Coco lapin a écrit : ↑mer. 06 déc. 2023, 22:23
Jésus s'est sacrifié parce que c'était la volonté de Dieu, pour racheter l'humanité, en expiant les péchés.
J'ai l'impression que paradoxalement vous tombez parfois dans le travers que vous souhaitez d'autres fois critiquer...
Pour votre réflexion (sans doute aussi celle d'Anit) :
Ce qui fait le sacrifice, c’est que la victime aurait pu s’y soustraire, du fait de sa divinité et qui constituait le motif de son délit, comme s’il avait menti – car le blasphème ne saurait être un motif civil de condamnation ! Et ce sacrifice, de sa vie, a pour motif son amour pour nous dans le fait qu’il n’exercera aucune vengeance, ni démonstration de puissance.
S’il nous l’annonça par avance, ce n’était pas pour l’avoir voulu, mais su, et comme une double manifestation de qui il est en ce que le moment venu il ne s’y soustraira pas.
Ce qui fait le sacrifice, ce n’est pas qu’il ait défendu ainsi ses convictions, ou prouvé sa sincérité : il y a au contraire renoncé. Car il n’aurait alors été qu’un homme, sage ou philosophe ou… - qu’importe ! Sans doute un dieu, mais pas d’amour.
Ces suppositions faites pour l’honorer, pour récuser aussi d’autres sens souvent donnés et que je viens d’évoquer, mais estimés non sans raison peu compatibles avec la perfection de l’amour et de sa dignité, occultent en réalité sa divinité et n’apprécient pas assez à quel point ce qui pour nous relève du miracle, lui était pour lui naturel.
N’a-t-il pas déjà dû prendre sur lui pour s’incarner en quittant la béatitude extatique de la Trinité ? Pour vivre notre vie d’homme « en toutes choses excepté le péché » ! S’il a manifesté le salut accordé par Dieu dès l’annonce de sa Bonne Nouvelle pour notre temps d’aujourd’hui, c’est bien en manifestant des pouvoirs qui n’appartenaient qu’à lui et point avec avarice.
Certes il nous pardonne nos péchés, nous guérit de tout mal, et nous confère la dignité inouïe d’être enfants de Dieu, mais n’oublions pas qu’il n’ a pas aboli la mort et la souffrance, que ceux-ci en sont la conséquence, et que notre péché a donc bien eu des conséquences encore actuelles qui attendent un antidote, comme ce « serpent d’airain » que Moïse hissa haut dans le désert et qu’il évoqua sans aucune ambiguïté de possible, pour signaler et annoncer sa crucifixion, plusieurs fois dans saint Jean.
Il a donc bien sacrifié sa vie et sa liberté pour les nôtres, mais à cause de nous, non de son Père, et pour nous montrer son visage. Comme quoi il n’y a en lui aucun esprit de vengeance, mais que ce qui appartient à l’amour. Du moins nous a-t-il donné la liberté. Or en faire un mauvais usage reste à notre portée et l’obligera à discerner ce qui n’est pas compatible avec l’amour et à le rejeter.
Il les a quant à lui sacrifiés, et puisque la célébration de l’eucharistie en réactive le geste : alors elle est bien celui d’un sacrifice. S’il nous l’a demandée, cette célébration, n’est-ce pas pour que nous nous en souvenions, de ce danger qui nous menace, et contre lequel il est allé au bout de l’aide qu’il pouvait nous apporter, en respectant ce don premier.
Sa grâce ne nous fera pas défaut qui, nous le savons, seule nous sauve.
Si une certaine vision de cette idée qu’il soit mort pour nos péchés, est inique et sordide, nuisible, il en est une autre qui le serait tout autant en niant son sacrifice sous le prétexte que « nous n’y étions pas », qu’il est sans rapport direct avec nos péchés, qu’il offenserait la justice qu’un innocent paye pour un coupable et le « rachète » ainsi : ce n’est pas faux, mais Dieu n’est pas concerné, sinon en ce qu’il refusa d’arbitrer un conflit qui n’impliquait que l’humanité de Jésus.
S’il ne chercha pas à en résoudre le quiproquo lors de son procès, d’abord cela n’en était pas le bon moment, et ensuite il ne lui en aura pas été laissé la possibilité. Il aura toutefois donné tous les éléments permettant de le lever.
Ce qui serait en revanche le rabaisser serait de considérer qu’il a dû ou pu nous racheter, quand il n’a fait que revendiquer son droit légitime à être aimé, et de quelle manière dont il nous aura indiqué la clé (Jean, 15 : 13) : « Il n’y a pas d’amour plus grand que celui-ci : qu’un homme renonce à sa vie par amour pour ses amis ».
Il nous faut l’écouter. Dépasser la honte. Accepter l’idée de sa Divinité. Reconnaitre notre culpabilité et la transformer en repentir. Il est ensuite nécessaire de bien mesurer tout ce que cela a pour conséquence dans la symbolique et la réalité de son sacrifice.
Selon que se considère son humanité ou sa divinité, les événements qui en relèvent changent de sens. Ce qui est symbolique pour l’une est réalité pour l’autre, et vice versa.
Les traditionalistes n’ont pas le monopole du sacrifice eucharistique. La reprise de l’antique formule du réponds clôturant l’offertoire et qualifiant le sacrifice, ne relève pas d’une forme d’insistance car il n’y a pas de lourdeur à être précis et en reprendre le mot, c’est un procédé littéraire bien connu. Elle n’a rien de nouvelle.
N’oublions pas ce verset de Luc (24 : 46) : « il leur expliqua ce qui avait été écrit, qu’il était ainsi juste que souffrît le Messie, et qu’il se relevât debout de chez les morts, le troisième jour », et même si la justice doit s’entendre ici dans un sens particulier. Il nous est demandé de croire aux mystères de la foi, pas nécessairement de bien les comprendre
Comment croire possible la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie, sans la réalité du sacrifice : son corps d’un côté, son sang de l’autre. Et du fait de son éternité et de l’actualité de sa présence glorieuse de Ressuscité dans le ciel : lui tout entier dans les deux ! Refuser cette idée de sacrifice, c’est soit refuser celle de son amour, soit lui refuser le nôtre. Ce qui interpelle sur la raison de notre présence, comme de notre absence.
Si le sauveur est celui qui se trouve être aussi l’offensé, donc notre victime qui deviendra notre juge, nous ne trouverons le salut que par et dans sa clémence.
Contester la notion de rachat dans son sens strict, - exigeant une requalification par d’autres mots ou du moins une disqualification de la plupart de ses significations - pourquoi pas, mais celle de sacrifice reste indemne.
Il n’a certes rien à voir avec celui rituel qu’opéraient les (ou qu’opéreraient des) prêtres et qui ne demandait ni le consentement de la victime, ni sa culpabilité. Ici le sacrificateur est un bourreau (remplacé par des soldats obéissants) qui exécute une injuste sentence en toute légalité.
Il ne s’agit donc pas de le comprendre comme réalisant la volonté de Dieu, en ce que ce dernier aurait eu besoin que Jésus meure pour le ressusciter et ainsi « faire passer » son message de vie, ou pour apaiser sa colère dans un esprit de châtiment rendu nécessaire par justice.
Non pas d’un plan divin préétabli où s’appliquerait une stratégie de salut, sinon que cette condamnation au contraire l’aurait contrariée, empêchée.
Saint Paul lui-même a confessé (Rom, 6 : 19) cet usage de termes courants comme n’étant pas foncièrement le plus approprié à la justesse de l’idée surnaturelle, mais pratique pour faciliter par une allusion la compréhension et éviter les illusions ! Ainsi du rachat : il fait référence à la possibilité d’affranchissement de l’esclave, or il a toujours été insisté sur la gratuité du salut opéré par Jésus Christ – ce qui en révise ou corrige le sens.
De même, le terme de propitiation renvoyait au propitiatoire qui était le couvercle de l’Arche d’Alliance, lequel était oint de sang (d’où l’emploi de cet autre mot pour renforcer la comparaison) par le Grand-Prêtre le jour du grand pardon. L’autre possibilité étant de se rapporter au « sacrifice pour le péché », rite expiatoire, qui rappelle celui d’Isaac ou celui du serviteur de Yahvé décrit par Isaïe (53 :10).
Beaucoup de possibilités pour décrire un geste entièrement gratuit, celui de Jésus. Qui efface le péché et en délivre. Mais l’accent est davantage mis sur la déclaration positive de ce salut par la foi, sans les œuvres de la Loi (Romains, 3 : 28), donc gratuit, plutôt que sur le péché qui est oublié, effacé.
Par ses souffrances et sa mort, Jésus (condamné parce que Dieu, donc injustement ou par abus d’autorité) nous a démontré que nos péchés, mal que nous lui faisons, il était capable de les assumer jusqu’au bout sans nous « rendre le mal », donc se venger ; et par sa Résurrection, il nous démontrera leur innocuité sur Lui, le fond de cette sienne capacité qui pour autant n’annule pas sa souffrance - il gardera même ses stigmates !
En résumé : que cela n’aura rien changé à son amour.
C’est en cela qu’il est pour nous une puissance de salut, et la foi qui nous sauve doit être comprise et revue dans le cadre d’une relation qui, si nous y croyons, exige que nous nous comportions en conséquence, dans le respect de cet amour (nouvelle loi) qui en témoigne, tandis que si nous n’y croyons pas, nous serons confrontés à tout ce dont ce geste est l’expression et qui définit la nature de Celui à qui il appartient.