Silica a écrit :Vous noterez que la question des hermaphrodites est tout à fait autre : il s'agit là d'un problème d'indétermination du sexe biologique, et non d'une identité de genre qui serait différente du sexe.
J'ai parlé des hermaphrodites car eux et elles aussi bénéficient des opérations de changement de sexe.
Certains bénéficient d'opérations utilisant les mêmes techniques, effectivement. Mais on ne peut pas parler de "changement de sexe", puisque précisément ce n'est en pas un.
Ce n'est pas un hasard si les personnes intersexuées se sont battues pour avoir droit à leur propre initiale dans le sigle "LGBTI" : il est fallacieux de les assimiler aux transgenres.
En admettant qu'il en soit ainsi, pourquoi vouloir modifier la biologie pour la faire correspondre à l'identité, au lieu de modifier l'identité pour la faire correspondre à la biologie ? […] Mais pourquoi considérer comme légitime de leur infliger un traitement chirurgical et hormonal lourd, qui ne leur donnera jamais réellement le sexe opposé, plutôt que de traiter leur problème d'identité ?
Je pense qu'il faut faire attention quand on parle de ces questions tant qu'on n'a pas écouté la parole des personnes concernées (de nombreux blogs apporteraient des réponses à vos questions).
Les personnes concernées souffrent, et cherchent un apaisement de leurs souffrances. C'est normal et légitime. Mais dans cette recherche, elles sont aussi sous l'influence de ce qu'on leur propose.
Et aider une personne, ce n'est pas toujours aller dans son sens. Vous n'aiderez pas un dépressif qui demande à mourir en lui proposant le suicide, mais en soignant sa dépression (soin qui très souvent va aborder d'ailleurs des questions d'image de soi...).
Si on ne cesse de propager le discours que le changement adéquat est la transformation du corps, et qu'on refuse en bloc l'approche psychiatrique, forcément ces personnes vont demander un traitement physiologique.
Pourquoi refuse-t-on la psychiatrie ? Parce qu'il a été décidé que ce n'est pas une maladie. Hors, n'est-ce pas, la psychiatrie de doit servir qu'au traitement de maladies. Mais par quelle aberration admet-on que la chirurgie et l'endocrinologie peuvent légitiment être employés pour quelque chose qui n'est pas une maladie, et que ce n'est pas légitime pour la psychiatrie ?
PS : et qu'est-ce qui vous permet de dire que je n'aurais pas pris soin d'écouter ce que ces personnes disent d'elles-mêmes ?
Aujourd'hui on obtient le sexe opposé de façon de plus en plus correcte (ablation ou développement de la poitrine et reconstructions des parties génitales qui les rendent fonctionnelles).
Prenez un peu de recul face à ces discours, et vous verrez qu'ils sont profondément mensongers (même si les personnes peuvent les tenir de bonne foi).
On n'obtient pas le sexe opposé, mais les principaux caractères sexuels du sexe opposé. Les parties génitales ainsi construites sont envisagées uniquement sous l'angle le plus mécanique de la sexualité, et n'ont aucun rôle procréatif. En vérité, ces transformations ne sont considérées comme fonctionnelles que parce que l'on a totalement dissocié sexualité et procréation, ce qui est une aberration. Elles ne sont considérées comme "correctes" que parce que l'on réduit le sexe aux caractères sexuels.
Je constate d'ailleurs que ce terme tend actuellement à disparaître, alors qu'on ne parle plus que de cela. C'est tout à fait significatif : si autrefois on l'utilisait, c'est bien parce qu'on était conscient qu'il est erroné de confondre le signe (le caractère sexuel) et le signifié (le sexe). Il est pour moi très étonnant qu'une doctrine qui prétend trouver ses fondations dans le structuralisme et la déconstruction fasse une erreur aussi grossière !
D'autre part, les transformations effectuées, même sous traitement hormonales, restent superficielles : le transexuel reste totalement dépendant de son traitement hormonal, le système endocrynien du corps restant le même.
Donc, que fait-on en réalité ? On crée un homme qui aura l'allure extérieure d'une femme, ou une femme qui aura l'allure d'un homme. Mais seul l'apparence est modifiée (de plus en plus profondément, certes), pas la réalité de la personne.
Mais il est absurde de demander une égalité vis-à-vis de la possibilité d'avoir un enfant (et c'est là qu'est toute la question du mariage "pour tous"). C'est nier la réalité. Pour faire un enfant, il faut un homme et une femme (et il faut que les deux soient féconds).
Mais le MPT est là pour garantir les mêmes droits à tous les couples. Certains conjoints homosexuels sont écartés de toute décision lorsqu'il arrive quelque chose à leur moitié, ils peuvent aussi perdre leur logement et leur patrimoine commun, et j'en passe... Les questions liées aux enfants sont traitées séparément de cette loi.
Ne soyez pas naïf (naïve ?) ! La loi déjà votée n'est que la première étape. Les lobbies LGBT militent actuellement, et depuis longtemps, pour les questions de filiation.
Par ailleurs vous parlez de fécondité, mais beaucoup de couples hétéros stériles ont recours à la PMA. Trouvez-vous que cette pratique devrait être supprimée ?
Oui (je suis conscient que ma réponse est brutale, mais la question est directe).
La PMA est une énorme erreur anthropologique. Elle consiste à instaurer le "droit à avoir un enfant", et donc à faire de l'enfant l'objet d'un droit, et non un sujet de droit. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si dans le même temps on cherche à étendre les possibilités d'avortement : là encore, l'enfant n'est pas un sujet de droit (il n'a pas droit à la vie), mais un objet de droit : la mère décide si son enfant a le droit de vivre ou non.
Cette pratique réduit aussi considérablement la notion de fécondité, comme si le seul moyen d'avoir une vie féconde était d'avoir des enfants portant son propre code génétique. Alors qu'il y a tant d'autres manières d'avoir une vie féconde...
Je précise que j'ai des amis proches qui ont fait des tentatives de PMA, que j'ai été à leur côté pendant toutes les années de leur "combat" pour avoir des enfants, et que si je ne l'ai pas vécu personnellement, ce n'est pas non plus pour moi quelque chose d'abstrait. J'étais même initialement plutôt favorable à la PMA, et c'est notamment à travers leur expérience que j'ai mieux compris ce que c'était, ce qui m'a amené à ma position actuelle.
Aujourd'hui, on voit se répandre un peu partout l'idée fausse que parce qu'on est homo, on n'a pas d'autre choix que de coucher avec quelqu'un du même sexe que soit. C'est faux. On n'a pas le choix d'être attiré, mais on a le choix de faire ou de ne pas faire. Il n'y a aucune obligation à coucher avec qui que ce soit !
Mais pourquoi quelqu'un.e dont l'orientation sexuelle est homosexuelle devrait se retenir de vivre des histoires d'amour et de couple ?
Où ai-je écrit que les homosexuels n'auraient pas le droit à vivre des histoires d'amour et de couple ?
Avec ce genre d'idées reçues, on réduit l'amour à la sexualité. C'est grave. Comme si on ne pouvait pas vivre un amour sincère, profond et même total autrement que par le sexe...
De manière un peu plus large, je note que vous dites "des histoires", au pluriel. Nous avons là une conception radicalement différente de la vie. Pour moi, il ne s'agit pas de cumuler des histoires qui se succéderaient les unes aux autres. C'est là une conception très immature de l'amour. Il s'agit de vivre une histoire d'amour. Celle qui dure toute la vie, qui la construit, la nourrit. Et je suis bien conscient que ceci n'a aucun sens si l'on réduit l'amour à la sexualité. Quelle vision étriquée de l'amour...
Vous noterez que j'ai soigneusement éviter d'aborder la question des problèmes de transmission de patrimoine : c'est là un problème purement matériel, qui n'a rien à voir avec une approche anthropologique de l'être humain, et encore moins avec une perspective religieuse. Je pense que c'est un problème purement civil, qui peut se résoudre par des moyens civils. Je ne vois aucun inconvénient à ce que le PACS soit étendu, ni même à ce que hors de tout contrat d'union civil, quiconque puisse donner mandat à qui il veut pour lui donner des droits dans les décisions médicales, la transmission de patrimoine, et toutes ces questions purement civiles. Le code civil actuel est particulièrement rigide, et je pense qu'il y a bien des situations de communauté de vie où il serait souhaitable qu'il y ait plus de souplesse. Sans parler du fait que nombre de "détails" ne sont même pas d'ordre civil, mais fiscal !
Tout à fait ! C'est terrible mais les jouets genrés augmentent d'année en année : pendant mon enfance j'avais des playmobils neutres (la ferme, le zoo, la maison, etc), aujourd'hui il faut choisir entre des boîtes roses (avec la maison, la princesse, le chaton, les fées) et des boîtes noires (les pirates, les fantômes, les vaisseaux spatiaux) le tout tiré à la caricature (les pirates-zombies ont des expressions cruelles, les fées ont de grand yeux et des joues roses... Tout ça bride l'imagination).
N'ayant pas d'enfants, je reconnais volontiers n'avoir pas prêté grande attention à cette évolution du marché. Je suis tout prêt à vous croire, et c'est terrible.
Mais qu'on n'aille pas dire que ce serait là le résultat d'une influence réactionnaire des catholiques...
Par contre, je constate effectivement que les jeux brident de plus en plus l'imagination. Quand j'étais gamin, les boîtes de Légo étaient des sachets de briques permettant de faire des tas de choses, selon son imaginaire. Les instructions proposaient plusieurs modèles, et en pratique on les construisait une fois, puis on faisait totalement autre chose, généralement inspiré par ce qu'on voyait à la télé. Aujourd'hui, les boîtes proposent des modèles directement issus de ce qu'on voit à la télé (Star Wars, Pirates de Caraïbes...), les composants de base limitent énormément ce qu'on peut faire d'autre, et les gamins restent largement enfermés dans ce monde imaginaire tout fait dans lequel on les confine.
J'ai cru comprendre que cela se retrouve dans leur capacité d'expression à l'école, où l'on constate de moins en moins de capacité d'imagination (ça se voit bien dans les rédactions) et de plus en plus de reproduction de stéréotypes.
C'est terrible, parce que l'imagination est essentielle à la créativité, et donc à l'innovation.