Oui, c'est un bon billet, et il y a des remarques pertinentes. Il reste qu'il passe un peu vite sur certains sujets et pose pour principes que l'on ne peut comparer François à son prédécesseur (i.e. : qu'il y a donc continuité absolue) et que François est le pape, donc le guide, donc qu'il ne fait pas fondamentalement d'erreurs. C'est un peu rapide.
En fait, tout est peu trop rapide dans ce billet, et il s'agit moins d'une "défense" d'un point de vue que son exposé. Car au fond, ici, Koz n'argumente pas, il expose ses idées.
Le seul argument qu'il avance sur le fait que les propos du pape sont interprétés très diversement est : "il n'est pas le premier", et : "François nuance car il nous parle en vérité". Ça n'est pas faux, mais ça ne répond pas au problème.
À la "hauteur spirituelle" on répond par la simplicité : "tout le monde comprend François". Soit, mais manifestement, si tout le monde le comprend, c'est chacun à sa manière.
Dès lors on s'aperçoit que Koz ne répond absolument pas au reproche que certains font au pape, et qui est le plus important (et donc le plus grave) :
le fait qu'il semble vouloir dire ce que les gens veulent entendre.
Je ne parle pas de ses discours aux catholiques. Envers les fidèles (et encore plus, les prêtres), François est assez ferme et fait preuve de cette "simplicité des Pères" dont parle très justement Koz.
Mais quand François parle au monde, il n'est ni simple ni ferme (comme l'était un saint Augustin par exemple), il semble simplement irénique et flou (ce qui strictement l'inverse).
Quand à parler de continuité avec Benoit XVI, voici les propos de ce dernier quand il n'était encore que cardinal :
Un pape qui, aujourd'hui, ne subirait pas la critique manquerait à son devoir devant l'époque. Paul VI a résisté à la télécratie et à la démoscopie, les deux pouvoirs dictatoriaux d'aujourd'hui. Il a pu le faire parce qu'il ne prenait pas comme paramètre le succès et l'approbation, mais la conscience, qui se mesure sur la vérité, sur la foi.
Or, quoi qu'on dise, dans ses récents entretiens avec les journaux, et sa manière d'user des médias (volontairement ou involontairement), François
semble faire le jeu de la télécratie.
Peut-être a-t-il raison, au fond, mais cela est-il si sûr ?
Il reste que nous ne pouvons pas avoir sérieusement une attitude aussi irénique que celle de Koz, on ne peut poser comme principes des choses telles qu'une continuité parfaite entre deux papes. Il y a des différences entre les papes, et parfois certains papes, sans mettre en cause la doctrine, ont des attitudes qui ne sont pas conformes à leur rôle de guide dans la foi. Ça tout le monde le sait. Il ne s'agit pas de faire le procès de François, mais nous ne pouvons pas non plus nous placer dans une attitude de quasi adoration du pape. Le pape est un homme pécheur, et tous ne furent pas des saints. Dès lors il nous faut écouter et voir avec bienveillance mais pas avec des œillères.
Pour ma part, peut-être ma mauvaise surprise à la lecture de la dernière interview m'a aveuglé. C'est fort possible. Cependant, que j'ai tort, en partie, en totalité, ou pas du tout, ne change rien au fait que nous ne pouvons pas ne pas exercer notre "discernement" concernant les faits et gestes du pape, ou de tout évêque.
Quand nous pensons qu'un évêque fait une erreur, il nous faut le dire.
Il faut aussi sortir des clivages tradi/conservateur/charismatiques/progros. Le pape François exalte et trouble des fidèles de tous côtés. En soi, c'est intéressant et oblige à se questionner, ce qui n'est pas un mal. Dans ce billet, Koz joue un peu trop sur ce clivage pour se placer naturellement dans ce "juste-milieu" qui comprend tout naturellement le pape. C'est un peu trop facile.
J'espère beaucoup sur le prochain synode extraordinaire sur la famille. Il y a des choses importantes à faire, notamment sur les divorcés-remariés (ça n'est pas qu'une lubie de progressistes !). Nous ne sommes plus ni dans le christianisme primitif en milieu païen mais avec baptêmes tardifs, ni dans le christianisme médiéval avec baptême d'enfants mais dans une société totalement chrétienne. Aujourd'hui on peut se convertir après avoir divorcé tout en ayant été baptisé à la naissance. Ça change tout, vraiment. Or je crois que le pape François a la volonté de s'engager sur ce genre de terrain. Car au fond, François est un moraliste (ce qui lui donne son image de "curé").
Voilà qui me place parmi les progressistes ! Mais je n'apprécie pas trop ses propos sur Sommurum Pontificum, qu'il n'a pas compris ou pas voulu comprendre : voilà qui me place chez les tradis !
Tout cela pour dire qu'il y a des attentes et des craintes réelles, et que l'on ne peut pas faire comme si rien ne se passait et que François était au fond le même pape que Benoit XVI, que Jean-Paul II, que tous les papes, avec un nom, un visage et une voix différente. Chaque pape est différent et, tout assisté qu'il est de l'Esprit Saint, il vient avec ses certitudes, ses ignorances, ses péchés et qualités, et cela n'est pas anodin.