Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Zarus a écrit :Sinon, pas d'avis de la part des chrétiens ? je trouve ça dommage, je croyais que vous étiez préoccupez par le sort des âmes ? je ne vois guère comment vous pourriez sauver mon âme sans répondre à ces deux questions.
Pour ma part, Popeye m'a conseillé pas mal de choses à lire, donc je commence pas là, après je les digèrerai, et ensuite on verra ;)

Mais il y a une chose dont je suis sûr : moi, je ne peux pas sauver votre âme. Pour le salut des âmes, c'est à Dieu qu'il faut vous adresser :saint:
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Zarus a écrit : Sinon, pas d'avis de la part des chrétiens ? je trouve ça dommage, je croyais que vous étiez préoccupez par le sort des âmes ? je ne vois guère comment vous pourriez sauver mon âme sans répondre à ces deux questions.
:rire:


Salut Zarus,



Vous êtes marrant. Somme toute, vous ne voulez pas croire tout en voulant que des croyants vous donnent des raisons de croire... Ou serait-ce que ne voulant pas croire, vous voudriez que des croyants vous confirment dans votre choix ?

Dans un cas comme dans l'autre, plutôt pervers comme démarche. :p



Que voulez-vous au juste ? Des raisons de croire ? Il y en a. De ne pas croire ? Y en a aussi.

Je vous l'ai déjà dit : la foi est un assentiment intellectuel commandé par la volonté. Quant à la foi vous avez deux aspects : 1° l'objet de la foi, c'est-à-dire son contenu, les assertions prétendument révélées ; 2° le motif de la foi, c'est-à-dire les motifs intellectuels qui incitent la volonté à commander à l'intellect d'assentir à l'objet de la foi.

Quant à l'objet de la foi, le rôle de l'apologétique catholique est seulement de démontrer les dogmes n'être pas contraires à la raison. C'est ainsi que, quant au dogme de la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, les théologiens l'explicitent comme transsubstantiation, mobilisant pour ce faire les catégories aristotéliciennes de substance et d'accident et les énoncés de l'aristotélisme médiéval sur le rapport de la matière à la quantité. Quand bien même vous ne seriez pas aristotélicien, je doute que vous ou quiconque puisse démontrer rationnellement la fausseté de l'aristotélisme sur ces points. Bref, il ne s'agit ici pour l'apologétique que de démontrer la possibilité théorique de l'énoncé doctrinal.

Quant aux motifs de la foi, autrement dit les raisons de croire. Deux choses.

1) L'acte de foi étant subjectif, les motifs intellectuels qui pousseront tel individu à se déterminer volontairement à l'acte de foi sont des raisons subjectives qui, comme telles, n'ont pas besoin d'être évidentes. Ils suffit qu'elles satisfassent à celui qui s'en contente. C'est pourquoi, dans la pratique, vous ne trouverez guère de croyants qui ont cru après que leur fut démontré l'évidence des préambules de la foi. Et pour cause : l'acte de foi, individuel et subjectif, s'inscrit dans une démarche existentielle.

2) Par delà ces motifs intellectuels subjectifs dénués d'évidence, le magistère ecclésial catholique a prétendu que les préambules de la foi étaient démontrables en raison donc jouissaient d'une évidence intrinsèque. Ces préambules sont : que Dieu existe, omniscient et vérace (première classe des préambules) ; que la révélation chrétienne a bien Dieu pour auteur (seconde classe des préambules). Conséquemment, une fois la démonstration rationnelle des préambules apportée, l'homme a qui cette démonstration aura été donnée ne pourra pas sans défaut de probité intellectuelle refuser de vouloir croire. Ces démonstrations sont-elles probantes ? Pour la première classe des préambules, je pense que oui. Pour la seconde, j'en doute (tant je suis affreux). Supposons pour les besoins de la thèse que l'apologétique catholique n'arrive pas à démontrer la seconde classe des préambules. Cela signifiera-t-il l'impossibilité du Catholicisme. Non, car la doctrine catholique est unanime à dire que l'enseignement simplement ordinaire de l'Eglise n'est pas marqué du sceau de l'infaillibilité, donc est faillible, potentiellement erroné sinon même erroné. Pour qu'on puisse conclure de l'impossibilité de démontrer la seconde classe des préambules à l'impossibilité de la vérité du catholicisme, il faudrait que l'affirmation ecclésiale relative à la possibilité de démontrer rationnellement les préambules ait été donnée selon des formes dont le catholicisme affirme qu'elles engagent l'infaillibilité - formes qui n'étaient pas en l'espèce.



Vous voilà donc revenu au point de départ : QUE VOULEZ-VOUS ?

Croire ? Croyez.
Ne pas croire ? Ne croyez pas.
Croire en autre chose ? Qui vous en empêche ?

Puisque la foi est un assentiment intellectuel commandé par la volonté, puisque c'est un acte libre, n'allez pas chercher ailleurs qu'en votre volonté libre la réponse à la question. Ce que vous voulez, vous le voulez, et basta. Et ainsi, le jour où vous déciderez à croire aux dogmes de foi du catholicisme, vous y croirez, donc affirmerez conséquemment votre libre choix volontaire avoir été surélevé par la grâce vous y ayant infailliblement poussé.

Vous comprendrez que je sois amusé de votre démarche. Si vous ne voulez pas croire, pourquoi demander à des croyants approximativement au fait de leur religion de vous donner des raisons de croire ? Et si vous voulez croire, qu'attendez-vous pour croire ?

Pas très net votre démarche.

;)


Cordialement.
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Popeye, je voudrais d'abord dire que j'apprécie beaucoup votre science et votre art de l'exposer de façon compréhensible et surtout précise. Mais je crois qu'effectivement vous vous amusez un peu et jouez au chat et à la souris avec Zarus, en évitant le noeud de ses interrogations.
Tout d'abord, il existe trois possibilités, et non seulement deux : vouloir croire, vouloir ne pas croire, et vouloir s'en remettre à ce qui paraît le plus raisonnable, quitte à se promettre de changer si l'on s'aperçoit que les raisons les plus convaincantes se trouvent dans l'autre camp. Il me semble que Zarus en est là, à ce troisième terme, ce qui est tout à son honneur.
D'autre part, vous négligez le paradoxe qui constitue le problème : pour vouloir croire, il faut déjà croire. Comme l'écrit Pascal, "tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé". Passer de l'incroyance à la foi présuppose donc deux choses : un germe de foi présent en l'âme de l'incroyant, et une révélation qui fait passer de la puissance de croire à l'acte.
Si l'on néglige ceci, l'on risque d'en arriver à une des formes les plus pernicieuses de l'hypocrisie : se dissimuler ce que l'on pense, et partant la vérité, pour pouvoir croire à ce que l'on voudrait croire. Mieux vaut la situation dans laquelle Zarus et moi nous nous trouvons actuellement.
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Bonsoir Prodigal,

1. Non, je ne joue pas. Car la troisième possibilité, analysons la. L'agnostique envisage différentes probabilités sans jamais se décider. Il décide donc de ne pas croire. Il ne veut pas croire parce qu'il ne trouve pas de motifs suffisants. C'est donc un incroyant, au même titre que celui qui affirme le christianisme être faux. L'un nie, l'autre doute, mais l'un comme l'autre refusent d'assentir. Dans tous les cas de figure la volonté est centrale. Soit pour adhérer, soit pour rejeter, soit pour refuser de trancher. Je réitère donc que c'est une affaire de volonté ou, si vous préférez, de liberté.

2. Quant au paradoxe selon quoi vouloir croire serait croire. Nul paradoxe là dedans. Vouloir croire n'est croire que si la volonté impère (commande) l'assentiment intellectuel. Si la volonté ne l'impère pas, c'est précisément parce qu'elle ne le veut pas. Chez l'agnostique il n'est aucunement question d'une volonté commandant l'assentiment intellectuel mais, tout au contraire, d'une volonté refusant de le commander. Pourquoi le refuse-t-elle ? Parce qu'elle subordonne son commandement à une condition qui lui fera toujours défaut : que l'intellect ait l'évidence intrinsèque des préambules de la foi. Mais comment la condition pourrait-elle se réaliser si la seconde classe des préambules est indémontrable ? Bref, vous subordonnez votre assentiment à une condition que vous ne risquez pas de trouver de sitôt. Peut-être répondrez vous qu'il ne s'agirait pas tant d'avoir l'évidence des préambules que de les juger intellectuellement plus probables que leur négation. Dans l'hypothèse, que s'en suit-il ? Que n'étant pas convaincu, vous refusez de croire. Mais quel motif intellectuel vous convaincrait que serait plus probable que ce soit vrai plutôt que faux ? Quelque soit ce motif, il sera dénué d'évidence, puisque telle est l'hypothèse que nous envisageons maintenant. Or si dénué d'évidence, jamais assez fort pour suffire à lui seul à entraîner l'assentiment intellectuel : il y faudra l'intervention du vouloir. Pourquoi donc l'agnostique ne croit pas ? Parce qu'il ne le veut pas.

3. Relativement au probable, soit un pur arbitraire de la volonté écartant l'une quelconque des probabilités pour lui préférer son contraire, soit un choix volontaire motivé par la plus forte des probabilités. C'est ainsi qu'alors que n'ayant jamais été au Tibet, je ne doute aucunement que cette contrée existe et a Lhassa pour capitale. Pourquoi ? Parce que les géographes et les voyageurs sont unanimes à l'affirmer, de sorte que bien qu'aucun de ces témoins ne soit infaillible, et bien que je n'ai nulle preuve qu'ils soient tous véraces, leur unanimité rend tout dissentiment déraisonnable. Soit donc le Christianisme jouit d'une telle probabilité ; auquel cas, croyez en conséquence. Soit l'une des thèses, vérité ou fausseté du christianisme, est, au jugement de l'intellect, fortement plus probable que l'autre ; auquel cas, optez pour la thèse la plus probable : c'est le plus raisonnable car le plus prudent que vous puissiez faire. Soit, au jugement de l'intellect et après enquête, les thèses contraires sont de probabilité équivalente ou peu s'en faut ; auquel cas, n'ayant pas plus de raisons d'admettre que refuser, soit croyez, soit niez, soit doutez, à votre gré, aucun des choix n'étant plus raisonnable que l'autre.

4. L'agnosticisme est un point de départ méthodologique, une suspension provisoire du jugement le temps d'investiguer. Il peut être aussi le point d'arrivée, refus définitif de croire par absence de probabilité suffisante. Qu'on donne foi ou qu'on s'y refuse par négation ou doute, quoique sera le choix, l'important est de s'y décider. Il faut réfléchir, choisir, et assumer.

Cordialement.
Dernière modification par Popeye le dim. 24 nov. 2013, 4:01, modifié 2 fois.
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Au début de sa vie publique, le lendemain de son baptème, Jésus passais au bord du Jourdain non loin de là où Jean prêchait et baptisait.

Des disciples de Jean allèrent le voir, pour lui demander où il habitait.

Ce que je comprend de ce passage, c'est que les disciples étaient curieux, mais indécis. Qui était cet homme dont Jean parlait en de tels termes ("je ne suis pas digne de lui dénouer les sandales"...) ? Ils auraient voulu pouvoir l'interroger, y réfléchir, revenir le voir... Bref, ils sont un peu comme ces agnostiques indécis. Il semblerait qu'il y ait quelque chose à creuser, mais on n'a pas assez d'infos pour choisir de s'engager.

La réponse de Jésus est simple : suivez-moi, et vous verrez.

Je pense moi aussi qu'il n'y a pas 3 possibilités : soit on choisit de suivre Jésus, soit on reste sur le bord du chemin à le laisser passer. Si on veut connaître Jésus, et savoir si ce qu'Il a à nous dire en vaut le coup, il faut marcher à sa suite. Et pour ça, il faut décider de se mettre en route.
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Popeye a écrit :Non, je ne joue pas. Car la troisième possibilité, analysons la. L'agnostique envisage différentes probabilités sans jamais se décider. Il décide donc de ne pas croire. Il ne veut pas croire parce qu'il ne trouve pas de motifs suffisants. C'est donc un incroyant, au même titre que celui qui affirme le christianisme être faux. L'un nie, l'autre doute, mais l'un comme l'autre refusent d'assentir. Dans tous les cas de figure la volonté est centrale. Soit pour adhérer, soit pour rejeter, soit pour refuser de trancher. Je réitère donc que c'est une affaire de volonté ou, si vous préférez, de liberté.
Je suis d'accord avec tout ceci, sauf un point, et il y en a un autre qui demande à mon avis précision.
Mon désaccord porte sur "au même titre". Reconnaître son ignorance n'est pas la même chose qu'affirmer en se croyant assez savant pour juger. C'est même le contraire.
Mon souci de précision porte sur le rôle de la volonté. D'accord pour dire qu'il n'y a pas de liberté sans volonté ni de volonté sans liberté. Le choix de l'agnostique est donc bien volontaire, puisque libre, ou libre puisque volontaire, comme vous voudrez. Mais la question est de savoir ce qui constitue l'idéal de cette liberté. Est-on plus libre lorsque la volonté effectue un saut, et décide dans l'ignorance, ou bien lorsque elle est soumise à l'intelligence qui connaît? La première éventualité, je crois qu'on peut l'appeler fidéisme, et il semblerait que ce soit celle de peccator, mais pas forcément la vôtre, ce point n'est pas clair. La deuxième est la mienne, après bien d'autres plus sages que moi.
Popeye a écrit :Bref, vous subordonnez votre assentiment à une condition que vous ne risquez pas de trouver de sitôt. Peut-être répondrez vous qu'il ne s'agirait pas tant d'avoir l'évidence des préambules que de les juger intellectuellement plus probables que leur négation.
Vous avez deviné, c'est exactement ce à quoi je pensais en vous lisant.
Popeye a écrit :Dans l'hypothèse, que s'en suit-il ? Que n'étant pas convaincu, vous refusez de croire.
Non pas. Mais que n'étant pas convaincu je (ou un autre) refuse de faire comme si je l'étais. Ceci n'implique aucun effort pour ne pas croire.
Popeye a écrit : Mais quel motif intellectuel vous convaincrait que serait plus probable que ce soit vrai plutôt que faux ? Quelque soit ce motif, il sera dénué d'évidence, puisque telle est l'hypothèse que nous envisageons maintenant. Or si dénué d'évidence, jamais assez fort pour suffire à lui seul à entraîner l'assentiment intellectuel : il y faudra l'intervention du vouloir. Pourquoi donc l'agnostique ne croit pas ? Parce qu'il ne le veut pas.
Que ne veut-il pas exactement? C'est ce qui n'est pas clair. Deux choses, à mon sens. Tout d'abord, il ne veut pas s'engager dans une communauté (soit parce qu'il a décidé de ne jamais s'engager dans une communauté, soit parce qu'il n'a pas trouvé de communauté qui puisse lui donner l'envie de s'y agréger). Ensuite, parce qu'il ne veut pas traiter le plus probable comme le moins probable et réciproquement. Il ne veut pas se forcer à croire x quand il croit spontanément ou après réflexion que non x. C'est bien une décision libre, donc éthique.
Popeye a écrit : Relativement au probable, soit un pur arbitraire de la volonté écartant l'une quelconque des probabilités pour lui préférer son contraire, soit un choix volontaire motivé par la plus forte des probabilités. C'est ainsi qu'alors que n'ayant jamais été au Tibet, je ne doute aucunement que cette contrée existe et a Lhassa pour capitale. Pourquoi ? Parce que les géographes et les voyageurs sont unanimes à l'affirmer, de sorte que bien qu'aucun de ces témoins ne soit infaillible, et bien que je n'ai nulle preuve qu'ils soient tous véraces, leur unanimité rend tout dissentiment déraisonnable. Soit donc le Christianisme jouit d'une telle probabilité ; auquel cas, croyez en conséquence. Soit l'une des thèses, vérité ou fausseté du christianisme, est, au jugement de l'intellect, fortement plus probable que l'autre ; auquel cas, optez pour la thèse la plus probable : c'est le plus raisonnable car le plus prudent que vous puissiez faire. Soit, au jugement de l'intellect et après enquête, les thèses contraires sont de probabilité équivalente ou peu s'en faut ; auquel cas, n'ayant pas plus de raisons d'admettre que refuser, soit croyez, soit niez, soit doutez, à votre gré, aucun des choix n'étant plus raisonnable que l'autre.
J'accorde tout ceci. A ceci près que "christianisme" est un mot trop large. Il ne désigne pas une simple proposition, ni même un ensemble de propositions. L'agnostique est donc libre de faire le tri, d'accepter certains points et d'en refuser d'autres. Cette liberté est d'ailleurs souvent ce qui le motive dans son choix d'être agnostique. Bien sûr, le tri s'effectue selon les modalités dont vous avez parlé, en ajoutant aussi un zeste de pragmatisme, à savoir la considération de ce qui est avantageux pour la vie spirituelle. Lazare est ressuscité : improbable, plutôt nuisible, donc non. Le logos est Dieu : probable, très avantageux, donc oui.
Popeye a écrit :L'agnosticisme est un point de départ méthodologique, une suspension provisoire du jugement le temps d'investiguer. Il peut être aussi le point d'arrivée, refus définitif de croire par absence de probabilité suffisante. Qu'on donne foi ou qu'on s'y refuse par négation ou doute, quoique sera le choix, l'important est de s'y décider. Il faut réfléchir, choisir, et assumer.
En effet, et cela fait deux. Le deuxième agnosticisme est contradictoire, puisqu'il choisit de dire qu'il ne faut jamais choisir. Le premier ne l'est pas. Il est voeu (donc choix volontaire) de disponibilité à la vérité quelle qu'elle soit.
Précision importante : rien de ce que j'ai écrit ici n'est dirigé contre la foi. La foi est une grâce par laquelle l'intelligence adhère spontanément aux dogmes de l'Eglise, en tant qu'ils sont l'expression des vérités essentielles. Heureux celui qui a la foi. Ce que je rejette, c'est l'idée que serait méritoire le fait de faire comme si l'on croyait ce qu'au fond de soi l'on sait bien ne pas croire.
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Aujourd'hui, notre curé a cité une phrase de Benoit XVI dans sa lettre apostolique Porta Fidei (la porte de la foi) :
La Foi, c'est décider d'être avec le Seigneur pour vivre avec Lui.


Mettons que vous vous interroger sur l'opportunité d'apprendre le judo, ou la musique. Vous ne pourrez savoir réellement ce qu'est le judo, ou ce qu'est être musicien, qu'en décidant de vous inscrire, d'aller au dojo ou à la salle de musique. Et vous ne saurez pas réellement si vous ne restez qu'un an : plus vous pratiquerez longtemps, plus vous découvrirez ce que vous pratiquez, mieux vous le connaîtrez. Mais il faut bien se décider à aller essayer, sans vraiment savoir ce que c'est et ce qu'on a à y gagner.

La foi, c'est pareil : à un moment, il faut accepter de décider de suivre Jésus pour apprendre qui il est.


Cela n'a rien à voir avec le fidéisme, qui est une doctrine soutenant que la raison n'a pas son rôle à jouer dans la foi. Le fidéisme est condamné par l'Eglise, et le cathéchisme enseigne explicitement que notre foi est rationnelle, que l'on peut connaître Dieu par la raison.


Votre erreur, courante parmi nos contemporains, est de croire qu'on peut connaître quelque chose sans en faire l'expérience personnelle. Qu'il serait possible de lire des livres de cuisine, de peinture, de sport, de mathématiques, de philosophie... ou de religion pour se faire une opinion juste et correctement informée sur ces questions, sans s'y essayer par soi-même.
Si vous voulez réellement savoir ce qu'est la natation, il va falloir sauter à l'eau. Ecouter le témoignage de nageurs ne vous dira jamais ce qu'est la sensation de l'eau contre votre corps, la sensation de flotter ou de couler, etc.
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Re: On ne peut sempiternellement tergiverser.

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Bonjour Prodigal,

Je suis d'accord avec tout ceci, sauf un point, et il y en a un autre qui demande à mon avis précision.
Mon désaccord porte sur "au même titre". Reconnaître son ignorance n'est pas la même chose qu'affirmer en se croyant assez savant pour juger. C'est même le contraire.
Au même titre en tant que l'un comme l'autre refusent de croire, quoique pour des motifs différents, l'un doutant, l'autre niant, ce qui était précisé au corps du message.

Mon souci de précision porte sur le rôle de la volonté. D'accord pour dire qu'il n'y a pas de liberté sans volonté ni de volonté sans liberté. Le choix de l'agnostique est donc bien volontaire, puisque libre, ou libre puisque volontaire, comme vous voudrez. Mais la question est de savoir ce qui constitue l'idéal de cette liberté. Est-on plus libre lorsque la volonté effectue un saut, et décide dans l'ignorance, ou bien lorsque elle est soumise à l'intelligence qui connaît? La première éventualité, je crois qu'on peut l'appeler fidéisme, et il semblerait que ce soit celle de peccator, mais pas forcément la vôtre, ce point n'est pas clair. La deuxième est la mienne, après bien d'autres plus sages que moi.
Thomas d'Aquin définit le libre arbitre comme faculté de la raison et de la volonté, motif pris que tout choix volontaire repose sur des motifs intellectuels, la volonté étant un appétit intellectuel. Mais pour qu'il y ait choix, il faut précisément qu'aucune des assertions concurrentes ne soit doté d'évidence intrinsèque. L’évidence intrinsèque s’impose d’elle-même à l’intelligence. De ce point de vue, la volonté n’intervient pas, l’intelligence étant déterminée à assentir par la seule évidence de son objet. Mais même alors la volonté peut intervenir pour refuser l’évidence intrinsèque préalablement perçue, arrachant l’intellect à sa contemplation du vrai. La volonté intervient donc indirectement lorsque l’intelligence est déterminée à l’une des propositions en raison de son évidence intrinsèque, en tant que seule une volonté droite, disposée au vrai en tant qu’il est un bien (le bien de l’intellect), refusera de nier les évidences intellectuelles qui déplaisent, comme lorsque l’évidence contemplée heurte les passions ou les préjugés du sujet. Ce qu’on nomme probité intellectuelle est la bonne disposition du vouloir à l’égard du vrai. Le vrai, objet propre de l’intellect, est son bien. Comme tel, en tant que bon, il ressort du vouloir. La probité intellectuelle, c’est l’amour volontaire du vrai comme bien de l’intelligence.

À défaut d'évidence intrinsèque, soit une évidence extrinsèque, soit une simple probabilité. Le fidéisme est la doctrine qui, niant les préambules de la foi avoir une évidence intrinsèque, exclut que l'acte de foi puisse reposer sur autre chose que l'arbitraire de la volonté. La condamnation magistérielle du fidéisme est en corollaire de l'affirmation disant les préambules de la foi jouir d'une évidence intrinsèque donc pouvoir être démontrés. Propositions condamnées : « L’assentiment de foi surnaturelle et utile au salut est conciliable avec une connaissance seulement probable de la révélation, et même avec la crainte que Dieu n’ait pas parlé. » « L’assentiment de foi se fonde en définitive sur un amas de probabilités. » Or je constate que les arguments visant à démontrer la seconde classe des préambules, reposant principalement sur le miracle et la réalisation des prophéties, donc secondairement sur la valeur du témoignage apostolique, ne prouvent pas.

Dans l'hypothèse, que s'en suit-il ? Que n'étant pas convaincu, vous refusez de croire.
Non pas. Mais que n'étant pas convaincu je (ou un autre) refuse de faire comme si je l'étais. Ceci n'implique aucun effort pour ne pas croire.
N'étant pas convaincu, vous refusez d'assentir, ce qui est refuser de croire.




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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Peccator a écrit :Aujourd'hui, notre curé a cité une phrase de Benoit XVI dans sa lettre apostolique Porta Fidei (la porte de la foi) :
La Foi, c'est décider d'être avec le Seigneur pour vivre avec Lui.


Mettons que vous vous interroger sur l'opportunité d'apprendre le judo, ou la musique. Vous ne pourrez savoir réellement ce qu'est le judo, ou ce qu'est être musicien, qu'en décidant de vous inscrire, d'aller au dojo ou à la salle de musique. Et vous ne saurez pas réellement si vous ne restez qu'un an : plus vous pratiquerez longtemps, plus vous découvrirez ce que vous pratiquez, mieux vous le connaîtrez. Mais il faut bien se décider à aller essayer, sans vraiment savoir ce que c'est et ce qu'on a à y gagner.

La foi, c'est pareil : à un moment, il faut accepter de décider de suivre Jésus pour apprendre qui il est.
Mais non justement ce n'est pas du tout pareil.
1) La citation de Benoit XVI ne parle pas du tout d'essayer la foi pour voir si ça convient ou pas. Commencer le judo n'engage à rien.
2) Les expériences que l'on peut faire de la vie religieuse, je pense en particulier aux retraites monastiques, n'impliquent pas la foi. A fortiori des expériences plus "douces" comme assister à une messe ou à une réunion de prières. Inversement, la foi peut advenir antérieurement à ces expériences, comme le prouve le rituel du baptême.
Peccator a écrit :Cela n'a rien à voir avec le fidéisme, qui est une doctrine soutenant que la raison n'a pas son rôle à jouer dans la foi. Le fidéisme est condamné par l'Eglise, et le cathéchisme enseigne explicitement que notre foi est rationnelle, que l'on peut connaître Dieu par la raison.
Pardonnez-moi alors d'avoir mal compris votre propos, qui m'avait semblé dire que l'acte de foi n'a pas besoin de raisons mais seulement d'une décision arbitraire. J'ai mal compris, vous avez bien fait de clarifier les choses.
Peccator a écrit :Votre erreur, courante parmi nos contemporains, est de croire qu'on peut connaître quelque chose sans en faire l'expérience personnelle. Qu'il serait possible de lire des livres de cuisine, de peinture, de sport, de mathématiques, de philosophie... ou de religion pour se faire une opinion juste et correctement informée sur ces questions, sans s'y essayer par soi-même.
Si vous voulez réellement savoir ce qu'est la natation, il va falloir sauter à l'eau. Ecouter le témoignage de nageurs ne vous dira jamais ce qu'est la sensation de l'eau contre votre corps, la sensation de flotter ou de couler, etc.
1 partout, la balle au centre! :D Cette fois c'est vous qui interprétez un peu vite. D'une part je crois n'avoir rien dit contre la foi (mais seulement contre l'idée qu'il faut décider de l'avoir, quoi qu'on pense en son for intérieur) ni n'avoir jugé le vécu de quelqu'un, d'autre part cette expérience dont vous parlez ne me manque pas. C'est ainsi.
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Peccator a écrit :Je suis par ailleurs intimement convaincu qu'on peut tenir des raisonnements, et collecter des indices, étayant fortement l'hypothèse "Dieu existe", mais que l'on ne peut pas prouver son existence de manière contraignante (c'est à dire qui oblige les athées à croire).
Peccator a écrit :Cela n'a rien à voir avec le fidéisme, qui est une doctrine soutenant que la raison n'a pas son rôle à jouer dans la foi. Le fidéisme est condamné par l'Eglise, et le cathéchisme enseigne explicitement que notre foi est rationnelle, que l'on peut connaître Dieu par la raison.
Cherchez l'erreur. :p
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prodigal a écrit :
La foi, c'est pareil : à un moment, il faut accepter de décider de suivre Jésus pour apprendre qui il est.
Mais non justement ce n'est pas du tout pareil.
1) La citation de Benoit XVI ne parle pas du tout d'essayer la foi pour voir si ça convient ou pas. Commencer le judo n'engage à rien.
Concrètement, à part risque de faire une belle rencontre, la foi, ça vous engage à quoi ? C'est dans votre coeur que ça se passe, c'est entre vous et Dieu. Auriez-vous peur de vous engager envers ce Dieu auquel vous n'arrivez pas à croire ?

2) Les expériences que l'on peut faire de la vie religieuse, je pense en particulier aux retraites monastiques, n'impliquent pas la foi. A fortiori des expériences plus "douces" comme assister à une messe ou à une réunion de prières. Inversement, la foi peut advenir antérieurement à ces expériences, comme le prouve le rituel du baptême.
Décider d'aller à la messe ou d'aller faire une retraite, ce n'est pas décider de suivre Jésus. On peut aller à la messe comme on va au spectacle. On peut aller faire une retraite dans un monastère et passer une semaine de calme et de ressourcement, sans prier.
Pour beaucoup de gens, la foi commence par la lecture de la Bible ou de livres présentant la foi, en les lisant en partant du principe que ce dont ils parlent est vrai et bon, et non pas quelque chose dont il faudrait se méfier. Et par un début de vie de prière, qui peut être tout simplement : "Dieu, je ne suis pas vraiment sûr que Tu existes, mais je suis prêt à venir vers Toi : fais grandir en moi la foi".

Mais aller à une réunion de prière, ce n'est pas forcément une expérience "douce" : il y a des gens qui y sont rentrés "pour voir", et en sont ressortis bouleversés. Simplement parce qu'ils ont choisi d'écouter, ils ont choisi au moins un instant de mettre leur doute de côté, et d'essayer de croire.
Peccator a écrit :Cela n'a rien à voir avec le fidéisme, qui est une doctrine soutenant que la raison n'a pas son rôle à jouer dans la foi. Le fidéisme est condamné par l'Eglise, et le cathéchisme enseigne explicitement que notre foi est rationnelle, que l'on peut connaître Dieu par la raison.
Pardonnez-moi alors d'avoir mal compris votre propos, qui m'avait semblé dire que l'acte de foi n'a pas besoin de raisons mais seulement d'une décision arbitraire. J'ai mal compris, vous avez bien fait de clarifier les choses.
L'acte de foi n'a pas obligatoirement besoin de raisons (au sens d'arguments relevant de la démonstration rationnelle). Mais il n'est pas contradictoire avec la raison. Le fidéisme, c'est de nier que la foi puisse être rationnelle, et ça c'est une erreur. Mais c'est une erreur aussi de croire que la foi ne puisse exister que si elle a des arguments rationnels à la base.

Voir ma réponse à Popeye qui suit.
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Peccator »

Popeye a écrit :Cherchez l'erreur. :p
Il n'y a pas d'erreur, merci de me lire avec plus d'attention, et avec l'hypothèse que ces deux citations ne se contredisent pas, mais s'éclairent l'une l'autre.


Je ne maîtrise pas les écrits de Thomas d'Aquin aussi bien que vous, mais j'ai toujours la ressource du Catéchisme de l'Eglise catholique, qui est nettement plus abordable pour mes maigres compétences.

Voici ce qu'on peut y lire, dans ses premières pages :

II. Les voies d’accès à la connaissance de Dieu

31 Créé à l’image de Dieu, appelé à connaître et à aimer Dieu, l’homme qui cherche Dieu découvre certaines " voies " pour accéder à la connaissance de Dieu. On les appelle aussi " preuves de l’existence de Dieu ", non pas dans le sens des preuves que cherchent les sciences naturelles, mais dans le sens d’" arguments convergents et convaincants " qui permettent d’atteindre à de vraies certitudes.

Ces " voies " pour approcher Dieu ont pour point de départ la création : le monde matériel et la personne humaine.

32 Le monde : A partir du mouvement et du devenir, de la contingence, de l’ordre et de la beauté du monde, on peut connaître Dieu comme origine et fin de l’univers.

S. Paul affirme au sujet des païens : " Ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité " (Rm 1, 19-20 ; cf. Ac 14, 15. 17 ; 17, 27-28 ; Sg 13, 1-9).

Et S. Augustin : " Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse, interroge la beauté du ciel (...) interroge toutes ces réalités. Toutes te répondent : Vois, nous sommes belles. Leur beauté est une profession (confessio). Ces beautés sujettes au changement, qui les a faites sinon le Beau (Pulcher), non sujet au changement ? " (Serm. 241, 2 : PL 38, 1134).

33 L’homme : avec son ouverture à la vérité et à la beauté, son sens du bien moral, sa liberté et la voix de sa conscience, son aspiration à l’infini et au bonheur, l’homme s’interroge sur l’existence de Dieu. A travers tout cela il perçoit des signes de son âme spirituelle. " Germe d’éternité qu’il porte en lui-même, irréductible à la seule matière " (GS 18, § 1 ; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul.

34 Le monde et l’homme attestent qu’ils n’ont en eux-mêmes ni leur principe premier ni leur fin ultime, mais participent à l’Être en soi, sans origine et sans fin. Ainsi, par ces diverses " voies ", l’homme peut accéder à la connaissance de l’existence d’une réalité qui est la cause première et la fin ultime de tout, " et que tous appellent Dieu " (S. Thomas d’A., s. th. 1, 2, 3).

35 Les facultés de l’homme le rendent capable de connaître l’existence d’un Dieu personnel. Mais pour que l’homme puisse entrer dans son intimité, Dieu a voulu se révéler à lui et lui donner la grâce de pouvoir accueillir cette révélation dans la foi. Néanmoins, les preuves de l’existence de Dieu peuvent disposer à la foi et aider à voir que la foi ne s’oppose pas à la raison humaine.

III. La connaissance de Dieu selon l’Église

36 " La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées " (Cc. Vatican I : DS 3004 ; cf. 3026 ; DV 6). Sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. L’homme a cette capacité parce qu’il est créé " à l’image de Dieu " (Gn 1, 27).

37 Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, l’homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison :

Bien que la raison humaine, en effet, à parler simplement, puisse vraiment par ses forces et sa lumière naturelles arriver à une connaissance vraie et certaine d’un Dieu personnel, protégeant et gouvernant le monde par sa Providence, ainsi que d’une loi naturelle mise par le Créateur dans nos âmes, il y a cependant bien des obstacles empêchant cette même raison d’user efficacement et avec fruit de son pouvoir naturel, car les vérités qui concernent Dieu et les hommes dépassent absolument l’ordre des choses sensibles, et lorsqu’elles doivent se traduire en action et informer la vie, elles demandent qu’on se donne et qu’on se renonce. L’esprit humain, pour acquérir de semblables vérités, souffre difficulté de la part des sens et de l’imagination, ainsi que des mauvais désirs nés du péché originel. De là vient qu’en de telles matières les hommes se persuadent facilement de la fausseté ou du moins de l’incertitude des choses dont ils ne voudraient pas qu’elles soient vraies (Pie XII, enc. " Humani Generis " : DS 3875).

38 C’est pourquoi l’homme a besoin d’être éclairé par la révélation de Dieu, non seulement sur ce qui dépasse son entendement, mais aussi sur " les vérités religieuses et morales qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, afin qu’elles puissent être, dans l’état actuel du genre humain, connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d’erreur " (ibid., DS 3876 ; cf. Cc. Vatican I : DS 3005 ; DV 6 ; S. Thomas d’A., s. th. 1, 1, 1).




J'ai cité tout le texte, car les premiers paragraphes sont importants. Mais ceux qui m'intéressent plus particulièrement sont les n° 35 à 38. La mise en gras est de moi.
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

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Mouais. Donc être convaincu que l'on ne peut pas prouver l'existence de Dieu de manière contraignante veut dire qu'on peut le prouver mais difficilement. Intéressante évolution sémantique.
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Peccator »

Non. Cela veut dire que l'on peut obtenir des preuves convaincantes, mais pas contraignantes : on ne peut pas forcer à croire un athée qui ne veut pas. C'est pourquoi je préfère parler de "faisceau d'indices", un terme que m'avait expliqué un ami commissaire il y a quelques années : en pénal, on a très souvent des dossiers d'accusation avec beaucoup d'éléments qui mis ensemble emportent la conviction, mais dont aucun n'est une preuve "absolue" à lui seul.

Ce qui est marrant, c'est qu'on a le même problème sur un autre sujet, mais cette fois avec des rôles inversés : l'évolution. On a tout un tas d'éléments, un faisceau d'indice, qui vient "prouver" l'évolution. Et des tas d'athées estiment que ces éléments constituent une preuve bien réelle, et que l'évolution est une certitude démontrée. Et pourtant, tous ces éléments ne sont pas suffisant pour obliger des minorités à accepter que l'évolution soit autre chose qu'une possibilité.


Les preuves en question (preuves de l'existence de Dieu, preuves de l'évolution) ne sont pas de même nature, certes (mais la question qu'elles prouvent non plus...). Mais la manière de considérer un faisceau d'indice comme probant ou non est étrangement similaire.


Enfin, le CEC précise bien que si l'on peut connaître par la raison l'existence d'un Dieu personnel, de toute façon pour aller plus loin, pour savoir qui Il est (et pas uniquement qu'Il est) pour "entrer dans son intimité", il va falloir accepter la foi.
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Re: Disputatio autour de l'Être nécessaire

Message non lu par Cinci »

  • III. La connaissance de Dieu selon l’Église

    36 " La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées " (Cc. Vatican I : DS 3004 ; cf. 3026 ; DV 6). Sans cette capacité, l’homme ne pourrait accueillir la révélation de Dieu. L’homme a cette capacité parce qu’il est créé " à l’image de Dieu " (Gn 1, 27).


C'est la raison humaine et l'existence du monde qui imposerait la catégorie du divin.

  • 37 Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, l’homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison
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Il prendrait la révélation chrétienne, par exemple, pour atteindre à la connaissance de l'identité de ce Dieu.

D'après le document d'Église, je comprendrais que si un être supérieur s'impose à la raison, c'est la révélation qui serait plus difficile à recevoir pour toutes sortes de raisons. La seule raison s'avère insuffisante à déterminer un juif à croire que Jésus est Dieu. La seule raison ne lui permettrait pas de trancher en pareille matière. Le monde ne serait pas d'un grand secours pour déterminer un juif à changer de religion.

[...]

Mais ...

Malgré ce que dit le catéchisme : je ne suis pas sûr que le raisonnement qui partirait des choses créees devrait nécéssairement forcer le sujet à admettre, en son fors intérieur, l'existence d'un Dieu pour commencer. Je ne suis pas sûr que l'assertion devrait avoir valeur universelle.

Je doute qu'un Jean Rostand ait dû être forcé de reconnaître l'existence d'un Dieu quelconque, en conséquence de ses nuits de veille passées au-dessus de ses cornuts ou à contempler les étoiles, voire qu'à méditer longuement sur les êtres pouvant peupler son jardin à la campagne. D'autre part, je croirais difficilement qu'un bonhomme comme ce grand savant aurait dû être en même temps un type malhonnête intellectuellement, un aveugle volontaire.

Le mot certitude me gêne un peu dans le paragraphe 36. Mais c'est peut-être moi aussi qui entend mal la portée exacte de ce qu'aura voulu dire le rédacteur du catéchisme.

Il se pourrait que l'intention eût été de signifier seulement que des hommes (non pas tous) pourraient en arriver à un degré de certitude, avec l'aide des lumières de leur raison naturelle. Entendre : il ne serait pas impossible de parvenir à une certitude (humainement parlant) quant au premier point. La raison pourrait s'avérer suffisante aux uns. C'est pour le second point que la raison ne suffirait pas. cf Jésus est Dieu, la Trinité, etc.
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