marie du hellfest a écrit :Pourquoi donc évacuer de manière automatique les contraceptifs ? Pourquoi ne pas tenir un discours du genre : les moyens contraceptifs sont pas efficaces à 100%, si vous voulez éviter d'avoir des problèmes on vous recommande l'abstinence, mais si vraiment c'est pas possible utilisez quand même des préservatifs (et les préservatifs ça se met dans ce sens, tant qu'on y est) ?
Parce que ce discours met les choses dans le mauvais ordre. Relisez attentivement votre phrase, vous verrez.
Vous commencez par "les contraceptifs ne sont pas efficaces à 100%". Il y a là des sous-entendus très perceptibles :
- vous avez envie de sexe (et c'est bien, le sexe c'est cool)
- mais le sexe a un risque : la grossesse
- il est légitime de chercher à éviter ce risque
- le moyen le plus évident, ce sont les contraceptifs
- mais avec les contraceptifs, le risque n'est pas tout à fait réduit à zéro
- donc si vous voulez vraiment un risque zéro, il va falloir autre chose.
Déjà, comme les ados savent bien que de toute façon, "le risque zéro ça n'existe pas" (enfin, là, si, puisque justement c'est possible, mais la formule est tellement ancré dans les cervelles que d'emblée le message ne risque pas de passer), donc passer à la suite du discours, c'est seulement pour les paranos qui ont peur de leur ombre.
Passons à la suite :
l'abstinence est un moyen d'éviter d'avoir des problèmes. Autrement dit, elle n'a pas de vertu en tant que telle, rien en elle ne constitue un bien que l'on pourrait vouloir rechercher. Elle n'est qu'un moyen d'éviter un mal. Ce qui signifie qu'elle n'a pas de valeur intrinsèque, mais seulement relative au mal que l'on cherche à éviter, mais aussi au bien qu'elle nous empêche d'obtenir (le plaisir sexuel).
Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, spontanément, mon apétance pour ce qui n'est qu'un moyen d'éviter un mal est considérablement moindre que celle qui me procure un bien.
Quand on ajoute que dans l'histoire intervient le rapport au plaisir, qui, c'est parfaitement connu, fausse l'analyse objective de l'intérêt personnel, on se retrouve donc à devoir choisir entre un truc dont on a vachement envie, qui entraîne un risque, mais qu'on peut quand même pas mal réduire, face à se priver de ce truc dont on a vachement envie, avec pour seul bénéfice éviter ce petit risque.
Y'a pas photo, la majorité des gens vont choisir le plaisir avec son petit risque. Et chez des ados, dans un contexte où on valorise le plaisir et une certaine prise de risque, ça va être vite vu...
Et du coup, il va vraiment falloir charger la dimension risque, en espérant que ça fasse un peu peur. Ayant une certaine expérience professionnelle sur ces questions, j'atteste que ce genre de stratégie par la peur a une efficacité très, très limitée. Et des "effets secondaires" pas trop sympas, en l'occurrence celui de présenter la grossesse comme un mal. Quand on vous martelle le crâne pendant toutes ces années où vous construisez une grande part de votre système de valeurs avec l'idée qu'avoir un gamin c'est mal, faut pas s'étonner après si les jeunes femmes sont pas hyper réjouies à l'idée de faire des enfants : on n'aura pas franchement enrichi leur perception de la grossesse de connotations très positives...
Il me semblerait quand même autrement plus intelligent d'éduquer les ados à ce qu'est l'amour, à ce que signifie avoir des relations humaines, avoir une ouverture à l'autre, à la place du sexe dans tout ça, à ce qu'on gagne avec l'abstinence, à l'éphémère des plaisirs du sexe par rapport à la vraie joie que donne une véritable relation d'amour, et puis effectivement, mentionner aussi les préservatifs, parce que le port ce la capote dans ce contexte n'est pas qu'un parapluie pour éviter les dangers de la grossesse et des MST, mais aussi une façon de prendre soin de l'autre. C'est pas idéal, on est loin de la conception chrétienne de l'amour et du sexe, mais c'est déjà autrement plus humaniste et positif que ne parler du sexe comme d'une source de dangers face à une recherche de plaisirs éphémères.
D'autant que très concrètement, les ados ont bien plus de problèmes avec la découverte qu'ils font des relations amoureuses (et tout ce qu'elles impliquent dans le rapport à soi, le rapport à l'autre, et le rapports aux autres, au groupe, à l'environnement social...) qu'avec le sexe lui-même (même si les hormones travaillent, c'est indéniable).
Et tant qu'on y est, on pourra aussi parler de porno, ça fera pas de mal.
Oh, et d'ailleurs, dans ce genre de programme, il faut savoir que les raisonnements gains / risque, évaluation de l'intérêt personnel, tout ça, en fait ça ne marche pas (ou très, très partiellement). Il faut utiliser d'autres ressorts psychologiques.
La façon de voir que j'ai présentée ci-dessus n'est donc pas un discours à servir aux ados (ça, ça ne marchera pas), mais la manière de considérer la question à partir de connotations positives, constructives et humanistes, au lieu de partir sur des connotations menaçantes, négatives et pessimistes.
La manière de construire le discours pour le présenter à des ados, c'est un autre sujet, et je ne pense pas que nous soyons ici dans un lieu où il serait très pertinent de creuser la question...
J'ai grandi dans un collège puis un lycée de campagne, je n'ai jamais entendu parler d'abstinence dans mon milieu et pourtant tous les élèves, loin de là, n'étaient pas des dépravés.
C'est bien dommage, parce que ce devrait quand même être la première chose dont on devrait parler. A moins de partir du principe que somme toute, il est bon que les ados aient des relations sexuelles, et qu'il faut tout faire pour qu'ils puissent en avoir...
Je suis prête à parier que si un intervenant serait venu leur vanter l'abstinence, sa proposition aurait été reçue à grand coup de ricanements moqueurs.
Quand j'étais ado, il suffisait d'aborder, ne serait-ce que de loin, la question du sexe, pour qu'il y ait des ricanements... Donc si on s'arrête là, on ne pourra pas davantage parler capote.
Mais peut-être que si on ne commence pas par parler d'abstinence, mais d'amour et de relations humaines, on arrivera à poser un autre cadre dans lequel amener ces ados à réfléchir, et surtout à se construire.
PS : je ne suis pas du tout opposé à ce qu'on parle contraception aux ados, au contraire. Mais il est absurde de présenter la contraception comme la réponse à tout, alors qu'elle n'est qu'un moyen de limiter les risques quand on a déjà accepté de prendre un chemin risqué. Et surtout, ce ne devrait pas être la première chose dont on parle, ni se dire qu'à partir du moment où on a fait comprendre que la capote c'est important et voilà comment ça s'utilise, on a assuré l'essentiel. Parce que l'essentiel, on est complètement passé à côté.