Bonjour Kerniou,
Je vais vous le dire franchement, votre message m'a mise mal à l'aise, car il m'a donné l'impression que vous n'étiez finalement pas contre la loi dépénalisant l'avortement et qu'à force d'insister uniquement sur ce qui n'allait pas autrefois, vous ne vous rendiez pas compte qu'en ce qui concerne l'avortement, c'est encore bien pire aujourd'hui! Je vais tâcher de m'expliquer.
Sans pouvoir citer de chiffre, les avortements étaient, autrefois, plus nombreux qu'on ne pouvait l'imaginer.
Mais que signifie "plus nombreux qu'on ne pouvait l'imaginer"? En ne le précisant pas, vous vous positionnez, peut-être sans vous en rendre bien compte, du côté des partisans de la dépénalisation.
Je sais que dans la campagne, beaucoup de femmes faisaient des fausses couches mortelles; il était difficile de comptabiliser les accidents, l'oeuvre des aiguilles à tricoter et celle des faiseuses d'anges. Il existait aussi des faiseurs d'anges qui, lorsque les femmes, faute d'argent, ne pouvaient pas le payer se payaient en nature et s'en vantaient !
Comme vous le dites, il est difficile de proposer des chiffres, d'autant plus que la vie était plus rude et que certaines activités pouvaient provoquer des fausses-couches.
Au delà de ce qui a déjà été dit à propos de cet article, j'ajouterais que certains hommes avant comme après la loi sur l'avortement s'octroient un pouvoir sur le corps et le fécondité des femmes.
J'aurais envie de vous répondre que les questions relatives à la contraception, à la fécondité et à l'avortement sont complexes. Plusieurs historiens se sont penchés sur le sujet (je pense notamment à Chaunu, Ariès...) et j'en retiens que suivant les époques, la perception des hommes a bien changé. Je ne suis même pas sûre que votre phrase serait compréhensible pour nombre de nos ancêtres qui considéraient une bonne fécondité comme un bien (je me souviens de certains extraits de Bossuet, de Racine, ... de la Bible ("Heureuse la femme qui a sept fils!"). Après, bien sûr, les historiens cherchent à savoir dans quelle mesure les textes écrits reflètaient les mentalités...Bref, c'est complexe...
Avant la pilule, seule existait la méthodes Ogino
Non, ce n'est pas vrai. Sans entrer dans les détails, si vous avez lu des romans comme "Une vie" de Maupassant ou "Anna Karénine" de Tolstoï, vous comprendrez que les êtres humains ont toujours fait preuve de beaucoup d'imagination!
La majorité des hommes ne voulait pas en entendre parler et les femmes enfantaient sans avoir leur mot à dire. On peut aimer et vouloir des enfants mais peut-être pas tous les ans pendant sept, huit ou dix ans ...
J'avoue ne pas savoir si la majorité des hommes voulait ou non en entendre parler. Par contre, ce que je sais, c'est qu'il semblait naturel à certaines femmes d'avoir beaucoup d'enfants, ce qui était sans doute tout sauf facile et idyllique et n'excluait pas des périodes de découragement total...
Celles qui étaient moins heureuses en mariage ne partaient pas, à cause des enfants et que faire quand on n'a jamais travaillé en dehors de la maison ?
Elles ne partaient peut-être pas tout simplement aussi en raison de leur piété et de leur conception du mariage (indissoluble).
En tout cas, aujourd'hui, les femmes sont majoritaires à demander le divorce et des millions de familles sont brisées, avec des conséquences non négligeables pour les enfants. Je trouve que c'est encore pire qu'autrefois, où il y avait au moins le sens du sacrifice (même si les hommes s'y sentaient apparemment moins tenus!).
Eh bien non, aujourd'hui, des femmes ne sont toujours libres de leur corps ni de leur choix. Elles restent tributaires de leurs conjoints et de la satisfaction que leur corps procure à ces hommes-là qui se sentent dans leur bon droit et n'éprouvent aucune culpabilité.
Je crois que nous ne serons jamais libres de notre corps, car c'est un concept en lui-même ambigu.
De plus, vous faites comme si la femme de ce récit n'avait aucune responsabilité dans cette histoire! C'est tout de même elle qui s'est mise en couple, peut-être hors mariage, avec un homme irresponsable et qui a décidé de vivre de cette manière...
Dans le récit, la femme parle du bébé. Le bébé est une personne, ce n'est pas un amas de cellules. Il ne doit pas disparaître avec les déchets du corps.
Je me trompe peut-être, mais il ne me semble pas qu'elle parlait de bébé. Jamais n'est exprimé le fait que c'est un être humain qui est supprimé.
Dans toutes ces situations agressives envers la femme et son corps, personne ne semble pouvoir entendre sa parole ni pouvoir entendre sa souffrance. La souffrance est interdite. Quelle solitude ! Dans quelle société vivons-nous ?
C'est triste, mais en même temps, comment voulez-vous que les mêmes lobbys féministes qui militent pour une sexualité libérée, pour la généralisation de la pilule, contre le "patriarcat" défendent ces femmes sans se décrédibiliser en même temps? Comment reconnaitraient-ils qu'ils se sont trompés sur presque toute la ligne et que la femme actuelle n'est pas aussi libre qu'on voudrait le faire croire? Ce qui se passe, c'est tout le contraire: une fuite en avant vers encore plus de féminisme délétère, avec l'idée que si les choses vont mal, c'est que l'on n'est pas encore allé assez loin!
Sur ce, mes salutations à vous!
Que Dieu vous garde,
Suliko