Bonsoir Touriste,
touriste a écrit :je voudrais savoir ce que vous appelez exactement "théorie du genre", à vous lire on croirait que les LGBT veulent que tout le monde change de sexe...
Le fait de changer de sexe biologique ou de ne pas s'y reconnaître concerne assez peu de personnes : elles sont soit nées avec le mauvais sexe biologique (leur identité étant contraire à leur sexe biologique) soit nées avec un sexe intermédiaire et le sexe administratif qui leur a été assigné n'était pas le bon.
A proprement parler, la "théorie du genre" n'existe pas. C'est un mot-valise médiatique (et comme bien souvent, les médias n'y comprennent pas grand chose et déforment tout). Ce qui existe en sciences sociales, c'est le concept de genre, celui qui est étudié par les gender studies (concept qui est loin d'être unifié, il y a plusieurs théories qui y font recours).
Selon Ann Oakley, qui lui a donné son sens actuel le plus courant, le genre serait une construction culturelle (opposition culture/nature), différent ainsi du sexe qui est une notion biologique.
Je ne comprend même pas qu'on puisse tenir cette thèse, car si c'est une construction culturelle, alors l'identité de genre ressentie (le genre auquel on s'identifie soi-même) n'est pas fixé à la naissance, et il est possible par la culture de la déconstruire (n'est-ce pas là tout le principe de la déconstruction, si chère aux tenants du concept de genre ! n'est-ce pas là tout le travail de la psychanalyse, elle aussi largement exploitée dans les études de genre ?).
Si l'on prétend que l'identité de genre ressentie est fixée à la naissance, alors ce n'est pas une construction culturelle, et la thèse d'Ann Oakley ne tient pas debout. Au mieux, on peut en revenir à Money, et sa thèse ne va pas beaucoup aider les lobbies LGBTI.
Tout cela vient d'une interprétation farfelue par des intellectuels américains en quête d'originalité de la pensée de Lévi-Strauss, Foucault, Derrida etc. (et probablement de Simone de Beauvoir aussi).
Et si les premiers travaux autour du genre étaient d'ordre médical et psychologique, le concept de genre a été totalement travesti dans les années 70 lorsque des féministes s'en sont emparé pour y introduire des questions de pouvoir.
Ce qui est ironique, c'est que Money a introduit la notion de genre en constatant précisément qu'elle est liée à la biologie (le cas de David Reimer, dont le sexe était masculin, et à qui l'on a tenté sans succès de faire changer de genre), alors que Oakley puis les féministes les ont opposés.
Vous noterez que la question des hermaphrodites est tout à fait autre : il s'agit là d'un problème d'indétermination du sexe biologique, et non d'une identité de genre qui serait différente du sexe.
Dans les deux cas il ne s'agit précisément pas de choisir (l'identité de genre s'impose à ces personnes) mais plutôt de faire correspondre le sexe biologique à l'identité. Ne croyez pas que ça s'improvise comme acheter une botte de radis, c'est un parcours long et pénible.
En admettant qu'il en soit ainsi, pourquoi vouloir modifier la biologie pour la faire correspondre à l'identité, au lieu de modifier l'identité pour la faire correspondre à la biologie ? En quoi est-ce plus logique ?
Il ne s'agit pas de nier la souffrance des gens : elle est bien réelle. Mais pourquoi considérer comme légitime de leur infliger un traitement chirurgical et hormonal lourd, qui ne leur donnera jamais réellement le sexe opposé, plutôt que de traiter leur problème d'identité ? Pourquoi considérer la chirurgie comme plus légitime que la psychiatrie ?
Sinon les homosexuels (lesbiennes et gays) et les bisexuels veulent juste pouvoir être considérés comme égaux à ceux dont l'orientation sexuelle est hétéro.
Egaux, tout seul, ça ne veut rien dire.
On peut être égaux en dignité. On peut réclamer une égalité en droit, dans les domaines du droit où cela s'applique. Mais par exemple, je ne peux pas demander dans une compétition de boxe à être traité à égalité avec les poids-coq si je suis un poids lourd : le droit de la boxe institue une discrimination sur la base du poids des personnes.
Les homosexuels et bisexuels ont toute légitimité à demander que soit reconnue leur égalité en dignité avec tous les autres êtres humains. Ils ont toute légitimité à demander à être égaux en droit partout ou cela a du sens : par exemple, il est inadmissible de faire de la discrimination au travail sur la base de l'orientation sexuelle.
Mais il est absurde de demander une égalité vis-à-vis de la possibilité d'avoir un enfant (et c'est là qu'est toute la question du mariage "pour tous"). C'est nier la réalité. Pour faire un enfant, il faut un homme et une femme (et il faut que les deux soient féconds). C'est comme ça. Les êtres humains sont égaux en dignité, mais ils ne sont pas égaux en tout.
C'est donc demander qu'une construction sociale compense les "manques" de la biologie : on ne va pas dans le sens d'une unification de l'homme, de la profonde unité qu'il y a entre son corps, son âme et son esprit, mais vers une division de l'homme, où l'on choisit sciemment de faire s'opposer nature et culture, au lieu de chercher à les mettre en harmonie.
Et on va même plus loin, puisque l'on cherche à altérer la nature pour la faire correspondre à la culture.
On touche là à des éléments anthropologiques très profonds.
Comme les hétéros ne choisissent pas d'être attirés par le sexe opposé, les homos ne choisissent pas d'être attirés par des personnes du même sexe. C'est le contraire du choix en fait.
Attention à ne pas confondre orientation et choix. Je ne choisis pas mon orientation sexuelle. Mais je choisis de passer à l'acte ou non. Je vis avec ma compagne, mais il m'arrive d'être attiré par d'autre femmes. Je fais le choix de ne pas céder à cette attirance, et de rester fidèle. Les gens qui ont fait le choix du célibat ne sont pas moins exposés à la tentation, qu'ils soient hétéros ou homos.
Aujourd'hui, on voit se répandre un peu partout l'idée fausse que parce qu'on est homo, on n'a pas d'autre choix que de coucher avec quelqu'un du même sexe que soit. C'est faux. On n'a pas le choix d'être attiré, mais on a le choix de faire ou de ne pas faire. Il n'y a aucune obligation à coucher avec qui que ce soit ! (ou alors, c'est un viol).
La preuve en est que de nombreux homosexuels choisissent l'abstinence (et de nombreux hétérosexuels aussi). Que de nombreux bisexuels choisissent de rester fidèle à leur conjoint de sexe opposé, et de résister aux autres tentations (et de nombreux hétérosexuels aussi).
Il n'y a que des mâles et des femelles, certes, mais quand on a dit ça on n'a pas tout dit.
Non, mais quand on dit que certains ont une identité de genre différente de leur sexe biologique, on n'a pas tout dit non plus.
Si je suis intimement persuadé d'avoir un 3e bras, on m'enverra probablement suivre un traitement psychiatrique pour m'aider à rétablir mon image du corps. Et en tout cas, on refusera mes demandes à ce que me soit greffé le bras qui me manque.
Et non, vous l'avez dit vous-même au début de votre message : il n'y a pas que des mâles et des femelles, il y a réellement des gens dont le sexe est indéterminé. C'est une réalité, et une cause de souffrance pour les personnes concernées. Notez bien que leur identité de genre ne règle pas la question de leur sexe biologique.