il me semble que gentil athée a bien reconnu qu'il croyait en Dieu. Mais ce terme le gêne car il a décidé, comme beaucoup d'athées, que Dieu signifiait une soucoupe volante qui vit dans le ciel et qui intervient dans le temps.
Aussi quand il dit que Dieu est l'Etre et qu'il n'est pas doté de ""l'existence au sein du continuum espace-temps, c'est juste et quoi de plus évidant ?
Lui reste à reconnaitre que l'Absolu est la Réalité absolue, et que ne pouvant y avoir une autre réalité d'égale consistance, il n'en est qu'un reflet, qu'il est fait à l'image de Dieu.
Dire que l'Absolu transcende la notion d'existant/non existant est une pirouette de langage (distinction douteuse entre ne pas exister et ne pas avoir l'existence) qui permet de mieux éviter la question mais n'a pas vraiment de sens.
dans les logiques orientales dire qu'une "chose" n'est ni existante/ni non existante constitue (entre autre) un moyen de dire que cette chose n'a pas l'existence au sens commun du terme. C'est une façon de signifier la transcendance et de dire qu'elle n'est pas soumise à la dualité du créé et à ses antinomies.
Il faut aussi se rappeler que l'expression Non Etre (mè-on qui nie que la réalité visé ait l'existence commune et qui est donc synonyme de sur-être, expression à ne pas confondre avec ouk-on qui signifie l'absence pure et simple de réalité) appartient aussi à la tradition chrétienne. C'est ainsi que St Maxime explique que Denys utilise non-etre pour désigner le sur-être. (
puisque selon la nature il ne se classe avec rien de ce qui est, et qu'à cause de cela, il [Denys] admet de dire que "non-être" est plus adapté à lui du fait de son sur-être- St Maxime Mystagogie).
Je comprends que cela agace car aujourd'hui l'apophatisme devient à la mode et beaucoup se croient plus malins et autorisés à dire n'importe quoi.
En tout état de cause il s'agit ici d'outils qu'il faut utiliser avec rigueur et qu'il ne faut pas opposer les uns aux autres. Inutile donc de vouloir opposer l'Acte d'Etre, ou l'Ipsum Esse, au Non-Etre et de dire qu'un terme est est plus propre que l'autre, car dans tous les cas la transcendance est signifiée avec une égale rigueur.
En revanche il faut reconnaitre que "Dieu" et sa transcendance chez des penseurs tel que Suarez, Descartes, Wolf, Kant, Hegel, commence à faire sérieusement problème : réduction de Dieu à une Cause, à un fondement moral etc.
Le problème se pose aussi de savoir si l'on est pas entrain de réduire l'être à l'essence (qui peut être définie), et donc de savoir si l'être n'est pas pensé sur un mode chosiste.
La problématique de la mort de Dieu ne serait peut être pas apparue si la métaphysique n'avait pas dégénérée en pure science de l'étant et si donc Dieu n'avait pas été pensé comme un étant parmi d'autres établit dans son propre lieu. En effet, le résultat c'est qu'une fois arraisonné dans un concept étroit on a mis "Dieu" à la portée des discours simplistes, si bien que n'importe quel athée croit sérieusement pouvoir réfuter l'existence de "Dieu" en deux secondes.
D'autre part, "Dieu" pose dans ce cas un autre problème : pourquoi me détourner du monde (j'emploie ce terme au sens commun du terme et pas au sens paulinien) au profit d'un "arrière monde" comme si Dieu "habitait" ailleurs comme n'importe quel autre étant/objet ? Se tourner vers Dieu implique-t-il forcément ce ressentiment contre la vie dont parlait Nietzsche ? Ce dualisme Dieu-monde implique-t-il forcément rejet d'une réalité pour accéder à l'autre ? Non pas, car précisément car en parvenant à l'union à Dieu on le perçoit en toute chose, dans son immanence radicale, on comprend que tout est reflet et symbole de Dieu, que la création est transparente. De terre d'exil opaque la création devient icône, miroir. Ici d'ailleurs, le pourquoi du mal évident est résolu.
Chez un St Bonaventure, le monde est un tremplin qui conduit à Dieu. St Jean de la Croix au terme de sa voie retrouve la création dans sa beauté rayonnante et perçoit l'analogie que chaque chose entretient avec l'autre. Les plus grands saints comme St François d'Assise peuvent se présenter innocemment devant toute chose avec la même joie. La séparation d'avec le monde (c'est-à-dire d'avec le monde en tant qu'il se suffit à lui-même) chez les mystiques n'est que provisoire, la réalité provisoirement rejetée se retrouvant au final réconciliée, "intégrée" dans l'Autre.
Dire oui à toute chose c'est cela que doit faire le sur-homme de Nietzsche et que ne peut pourtant pas prononcer Zarathoustra. D'où l'on voit qu'en réalité ce que les athées croient bien souvent pouvoir réfuter c'est d'une part autre chose que Dieu et d'autre part une caricature de christianisme. Car en effet que vise Nietzsche le seul qui ait été vraiment crédible sinon fondamentalement le Dieu des philosophes et les caricatures doloristes du Dieu chrétien.