marie du hellfest a écrit :Un gentil athée a écrit :Eh bien, justement, en système libéral, les banques n'auraient pas pu provoquer de famine, car il n'y aurait pas eu de banque centrale.
Bin bien sûr que si, cette blague ! C'est juste qu'au lieu de placer leur fric dans des bons du trésor ils l'auraient placé dans les fonds privés les plus intéressants qu'ils auraient trouvé sur le moment. Ça n'aurait strictement rien changé, à part peut-être qu'ils y auraient un peu moins gagné ...
L'intervenant l'a pourtant bien expliqué : "vous me donnez 100$ ; j'en utilise 5 pour spéculer sur le marché des céréales et tenir votre position de 100$, je place les 95 restant dans les bons du trésor pour me faire une énorme réserve de cash". (A partir de 7' dans la vidéo).
Ce n'est pas la banque centrale qui a provoqué la famine, elle n'a été qu'un moyen de gagner énormément d'argent avec la partie des investissements qui n'avaient pas été placés sur le marché du blé. Ce marché aurait donc très bien pu être bouleversé sans la banque centrale. Son seul "crime" était qu'elle proposait les placements les plus intéressants ; sans elle, ils auraient placé cet argent ailleurs, pour le même résultat final.
Donc en gros, si j'ai bien compris, vous êtes contre la réglementation des excès qui causent du tort aux autres mais pour les lois punissant ces mêmes excès ?
Faire une règlementation qui empêche les banques de créer des famines dans le monde c'est mal, mais faire des lois qui punissent les banques de créer des famines dans le monde c'est bien ? Vous avez pas l'impression de c'est un peu bancal comme raisonnement ?
Bonjour, je suis tombé sur ce fil par hasard.
Avant tout je me présente :
- je suis fils d'immigrés en Belgique.
- J'ai grandi dans une famille qui est très catholique du coté de mon père et très communiste (donc très athée) du coté de ma mère.
- j'ai 31 ans
- je suis technicien en électronique.
- je m'intéresse beaucoup à la philosophie politique et à l'économie.
- je suis une buse en orthographe mais je me soigne.
J'interviens ici parce que j'ai lu des choses inexactes sur la spéculation. Et je voulais vous faire part de ce que j'ai appris sur la spéculation et mon point de vue sur l'origine de la famine de 2008
La spéculation c'est quoi ?
Au sens large du terme, c'est une activité qui consiste à imaginer l'activité et les réactions des autres et à les comparer à notre propre activité propre et à en tirer des conclusions qui vont influencer notre comportement.
Au sens économique, la spéculation consiste à prendre des décisions en se basant sur une anticipation d'un état économique futur.
Prenons un exemple, la production de bois de chauffage.
Celle-ci est à peu près constante toute l'année, mais le bois de chauffage se vend surtout en hivers.
L'offre étant constante et la demande étant basse en été et élevée en hiver, le bois de chauffage et beaucoup moins cher en été qu'en hivers.
La spéculation consiste à acheté du bois de chauffage pas cher en été pour soit l’utiliser pour soit même, soit le revendre plus cher en hiver.
Tout le monde spécule. Quelqu'un qui achète des meubles de jardin à la fin de l'automne spécule, car il sait qu'il les plaira plus cher que s’il les achète au début du printemps suivant.
Quelqu'un qui achète le matériel scolaire de ses enfants en juin plutôt qu'en septembre spécule.
Quelqu'un qui choisi de partir en vacance en mai/juin plutôt qu'en Août spécule tout autant.
Spéculer, c'est parier sur les variations de prix futur et c'est toujours un pari car il y a toujours un facteur risque plu ou moins élevé.
Dans chacun des exemples que j'ai cités plus haut le spéculateur peut se tromper à cause d'un évènement inattendu.
La demande de bois de chauffage peut être extrêmement faible pendant un hiver très doux inattendu.
Le prix des meubles de jardin peut baisser soudainement suite à une surproduction des producteurs de meuble de jardin qui susciterai une avalanche de promotions, ou une baisse soudaine du cours du pétrole qui a un impacte directe sur le prix du plastique ou un printemps pourri qui fait chuter la demande, ...
Les prix des fournitures scolaires peuvent baisser fortement en septembre suite, par exemple, à une baisse du taux de TVA, ou d’une matière première qui sert à la protection du papier (par exemple le bois).
Le prix des voyage d’août peut baisser soudainement pour des tas de raisons (variation importante du prix du pétrole, attenta près de la destination choisie qui fait massivement baissé la demande pour cette destination, ... ... ...)
Le spéculateur prend donc toujours un risque, parfois proche de zéro, parfois très élevé. Il fait un pari sur l’évolution futur d’un prix dans l’espoir d’en tirer un avantage, soit de limiter une perte, soit de faire un bénéfice plus important.
Quelles sont les conséquences de la spéculation sur l'économie et la vie quotidienne des gens ?
Reprenons l’exemple du bois de chauffage, imaginons un spéculateur qui achète massivement du bois chauffage en été et qui le revend plus cher en hiver.
En augmentant la demande en été, l’offre étant pareille par ailleurs, son action à pour conséquence se faire monter les prix en été.
Le producteur de bois de chauffage est très content de trouver un acheteur en été car ça lui permet de payer ses ouvriers et de maintenir son activité.
Viens ensuite l’hiver, il revend le bois de chauffage massivement, l’offre augmentant, la demande étant pareille par ailleurs, son action à pour conséquence faire baisser les prix en hiver.
Les consommateurs sont ravis de pourvoir acheté du bois de chauffage à prix plus faible.
La conséquence de la spéculation, c’est lisser les prix.
Le spéculateur, en achetant quand personne ne voulait acheter et en vendant quand personne ne voulait vendre, à rendu service à tout le monde : aux producteurs, aux consommateurs et à lui-même.
En agissant dans son intérêt, il a limité les variations de prix. Il a limité les pertes des producteurs en été et les pertes des consommateurs en hivers.
Et il n’est pas nécessaire d’être un gros investisseur riche à million pour agir de la sorte sur le cours du bois de chauffage. N’importe quel consommateur qui achète 3 buches de bois de chauffage en été pour le payer moins cher qu’il ne le paierait en hivers, a un effet bénéfique sur l’ensemble de l’économie.
Pour la nourriture, c’est pareil, c’est même exactement pareil. Toute spéculation dans le secteur alimentaire à pour conséquence, d’encourager la production et de réduire les famines. La spéculation est une bénédiction en cas de crise car elle limite les dégâts. Elle à toujours un effet optimisant.
En exemple, on peut parler des oignons aux US, seul commo agricole ou les marchés à terme sont interdits : les prix y sont volatiles, imprévisibles et ce au détriment des agriculteurs et des consommateurs contrairement à des marchés de taille comparable (ovins, …)
Je sais que l’ensemble de la presse française, pour qui le mot libéralisme inspire autant de mépris et d’horreur que le mot nazisme, diffuse massivement l’idée contraire. Mais cela est lié à sa méconnaissance générale presque pathologique des principes économiques de base.
Alors comment expliquer les famines de cette période dans ce cas ?
1° L’augmentation de la demande
La hausse des cours ne vient pas de manœuvres spéculatives mais de la raréfaction des stocks, raréfaction qui provient elle-même d'une diminution des terres cultivées et d'une hausse de la consommation.
Et ceci est du à plusieurs facteurs :
Primo, la Chine et l’Inde qui se développent massivement, consomment de plus en plus de nourriture tout en en produisant de moins en mois (car les agriculteurs préfèrent travailler dans les usines car ça paie mieux et ils ont l’audace d’envoyer leurs enfants à l’école pour y faire des études dans l’espoir qu’ils travaillent dans les secteurs high-tech (qui paient beaucoup beaucoup mieux) plutôt que de leur faire reprendre leur ferme)
Ensuite, la famine diminue d’année en année, comme le rappel les chiffres de la FAO et d’action contre la faim et c’est une excellente nouvelle même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Mais la conséquence est que la demande en nourriture ne cesse d’augmenter, ce qui là aussi est une très bonne nouvelle, mais ça à une conséquence sur les prix.
Par ailleurs la consommation de viande explose, et l’augmentation de la production de viande implique de diminuer les surface utilisée pour l’agriculture au profit de celle exploitées pour l’élevage.
Ensuite, il y a cette mode débile du biocarburant, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin, ça a fait terriblement grimper la demande de façon très rapide et il va de soit que l’offre ne peut pas suivre aussi vite.
La hausse des cours est donc un évènement mécanique (la demande augmente, l’offre ne s’adapte pas instantanément, les prix montent) et il est souhaitable puisqu'il réorganise la production en faveur de l'agriculture et in fine d'une hausse de la production agricole. Plus la demande augmente vite, plus les prix augmentent vite et plus ceux qui ont envie de gagner plein de sous sont incité à produire.
Ce phénomène ne fait qu'inciter à la lutte contre l'urbanisation des terres agricoles. Ils s'engagent à assurer sur le long terme le revenu des paysans qui vont produire demain le blé qui manque aujourd'hui, freinant ainsi l'exode rural et la pauvreté dans les bidonvilles.
Enfin, il faut comprendre que si les cours montent, cela enrichit les paysans et cela montre que de plus en plus de monde gagne les moyens de procéder à ces dépenses (sans quoi les prix stagneraient et la production aussi). Ce doit être terrible de réaliser cela pour toutes ces personnes qui souhaitent voir éternellement les pauvres vivre de la charité occidentale mais c’est une réalité.
2° l’inflation
Il faut également prendre conscience de l’impacte qu’ont sur les prix les monnaies nationales. Pourquoi lorsqu'on dit que les prix on été multiplié par 10, alors qu'en US$ qui s'est pourtant bien cassé la gueule en 2007 le prix du blé n'a que triplé ? En francs suisse le prix n'a que doublé par exemple.
http://www.indexmundi.com/commodities/? ... &months=60
Parce que certaines monnaies sont plus fragiles que d’autre, parce que les banques centrales aiment faire tourner la planche à billet pour assurer le train de vie de leur état, ce qui a pour conséquence directe l’inflation. Si le prix a été multiplié par 10 dans certaines monnaies et seulement par 2 dans d’autres, alors que le cours est le même pour tous, c’est à cause de l’inflation ce qui revient à dire à cause des gouvernements.
Quand un gouvernement n’a plus de sous pour payer ses factures, il imprime plus de billets et l’affaire est réglée. Seulement si aujourd’hui, il y 1000 x pour représenter la richesse globale en circulation, chaque x vaut " richesse globale" divisée par 1000.
Si demain le gouvernement décide d’émettre 4000 x de plus. La richesse globale en circulation n’a pas changée, mais il y a maintenant 5000 x en circulation. Dès lors, chaque x vaut " richesse globale" divisée par 5000. Et on peut donc acheter beaucoup moins de blés avec un x.
Les média français de tout bord fond croire que le monde n’a jamais été aussi libéral alors que c’est précisément le contraire. On confond le libéralisme qui n’est rien d’autre que le « non interventionnisme » avec les politiques interventionnistes de droite.
Non les banques et les grosses entreprises ne sont pas libérales ni néolibérales ni même ultra libérales. Elles ont un énorme intérêt à ce que les états interviennent en leurs faveurs. Et pour ça elles peuvent compter autant sur les partis dit de droite que sur ceux dit la gauche.
Le secteur bancaire est extrêmement réglementé, les Etats y ont mis leur nez partout, ils y ont propulsé leur amis à leur tête, et c’est même parfois l’inverse : des banquiers nommés à la tête de certains Etats.
Les politiciens reporterons toujours leurs erreurs sur autrui.
D'abord parce que leur niveau de connaissance en économie est presque aussi faible que celui des journalistes mais aussi et surtout parce que leur but est de se faire ré-élire et non pas d'améliorer la situation du peuple en apprenant des erreurs passées.
J’ai bien conscience que ma réponse est très longue, mais elle a le mérite d’être précise et de poser les arguments de façons structurée.
Pardonnez moi les quelques fautes d’orthographes qui m’ont échappée, je me suis relu 2 fois, mais je sais que j’en laisse toujours passer quelques unes.
"Quand deux esclaves se rencontrent, ils disent du mal de la liberté" (proverbe africain)