cracboum a écrit :
Je ne crois pas que la faculté intellectuelle rende l'âme capable de Dieu, mais bien plutôt l'action de L'Esprit-Saint.
D’abord si vous entendez par capacité de Dieu, la capacité à démontrer son existence, ce que vous dîtes est inexact, l’âme rationnelle est capable d’établir ce type de démonstration, encore faut-il faire l’effort d’user de cette faculté rationnelle. Nous avons esquissé ce type de démonstration précédemment en utilisant le théorème d’Aristote sur la primauté de l’acte sur la puissance dans l’ordre des causes.
Le magistère de l’Eglise confirme d’ailleurs cette capacité rationnelle à saisir l’existence de Dieu, en proclamant qu’il s’agit d’une vérité de raison et non d’une vérité de foi.
Prétendre le contraire n’a pour seul effet que de provoquer les ricanements des impies, les conforter dans leur rejet de la foi et jeter le discrédit sur l’institution divine. C’est comme si vous disiez : « Je crois que le soleil se lève tous les matins, et si vous ne faites pas le même acte de foi que moi vous ne pourrez jamais savoir que le soleil se lève tous les matins ! ». A ce compte-là la foi en devient ridicule, parce qu’elle cherche à supplanter la raison, c’est la tête qui cherche à se mettre à la place des pieds, cela s’appelle marcher sur la tête.
Si vous entendez par capacité de Dieu, la capacité à en faire l’expérience, alors là oui vous ne pouvez y parvenir que par l’opération du Saint Esprit. Seulement voilà, il y a quelque chose que vous avez omis, quelque chose d’une importance capitale : comment faites-vous pour savoir si l’expérience que vous avez faite est une authentique expérience mystique ou si c’est de l’autosuggestion, voire même une expérience démoniaque ?
Par exemple Mahomet prétend avoir fait une expérience divine :
"L'ange Gabriel descendît du ciel et trouva Mahomet sur le mont Hira. Il se montra à lui et lui dit : "Salut à toi, Ô Mahomet, apôtre d'Allah". Mahomet fut épouvanté. Il se leva, pensant qu'il était devenu fou. Il se dirigea vers le sommet pour se tuer en se précipitant du haut de la montagne. Mais Gabriel le prit entre ses ailes et lui dit : "Mahomet, tu es le prophète d'Allah et je suis Gabriel, l'ange d'Allah qui t'apporte son message pour que tu le lises. Mahomet lui répondit : " Comment lirais-je, moi qui ne sais pas lire ?". Gabriel lui dit: "Lis au nom de ton seigneur, qui a tout créé."
Or si vous êtes raisonnable et que vous savez faire preuve de discernement, vous êtes pour le moins surpris que d’une un messager de Dieu manque de provoquer un suicide, de deux qu’il ait choisi une personnalité aussi instable pour accomplir une telle mission (comparez avec la Salutation Angélique), et de trois qu’il demande à un analphabète de lire un message de Dieu ! pas franchement pédagogue cet Ange...
Mais si vous n’exercez pas votre raison, vous allez prendre tout ceci pour argent comptant et croire que Mahomet a fait une authentique expérience mystique de Dieu. Sans la raison vous confondrez Lucifer et Gabriel, vous confondrez le Diable et Dieu...
Et j’en profite pour ouvrir une parenthèse sur la vision béatifique, terme ultime de toutes créatures rationnelles. Je m’appuierai sur le « Commentaire du De Ente et Essentia de Saint Thomas d’Aquin » chapitre VI, première partie « l’essence en Dieu », I)A)3)d) « Si la Déité est l’objet de la vision béatifique, combien il nous importe déjà de découvrir ce que, par la raison seule, nous pouvons savoir de l’essence divine qu’est la Déité, de l’essence divine en son mode éminent de perfection ». Il n’y a pas d’opposition, ni de rupture, entre la raison qui atteint l’existence de Dieu et son essence de manière imparfaite, et la vision béatifique qui est le couronnement de la compréhension de l’essence de Dieu : entre celui qui comprend un peu et celui qui comprend tout il n’y a ni rupture, ni opposition, mais une continuité de degrés. Par là est justifié le terme de pédagogie divine, s’exprimant à la fois dans l’histoire des peuples et celle des destinées individuelles, et grâce à laquelle notre nature rationnelle, loin d’être meurtrie ou même anéantie est pleinement comblée, puisque nous passons d’une compréhension imparfaite à une compréhension parfaite. Quant à ceux qui chercheraient à opposer vainement l’intelligence et l’amour :
« C’est ainsi que Saint Thomas nous a montré que l’intelligence et l’amour ne sont différents l’un de l’autre que dans des êtres limités ; d’eux-mêmes, très formellement par ce qu’ils sont, comme intelligence et comme amour, ils s’identifient dans l’être qui n’est pas limité ». (Chanoine Lallement).
On ne peut pas aimer sans connaître et l’on ne cherche pas à connaître si l’on n’aime pas...
Par conséquent la thèse que vous professez, à savoir de la supplantation de la raison par la foi, est une thèse dangereuse, contraire à la nature humaine, contraire à l’enseignement du Magistère, et ayant conduit d’innombrables âmes sur le chemin de la perdition et du fanatisme le plus odieux, avec son cortège d’abominations temporelles et sociétales. Raison pour laquelle de telles thèses doivent être résolument condamnées et combattues, ce que ne manque pas de faire l’Eglise.
cracboum a écrit :
L'âme intellectuelle (abusivement bombardée "spirituelle) ne sert à rien pour contempler Dieu. Elle fait partie du créé, cette glaise que l'Esprit-Saint va rendre capable d'être enfant de Dieu, par et dans le Fils incarné, notre Seigneur Jésus-Christ.
L’âme est spirituelle, parce qu’elle est intellectuelle, parce que l’intellect ne procède pas de la chair mais de l’esprit, et cela est démontrable, c’est tout le sens des démonstrations de Saint Thomas et de Gödel. Avec la conclusion inévitable que la contemplation de Dieu face à face n’est pas l’anéantissement de l’intellect, mais son couronnement, pourvu qu’il ait mérité une telle couronne...
Deuxième grossière erreur de votre part c’est d’opposer le créé et l’esprit, car les Anges sont des créatures purement spirituelles, donc en opposant le créé et l’esprit vous en faites des créatures contradictoires, donc vous les niez.
cracboum a écrit :
(ou est passée l'indétermination primordiale ?),
Il faut savoir que le processus de passage de l’indéterminé au déterminé est irréversible, ce n’est pas comme un ressort qui revient à sa position initiale. C’est d’ailleurs un constat expérimental en mécanique quantique : lorsque vous procédez à des mesures sur un système quantique dans un état indéterminé vous le perturbez et provoquez un effondrement dans un état déterminé, les mesures subséquentes, qui sont identiques, montrent que le système ne sort plus de cet état déterminé.
Par conséquent votre objection n’en est pas une, puisque l’émergence des forces cosmologiques primordiales est irréversible, une fois qu’on est dans le monde des formes on y reste et l’on ne revient plus à la materia prima, cela correspond d’ailleurs à une de vos remarques comme quoi on n’expérimente jamais la materia prima mais toujours une matière plus ou moins déterminée. De même que le sculpteur parvient à un moment donné à un point de non retour : dès que la silhouette humaine est esquissée dans la pierre, il ne peut plus en faire un rhinocéros !
Donc la possibilité de production d’une âme n’est plus à chercher dans l’informe primordial, mais dans les formes cosmologiques primordiales qui constituent un premier stade d’information et dont toutes les autres formes découlent, en conséquence de quoi si vous ne parvenez pas à établir la production d’une âme en fonction de ces formes-là, formes dont la capacité structurante est cosmologiquement exhaustive, il vous faut logiquement en conclure que cette forme qu’est l’âme humaine a été formée ultérieurement de façon transcendante par Dieu lui-même.
J’ouvre une parenthèse, parce que vous allez certainement m’objecter : « Vous avez dit qu’on ne peut pas expérimenter la materia prima ! je vous l’avais bien dit ! ». Ce à quoi je vous répondrais, ce que je vous ai déjà répondu au sujet de Dieu : « ne pas expérimenter n’implique pas nécessairement une absence de certitude car il faut distinguer l’expérience directe de l’expérience indirecte, et en effet grâce à la raison une expérience même indirecte nous permet d’atteindre la certitude de la même façon que l’on remonte des effets aux causes ».
Or il est bien évident que situés où nous sommes dans le monde des formes, nous ne pouvons expérimenter que des formes par d’autres formes, cependant nous pouvons expérimenter toute une palette de formes, de la plus indéterminée à la plus déterminée, et telle une courbe tendant à l’infini vers son asymptote nous pouvons conclure de façon sûre à l’existence de la formalité parfaite (acte pur) et à l’informalité parfaite (puissance pure de la materia prima).
« Alors, la question que nous traitons en ce moment en métaphysique revient à cette très grande et très humble chose, elle revient à la quête captivante de ce qu’il y a de plus admirable, elle revient à chercher ce que par la raison seule, nous pouvons déjà savoir de la Déité. Eh bien ! par la raison, nous pouvons savoir qu’elle est une unique formalité, et que c’est cette unique formalité qui correspond éminemment aux formalités de toutes les perfections pures que nous discernons. » (Commentaire du De Ente et Essentia par le Chanoine Lallement)
Un Tel verra comme feu Celui qu'il n'a pas connu comme lumière (St Grégoire Le Théologien)