Silica a écrit :J'ai du mal à comprendre cet non équivalence que beaucoup de personnes hostiles à l'homosexualité (où aux homosexuels tout court, mais je ne dis bien sûr pas que c'est votre cas) veulent souligner. Que voulez-vous dire plus précisément par "équivalence" ? Parce que personne ne dit qu'être homosexuel c'est concrètement la même chose, la même orientation sexuelle qu'être hétérosexuel. Il y a bien deux mots différents et deux réalités (aussi variables soient elles en réalité).
Pour commencer, il faut bien comprendre que je distingue très clairement la personne et ses actes.
"Un homosexuel", c'est une personne, un être humain, et son homosexualité n'est qu'une petite part de son identité. Le qualificatif ne fait qu'être le constat que la personne est attirée sexuellement par d'autres personnes de même sexe. Idem pour les bisexuels, qui eux éprouvent de l'attirance pour des personnes de deux sexes. Certains disent plutôt qu'ils ont d'abord de l'attirance pour des personnes, et ce quelque soit leur sexe (une façon de parle qui ne me déplaît pas, d'ailleurs).
"Un acte homosexuel", c'est un acte, une action. Ce n'est pas une attirance, un attrait, un sentiment. Qui peut être accompli par une personne homosexuelle aussi bien qu'hétérosexuelle (par exemple, quelqu'un qui essaierait, "pour voir", ou une femme qui consentirait à faire des choses pour faire plaisir à son homme, ça arrive aussi...).
Un personne homosexuelle, tout comme une personne hétérosexuelle, va, au cours de sa vie, ressentir de l'attirance pour d'autres personnes.
Jusque là, il n'y a que des émotions, des attirances, mais pas d'acte.
La personne choisit d'accomplir certains actes, et ou choisit de ne pas les accomplir. C'est là le lot de tous : je ne saute pas sur toutes les jolies filles que je croise (ni sur les jolis garçons, d'ailleurs

). Et même, puisque je fais le choix d'être fidèle à ma compagne, je m'interdit d'entreprendre quoique ce soit avec quiconque autre qu'elle, même si parfois c'est difficile.
Est-ce que la distinction qu'il y a entre une personne et ses actes est claire ?
C'est vraiment fondamental, parce que l'égalité en droit, en dignité, tout ça, ça ne concerne que les personnes. Les actes eux ne sont pas sujets, mais objets de droit. Les actes peuvent être autorisés, obligatoires, interdits, tolérés, réprouvés... et tout le champ déontique. Ils peuvent aussi être justes ou injustes, bons ou mauvais, etc.
Et quand je dis que c'est fondamental, c'est parce que ça dépasse largement le débat en cours : si une personne a volé une fois dans sa vie, doit-on l'appeler "voleur" ad vitam aeternam ? Peut-on réduire une personne à ses actes ? Je pense que non. Et beaucoup de juristes avec moi, qui parlent de "droit à l'oubli".
Ou alors, toute personne qui a menti ne serait qu'une seule fois doit être appelée "menteur", et il ne va plus rester grand-monde qui ne mérite pas ce qualificatif...
Par contre, les homos et ceux qui militent pour eux veulent dire qu'ils sont égaux en droits et en dignité dans notre société et qu'il est injuste que, du fait de leur orientation sexuelle, ils soient plus la cible de moqueries, d'agressions, de discriminations diverses (comme vous le dites).
Et ils ont tout à fait raison de militer pour la reconnaissance de leur droits. Ce sont des personnes humaines, égales en dignité à tout autre être humain. Ce sont des citoyens, égaux en droit à tout autre citoyen. Ils ont droit à l'égalité en droit, et de manière plus générale au respect dû à toute personne humaine.
Donc je dirais que si équivalence il doit y avoir c'est une équivalence en droits, en statut.
Quand j'ai utilisé le terme "équivalent", c'était pour parler d'actes, pas de personnes.
Il n'y a pas de question d'équivalence en droit : il y a égalité en droit, qui est acquise constitutionnellement en France, et doit être respectée et défendue.
Egalité et équivalence, ce n'est pas la même chose (même en mathématiques).
Ils revendiquent eux aussi un droit à la normalité : être homosexuel n'est pas anormal, c'est juste différent d'être hétérosexuel.
On pourra répliquer que dans "normal" il y a "norme" et que puisqu'il y a plus d'hétérosexuels que d'homosexuels la norme est celle de l'hétérosexualité. Mais une fois qu'on a dit ça... qu'est-ce qui légitime un traitement différencié de deux personnes juste parce qu'elles n'ont pas la même orientation sexuelle ?
Je n'aime pas la référence à la normalité, car se pose alors forcément la question de ce qu'est la normalité.
Personnellement, il me semble bien plus prudent de constater qu'il y a des choses qui sont, et que c'est comme ça.
Si on dit que la norme, c'est le plus grand nombre, et que donc les homosexuels sont anormaux, alors il faut aussi conclure que l'hémophilie est anormale, qu'être albinos est anormal, que les personnes intolérantes au gluten sont anormales, et même que les alsaciens sont anormaux, puisqu'ils sont minoritaires en France (ils sont certes majoritaires en Alsace, mais les homos sont majoritaires dans un bar homo).
Notez bien que pour l'instant, on parle toujours de personnes : j'ai clairement indiqué que les personnes sont égales en droits, et même en dignité, et que le combat des homosexuels pour que soient reconnues ces égalités est légitime.
On ne parle pas là d'actes, alors que c'était là que je disais que tous les actes ne sont pas équivalents. Il y a des actes qui respectent la loi naturelle, et d'autres qui ne la respectent pas.
Sur la question des enfants : ce n'est pas qu'on veuille que par souci d'égalité les homos aussi aient des enfants. Non. Mais c'est les homosexuels, pour tout homosexuels qu'ils soient, ont aussi envie d'avoir des enfants. C'est bien naturel, et j'imagine que vous le comprenez très bien et même que vous trouvez ce sentiment positif.
Oh, mais je comprend très bien. Mais que voulez vous, comme le disait le grand philosophe Mick Jager, dans la vie, on n'a pas toujours ce qu'on veut.
N'oubliez pas qu'il y a aussi des couples hétérosexuels qui aimeraient bien avoir des enfants, et qui n'en ont pas.
Et qu'il y a des gens qui, même s'ils auraient bien aimé avoir des enfants, ont fait des choix de vie qui impliquent qu'ils n'en auront pas (par exemple, partager la vie de quelqu'un qui n'en veut pas).
Aujourd'hui ça devient possible, alors on s'interroge, il devient possible pour les homos de rêver à leur famille future ou déjà existante.
Il est légitime et même bon de s'interroger. Mais jusqu'où va cette interrogation ? Se demande-t-on s'il est possible d'avoir ce qu'on veut ? Ou se demande-t-on si c'est aussi quelque chose de bon ? Doit-on faire tout ce que l'on désire, simplement parce que c'est possible ?
N'avez vous pas comme moi l'impression que l'on se focalise beaucoup sur la question du désir et de la satisfaction de ce désir, et très peu sur les questions du bien, du vrai, du beau ?
La question des mères porteuses est extrêmement délicate et problématique, mais à mon sens pas celle de la PMA et encore moins celle de l'adoption.
La question de la PMA devrait elle aussi être délicate et problématique, si on n'oublie pas la question des embryons surnuméraires.
Celle de l'adoption se pose très différemment, et je n'ai pour l'instant pas d'avis tranché à ce sujet : l'argument qu'un enfant devrait toujours être élevé par un homme et une femme n'est pas immédiatement pertinent (même s'il n'est pas dénué de poids), et les contre-arguments ne sont pas dénués de force non plus.