Espérer malgré la souffrance ?

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Anemone49
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Espérer malgré la souffrance ?

Message non lu par Anemone49 »

Bonjour à toute la communauté,

Tout d’abord, pour avoir parcouru quelques posts sur le forum, je voulais dire que je suis touchée de voir les réponses de certaines personnes qui prennent le temps de soutenir les autres. Même par message, on ne se rend pas compte comme ça peut aider à se sentir soutenu et entendu !

Ce qui m’amène à une de mes interrogations profondes: Où sont ces personnes dans nos églises ?
En effet, pour avoir connu beaucoup de souffrance psychique, j’ai vraiment cherché du soutien auprès d’amis catholiques ou même de prêtres mais je ne me suis jamais vraiment sentie comprise. On m’a dit « Tu sais il n’y a que toi seule et Dieu qui peuvent comprendre ta souffrance ». Certes, mais j’ai eu la chance, sur ma route, de rencontrer d’autres gens, parfois des collègues, des personnes pas du tout catholiques ou chrétiennes qui avaient une posture ou une empathie qui m’a beaucoup touchée.

Mon biais est eonc de me dire que la Foi, le dogme, la fidélité finalement ne m’apportent rien d’apaisant dans mon mal être psychologique et qu’au contraire, le fait d’assister à la messe, d’entendre ces mêmes et mêmes paroles a le don de m’angoisser, de me donner envie de pleurer et de partir car malgré mes supplications, la paix ne vient pas.

Pour la petite histoire, je vis une phase de dépression très forte à 31 ans succédant à une rupture amoureuse, bien que le mal être et les difficultés psychologiques soient là depuis longtemps. Ce n’est pas tant la fin de ma relation qui m’a le plus affectée mais le fait de me dire que je n’y arrivais pas: comme pétrifiée entre ce que je veux d’une relation, peut être ce que Dieu veut pour ne pas que je me perde, mes blessures et mes fragilités.
J’étais avec quelqu’un de très dynamique, catholique aussi et pleinement vivant, libre qui avait envie de se donner à fond pour son couple, et pour l’Eglise.

Et je me suis sentie, bien qu’attirée par cette ouverture d’esprit et cette authenticité que je veux cultiver moi aussi, bien limitée/prisonniere par les codes que l’on m’a inculquée dans ma famille plutôt traditionnelle mais pas très engagée par l’Eglise. Cela s’accompagnant de beaucoup de brimades tout au long de ma scolarité, des éloignements lorsque j’étais très jeune avec ma famille, un sentiment de devoir plutôt que de liberté.

Quand la relation s’est terminée, je me suis sentie comme une petite fille qui pleure en voyant son ballon s’envoler parce qu’elle n’a pas réussi à le tenir. Et surtout d’une nullité par rapport à ce garçon que j’appréciais beaucoup.
Beaucoup m’ont dit que j’aurais dû persévérer, mais l’angoisse était tellement forte que durant les dernières semaines de la relation, j’avais perdu ma joie de vivre et le peu de confiance en moi que j’avais réussi à acquérir ces dernières années.
Je me suis dit: « et maintenant … qu’est ce qu’on fait ? Au vu de cette histoire et de la précédente, est ce qu’un jour je vais pouvoir vivre de ce désir profond de mariage, vivre quelque chose de beau et de profond où je me sente capable de donner comme je suis, avec mes blessures, sans être réactivée sans cesse par le comportement de l’autre? »
Je n’y crois plus, même s’il reste je ne sais comment une once minuscule d’espoir encore. Je sais au fond que Dieu veut mon bonheur et qu’il connaît mon équilibre affectif fragile en raison de ces blessures contre lesquelles je lutte tous les jours.
Il ne nous demande jamais l’impossible et c’est ce que je reproche parfois à certains catholiques pratiquants ou prêtres qui ont une vision très directe: tu résistes, tu suis les commandements, tu fais la volonté de Dieu et tu expies tes péchés.
Avec la spiritualité ignatienne et des accompagnateurs, j’ai découvert une autre vision de Dieu, présent au coeur de nos désirs, plus doux.
Mais aujourd’hui je suis perdue entre l’église traditionnelle de mon enfance, dans laquelle je me sens comme à la maison et des mouvements plus modernes, plus ouverts comme les jésuites, Fondacio.
J’ai besoin de lieux d’ancrages sans me sentir enfermée, d’être vue comme une merveille de Dieu et non pas comme une femme fragile et cinglée, d’être aimée pour qui je suis.

Parfois j’ai vraiment l’impression que je ne vais jamais y arriver, que ce n’est pas possible et je ne peux envisager une vie de célibataire sur la durée, je trouve ça trop dur.
On pourrait être tenté de me dire: Bah donne toi et ça ira mieux. Mais c’est ce que je fais et ce manque que je ressens très fort, je sais que ça correspond à mon désir profond et qu’en continuant d’avancer en étant suivie psychologiquement et spirituellement, j’aspire vraiment à rencontrer un homme qui m’aime comme ça, simplement, avec toute ma complexité.

Merci à celles et ceux qui liront ce long post. Si certains ont des partages d’expériences ou autres paroles qui pourraient m’aider, ou qui sait, un homme qui voudrait donner son point de vue, je vous en remercie sincèrement 🙏
Lithopédion
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Re: Espérer malgré la souffrance ?

Message non lu par Lithopédion »

Bonjour anemone49

Votre post est effectivement triste.

C'est un homme de 24 ans bien imparfait qui vous répond. J'espère ne pas être trop à côté de la plaque.

Je suis handicapé et j'ai eu une enfance et adolescence mouvementées, surtout d'un point de vue médical, en tout cas, peu propice aux rencontres amoureuses et à une bonne insertion sociale. Et je souffre encore aujourd'hui intérieurement de cela, dû à cet handicap, mais couplé aussi à des choix volontaires de ma part qui se sont avérés mauvais. Je le reconnais.

J'ai été baptisé à 11 mois par "tradition" mais n'ai reçu aucune éducation religieuse dans mon enfance et adolescence. Je me suis tourné vers la religion courant 2022, mais ai connu des périodes de doutes, qui se sont érodées pendant ces trois ans jusqu'à ce que la foi devienne peu à peu une évidence pour moi depuis six mois, même si j'ai encore des lacunes.

Il y a plus d'un an, alors que j'étais encore partiellement dans le doute, je me suis tourné vers l'Église la plus proche de chez moi. Et il s'avère que je suis tombé sur un prêtre traditionaliste (FSSP). Et figurez-vous qu'il ne m'a pas jugé, et m'a écouté avec bienveillance. Et la semaine dernière, j'ai assisté pour la première fois à une messe traditionnelle, après plusieurs messes Paul VI avec des gens qui me paraissaient distants. Eh bien figurez-vous que pendant cette messe traditionnelle, une femme ayant remarquée ma désinvolture, s'est approchée de moi en me proposant son aide, que j'ai bien sûr acceptée. Et vu que je n'arrivais pas à me mettre à genoux, elle m'a même aidé. Bref...

Si je vous raconte ça, c'est parce que vous exprimez le fait d'être incomprise par les autres catholiques, les clercs et les laïcs de tendance même traditionaliste, mais d'être comprise par certains catholiques de tendance moderne, voire des non-croyants, et c'est toute la complexité du genre humain. Vous aurez, par exemple, des catholiques pro-avortement, pro-euthanasie, pro-PMA/GPA etc... (ce qui n'est pas mon cas), et des athées qui y seront opposés. Tout comme vous aurez des catholiques traditionalistes qui s'avèrent être très bienveillants, et des catholiques plutôt modernes qui s'avèrent être de véritables ordures. De même que l'habit ne fait pas le moine, la religiosité et la fréquence de son exercice ne reflètent pas la personnalité de la personne. Combien de catholiques pratiquants s'avèrent être des personnes exécrables, désagréables et condescendantes, et combien de catholique non pratiquants, voir d'athées s'avèrent être de bonnes personnes, bien plus compatissantes et compréhensives envers leur prochain. Je sais de quoi je parle.

Quant à votre solitude affective, je vis la même chose que vous. Seulement, je crois avoir vu que vous avez 31 ans, alors que mois j'en ai 24. On vous à certainement sorti la fameuse phrase "Ne t'inquiète pas, tu es jeune, tu as le temps". Mais cette phrase, remplie de relativisme et de sarcasme, n'est qu'une manière de vous faire accepter votre solitude en vain.

Pour terminer, vous n'avez pas à vous sentir coupable des maladresses et petitesses des gens, (croyants ou non). Ce n'est pas le comportement des autres qui doit déterminer votre rapport à la religion, mais la religion, vécue dans la fréquentation régulière du Christ qui doit si possible, orienter votre relation aux autres. Pas l'inverse.

Bon courage à vous. Et gardez espoir. :ange: :coeur:
Dernière modification par Lithopédion le mar. 22 juil. 2025, 12:29, modifié 1 fois.
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Milla
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Re: Espérer malgré la souffrance ?

Message non lu par Milla »

Bonsoir Anemone,

je n'ai pas de témoignage à partager mais j'ai trouvé votre long message touchant. Je comprends tout à fait l'envie d'être aimée pour soi.
En vous lisant je pensais à cet art japonais (kintsugi... votre pseudo m'a fait penser aux anémones du Japon) qui se sert de laque saupoudrée d'or pour réparer les objets. Appliqué aux humains, je dirais que si certains ont plus de fissures que d'autres, en effet ça ne les empêche pas d'être des merveilles !

Vous serez dans mes prières :paix!
La miséricorde et la stricte justice, si elles demeurent dans une même âme, sont comme un homme qui adore Dieu et les idoles dans une même maison.
Saint Isaac le Syrien
Anemone49
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Re: Espérer malgré la souffrance ?

Message non lu par Anemone49 »

Merci à vous deux pour vos messages

Lithopédion (que signifie ce pseudo d’ailleurs?), merci pour votre retour « d’homme imparfait » qui m’a beaucoup parlé 😉
Je suis d’accord avec ce que vous dites a propos de la nature des gens: effectivement, on peut trouver des gens bienveillants et altruistes dans tout milieu, toute sensibilité religieuse ou non et je vous remercie d’avoir insisté sur ce point là.
Je pense avoir un travail à faire pour ne pas mettre les personnes automatiquement dans des cases.
Mais il est vrai que je me questionne quand même quant à la place de la sensibilité dans l’Eglise. Même des personnes avec les meilleures intentions qui soient, ont tendance à relativiser en disant « Mais t’inquiète pas, prie, demande à Dieu de prendre tes souffrances et ça ira ». J’ai eu pendant longtemps tendance à prendre cela au pied de la lettre et à me culpabiliser de ne pas assez prier alors qu’au fond, j’attendais de l’écoute et l’accueil de ce que je disais (posture de Jésus lorsqu’il rencontre des personnes blessées) sans être jugée ou sans qu’on me renvoie automatiquement aux commandements. J’aspire vraiment désormais à faire la rencontre de personnes qui ont « éprouvé » la vie mais qui avancent avec Dieu et aspirent à un bonheur simple.

Merci Milla! J’aime beaucoup les anémones 😊
C’est drôle que vous parliez de cet art japonais car au début de ma dépression, c’est vraiment l’image qui me venait. Je trouve la comparaison magnifique, et mon grand désir, c’est qu’un jour je trouve une autre assiette (un homme vous l’aurez compris) qu’elle ait été brisée elle aussi ou non, qui me voit comme un cadeau et non comme un fardeau.

Belle soirée à vous et au plaisir d’échanger à nouveau. 😊
Lithopédion
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Re: Espérer malgré la souffrance ?

Message non lu par Lithopédion »

Anemone49 a écrit : mer. 23 juil. 2025, 18:12 Merci à vous deux pour vos messages

Lithopédion (que signifie ce pseudo d’ailleurs?),
Bonjour anémone49

C'est une contraction grec de Lithos (pierre) et paidion (enfant), ce qui donne lithopédion, qui est un fœtus issu d'une grossesse extra-utérine non arrivée à terme, et qui est mort sans avoir été expulsé du ventre de la mère.

Un lithopédion est un corps mort dans un corps en vie. C'est très glauque mais c'est exactement ce qui me caractérise symboliquement. J'ai l'impression d'être mort dans ma propre vie, qui est un assemblage d'échecs et de frustrations depuis le début.

Pour en revenir à votre réponse, oui, il vaut mieux éviter de mettre les personnes dans une cases, même si c'est compliqué, (pour moi aussi). C'est vrai que c'est désagréable les gens qui renvoie systématiquement les gens au commandement, ça donne une sensation de fermeture d'esprit, et ça culpabilise plus la personne qu'autre chose alors qu'elle. ne demande qu'à être réconforter.

Mais comme je vous l'ai conseillé à la fin de ma première réponse, allez régulièrement à la messe pour rencontrer d'autres catholiques, et communier si vous le voulez, N'hésitez pas à rester un peu après la masse pour discuter avec les fidèles si c'est possible. Une discussion de même une minute peut réconforter une personne. La confession, la communion, la prière aide mais l'aide matérielle la complète aussi. Faites des choses, qui vous font plaisir à coté de ça, Et laissez les personnes désagréable de côté.

Je vous souhaite beaucoup de courage, et de tomber sur des gens bienveillants et qui vous aiment telle que vous êtes. :coeur:
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