Chère Cinci,
Votre demande étant technique, je devais vérifier des documents avant de vous répondre. Je ne vous avais pas oubliée.
Cinci a écrit :Je voudrais savoir ce que vous pensez de la sourate de la Vache 2,62
Vous avez lu mes précédents messages sur
les Corans et vous savez donc qu'il existe historiquement et pour l'archéologie
plusieurs rédactions du Coran qui sont différentes.
J'avais développé ce sujet sensible avec les manuscrits de Sanaa retrouvés en 1972 au Yémen. J'avais également cité des références de missionnaires jésuites du XVII siècle rapportant des versets aux numérotations différentes du Coran moderne actuel. Ils avaient également traduit des passages de manuscrits de sourates qui n'avaient aucun nom, contrairement à maintenant puisque toute sourate du Coran moderne a un nom. Ces différences encore, montrent le caractère instable de la récitation originale de Mahomet.
Demander dans ces conditions ce qu'on pense d'une sourate du Coran moderne a peu de valeur, puisque
ce Coran moderne est une usurpation de l'histoire des Corans, et des différences des manuscrits conservés. Sans compter sur leurs étranges palimpsestes!
Voici la
sourate 2, verset 62. Au passage, la
"Vache" me semble un terme impropre qui fait référence au Veau d"or de תּוֹרָה, la Torah, mais ceci est trop complexe à développer dans votre question. Disons que je préfère traduire ce titre moderne
(les Corans anciens n'ont jamais de titre pour les sourates!) par
Génisse.
"إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَالَّذِينَ هَادُوا وَالنَّصَارَى وَالصَّابِئِينَ مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ وَعَمِلَ صَالِحا ً فَلَهُمْ أَجْرُهُمْ عِنْدَ رَبِّهِمْ وَلاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَ هُمْ يَحْزَنُونَ"
Cinci a écrit : - «Certes, ceux qui ont cru [musulmans], ceux qui se sont judaïsés,
les Chrétiens, les Sabéens, quiconque d'entre eux a cru
en Dieu, au jour dernier et a accompli de bonnes oeuvres,
sera récompensé par son Seigneur; il n'éprouvera aucune
crainte et il ne sera jamais affligé.»
Je ne suis pas d'accord avec cette traduction moderniste et œcuménique. Il n'y a jamais le terme
"Dieu" en nom propre dans ce verset! Il n'y a jamais le terme
"Chrétiens" qui est inconnu du reste du Coran arabe.
A partir de ce constat, tout est dit, non?
Je propose une traduction juste;
"Voici. Ceux qui adhèrent [notion d'adhérence et non de croyance au sens moderne}, ceux qui sont judaïsés, les Nazaréens, et les Sabéens, qui se soumettent au Allah [ce n'est pas un nom propre ici] et au Jour dernier, ceux qui ont fait du bon ouvrage, pour eux la rétribution de leur Seigneur car ils sont sans crainte et il ne seront jamais affligés." On note un rapport de ton au sermon de Jésus-Christ au mont des Oliviers. Mais qui est le seigneur ici? Local ou divin? On ne sait pas.
Cinci a écrit :ou encore la sourate de la table servie 5,69
La voici;
"إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَالَّذِينَ هَادُوا وَالصَّابِئُونَ وَالنَّصَارَى مَنْ آمَنَ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ وَعَمِلَ صَالِحا ً فَلاَ خَوْفٌ عَلَيْهِمْ وَلاَ هُمْ يَحْزَنُونَ"
Cinci a écrit :- «Certes, ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés,
les Sabéens et les Chrétiens, quiconque d'entre eux
a cru en Dieu, au Jour dernier et a accompli les bon-
nes oeuvres, il n'éprouvera aucune crainte et il ne
sera jamais affligé.»
Même constat, mauvaise traduction.
"Chrétiens" est un terme inconnu du Coran. Ici est employé le terme An Nasara, les Nazaréens. Pas de
"croyance", dans le Coran, la religion naturelle est la soumission, et donc l'adhérence dont est né chacun selon le Coran, pas la foi. Encore un contre-sens utilisé par les révisionnistes modernes. C'est irrecevable en 2012 : Vatican II a 50 ans, il a vieilli et les conséquences font débat.
Traduction proposée:
"Voici [Le propos est typique d'une parole facile avec ses répétitions lourdes qui n'existent pas dans une rédaction relue]. "Ceux qui adhèrent, ceux qui sont judaïses, les Sabéens, et les Nazaréens, ceux qui adhèrent au Allah [ce n'est pas un nom propre ici, c'est: le dieu], au dernier Jour, qui font du bon ouvrage, ils sont sans peur, ils ne s'affligent pas."[/i] On peut mettre le futur, mais le texte est hiératique, ce futur n'est pas chronologique. Je préfère laisser le présent, car tout reste présent jusqu'au Dernier Jour. C'est en tout cas le sens du texte, difficile à rendre avec notre notion instinctive moderne de mesure du temps. Ce n'est pas l'esprit de la parole verbale qui annonce un réconfort du dieu.
Problème, quel dieu? On ne sait pas dans le Coran, c'est même souvent répété, إن شاء الله, in cha Allah, si Allah le veut.
Cinci a écrit :J'ai trouvé cette transcription du Coran dans un article de Samir Khalil Samir SJ [1]. Je suppose qu'il doit lire l'arabe littéraire mais il n'indique pas de quelle édition du Coran ceci proviendrait. Selon lui, cette sourate 5 en particulier serait très importante. Il s'agitait chronologiquement d'une des dernières sourates données à Muhammad et alors qu'il se serait trouvé à Médine.
C'est quoi, pour vous, l'arabe littéraire au VII siècle? C'est historiquement la création d'un long texte qui est d'origine une collection de prises de notes rapides pour se souvenir en
support de récitation.
C'est oral, ce n'est justement pas littéraire. Sortez-vous cette idée une fois pour toute, qui est le mensonge d'un Livre incréé dans le Ciel et tombé sur cet Isa.
Le Coran n'est pas cela. Il n'a jamais été cela et n'a pas cette vocation, puisque on y trouve des phonétiques maladroites du grec, de l'araméen, et tant de langues, avec des contresens irrecevables. On est devant des dits avec la confusion de son rapporteur, souvent en crise d'épylepsie, qu'on entend comme on peut, qui se répète, qui se contredit.
Samir Khalil Samir est un jésuite égyptien controversé. Ce genre de maître à penser ne me plaît pas du tout. Lisez de lui
"Les raisons de ne pas craindre l'islam : Entretiens avec Giorgio Paolucci et Camille Eid", Presses de la Renaissance, 2007. Ou
"Islam en Occident: Les enjeux de la cohabitation",
Editions Saint-Augustin, 2011
Cinci a écrit :Voici ce qu'il écrit : « Ces deux textes coranique affirment donc la parité absolue entre les quatre groupes religieux, qui seuls pourront être sauvés, à la triple condition mentionnée : croire en Dieu, croire au jugement dernier et accomplir de bonnes oeuvres. C'est précisément ce dernier point qui nous intéresse : il n'est pas demandé de croire en Muhammad et en sa qualité de prophète. Cette interprétation classique est la seule possible à partir de ces deux versets.»
Quelle parité dans le Coran? C'est se moquer du monde! Le Coran dit
tel quel en arabe, que l'Islam est la religion naturelle de tout être humain, et que c'est par la perversion de l'éducation des parents qu'il devient juif ou associateur (chrétien). Malheur à eux, et pour les autres, c'est la mort.
C'est un message simple, radical, antisémite, violent. Percutant! Le Coran affirme la lapidation, l'égorgement, le droit supérieur de l'homme sur les femmes, l'esclavage, le vol en butins, la soumission à Mahomet, au Allah, et aux seigneurs locaux qui s'associent avec Mahomet. Pas de pardon, pas d'autre choix. Samir Khalil Samir ferait bien de revenir les pieds sur terre que de rester dans son œcuménisme bien pensant qui n'est plus dans la réalité du monde vivant. Il s'est déconnecté de la réalitœ tout seul.
Attention, je ne critique surtout pas Vatican II ni l'ouverture admirable, je pose la question des consœquences pour les catholiques.
Cinci a écrit :Il raconte même une anecdote à ce sujet :
«...Au cours du débat, un théologien chrétien s'est étonné de ce que nous soutenions la position des penseurs arabes chrétiens médiévaux, lesquels ne reconnaissaient pas le caractère prophétique de Muhammad, et nous a reproché d'exposer publiquement cette opinion. C'est alors qu'un des théologiens sunnites présents vint confirmer notre interprétation en disant que le Coran n'exigeait pas des non-musulmans la reconnaissance du caractère prophétique de Muhammad pour être sauvés.» (p.291)
Cela est vrai, puisque j'ai lu l'ouvrage en question.
Mais savez-vous le contexte de ce débat, chère Cinci? 90% des musulmans dans le monde n'ont jamais lu par eux-mêmes le Coran. Ils écoutent l'imam, connaissent la légende dorée de la vie de leur "prophète" qui devient le meilleur des hommes... selon eux.
La déconnexion d'avec la réalité dans ce débat est totale, c'est une élite intellectuelle qui s'autorise à penser ce qui peut se suggérer, sans rapport avec les massacres des chrétiens pendant ce temps, et les dictatures dans tous les pays musulmans.
Or ce sont les faits qui nous apprennent. Jésus-Christ ne dit pas autre chose, on voit un bon arbre à ses fruits.
Cinci a écrit :A part ça, j'aurais voulu vous demander votre avis au sujet de la traduction du Coran de Sami Aldeeb, enfin en supposant que vous auriez eu l'occasion de la consulter.
Je la connais. Mauvaise traduction typique d'un vieil œcuménisme, dans l'esprit de la Bible TOB, fausse, qui est irrecevable, utopique, naïve, falsifiée, A ranger avec les ouvrages de sectes, tels que la Traduction du Monde Nouveau des témoins de Jéhovah, et autres dérives salafistes. Attention danger!
Notre pape Benoît XVI sait utiliser ce jésuite pour la paix, il transforme avec son génie ce qui a dérivé pour revenir sur les conditions catastrophiques des chrétiens martyrisés.
http://benoit-et-moi.fr/2012%28III%29/a ... -samir.php
Comme Samir Khalil le dit lui-même,
"le fait que le pape, pour dire quelque chose au Moyen-Orient, ait choisi le Liban, signifie que ce pays a une mission." Oui!
Pourtant, ce père jésuite se trompe complètement dans
son analyse du monde moderne en 2012 quand il écrit:
"J'aurais tendance à dire que nous allons vers une plus grande démocratie... Il est clair que les jeunes ne sont pas manipulés par des mouvements radicaux, par des extrémistes. En Égypte c'était assez clair, par exemple musulmans et chrétiens étaient main dans la main... Ce ne sont, en aucun cas, des extrémistes radicaux..." La réalité est toute autre! Et très sombre. Il ne voit pas les conséquences à court terme, il reste dans son idéologie œcuménique, sans comprendre que par nature, l'Islam est politique et conquérant.
Le printemps arabe fait les beaujours des islamistes, et le malheur des populations avec la famine qui s'étend. C'est aussi le piège identitaires avec des conséquences catastrophiques, la levée des vieilles rancœurs et de la crise mondiale qui s'installe dedans pour ne rien arranger. Quelle entreprise risquerait d'investir une usine dans un pays musulman, alors que la Chine apporte une grande stabilité? Ruine, taux de chômages impressionnants, misère partout et retour au désespoir vers les intégristes qui se frottent les mains. De pire en pire vers les guerres civiles.
Pax vobiscum