Xavi a écrit :Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Non, s'ils n'avaient pas eu ce choix entre des contraires j'aurais envie de dire que cela aurait témoigné que les humains auraient été des êtres accomplis, unifiés, dans la vérité (en pleine connaissance), et libres justement (car dans l'être, pleinement eux et non dans l'instabilité et l'inconsistance d'un choix entre des contraires).
Ici, il s’agit bien en effet de deux positions contraires.
Je pense en effet que Dieu n’a pas créé l’humain «
accompli » ou «
achevé », mais dans l'état nécessaire pour qu'il puisse entrer dans une communion d'amour par un choix libre, ce qui implique certes une «
instabilité ».
Il y a bien un choix entre des contraires (l’amour ou le non-amour), et il me parait bien réel et consistant.
Oui, il y a bien un choix entre des contraires mais qui résulte justement du fait que "que Dieu n’a pas créé l’humain «
accompli » ou «
achevé »" comme vous dites. Ce choix est bien réel mais il découle de l'instabilité de base, du manque de l'homme en lui-même. Cette instabilité, cet inaccompli fait que l'homme manque de consistance dans ses choix, inconsistance mise en lumière par ces choix entre des contraires.
On pourrait dire que dans le récit de la chute, Dieu par son "interdiction" a ouvert la
possibilité du contraire.
L'homme était manquant mais il n'en avait pas encore connaissance. Il lui fallait faire confiance, faire un acte de foi pour entrer dans la plénitude et s'accomplir.
Non pas que ce possible, que le contraire soit nécessaire à l'amour mais l'homme étant une créature, étant autre alors cette possibilité existe. Il y a une démarche à faire de la part de l'homme pour entrer dans l'unité, la liberté.
Après, je pense qu'il s'agit tout de même d'une certaine ignorance. La chute témoigne de ce manque chez l'homme.
Si l'homme avait été dans la vérité, certainement n'aurait-il pas chuté, la confiance serait allée de soi.
Xavi a écrit :Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
D'ailleurs, si ce choix était véritablement l'expression de La Liberté, un choix libre et en pleine connaissance alors il n'y aurait pas de salut possible puisque d'une part, un choix véritablement libre ne changerait pas (et n'aurait pas de raison de changer en fait).
Il me semble que cette affirmation qu’ «
un choix véritablement libre ne changerait pas (et n'aurait pas de raison de changer en fait) » me semble contenir une contradiction en elle-même car ce qui ne peut changer ne permet pas un choix libre.
J'aurais envie de dire qu'une personne véritablement libre est égal à elle-même, ne va pas être tiraillée entre des contraires. Elle ne va pas dire "oui" puis "non" puis "peut-être", et ainsi de suite.
La volonté de Dieu, notre liberté, ne change pas.
Ce qui n'empêche pas la nouveauté, comme on en discutait avec cmoi sur un autre fil.
C'est plutôt des choix entre des contraires qui me semblent signifier un manque de liberté.
Tandis qu'une personne accomplie, unifiée en Dieu ne perd pas sa volonté en n'étant plus soumise aux contraires. Mais au contraire, sa volonté est toujours en mouvement et ne cesse d'exhaler son être. Et un être unifié est toujours en accord avec lui-même. Si un jour il faisait un choix et le lendemain il changeait d'avis, cela signifierait qu'il ne reconnaîtrait pas le choix de la veille, comme si ce choix n'était pas tout à fait de lui. Lorsqu'on se retrouve dans ce cas de figure, c'est qu'on se retrouve en "cohabitation" avec le péché. Le péché en nous fuite par moment et produit du contraire.
Or, un être véritablement libre, qui se connaît en Vérité, n'a plus à voir avec le péché pour être soumis aux errements, inconsistances, inconstances, brouillards du libre-arbitre. Il est enfin libre.
Un choix libre est un choix Vrai, qui ne change pas/ne se renie pas. Ce qui n'empêche pas des choix nouveaux.
Xavi a écrit :À cet égard, il peut être observé qu’après le choix mortel d’Adam et Ève qui a marqué toute leur descendance, le Créateur, dans son amour bienveillant, a immédiatement veillé à permettre aux humains de pouvoir changer ce choix originel.
Oui, parce qu'ils étaient alors manquant. Et donc dans le domaine du libre-arbitre.
Mais qui reste tout de même en un certain sens un don, une grâce de Dieu.
Xavi a écrit :Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Et d'autre part, Dieu chercherait-il donc à combattre la liberté bonne en voulant vaincre le péché ?! Ou ne respecterait-il pas la liberté de sa créature dans son choix ?!
La Bible me semble témoigner constamment à quel point Dieu ne respecte pas ce choix (le "non" du péché) et n'en veut pas.
Non, ce n’est pas la réalité que Dieu nous révèle.
Dieu respecte infiniment ce choix. Il veut partager son amour avec un humain libre et debout. Il ne veut pas en faire un serviteur soumis, mais un ami.
Oui, c'est pourquoi il le laisse libre de faire son chemin, d'apprendre.
Dieu respecte le cheminement de l'homme, et ceci avec ses chutes. Mais la chute en tant que source d'expérience, d'apprentissage. La chute comme moyen.
Il ne respecte certainement pas la chute en soi, le péché en soi, le "produit" de la chute.
Car le "non" à Dieu c'est le péché, ce n'est pas la liberté en soi. Le péché n'est pas une liberté, c'est un esclavage, c'est une perte, c'est un manque. Et ça, je trouve qu'une certaine conception de la liberté tend à le faire oublier.
Donc non, Dieu ne respecte pas ce simulacre de choix (car expression d'une sorte d'anti-moi, une déformation de moi). Tout le long de l'Écriture, il ne cesse de condamner le péché, blâmer le pécheur, lui intimant de changer d'avis...
Il respecte la chute non comme une fin en soi mais en tant que moyen.
Xavi a écrit :La victoire sur le péché, c’est la restauration de l’amour qui fait vivre ceux qui le choisissent.
Et pour qu'il y ait cette restauration de l’amour, il faut bien que le "non" du péché soit vaincu.
Le péché c'est le "non" à Dieu, le "non" à Dieu c'est le péché.
Xavi a écrit :Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
il ne s'agit pas ici d'expression de liberté mais plutôt des errements du libre-arbitre qui se cherche, qui s'égare.
Il me semble que l’un n’exclut pas l’autre. Il y a en même temps «
expression de liberté » et «
errements ».
On va dire qu'il y a expression d'une forme de liberté mais qui n'est pas La Liberté.
En fait, j'ai l'impression que c'est comme un germe de liberté, une liberté "inaccomplie" à notre image.
Oui, c'est comme si le type de liberté qu'on avait correspondait, reflétait notre état. Nous sommes manquant, elle est manquante, nous sommes divisé en nous-même, elle est divisé entre des contraires.
Comme si la liberté était le reflet de l'Être, intimement liée. Comme étant une même chose étrangement.
Dieu en faisant de nous des personnes nous a doté d'une volonté.
Aussi, cette volonté est plus ou moins libre selon notre état. Si nous sommes en communion avec Dieu, notre être est unifié, notre corps et notre âme sont unifiés, régis d'une même volonté, tendant dans une même direction. D'où notre liberté.
Or, si nous sortons de cette communion par le péché, notre être est divisé, la chair combat l'esprit, deux volonté se confrontent. D'où un "libre-arbitre", un choix entre des contraires.
En fait, quand on y réfléchi bien on se rend compte de façon assez ironique qu'on est là à élever le libre-arbitre en idéal, à en faire l'éloge alors qu'il est le reflet de notre égarement !? On fait rien de moins ici que l'éloge de notre condition de pécheur !?
Du coup, bien qu'il reste un moyen de progression, d'apprentissage (certainement par la grâce de Dieu qui fait d'un mal un bien), il est surtout l'état de notre liberté lié à notre condition.
Mais certainement la grâce de Dieu est-elle un moyen d'apprendre car sans elle nous ne serions que dans les ténèbres du péché qui ne permet rien de constructive. Or, cette volonté supérieure en nous, l'entendement, la fine pointe de l'âme unie à Dieu, cela permet d'éclairer nos chutes, permet que le libre-arbitre soit un moyen d'apprendre, d'expérimenter, de discerner.
Xavi a écrit :Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
La possibilité de dire "non" ne me paraît pas consécutive à l'amour mais à l'ignorance.
Vous avez raison de dire que la possibilité de dire «
non » n’est pas consécutive à l’amour. En effet, cette possibilité précède l’amour qui se réalise et devient présent par le choix libre d’aimer.
Oui mais ce que je voulais surtout dire (je suis un peu contrariant

) c'est que la possibilité de dire "non" ne vient pas de l'amour dans le sens où l'amour nécessiterait cette possibilité pour être amour et que c'est l'amour qui produirait donc intrinsèquement cette possibilité.
C'est l'approche traditionnelle je le sais bien mais elle me provoque une gêne car elle semble faire de la possibilité du péché une nécessité !?
Si la possibilité du refus est
nécessaire alors le péché en sa nécessaire possibilité devient un bien !?...
Si l'amour nécessitait la possibilité du refus alors cela accorderait au péché une valeur, en ferait donc un bien...
La possibilité du "non" ne me paraît pas découler de l'amour, je dirais même de l'amour/être. Car l'amour/être est tout "oui", il ne soupçonne pas le mal, le "non". Cela ne fait pas partie de son vocabulaire, de sa réalité.
Le "non" fait partie de la réalité du péché, du manque.
La possibilité du "non" me semble donc découler de la condition du créé, du manque, de l'ignorance (manque de Vérité).
Xavi a écrit :L’amour qui est la vie même de Dieu qu’il nous offre en partage est un choix libre de tout l’être.
Je dirais même que c'est l'expression de l'être...
Xavi a écrit :Entre « je veux déterminer par moi-même tout ce qui est bien ou mal » et « je veux déterminer tout ce qui est bien ou mal en communion d’amour avec un autre que moi-même », il y a deux désirs différents entre lesquels il y a un choix possible.
Oui.
Xavi a écrit :Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
J'ai par conséquent l'impression qu'aimer et choisir sont deux choses différentes. Aimer c'est de l'ordre de l'être, choisir c'est de l'ordre de l'intellect.
Avec une telle compréhension du mot «
choisir », votre impression est en effet compréhensible.
L’amour dont nous parlons concerne en effet l’être tout entier et donc il est certain que le mot choix utilisé pour cet amour n’est évidemment pas du seul ordre de l’intellect. Mais, quel autre mot utiliser alors ?
"Reconnaissance" ?
Après tout, Dieu n'aime pas en nous le péché qu'il ne reconnaît pas mais aime sa créature qu'il reconnaît tel le père reconnaissant le fils prodigue.
Souvent, on aime quelque chose qui fait echo en nous, un trait qui rencontre un désir dans notre être.
Souvent, on rejette une représentation de Dieu, quelque chose au fond que l'on ne reconnaît pas. (Ou alors on rejette Dieu par désir du péché mais n'est-ce pas en réalité le péché en nous, le manque qui rejette Dieu, et non pas l'être ?)
Je pense que plus on connaît Dieu plus on l'aime car plus on le connaît plus on le reconnaît. On reconnaît notre être, l'origine de notre être, l'amour.
Notre origine est l'amour et l'être se trouvant, exprime ce qu'il est, ce qui le fonde, amour. Plus précisément, l'être se trouvant se reçoit de Dieu et se recevant de Dieu reçoit donc l'amour, et exprimant/vivant ce qu'il reçoit (l'amour) se met par conséquent à aimer.
Xavi a écrit :Didyme a écrit : ↑mar. 28 janv. 2025, 23:32
Le choix permettant de grandir est bien une question de libre-arbitre mais il est un moyen pour y accéder et par conséquent lié à une ignorance, à un manque.
Comme indiqué plus haut, le choix intellectuel est, en effet, lié à une ignorance de la connaissance qui n’est possible que dans et par l’amour.
Le choix de partager la connaissance du bien et du mal sans s’approprier en soi-même cette connaissance pour la posséder en soi séparément ne peut pas être seulement intellectuel. C’est de tout son cœur que l’être tout entier (corps, esprit et âme) entre dans le choix de l’amour.
Oui. :-)