4 février 1969
Lu le livre d'Urs von Balthasar sur soeur Elisabeth de la Trinité. Il y a sur la prédestination des pages qui me frappent comme quelque chose qui me serait tout à coup révélé. L'Église est prédestinée et si l'on est dans l'Église, qui est universelle, on est sauvé. Le salut personnel ne devrait pas nous tourmenter.C'est un problème réintroduit dans le courant de nos idées, sans doute au XVIème siècle. La même religieuse cite une parole admirable qui est une des plus belles définitions possibles de la foi: "C'est le face à face dans les ténèbres". Tout est dit en quelques mots. Je ne sais si cette carmélite aura la popularité de sainte Thérèse de Lisieux Elle part trop haut pour qu'on puisse la suivre, elle vole comme une flèche vers la Sainte Trinité.
Note personnelle: Il doit s'agir de ce livre: H. Urs von Balthasar, Élisabeth de la Trinité et sa mission spirituelle. Ed. du Seuil, 1959 (ouvrage réédité). Un peu difficile pour moi, je le crains, mais il peut intéresser d'autres. Elisabeth de la Trinité a été béatifiée en 1984, le 25 novembre. J'ai retrouvé l'homélie du Pape Jean-Paul II prononcée en cette occasion:
Presque contemporaine de Thérèse de l'Enfant-Jésus, Élisabeth de la Trinité fait une expérience profonde de la présence de Dieu, qu'elle mûrit de manière impressionnante en quelques années de vie au Carmel. accomplie, appréciée de ses amis, délicate dans l'affection des siens. Voici qu'elle s'épanouit dans le silence de la contemplation, rayonne du bonheur d'un total oubli de soi ; sans réserve, elle accueille le don de Dieu, la grâce du baptême et de la réconciliation; elle reçoit admirablement la présence eucharistique du Christ. A un degré exceptionnel, elle prend conscience de la communion offerte à toute créature par le Seigneur.
Nous osons aujourd'hui présenter au monde cette religieuse cloîtrée qui mena une « vie cachée en Dieu avec Jésus-Christ » (Col 3, 3) car elle est un témoin éclatant de la joie d'être enraciné et fondé dans l'amour (cf. ép. 3, 17). Elle célèbre la splendeur de Dieu, parce qu'elle se sait habitée au plus intime d'elle-même par la présence du Père, du Fils et de l'Esprit en qui elle reconnaît la réalité de l'amour infiniment vivant.
Élisabeth a connu elle aussi la souffrance physique et morale. Unie au Christ crucifié, elle s'est totalement offerte, achevant dans sa chair la passion du Seigneur (cf. Col 1, 24), toujours assurée d'être aimée et de pouvoir aimer. Elle fait dans la paix le don de sa vie blessée.
A notre humanité désorientée qui ne sait plus trouver Dieu ou qui le défigure, qui cherche sur quelle parole fonder son espérance, Élisabeth donne le témoignage d'une ouverture parfaite à la Parole de Dieu qu'elle a assimilée au point d'en nourrir véritablement sa réflexion et sa prière, au point d'y trouver toutes ses raisons de vivre et de se consacrer à la louange de sa gloire.
Et cette contemplative, loin de s'isoler, a su communiquer à ses sœurs et à ses proches la richesse de son expérience mystique. Son message se répand aujourd'hui avec une force prophétique. Nous l'invoquons : disciple de Thérèse de Jésus et de Jean de la Croix, qu'elle inspire et soutienne toute la famille du Carmel ; qu'elle aide beaucoup d'hommes et de femmes, dans la vie laïque ou la vie consacrée, à recevoir et partager les « flots de charité infinie » qu'elle recueillait « à la fontaine de vie ».
Alors qu'elle porte son regard sur ces trois hautes figures, l'église désire aujourd'hui professer la foi apostolique au règne du Christ, affirmer qu'elle croit que vraiment il règne.
Car le Christ « est ressuscité d'entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1 Co 15, 20). Dans l'histoire des hommes vaincus par la mort, il a, le premier, remporté la victoire sur la mort. C'est une victoire pour lui - et en même temps c'est une victoire pour nous.
« C'est en Adam que meurent tous les hommes ; c'est dans le Christ que tous revivront. » (1 Co 15, 22.) Tous ceux qui lui appartiennent par la grâce et l'amour ont en eux la vie nouvelle : la vie du royaume que le Père a préparé « depuis la création du monde ».
Dans cette vie nouvelle s'épanouira la victoire du Christ sur tout ce qui est contraire au règne de Dieu dans la création visible et invisible. « C'est lui, en effet, qui doit régner jusqu'au jour où « il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis ». Et le dernier ennemi qu'il détruira, c'est la mort. » (1 Co 15, 25-26.)
