Bon, un début d'analyse critique des arguments en faveur de la thèse : les jeux vidéos violents facilitent le passage à l'acte pour des tueries de masse.
1.
Ces massacres deviennent plus fréquents et sont un phénomène récent, comme les jeux vidéos.
S'il semble effectivement que la fréquence d'évènements de ce genre augmente dans les années 90, ils commencent bien avant l'apparition des jeux vidéos (années 60).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tuerie_en_ ... _scolaires
Reste encore à établir le pourcentage, parmi tous ces assassins, de ceux qui jouaient aux jeux vidéos, afin de savoir si ça concerne la majorité.
2. Avec quels critères définit-on un joueur de jeux vidéos ? Le simple fait de porter un caméra pour revivre la scène "comme si on était dans le jeu vidéo" me paraît très léger comme preuve, il peut y avoir plein d'autres raisons (preuves pour des supérieurs, souvenir de ses actes, promotion de sa cause sur internet, ...)
3. Quelle importance accorder aux jeux vidéos dans un manifeste de 1500 pages traitant principalement de la décadence de la société occidentale ? Se baser sur le simple fait que le tueur avait une utilisation habituelle de ces jeux pour lui donner plus d'importance que les inquiétudes inhérentes à son idéologie (dangers de l'immigration, etc ...), c'est admettre qu'une représentation du réel a plus d'influence sur un individu que le réel lui-même. Ce raisonnement me paraît bancal. D'autant plus que parmi les jeux auxquels il jouait, il y avait certes "la meilleure simulation militaire du marché" d'après le tueur, mais également des jeux typés fantasy ou fantastique à l'univers très différent du nôtre (World of Warcraft, Bioshock 2 et Dragon Age). Difficile avec ceux-ci de confondre la réalité et la fiction. Et donc encore plus difficile de croire que des univers très différents du nôtre auraient plus d'impact sur un individu que la bonne vieille réalité de notre monde.
Concernant les réflexions de l’officier américain Dave A. Grossman, psychologue militaire.
4. Counterstrike aurait appris au meurtrier à se servir d'un fusil. Sincèrement, comment un militaire peut-il dire une énormité pareille ? Y-a-t-il besoin de faire math sup ou 100 heures de counterstrike pour se rendre compte qu'on touche plus facilement sa cible quand on se rapproche ?! Y-a-t-il besoin d'avoir fait polytechnique ou 200 h de counterstrike pour savoir que ça fait plus mal quand on tire dans la tête ?!!! Je rappelle que le meurtrier fréquentait également un club de tir, mais ce n'est certainement pas dans ce club qu'on lui a appris ce genre de subtilité ...

C'est également grâce au jeu vidéo qu'il a appris à charger son arme, à viser avec, à avoir une position correcte pour tirer, qu'il s'est habitué à son équilibre ou encore au recul ... bien évidemment, les quelques entraînements au stand de tir n'ont rien à voir là-dedans.
Enfin, le "
La police d’Erfurt a rapporté que certaines victimes n’étaient plus identifiables tellement elles étaient défigurées. Cela prouve bien que le jeune homme s’était entraîné.". Il va falloir qu'on m'explique comment cliquer sur une souris permet de s'entraîner à viser correctement la tête.
5.
"Dans les jeux vidéos, le tueur doit regarder ses victimes dans les yeux. Le seul moyen d’y arriver est de s’entraîner et de se rendre insensible à la souffrance d’autrui. Le meurtrier d’Erfurt l’avait fait déjà des milliers de fois: la tête des victimes éclate, elles gémissent, sont prises de convulsions, elles saignent et le joueur est récompensé!"
Sans déconner, le psychologue, il a jamais du jouer à un FPS ... Dans un FPS, tu vois un bout de pixel d'ennemi (de face, de profil ou de dos), tu tires, point. Et tu passes à la cible suivante, ou tu te remets à couvert. Tu t'attardes sur les yeux de la victime, ses convulsions ou sur le pot de fleurs à côté, et tu t'es déjà fait tuer par les autres ennemis en embuscade.
Et puis franchement,
"Le seul moyen d’y arriver est de s’entraîner et de se rendre insensible à la souffrance d’autrui." : sortir un truc pareil pour un jeu vidéo ... je vois bien le héros du jeu vidéo, arrivant devant le militaire/terroriste/alien/monstre quelconque surarmés se retourner et se dire "Oh non, c'est trop dur, jamais je ne pourrai tirer sur cet innocent terroriste qui s'approche de moi la bave aux lèvres ..."
A-t-on déjà vu, au début de Super Mario, les gosses serrer les dents et détourner le regard quand ils sautent pour la première fois sur la malheureuse créature qui les tue en un coup si elle les touche ?
Est-ce que vous avez une pensée fugace sur la violence de ce monde quand vous prenez une pièce aux échecs ?
(Apparté : "
Nous nous servons d’un matériel militaire d’entraînement au combat rapproché". Ça explique peut-être aussi pourquoi les armées US sont aussi mal entraînées, à faire jouer leurs soldats à des jeux vidéos c'est justement pas avec ça qu'on apprend à tuer quelqu'un. Un ami à moi m'a raconté comment un bataillon entier a paniqué devant 2 tireurs ennemis isolés, ils ont été obligés d'appeler les français en renfort ...

)
6.
"en Allemagne, en Autriche, pendant toute la Première Guerre mondiale, dans l’entre-deux-guerres et pendant la Seconde Guerre mondiale, il y avait des centaines de jeunes gens qui possédaient des armes de poing, des Mauser, des Luger, des Walther – mais aucun n’a commis de massacre comme celui d’Erfurt."
Peut-être parce qu'à l'époque il existait une certaine culture de l'ennemi à combattre, et qu'il y avait moyen de se défouler dans l'armée pour ceux qui avaient ce genre de penchants ? Peut-être parce qu'il était plus courant de se bagarrer quand on avait un problème à régler avec les autres élèves ?
7.
"On a besoin de trois choses pour tuer quelqu’un: une arme, un savoir-faire et la volonté de tuer. Les jeux vidéos en fournissent deux."
??!
L'arme ? Non ...
Le savoir-faire ? Cliquer sur une souris apprend donc à viser avec un fusil, et à l'entretenir, c'est intéressant comme théorie.
La volonté de tuer ? Je connaissais pas ... il y a la volonté de finir le niveau, celle de faire un gros score, celle de gagner contre des adversaires (un peu comme au foot, quoi), mais la volonté de tuer, non décidément je vois pas. En même temps ça serait un peu con si les jeux vidéos donnaient envie de tuer, à la fin il resterait pas grand monde pour y jouer ...
8.
"La Suisse en est un bon exemple: malgré notre armée de milice, nous n’avons jamais eu de tuerie comme celle d’Erfurt."
Friedrich Leibacher : Fusillade au parlement de Zoug en Suisse le 27 septembre 2001. Il abat onze députés et trois conseillers d'État et blesse également quinze personnes avant de se suicider.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tueur_de_masse
Mais c'était pas à cause de jeux vidéos, alors ça compte pas ...
9.
"Si on demande à un enfant ce qu’il a fait le 3 du mois écoulé, il n’en sait rien; mais si on lui demande ce qui se passe au «niveau 3» de son jeu vidéo préféré, il vous racontera dans les moindres détails ce qui s’y passe. Voici un exemple montrant que les films sont plus réels que la réalité. Si je vous demande de me raconter votre film préféré, vous m’en ferez un récit extrêmement détaillé mais est-ce que vous vous souvenez de ce que vous avez fait avant de regarder le film, ou la veille? Non. Nous appelons cela «effet d’hyperréalité». Les jeux vidéos laissent une impression plus forte que le réel."
Deux explications à ceci :
- le jeu ou le film n'est pas plus réel que la réalité, il est simplement plus intéressant. Ce qui donne plus envie de s'en souvenir que la routine de l'école ou du boulot. Pourquoi j'irai m'ennuyer à me souvenir jusqu'à quelle heure j'ai fait du rangement et combien de temps j'ai passé le balai ? Je ne sais plus combien de fois je suis allée aux toilettes aujourd'hui, c'est grave docteur ? D'ailleurs on peut remplacer "film" ou "jeu vidéo" par "livre" ou "recette de cuisine", ça marche pareil mais ça fait beaucoup moins peur aux gens, c'est marrant.
- les jeux vidéos sont souvent truffés de cachettes, objets bonus cachés, personnages précis à aller voir pour débloquer une quête annexe, etc ... d'où l'utilité de faire un effort de mémoire pour ne pas rater la moitié du jeu ou ne pas passer la moitié du temps plongé dans les soluces.
Bon, il se fait tard, le reste de vos arguments demain, je pense. Bonne journée.