laurent L. a écrit :
Il ne faut pas oublier que s’il n'existe sur la terre qu’un seul membre de l’Église professant la vraie foi Catholique et faisant partie du Corps Mystique, Dieu aura rempli sa promesse et les portes de l’Enfer n’auront pas prévalu contre l’Église.
Intéressant... Vous considérez donc que l'Eglise peut survivre sans succession apostolique ("je crois en l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique" ?) ou alors qu'un simple baptisé pourrait en être le dépositaire (ça porte un nom : le protestantisme).
En revanche, on peut imaginer le scénario suivant :
Entre 2010 et 2030, la plupart des églises rurales ferment, les unes après les autres. Le christianisme ne se maintient plus que dans les grandes villes. De son côté, le pouvoir politique passe à l'offensive, accusant l'Eglise de tous les maux. L'ONU ne reconnaît plus Vatican, le pape est chassé de Rome, et devient errant (comme le Dalaï Lama). Les autorités municipales reprennent possession des anciennes églises. Campagnes haineuses dans la presse : la plupart des catholiques, complètement terrifiés, renient l'Eglise, et ont peur du qu'en dira-t-on. A côté de cela, grosse défection des catholiques progressistes, voulant paraître en adéquation avec les "réalités" (comme ils disent), qui se désolidarisent du pape, et reçoivent le soutien des autorités. On leur confie les églises qu'on a retiré aux catholiques. Cette église "officielle" met à bas tous les dogmes, et cède à toutes les exigences : abolition du prêtre, offices autocélébrés par les fidèles eux-mêmes, abolition de la "présence réelle", eucharistie symbolique, mariage d'homosexuels et de divorcés, et sans doute encore plein d'autres choses qui ne me viennent pas à l'esprit. Les fidèles progressistes se rallient à cette nouvelle église, tandis que les catholiques se replient dans des lieux excentrés, sont conspués dans la presse, mal vus, montrés du doigt, intimidés sur leurs lieux de travail, brimés par leurs collègues, on bien doivent cacher leur foi pour être tranquilles, et subissent mille tracas des autorités. Les ressources financières s'effondrent. Leur nombre et leurs vocations se réduisent comme peau de chagrin.
Entre 2030 et 2050 : les églises progressistes ont toutes fermées, car n'intéressent personne, mis à part quelques vieux qui ne sont plus en état de pratiquer. Les municipalités récupèrent les édifices pour en faire des musées, des salles de spectacles, des mosquées, etc. Les catholiques sont toujours mal vus, mais à présent sont surtout ignorés et tenus à l'écart de toute visibilité médiatique, et de temps en temps caricaturés comme ce qu'il y a de plus ringard au monde. L'histoire officielle attribue à l'Eglise catholique la cause de tous les maux existant sur terre (colonialisme, racisme, nazisme, guerres, obscurantisme, etc.). Le prosélitisme devient quasiment impossible. Leurs écoles sont interdites, et leurs enfants scolarisés sont regardés comme des bêtes curieuses et subissent mille vexations. Toute carrière professionnelle leur est, par la suite, impossible. La plupart abandonne la pratique régulière, conservant juste un attachement sentimental sans plus, ou bien pratiquent dans le plus grand secret. Les vocations continuent de s'effondrer complètement. Dans certains pays, la présence catholique tombe à zéro.
Pendant ce temps, énorme conflit mondial, au cours duquel les islamistes commettent les mêmes atrocités que les nazis en 39-44. A la fin de cet "hyper-conflit", commence une ère de culpabilisation qui frappe à son tour l'Islam, à l'exemple de ce qu'avait connu l'Occident au lendemain de la Libération et des guerres coloniales. Les nations décident alors de mettre en place un gouvernement mondial prônant le métissage général des peuples et des cultures, afin d'abolir le choc des civilisations, et de faire naître un nouvel âge d'or de paix et de sécurité.
Entre 2050 et 2070 : l'isolement des communautés catholiques devient si aigu, que la vie régulière de l'institution à l'échelle mondiale devient impossible. Les grandes villes du monde n'ont plus que quelques dizaines de fidèles. Les cardinaux ont disparu, et on ne compte plus que quelques évêques itinérants qui passent leur temps à voyager dans le monde pour visiter les communautés. Chaque pays ne dispose plus que d'un prêtre présent dans chaque capitale. Finalement, certains catholiques, complètement isolés chez eux, ne reçoivent plus les sacrements, et doivent s'expatrier pour intégrer une communauté encore existante dans un pays voisin.
Parallèlement se met en place à travers le monde une grande religion syncrétique et "new age", fondée sur les droits de l'homme, et le bien-être individuel. A base essentiellement de boudhisme revisité à la sauce occidentale, assaisonné par ci par là d'ésotérisme, de symbolisme, de féminisme (ying/yang, éléments masculin et féminin en chaque être, etc.), de yoga et autres exercices de relaxation/destressation, d'expansion de la personnalité, de divination (cartes, tarots, lignes de la main, thème astral, etc.) et autres superstitions, et enrichis de divers éléments récupérés dans toutes les religions (christianisme et Islam revisités, et autres),le tout s'appuyant essentiellement sur le bien-être de l'individu. Tout ce qui s'éloigne de cet idéal est regardé comme suspect. Les musulmans, culpabilisés de plus en plus par leur passé, abandonnent massivement leur religion, subissant à leur tour féminisme et athéisme. La population décroit massivement à travers le monde, et l'individualisme s'affirme partout.
Entre 2070 et 2090 :
Les catholiques ne sont plus que quelques dizaines, regroupés dans une seule ville, et complètement oubliés du monde. Il n'y a plus qu'un seul prêtre, qui est à la fois évêque et pape. La communauté ne vit plus qu'en cercle fermé, et ne fait plus de vocation. La disparition semble inexorable.
Parallèlement, le gouvernement mondial décide d'élire un président unique à la tête des nations. Toutes les frontières sont abolies. On élit un parlement unique. Les peuples connaissent une période de prospérité comme jamais jusqu'ici. Les richesses sont équitablement partagées. Tous jouissent d'un parfait bien-être.
Entre 2090 et 2100 :
Les derniers catholiques décident de se sacrifier symboliquement en vivant dans la chasteté absolue. Le dernier pape élu meurt, en laissant sa succession aux deux derniers hommes de l'asemblée. Aucun d'eux ne veut porter la tiare pontificale, et chacun tente de convaincre l'autre de prendre à sa place la succession. Finalement, ils doivent se départager par le sort : ainsi l'un sera le pape, et l'autre le missionnaire, autrement dit successeurs de SS. Pierre & Paul. Avec eux, deux jeunes vierges les assistent. Ils décident alors d'évangéliser encore le monde dans un dernier baroud d'honneur !
Dans le même temps, le vieux président mondial est mort lui aussi. Son jeune ministre des Finances, principal artisan du nouveau système économique qui procure un si grand bien-être à tous dans le monde, brillant orateur, parvient à séduire la foule, et se fait élire largement, en se drapant dans de grandes vertus de paix, d'universalité, d'amour fraternel, etc., avec le soutien moral d'une sorte de Raspoutine, sorte de gourou qui a pris le contrôle de la religion mondiale. Pour le remercier, le nouveau président l'institue grand-pontife de la nouvelle religion, dont la basilique majeure sera le Temple de Jérusalem, qui vient d'être reconstruit à la suite de l'"hyper-conflit", et qui est regardé comme le centre spirituel du monde. Dans la foulée, le président, qui vient de proclamer l'Empire universel, se fait couronner empereur par le grand-pontife dans le Tempe, que l'on inaugure pour l'occasion. Il reçoit l'hommage et l'adoration de tous les citoyens du monde, qui reconnaissent en lui leur grand bienfaiteur universel.
C'est alors que se signalent nos deux témoins évangéliques, jouant les trouble-fête, accusant ce monde de courir à une fausse paix, à un bien-être illusoire, et reprochant à l'empereur de se faire adorer comme un dieu par les humains. Le monde entier crie au scandale, car il n'a jamais été autant heureux matériellement, et stupefait que l'on puisse ainsi s'opposer à un régime si bénéfique aux peuples, s'étrangle d'incompréhension et d'indignation. L'empereur les dénoncent à son tour avec ironie, voyant dans cette ultime campagne d'évangélisation, la preuve de l'obscurantisme manifeste du christianisme, qui décidément s'oppose à tout bonheur humain sur terre. Une telle dissidence, aussi insolente, ridicule et anachronique soit elle, ne saurait être tolérée plus longtemps. Il propose alors, en guise de sacrifice inaugural du nouveau culte, de les mettre à mort, histoire de tuer symboliquement les temps obscurs qui s'achèvent, lesquels doivent à présent laisser place au nouveu âge d'or. A ce titre, ces évangélistes surgis de nulle part, comme venant d'un autre âge, tombaient à point nommé ! L'empereur ne pouvait espérer mieux pour marquer le début de son règne. Les derniers chrétiens sont donc exécutés, sous les applaudissements du monde entier.
Mais l'empereur, prenant la parole pour un grand discours triomphal, est subitement foudroyé, tandis qu'au même instant, les dépouilles chrétiennes martyrisées reprennent mystérieusement vie, avant d'être élevées au Ciel, sous les regards médusés. C'est alors que retentit avec éclat une sublime trompette...