Crevette a écrit :Et pourquoi on s'adresserait pas à Jésus directement, il nous rejetterait si on passait pas par Marie ? Et si il ne nous rejette pas en ne passant pas par Marie, pourquoi et à quoi çà sert de passer par Marie ? ça apporte quoi de plus ? Jésus est-il trop lointain ou pas assez aimant pour qu'on ne s'approche pas de lui directement ? Jésus est tout proche de nous.
J'ai écrit un petit texte pour répondre à ce type de questions. Le voici :
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Le principe de la médiation participée des saints du ciel.[/align]
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Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé (Lc XIV, 11)[/align]
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Principe - Jésus-Christ est le seul Médiateur entre Dieu le Père et les hommes. Marie et les saints ne sont pas des médiateurs au sens où leur médiation se surajouterait à celle du Christ pour obtenir une médiation supérieure (pensée impie) ;
ils participent de la médiation unique du Christ ; leur médiation
participée découle de la surabondance de grâce qui est en Christ, mais elle n’y ajoute strictement rien.
Il s’agit donc bien, fondamentalement, de s’adresser à Jésus-Christ dans le nom de Ses élus divinisés en Lui et par Lui.
Corollaire - Il s’ensuit très logiquement que, dans la perspective catholique, la médiation
participée de Marie et des autres saints n’est nullement une sorte de rempart qui nous sépare de Jésus-Christ. Bien au contraire, nous les considéront plutôt comme des
transparences où éclate la Gloire du Christ Sauveur. Par l’exemple de leurs vertus, ils sont des modèles qui s’imposent à notre piété ; par la puissance de leurs prières aux pieds du Trône divin, ils glorifient sans cesse le Dieu Un et Trine.
Ce n’est point rabaisser Jésus-Christ que de s’adresser à Ses élus, c’est bien au contraire glorifier Son oeuvre en eux.
Pourquoi invoquer Marie et les saints ? - Après avoir démontré - dans une perspective catholique - que l’invocation des saints ne nous éloignent pas du Christ, ni ne Le rabaissent, il s’agit maintenant de voir le pourquoi d’une telle pratique.
C’est avant tout une question d’humilité, je l’ai dit plus haut. Une saine humilité, non pas basée sur la peur d’un Dieu vengeur, mais sur la conscience des ses propres fautes et péchés. Jean-Baptiste ne se croyait point digne de dénouer les lacets des chaussures de Celui qu’il annoncait (
Mc I, 7). Le centurion, lui aussi, pensait être indigne de recevoir chez lui le Roi des Rois :
Je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dîtes seulement une parole, et mon serviteur sera guéri ; il envoya donc quelques anciens d’entre les Juifs au devant du Sauveur pour qu’ils servent de médiateurs. Qu’en pensa Jésus ? Y-vit-il un manque de confiance ? - Non pas, mais la marque d’une grande foi :
Je vous le dis, en vérité, en Israël même je n’ai pas trouvé une si grande foi (
Lc VII, 2-10) ; singulier honneur que de telles paroles dites à un païen !
C’est donc une saine conscience de nos péchés qui nous fait craindre de nous adresser directement au Seigneur, de peur que nos souillures soient comme attachées à nos prières. Dans ce cas là, nous pensons qu’il est juste et bon d’avoir recours à des médiateurs, à Marie et aux saints, qui eux, déjà divinisés dans la Gloire céleste, ont vaincu le péché par la grâce divine. C’est dans leurs mains immaculées - singulièrement dans les mains de Marie - que nous remettons nos prières souillées pour qu’elles parviennent purifiées au pied du Trône divin et ainsi dignes de la Majesté qui y siège. Par conséquent, et dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, la médiation
participée des saints nous rapproche et nous éloigne tout à la fois du Médiateur : elle nous rapproche en ce que les saints participent déjà de la Gloire céleste et adorent l’Agneau aux pieds de son Trône ; elle nous éloigne, ou plutôt elle éloigne en nous le vieil homme, le pécheur, qui dans la lutte entre le chair et l’esprit, prend encore trop souvent l’ascendant sur l’homme nouveau
christoformé, né dans l’eau et dans l’esprit.
Cette dévotion, qui a pour base l’humilité, ne doit pas cependant faire illusion : elle n’est pas si fréquente que çà ; je dirais même qu’elle a tendance à se raréfier, du fait d’une certaine perte du sens du péché. C’est bien dommage à mon avis. Cela n’enlève rien cependant à la parfaite légitimité de la prière adressée directement à Jésus-Christ, bien entendu. Comme je l’ai dit, elle témoigne d’une confiance qui n’est pas moins belle que l’humilité précédemment invoqué. La complémentarité des deux attitudes me semble même évidente.
C’est aussi, je pense, et sans tomber dans le subjectivisme, une question de sensibilité personnelle.[/align]
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[align=justify]S'adresser dans nos prières à Marie et aux saints du ciel, c'est donc fondamentalement s'adresser à Jésus par eux. Nous ne nions pas que Jésus soit proche de nous, mais nous savons que c'est nous qui sommes loin de Lui par nos péchés et notre manque de charité. S'adresser à des médiateurs -participants de la médiation unique du Verbe incarné- nous permet et de faire preuve d'une saine humilité, et de glorifier Dieu dans Ses oeuvres.
En Christ,
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