Ah, enfin... Effectivement, la réflexion existe (même s'il a fallu que je réclame à plusieurs reprises pour avoir cette réponse). Voyons de plus près:
Le dialogue interreligieux est donc devenu, si je peux m'exprimer ainsi, à la mode dans la mesure où, pour des raisons que nous connaissons tous, les religions font désormais partie du dialogue public ou plutôt les croyants, car ce ne sont pas les religions qui dialoguent mais leur adeptes. Or bien souvent ceux qui pratiquent ce dialogue n'ont pas une idée très précise de sa nature et de son but.
C'est assez clair non? Ce que vous appelez mes "préjugés", le cardinal reconnaît que c'est souvent la réalité.
Mais alors quelles sont les motivations qui poussent les catholiques à pratiquer le dialogue interreligieux ? J'en vois trois :
- nous sommes tous créatures d'un même Dieu, donc frères et sœurs ;
- Dieu est à l'œuvre dans toute personne humaine qui, déjà par l'usage de la raison, peut pressentir l'existence du mystère de Dieu ;
- Nous devons tous nous efforcer chaque jour de notre existence de nous rapprocher de Dieu et, pour cela, nous devons nous aider les uns les autres à approfondir le sens de la vie et nous purifier.
Le fondement du dialogue interreligieux n'est donc pas un ensemble d'affirmations théoriques ni même une série de valeurs, mais bien la condition humaine.
J'avoue que ces motivations sont floues. J'accepte volontiers les 3 propositions ci-dessus, mais je ne vois pas en quoi ça implique la nécessité d'un dialogue.
(...) Quelles sont les modalités selon lesquelles se réalise un tel dialogue ? On peut en dénombrer quatre :
- dialogue de la vie (relations humaines spontanées) ;
- dialogue des œuvres (collaborations au bien commun, volontariat) ;
- dialogue théologique (entre spécialistes) ;
- dialogue des spiritualités.
Les relations humaines spontanées, il faut noter qu'elles se réalisent sans qu'il y ait besoin d'avoir inventé l'expression "dialogue interreligieux". Ce n'est pas là le domaine du dialogue officiel. La collaboration au bien commun... il y a bien quelques valeurs communes qu'on pourrait faire valoir dans la société. En même temps, il y en a tellement qui sont opposées entre chrétiens et musulmans, que je me demande comment une telle collaboration serait possible.
Le dialogue théologique, entre chrétiens et musulmans? Ca risque de ne pas aller très loin...
Le "dialogue des spiritualités", c'est vague, je ne vois pas ce que ça veut dire.
Vous voyez comment le dialogue interreligieux n'est autre que ce long pèlerinage vers la vérité qu'accomplissent tous les croyants et les chercheurs de l'Absolu. Il s'agit, comme l'a dit le pape Benoît XVI, de « scruter le mystère de Dieu à la lumière de nos traditions religieuses respectives » pour discerner les valeurs capables d'illuminer les hommes et les femmes de tous les peuples, quelque soient leur cultures ou leur religions... Nos traditions religieuses, continue le pape, insistent toutes sur le caractère sacrée de la vie et sur la dignité de la personne humaine... Avec tous les hommes de bonne volonté, nous aspirons à la paix et pour cela, je le répète avec insistance, la recherche et le dialogue interreligieux et interculturel ne sont pas une option mais une nécessité de notre temps. (Discours aux membres de la Fondation pour le dialogue interreligieux et interculturel, 1er février 2007).
Encore une fois, parler de "toutes les religions" comme d'un bloc unique ayant la même optique fondamentale est absurde. Toutes les "religions" n'ont pas pour but "la paix", toutes les "religions" n'attribuent pas un "caractère sacré" à la vie. Avec tout le respect que j'ai pour Benoît XVI, je ne peux pas partager ce point de vue.
A vrai dire, je crois aussi qu'on prête beaucoup trop souvent à nos interlocuteurs la mentalité qui est propre aux occidentaux modernes. Comment peut-on prétendre dialoguer avec un musulman ou un bouddhiste si on n'est pas capable soi-même de commencer par se mettre dans la peau d'un musulman ou d'un bouddhiste, et de comprendre sa mentalité, ce qui est déjà très loin d'être facile? Le dialogue est impossible dès le départ.
Le document avoue quand même clairement que la plupart des catholiques ne savent pas vraiment pourquoi ils "dialoguent". Je ne peux que reprendre à mon compte les propos de Raistlin:
Raistlin a écrit :je pense que le Magistère de l'Église n'est pas assez précis dans ce qu'il attend de nous vis-à-vis des musulmans, et sur sa position théologique face à leur prétendue religion révélée.
In Xto,
archi.