Quand les pères conciliaires de Vatican I ou les Papes subséquents affirmaient l’inerrance totale de l’Écriture, ils n’ignoraient certes pas les objections d’ordre naturel ou historique opposées à l’autorité de l’Écriture.
Bien évidemment, le petit florilège qui suit ne vous dispense pas d'étudier chacun des documents en son intégralité.
Providentissimus Deus
Ainsi Léon XIII, Providentissimus Deus : « Il importe, en effet, de remarquer à ce sujet qu'aux autres causes de difficultés qui se présentent dans l'explication de n'importe quels auteurs anciens, s'en ajoutent quelques-unes qui sont spéciales à l'interprétation des Livres Saints. Comme ils sont l'œuvre de l'Esprit-Saint, les mots y cachent nombre de vérités qui surpassent de beaucoup la force et la pénétration de la raison humaine, à savoir les divins mystères et ce qui s'y rattache. Le sens est parfois plus étendu et plus voilé que ne paraîtraient l'indiquer et la lettre et les règles de l'herméneutique ; en outre, le sens littéral cache lui-même d'autres sens qui servent soit à éclairer les dogmes, soit à donner des règles pour la vie… Aucun désaccord réel ne peut certes exister entre la théologie et la physique, pourvu que toutes deux se maintiennent dans leurs limites, prennent garde, suivant la parole de saint Augustin, "de ne rien affirmer au hasard et de ne pas prendre l'inconnu pour le connu" (In Gen. op. imperf. IX, 30). Si cependant elles sont en dissentiment sur un point, que doit faire le théologien ? Suivre la règle sommairement indiquée par le même docteur. "Quant à tout ce que nos adversaires pourront nous démontrer au sujet de la nature, en s'appuyant sur de véritables preuves, prouvons-leur qu'il n'y a rien de contraire à ces faits dans nos Saintes Lettres…
Pour bien nous pénétrer de la justesse de cette règle, considérons d'abord que les écrivains sacrés, ou plus exactement "l'Esprit de Dieu, qui parlait par leur bouche, n'a pas voulu enseigner aux hommes ces vérités concernant la constitution intime des objets visibles, parce qu'elles ne devaient leur servir de rien pour leur salut" ( St Augustin, Ibid. 9, 20). Nous voulons maintenant appliquer cette doctrine aux sciences du même genre et notamment à l'histoire. On doit s'affliger, en effet, de ce que beaucoup d'hommes qui étudient à fond les monuments de l'antiquité, les mœurs et les institutions des peuples, et se livrent à ce sujet à de grands travaux, ont trop souvent pour but de trouver des erreurs dans les Livres Saints, afin d'infirmer et d'ébranler complètement l'autorité des Écritures. »

En d’autres termes, les erreurs qu’on décelle dans l’Écriture n’obstaclent pas l’inerrance totale de l’Écriture, parce que celle-ci n’est ni un livre d’histoire, ni un traité de science naturelle, mais l’expression de la volonté de Dieu relativement au genre humain. Dieu est véritablement l’auteur de toutes les assertions des auteurs inspirés, mais ces assertions doivent être lues selon l’intention même de Dieu qui les inspire : la doctrine catholique ne sépare pas la causalité efficiente de la causalité finale, elle les conjoint. Aussi faut-il « que l’interprète… cherche avec attention ce que les hagiographes ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leurs paroles. » En effet, si Dieu est l’auteur de l’Écriture, si donc conséquemment toute l’Écriture est parole de Dieu – « Toute l’Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. » (II Tim. III, 16-17) – n’en demeure pas moins que l’Écriture est une œuvre synergique à laquelle les écrivains inspirés coopèrent à titre d’intruments intelligents et libres conditionnés par leur culture et leur langage. Bref, les genres littéraires dont usent librement les hagiographes sont les genres littéraires dont Dieu use à travers eux tandis qu’il les inspire. L’étude des genres littéraires est donc nécessaire pour comprendre ce que Dieu a vraiment voulu dire en les textes qu’il inspire et dont il est intégralement l’auteur. La causalité finale est donc conjointe à la causalité efficiente en tant qu’affirmant l’inerrance de textes ayant totalement Dieu pour auteur (cause efficiente), doit être cherché l’intention (cause finale) divine présidant à l’inspiration : ce que Dieu a vraiment voulu dire en les textes qu’il inspire et dont il est intégralement l’auteur.
Spiritus Paraclitus
Aussi l’Encyclique Spiritus Paraclitus de Benoit XV, pourtant postérieure à celle de Léon XIII, pourrait sembler gravement erronée, marquée d’un présupposé fondamentaliste assimilant purement et simplement le sens littéraliste au sens littéral. Il s'agirait là comme d'un réflexe, une crispation doctrinale face aux exigences du progrès doctrinal. Il n'y a pas lieu de s'en formaliser. Il n'y a d'autant moins lieu de s'en scandaliser que la finale de la citation va sérieusement atténuer ce que le pontife affirme en son début.
« La doctrine de l’Église, confirmée par l’autorité de saint Jérôme et des autres Pères, n’est pas moins méconnue par ceux qui pensent que les parties historiques des Écritures s’appuient non point sur la vérité absolue des faits, mais seulement sur leur vérité relative, comme ils disent, et sur la manière générale et populaire de penser. Ils ne craignent pas de se réclamer, pour soutenir cette théorie, des paroles mêmes du pape Léon XIII, qui aurait déclaré qu’on peut transporter dans le domaine de l’histoire les principes admis en matière de phénomènes naturels. Ainsi, de même que dans l’ordre physique les écrivains sacrés ont parlé suivant les apparences, de même, prétend-on, quand il s’agissait d’événements qu’ils ne connaissaient point, ils les ont relatés tels qu’ils paraissaient établis d’après l’opinion commune du peuple ou des relations inexactes d’autres témoins ; en outre, ils n’ont pas mentionné les sources de leurs informations et n’ont pas personnellement garanti les récits empruntés à d’autres auteurs. A quoi bon réfuter longuement une théorie gravement injurieuse pour Notre Prédécesseur en même temps que fausse et pleine d’erreur ? Quel rapport y a t il, en effet, entre les phénomènes naturels et l’histoire ? Les sciences physiques s’occupent des objets qui frappent les sens et doivent dès lors concorder avec les phénomènes tels qu’ils paraissent ; l’histoire, au contraire, écrite avec des faits, doit, c’est sa loi principale, cadrer avec ces faits tels qu’ils se sont réellement passés. Comment, si l’on admettait la théorie de ces auteurs, sauvegarderait-on au récit sacré cette vérité, pure de toute fausseté, à laquelle Notre Prédécesseur déclare, dans tout le contexte de sa Lettre, qu’il ne faut point toucher ? Quand il affirme qu’il y a intérêt à transporter en histoire et dans les sciences connexes les principes qui valent pour les sciences physiques, il n’entend pas établir une loi générale et absolue, il indique simplement une méthode uniforme à suivre pour réfuter les objections fallacieuses des adversaires et défendre contre leurs attaques la vérité historique de la Sainte Écriture… »
Divino Afflante Spiritu
Le magistère subséquent va développer la distinction du sens littéral et du sens littéraliste. Ainsi Pie XII, Encyclique Divino Afflante Spiritu, 34-35 :
« Notre âge, en vérité, qui soulève de nouvelles questions et de nouvelles difficultés, fournit aussi à l'exégète, grâce à Dieu, de nouvelles ressources et de nouveaux appuis. Sous ce rapport, il paraît juste de faire une mention particulière de ce que
les théologiens catholiques, en suivant la doctrine des saints Pères, surtout celle du Docteur angélique et commun,
ont scruté et expliqué la nature et les effets de l'inspiration biblique d'une façon plus appropriée et plus parfaite qu'on n'avait coutume de le faire dans les siècles passés. Partant, dans leurs recherches, du principe que l'hagiographe, en composant le Livre Saint, est organon ou instrument de l'Esprit-Saint, mais instrument vivant et doué de raison, ils remarquent à juste titre que, conduit par la motion divine, il use cependant de ses facultés et de ses forces, de telle manière que l'on peut facilement saisir dans le livre, composé par lui, "son caractère particulier et, pour ainsi dire, ses traits et linéaments personnels" (cf. Benoit XV, Encyclique Spiritus Paraclitus). L'exégète doit donc s'efforcer, avec le plus grand soin, sans rien négliger des lumières fournies par les recherches récentes, de discerner quel fut le caractère particulier de l'écrivain sacré et ses conditions de vie, l'époque à laquelle il a vécu, les sources écrites ou orales qu'il a employées, enfin sa manière d'écrire. Ainsi pourra-t-il bien mieux connaître qui a été l'hagiographe et ce qu'il a voulu exprimer en écrivant. Il n'échappe, en effet, à personne que la loi suprême de l'interprétation est de reconnaître et de définir ce que l'écrivain a voulu dire, comme nous en avertit admirablement saint Athanase. "Ici, ainsi qu'il convient de faire dans tous les autres passages de la Sainte Écriture, il faut observer à quelle occasion l'Apôtre a parlé, remarquer avec soin et impartialité à qui et pourquoi il a écrit, de peur qu'en ignorant ces circonstances ou les comprenant autrement, on ne s'écarte du véritable sens. " (Contra Arianos, I, 54). Or,
dans les paroles et les écrits des anciens auteurs orientaux, souvent le sens littéral n'apparaît pas avec autant d'évidence que chez les écrivains de notre temps ; ce qu'ils ont voulu signifier par leurs paroles ne peut pas se déterminer par les seules lois de la grammaire ou de la philologie, non plus que par le seul contexte. Il faut absolument que l'exégète remonte en quelque sorte par la pensée jusqu'à ces siècles reculés de l'Orient, afin que, s'aidant des ressources de l'histoire, de l'archéologie, de l'ethnologie et des autres sciences, il discerne et reconnaisse quels genres littéraires les auteurs de cet âge antique ont voulu employer et ont réellement employés. Les Orientaux, en effet, pour exprimer ce qu'ils avaient dans l'esprit, n'ont pas toujours usé des formes et des manières de dire dont nous usons aujourd'hui, mais bien plutôt de celles dont l'usage était reçu par les hommes de leur temps et de leur pays. L'exégète ne peut pas déterminer a priori ce qu'elles furent ; il ne le peut que par une étude attentive des littératures anciennes de l'Orient. Or,
dans ces dernières dizaines d'années, cette étude, poursuivie avec plus de soin et de diligence qu'autrefois, a manifesté plus clairement quelles manières de dire ont été employées dans ces temps anciens, soit dans les descriptions poétiques, soit dans l'énoncé des lois et des normes de vie, soit enfin dans le récit des faits et des événements de l'histoire. »
Dei Verbum
Aussi Dei Verbum § 12 affirme clairement : « Cependant,
puisque Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes, il faut que l’interprète de la Sainte Écriture, pour voir clairement ce que Dieu lui-même a voulu nous communiquer, cherche avec attention ce que les hagiographes ont vraiment voulu dire et ce qu’il a plu à Dieu de faire passer par leurs paroles. Pour découvrir l’intention des hagiographes, on doit, entre autres choses, considérer aussi les « genres littéraires ». Car c’est de façon bien différente que la vérité se propose et s’exprime en des textes diversement historiques, ou prophétiques, ou poétiques, ou même en d’autres genres d’expression. Il faut, en conséquence, que l’interprète cherche le sens que l’hagiographe, en des circonstances déterminées, dans les conditions de son temps et de sa culture, employant les genres littéraires alors en usage, entendait exprimer et a, de fait, exprimé. En effet, pour vraiment découvrir ce que l’auteur sacré a voulu affirmer par écrit, il faut faire minutieusement attention soit aux manières natives de sentir, de parler ou de raconter courantes au temps de l’hagiographe, soit à celles qu’on utilisait à cette époque dans les rapports humains. Cependant, puisque la Sainte Écriture doit être lue et interprétée à la lumière du même Esprit que celui qui la fit rédiger, il ne faut pas, pour découvrir exactement le sens des textes sacrés, porter une moindre attention au contenu et à l’unité de toute l’Écriture, eu égard à la Tradition vivante de toute l’Église et à l’analogie de la foi. Il appartient aux exégètes de s’efforcer, suivant ces règles, de pénétrer et d’exposer plus profondément le sens de la Sainte Écriture, afin que, par leurs études en quelque sorte préalables, mûrisse le jugement de l’Église. Car tout ce qui concerne la manière d’interpréter l’Écriture est finalement soumis au jugement de l’Église, qui exerce le ministère et le mandat divinement reçus de garder la Parole de Dieu et de l’interpréter. »
Pour plus de développements voyez cet excellent et remarquable article d’Emmanuel Durand, que je ne saurais trop vous recommander de lire :
https://www.cairn.info/revue-transversa ... age-39.htm
L’interprétation de la Bible dans l’Église
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La Commission Biblique Pontificale (CBP) nous a récemment donné deux textes : Interprétation de la Bible dans l’Église (désormais IBE), 15 avril 1993 ; Inspiration et Vérité de l’Écriture Sainte (désormais IVES), 22 février 2014. Aucun de ces documents n’est magistériel. Ils émanent d’une Commission distincte de et subordonnée à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Que cette Commission soit présidée par le Cardinal préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ne fait pas de ses documents des documents de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF). Les documents doctrinaux des Commissions peuvent être approuvés en forme générique ou spécifique par leur autorité de tutelle, ici par le Cardinal préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, ou encore par le Pape. L’approbation générique est une approbation dans les grandes lignes, qui ne va pas jusqu’au détail du texte. L’approbation en forme générique (ou forme commune) ne change pas intrinsèquement la nature du document, qui reste celui de l’instance l’ayant produit. L’approbation en forme spécifique (ou forme spéciale) fait du texte approuvé un texte de l’autorité magistérielle. Pour que les documents des Commissions pontificales deviennent des documents magistériels, il faut qu’ils soient approuvés en forme spécifique. Approuvés en forme spécifique, ils ne relèvent pas du magistère infaillible mais faillible de l’Église,* donc n’exigent pas l’assentiment de foi (CIC 1983, canon 750) mais l’assentiment religieux et prudent de l’intelligence et de la volonté (CIC 1983, canon 752). La différence est de taille, l’assentiment de foi ne pouvant jamais être refusé, l’assentiment religieux pouvant l’être dès la présomption simple (vs. irrefragable) d’orthodoxie attachée à l’enseignement magistériel non-infaillible levée par la démonstration du fait contraire. Aucun des deux textes dont il est ici question n’a été approuvé en forme spécifique. La chose est indéniable pour le second de son aveu même : « Ce document de la Commission Biblique Pontificale ne constitue pas une déclaration officielle du magistère de l’Église sur le thème abordé. » Elle l’est aussi pour le premier, l’approbation en forme spécifique devant être explicitement signalée.
* Pour qu’ils puissent engager l’infaillibilité, il faudrait, outre qu’approuvés en forme spécifique par le souverain pontife : 1° que l’approbation dise que tel enseignement du texte approuvé est de foi, ou que le texte approuvé le dise lui-même ; 2° que l’approbation pontificale en forme spécifique apparaisse indubitablement comme un acte définitif (au sens technique du terme). Il n’y a donc pas d’impossibilité à ce que l’approbation engage l’infaillibilité. Mais à ma connaissance, certes restreinte, jamais l’exercice du charisme d’infaillibilité n’a été exercé de cette manière.
«
Le fondamentalisme fuit l’étroite relation du divin et de l’humain dans les rapports avec Dieu. I
l refuse d’admettre que la Parole de Dieu inspirée à été exprimée en langage humain, et qu’elle a été rédigée sous l’inspiration divine par des auteurs humains dont les capacités et les ressources étaient limitées. Pour cette raison, il tend à traiter le texte biblique comme s’il avait été dicté mot à mot par l’Esprit, et
n’arrive pas à reconnaître que la Parole de Dieu a été formulée dans un langage et une phraséologie conditionnés par telle ou telle époque. Il n’accorde aucune attention aux formes littéraires et aux façons humaines de penser présentes dans les textes bibliques… » (Commission Biblique Pontificale, IBE, I, F).
La proposition mise par moi en italiques est irrecevable en tant qu’elle laisse supposer que Dieu ne serait pas l’auteur de la totalité du texte inspiré. Il l’est ! Elle n’est recevable qu’à condition d’affirmer que Dieu est l’auteur de la totalité du texte dont l’écrivain inspiré est aussi totalement l’auteur ; les conditionnements et limites et libres-choix rédactionnels de la cause seconde étant ceux dont Dieu use instrumentalement dans l’inspiration même. Dans IVES, 5-6, la CBP précisera ce qu’elle voulait ici dire : « L’inspiration concerne spécifiquement les livres de la Sainte Écriture.
Dei Verbum affirme que Dieu est "inspirateur et auteur des livres de l’un et l’autre Testament" (DV, 16), et, de manière plus précise : "Pour composer les livres sacrés, Dieu a choisi des hommes auxquels il a eu recours dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, pour que, lui-même agissant en eux et par eux, ils missent par écrit, en vrais auteurs, tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement" (DV, 11). L’inspiration, comme activité divine, concerne donc directement les auteurs humains : ceux-ci sont personnellement inspirés, et les écrits de leur composition sont ensuite déclarés inspirés (DV, 11-14). Nous avons vu que Dieu est l’unique auteur de la révélation, et que les livres de la Sainte Écriture, qui permettent la transmission de la révélation divine, sont inspirés par Lui. Dieu est "auteur" de ces livres (DV, 16), mais à travers des hommes qu’Il a choisis. Ceux-ci n’écrivent pas sous la dictée mais sont de "vrais auteurs" (DV, 11) qui utilisent leurs propres facultés et leur propre talent. Le numéro 11 de
Dei Verbum ne précise pas en détails en quoi consiste la relation entre ces hommes et Dieu, même si les notes (18-20) renvoient à une explication traditionnelle basée sur la causalité principale et la causalité instrumentale. » Ce que rejette la CBP n’est donc pas le dogme que Dieu est l’auteur de la totalité de l’Écriture, de sorte que toute l’Écriture puisse être dite dictée par Dieu, mais l’idée selon laquelle les auteurs divinement inspirés seraient dans une pure passivité à la motion par laquelle le Saint Esprit les inspire. Loin d’être des instruments purement passifs, ils sont des instruments actifs, donc « de vrais auteurs », ce alors même que tout ce qu’ils écriront au terme de leurs labeurs et selon leurs conditionnement culturels propres le sera par l’efficace de la grâce d’inspiration, raison pourquoi « Dieu est l’unique auteur de la révélation ».
«
La lecture fondamentaliste part du principe que la Bible, étant parole de Dieu inspirée et exempte d’erreur, doit être lue et interprétée littéralement en tous ses détails. Mais
par « interprétation littérale » elle
entend une interprétation primaire, littéraliste, c'est-à-dire
excluant tout effort de compréhension de la Bible qui tienne compte de sa croissance historique et de son développement. Elle s’oppose donc à l’utilisation de la méthode historico-critique, comme de toute autre méthode, pour l’interprétation de l’Écriture… Bien que le fondamentalisme ait raison d’insister sur l’inspiration divine de la Bible, l’inerrance de la Parole de Dieu, et les autres vérités bibliques… elle exige une adhésion sans défaillance à des attitudes doctrinaires rigides et impose… une lecture de la Bible qui refuse tout questionnement et toute recherche critique.
Le problème de base de cette lecture fondamentaliste est que, refusant de tenir compte du caractère historique de la révélation… [il] n’arrive pas à reconnaître que la Parole de Dieu a été formulée dans un langage humain et une phraséologie conditionnée par telle ou telle époque. Il n’accorde aucune attention aux formes littéraires et aux façons humaines de penser présentes dans les textes bibliques… Le fondamentalisme insiste aussi d’une manière indue sur des détails dans les textes bibliques, spécialement en matière de faits historiques ou de prétendues vérités scientifiques… » (Commission Biblique Pontificale, IBE, I, F).
Verbum Domini
Le Pape Benoît XVI, en son Exhortation post-synodale Verbum Domini, va développer ce que les théologiens appellent le sens plénier de l’Écriture, qui consiste, comme l'antique Tradition nous l'apprend, à considérer la personne du Christ en son incarnation historique comme la clé des Écritures.
« À partir de ces considérations, qui naissent de la méditation du mystère chrétien exprimé dans le Prologue de Jean, il est nécessaire à présent de souligner ce qu’ont affirmé les Pères synodaux concernant les diverses modalités avec lesquelles nous utilisons l’expression « Parole de Dieu ». On a parlé avec justesse d’une symphonie de la Parole, d’une Parole unique qui s’exprime de différentes manières : « comme un chant à plusieurs voix ». Les Pères synodaux ont parlé à ce propos, en référence à la Parole de Dieu, d’une utilisation analogique du langage humain. En effet, si d’un côté cette expression concerne la communication que Dieu fait de lui-même, de l’autre, elle assume des significations diverses qui doivent être considérées avec attention et mises en relation les unes avec les autres, aussi bien du point de vue de la réflexion théologique que de l’usage pastoral… La Parole divine se révèle donc au cours de l’histoire du salut et elle parvient à sa plénitude dans le mystère de l’incarnation, de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu. La Parole de Dieu est encore celle qui est prêchée par les apôtres, dans l’obéissance au commandement de Jésus ressuscité : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16, 15). La Parole de Dieu est donc transmise dans la Tradition vivante de l’Église. Enfin, la Parole divine, attestée et divinement inspirée, c’est l’Écriture Sainte, l’Ancien et le Nouveau Testament. Tout cela nous fait comprendre pourquoi, dans l’Église, nous vénérons beaucoup les Saintes Écritures, bien que la foi chrétienne ne soit pas une « religion du Livre » : le Christianisme est la « religion de la Parole de Dieu », non d’« une parole écrite et muette, mais du Verbe incarné et vivant ».
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À quoi s'objecte que le Christianisme est la religion de la Bible, puisque le texte biblique est parole de Dieu, parole du Dieu biblique, qui s'est incarné en Jésus-Christ. Opposer Jésus à la Bible, religion de Jésus-Christ et religion du Livre biblique, est un non-sens. Mais reste vrai que l’Écriture, source de vie pour les croyants, ne l'est que le croyant uni au Christ, clé des Écritures, et que sa lecture conforme à la foi de l’Église. La lettre n'est pas morte ; elle est vive, et vivifie en Celui qui vivifie.
« Conscients de la signification essentielle de la Parole de Dieu en référence au Verbe éternel de Dieu fait chair, unique sauveur et médiateur entre Dieu et l’homme, et en écoutant cette Parole, nous sommes amenés par la Révélation biblique à reconnaître qu’elle est le fondement de toute la réalité. Le Prologue de saint Jean affirme, en référence au Logos divin, que « par Lui tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » (Jn. I, 3) ; de même, dans la Lettre aux Colossiens, il est affirmé en ce qui concerne le Christ, « premier-né par rapport à toute créature » (I, 15), que « tout est créé par lui et pour lui » (I, 16). Et l’auteur de la Lettre aux Hébreux rappelle aussi que « grâce à la foi, nous comprenons que les mondes ont été organisés par la parole de Dieu, si bien que l’univers visible provient de ce qui n’apparaît pas au regard » (XI, 3)… La réalité naît donc de la Parole, comme creatura Verbi et tout est appelé à servir la Parole… Parvenus, si l’on peut s’exprimer ainsi, au cœur de la « Christologie de la Parole », il est important de souligner l’unité du dessein divin dans le Verbe incarné : c’est pour cela que le Nouveau Testament nous présente le Mystère Pascal en accord avec les Saintes Écritures, comme leur accomplissement parfait...
Inspiration et Vérité de l’Écriture Sainte.
Je m'abstiens provisoirement de citer ce document, devant préalablement vérifier qu'il n'excipe pas du sens plénier pour attenter au sens littéral.
Cordialement