Popeye a écrit :Non, je ne joue pas. Car la troisième possibilité, analysons la. L'agnostique envisage différentes probabilités sans jamais se décider. Il décide donc de ne pas croire. Il ne veut pas croire parce qu'il ne trouve pas de motifs suffisants. C'est donc un incroyant, au même titre que celui qui affirme le christianisme être faux. L'un nie, l'autre doute, mais l'un comme l'autre refusent d'assentir. Dans tous les cas de figure la volonté est centrale. Soit pour adhérer, soit pour rejeter, soit pour refuser de trancher. Je réitère donc que c'est une affaire de volonté ou, si vous préférez, de liberté.
Je suis d'accord avec tout ceci, sauf un point, et il y en a un autre qui demande à mon avis précision.
Mon désaccord porte sur "au même titre". Reconnaître son ignorance n'est pas la même chose qu'affirmer en se croyant assez savant pour juger. C'est même le contraire.
Mon souci de précision porte sur le rôle de la volonté. D'accord pour dire qu'il n'y a pas de liberté sans volonté ni de volonté sans liberté. Le choix de l'agnostique est donc bien volontaire, puisque libre, ou libre puisque volontaire, comme vous voudrez. Mais la question est de savoir ce qui constitue l'idéal de cette liberté. Est-on plus libre lorsque la volonté effectue un saut, et décide dans l'ignorance, ou bien lorsque elle est soumise à l'intelligence qui connaît? La première éventualité, je crois qu'on peut l'appeler fidéisme, et il semblerait que ce soit celle de peccator, mais pas forcément la vôtre, ce point n'est pas clair. La deuxième est la mienne, après bien d'autres plus sages que moi.
Popeye a écrit :Bref, vous subordonnez votre assentiment à une condition que vous ne risquez pas de trouver de sitôt. Peut-être répondrez vous qu'il ne s'agirait pas tant d'avoir l'évidence des préambules que de les juger intellectuellement plus probables que leur négation.
Vous avez deviné, c'est exactement ce à quoi je pensais en vous lisant.
Popeye a écrit :Dans l'hypothèse, que s'en suit-il ? Que n'étant pas convaincu, vous refusez de croire.
Non pas. Mais que n'étant pas convaincu je (ou un autre) refuse de faire comme si je l'étais. Ceci n'implique aucun effort pour ne pas croire.
Popeye a écrit : Mais quel motif intellectuel vous convaincrait que serait plus probable que ce soit vrai plutôt que faux ? Quelque soit ce motif, il sera dénué d'évidence, puisque telle est l'hypothèse que nous envisageons maintenant. Or si dénué d'évidence, jamais assez fort pour suffire à lui seul à entraîner l'assentiment intellectuel : il y faudra l'intervention du vouloir. Pourquoi donc l'agnostique ne croit pas ? Parce qu'il ne le veut pas.
Que ne veut-il pas exactement? C'est ce qui n'est pas clair. Deux choses, à mon sens. Tout d'abord, il ne veut pas s'engager dans une communauté (soit parce qu'il a décidé de ne jamais s'engager dans une communauté, soit parce qu'il n'a pas trouvé de communauté qui puisse lui donner l'envie de s'y agréger). Ensuite, parce qu'il ne veut pas traiter le plus probable comme le moins probable et réciproquement. Il ne veut pas se forcer à croire x quand il croit spontanément ou après réflexion que non x. C'est bien une décision libre, donc éthique.
Popeye a écrit : Relativement au probable, soit un pur arbitraire de la volonté écartant l'une quelconque des probabilités pour lui préférer son contraire, soit un choix volontaire motivé par la plus forte des probabilités. C'est ainsi qu'alors que n'ayant jamais été au Tibet, je ne doute aucunement que cette contrée existe et a Lhassa pour capitale. Pourquoi ? Parce que les géographes et les voyageurs sont unanimes à l'affirmer, de sorte que bien qu'aucun de ces témoins ne soit infaillible, et bien que je n'ai nulle preuve qu'ils soient tous véraces, leur unanimité rend tout dissentiment déraisonnable. Soit donc le Christianisme jouit d'une telle probabilité ; auquel cas, croyez en conséquence. Soit l'une des thèses, vérité ou fausseté du christianisme, est, au jugement de l'intellect, fortement plus probable que l'autre ; auquel cas, optez pour la thèse la plus probable : c'est le plus raisonnable car le plus prudent que vous puissiez faire. Soit, au jugement de l'intellect et après enquête, les thèses contraires sont de probabilité équivalente ou peu s'en faut ; auquel cas, n'ayant pas plus de raisons d'admettre que refuser, soit croyez, soit niez, soit doutez, à votre gré, aucun des choix n'étant plus raisonnable que l'autre.
J'accorde tout ceci. A ceci près que "christianisme" est un mot trop large. Il ne désigne pas une simple proposition, ni même un ensemble de propositions. L'agnostique est donc libre de faire le tri, d'accepter certains points et d'en refuser d'autres. Cette liberté est d'ailleurs souvent ce qui le motive dans son choix d'être agnostique. Bien sûr, le tri s'effectue selon les modalités dont vous avez parlé, en ajoutant aussi un zeste de pragmatisme, à savoir la considération de ce qui est avantageux pour la vie spirituelle. Lazare est ressuscité : improbable, plutôt nuisible, donc non. Le logos est Dieu : probable, très avantageux, donc oui.
Popeye a écrit :L'agnosticisme est un point de départ méthodologique, une suspension provisoire du jugement le temps d'investiguer. Il peut être aussi le point d'arrivée, refus définitif de croire par absence de probabilité suffisante. Qu'on donne foi ou qu'on s'y refuse par négation ou doute, quoique sera le choix, l'important est de s'y décider. Il faut réfléchir, choisir, et assumer.
En effet, et cela fait deux. Le deuxième agnosticisme est contradictoire, puisqu'il choisit de dire qu'il ne faut jamais choisir. Le premier ne l'est pas. Il est voeu (donc choix volontaire) de disponibilité à la vérité quelle qu'elle soit.
Précision importante : rien de ce que j'ai écrit ici n'est dirigé contre la foi. La foi est une grâce par laquelle l'intelligence adhère spontanément aux dogmes de l'Eglise, en tant qu'ils sont l'expression des vérités essentielles. Heureux celui qui a la foi. Ce que je rejette, c'est l'idée que serait méritoire le fait de faire comme si l'on croyait ce qu'au fond de soi l'on sait bien ne pas croire.