Philémon Siclone a écrit : Quels sont donc ces critères qui mèneraient la science à des conclusions que la foi considèrerait comme fausses selon les siens (mélange foi/science, encore, où la foi revisiterait les conclusions de la science) ?
Il n’y a pas de critères qui mèneraient la science à des conclusions que la foi considèrerait comme fausses selon les siens. La science n’est limitée que par ses propres limites. Elle opère selon les règles de notre cerveau, dans le temps et dans l’espace. La réalité spirituelle et immortelle ne peut lui être connue que dans les limites de ce qu’elle peut constater dans la réalité terrestre.
Philémon Siclone a écrit : Quand je vous ai dit que la créature "préhumaine" n'avait aucun statut défini par l'Eglise (pour ce qui est de l'âme), vous m'avez répondu que du coup il fallait la ranger avec les animaux (pourquoi pas avec les humains, plutôt, d'ailleurs ?)
Je n’ai pas répondu cela. Les préhumains ne sont pas des animaux. Ce sont des préhumains dont l’humanité est issue. Mais, comme les animaux, ils n’ont pas d’âme immortelle. Leur existence est éphémère.
J’ai écrit que « vous ne partagez pas le même intérêt sur la question du passage d’un préhumain (sans personnalité immortelle) à l’humain »
Philémon Siclone a écrit : Je n'y crois pas ! C'est différent.
On est bien ici dans la croyance. Mais, ne pas y croire ne suffit pas. Sauf pour ceux qui considèrent que l’humanité a surgi soudainement directement du néant, il n’est pas possible d’éviter ou d’évacuer un moment de passage d’un préhumain à un humain. Au long des milliards de générations successives d’où proviennent les humains, il y a eu des êtres unicellulaires, des êtres de type végétal, des êtres de type animal de plus en plus complexes aquatiques puis terrestres, des primates à quatre pattes puis atteignant la station debout, des « homos » successifs d’espèces diverses… Croyez-vous que le premier ensemble cellulaire qui a été conçu, s’est reproduit puis est mort avait une âme immortelle, était une personne que nous retrouverons dans la communion éternelle de Dieu ?
La foi en la vie éternelle des seuls humains, du fait qu’ils sont créés à l’image de Dieu pour pouvoir partager sa vie en communion avec Lui, impose nécessairement une création d’une première âme immortelle à un moment et à un endroit précis de l’histoire. Le primate préhumain n’a pas d’âme immortelle. La présence d’une âme immortelle créée est un fait radicalement nouveau qui a surgi dans l’histoire.
Ne pas croire en l’existence de préhumains, n’est-ce pas rejeter l’acte créateur extraordinaire par lequel Dieu a créé dans la nature une âme immortelle ?
Philémon Siclone a écrit : Pourquoi le "préhumain" n'aurait pas d'âme ?
Comme tous les animaux, les préhumains avaient une âme, mais pas une âme immortelle. La question n’a pas de sens par rapport à l’absence d’une âme immortelle puisque, précisément, un « préhumain » qui aurait une âme immortelle serait un humain. Le préhumain est un concept défini par rapport aux premiers humains créés avec une âme immortelle. On appelle préhumains, les parents biologiques du corps des premiers humains, des premières âmes immortelles créées par Dieu.
Philémon Siclone a écrit : Votre explication ne me convainc toujours pas. A partir d'homo habilis, on est en présence d'un être qui ne se comporte plus en animal dominé par l'instinct, mais qui découvre, invente, crée, ce qui est le propre de l'homme jusqu'à preuve du contraire.
N’est-ce pas un a priori ? D’où vient l’opinion que tout ce qui est propre à l’homme aujourd’hui suffirait pour constater l’humanité d’un être dans le passé, suffirait pour affirmer qu’un être du passé avait déjà une âme immortelle ?
N’oublions pas que la création d’une âme immortelle est un acte créateur gratuit. Les plus belles capacités terrestres, en matière de sensibilité, de capacité artistique ou de compétence intellectuelle n’impliquent pas nécessairement par nature la vie immortelle et éternelle.
Philémon Siclone a écrit : Je ne vois pas pour quelle raison objective vous ne lui reconnaissez pas sa qualité humaine, contrairement à ce que dit la science.
Il ne s’agit pas ici de dire le contraire de la science, mais de partir d’une définition différente de la science. Le fait que la science n’a pas encore découvert de distinction entre les homo sapiens qui vivaient il y a cent mille ans et les humains actuels ne nous éclaire pas sur l’apparition de la première âme immortelle qui échappe à ses investigations.
Pour le croyant, l’homme est la créature dotée d’une âme immortelle. Pour la science, l’homme est défini par des critères biologiques. Il est donc possible que, parmi ceux que la science définit plus largement comme humains vivant il y a des milliers d’années, le croyant constate une différence spécifique : la présence d’une âme immortelle. Son apparition dans le groupe de ceux que la science qualifie d’humains crée une distinction essentielle pour le croyant. Sans une âme immortelle, il faut considérer que, quelles que soient les ressemblances et les similitudes, il n’existe pas d’humain selon la définition de la foi.
Philémon Siclone a écrit : Comment savez-vous que votre voisine est un être humain ? Est-ce le Saint Esprit qui vous l'a dit ? Non, c'est la science qui vous le dit (l'observation). Donc c'est bien la science qui détermine ce qu'est un être humain, dans l'ordre naturel. Et l'Eglise le définit dans l'ordre surnaturel.
Comment savons-nous que nous sommes des êtres humains ? Simplement parce que nous sommes tous, y compris ma voisine, des descendants d’Adam et Eve, le premier couple d’êtres créés à l’image de Dieu.
Pour le reste, rien ne justifie d’affirmer a priori que ceux que la science considère comme humains dans la préhistoire soient nécessairement des descendants des premiers êtres immortels créés par Dieu. Il est exact de dire que l’Eglise définit ce qu’est un être humain dans l’ordre surnaturel (par référence à son âme immortelle), mais il n’est pas exact de prétendre que l’Eglise devrait nécessairement constater une âme immortelle dans tout être des temps préhistoriques que la science qualifierait d’humains.
Philémon Siclone a écrit : vous considérez que Sapiens est supérieur à Néanderthal. Si quelqu'un dit alors que Néanderthal est humain, ça vous met mal à l'aise, parce que ça veut dire que le rapport d'infériorité est envisageable entre humains.
Il n’est pas question ici d’inférieur ou de supérieur. Seule la présence d’une âme immortelle est ici déterminante. Il faut constater que l’ADN et le cerveau des néanderthaliens sont différents de ceux des humains actuels.
Philémon Siclone a écrit : pour la science, il n'est pas question d'infériorité, il n'est pas question de jugement moral.
L'homme a connu différentes phases d'évolution, où il approfondissait ses découvertes à mesure que son corps se développait. Il n'est pas question de dire qu'Erectus est supérieur à Habilis, pas plus que l'adulte est supérieur à l'enfant ni d'ailleurs que tel enfant doué est supérieur à tel enfant lent.
On peut dire cela, sauf que ce n’est pas l’homme qui a connu différentes phases d’évolution, mais ses ancêtres biologiques préhumains. Depuis Adam et Eve, les caractéristiques du corps humain liées à la présence d’une âme immortelle sont acquises. Ce sont celles du Christ, du corps de Dieu fait homme. Ce sont les nôtres. Depuis Adam et Eve, notre corps est semblable à celui du Christ. Il est en tout semblable sauf le péché.
Philémon Siclone a écrit : Vous optez donc pour la posture créationniste : l'être humain est créé tout à coup, dans son intégrité définitive. Donc finalement, vous ne croyez pas dans l'évolution, du moins de l'être humain. Pour vous, l'être humain ne peut pas avoir évolué une fois pourvu d'une âme. Mais vous n'expliquez pas pourquoi.
La foi de l’Eglise n’est pas créationniste au sens biologique du terme, mais elle est ferme pour affirmer clairement que la création de l’âme est instantanée. Il n’y a pas eu dans l’histoire un millième, puis un centième, puis un dixième ou une demi âme humaine immortelle. Une âme immortelle est créée ou n’existe pas. L’immortalité n’est pas mesurable, ni divisible. On est ou on est pas immortel.
En ce qui concerne le corps, il provient d’une longue évolution et d’autres évolutions restent possibles, mais sans concerner l’essentiel de qui constitue un corps humain.
Philémon Siclone a écrit : Attention : Sapiens n'est plus un "hominidé", mais bien un être humain complet, tel qu'il est actuellement.
Cela ne paraît pas établi sur le plan scientifique. L’homo sapiens existe depuis près de 150.000 ans et les connaissances actuelles sont insuffisantes pour pouvoir affirmer que des modifications importantes ne soient pas survenues durant cette période. Au contraire, les évolutions intervenues sans cesse depuis des milliards d’années permettent de considérer que des changement sont encore survenus durant une si longue période.
Philémon Siclone a écrit : Vous n'expliquez pas pourquoi l'être humain ne pourrait pas avoir vécu longtemps sans connaître l'écriture. Vous n'expliquez pas non plus pourquoi les Noirs d'Afrique, qui ne connaissaient pas l'écriture, sont des êtres humains, alors que vos critères les excluent de l'humanité. Et pas seulement eux, d'ailleurs. Les Celtes n'ont pas découvert l'écriture non plus. Et encore moins les Germains. Et encore moins les Slaves. Les Slaves étaient-ils humains avant St Cyrille ?
Il me semble que ces affirmations manquent de nuances. Aucun critère terrestre n’exclut qui que ce soit, puisque la critère déterminant est la présence d’une âme immortelle. Des formes élémentaires d’écriture me semblent avoir dû exister dès que la capacité d’abstraction les ont rendues possibles.
On retrouve des formes de langage simple chez les animaux qui peuvent émettre des sons pour désigner certaines choses et comprendre des mots, ce qu’ils désignent.
Une étape importante dans l’évolution et le développement du langage, c’est l’apparition de la capacité d’utiliser des mots de manière abstraite, pour communiquer une réalité ou une pensée en dehors de la réalité immédiate, pour évoquer une réalité de manière imaginaire, éloignée du réel dans le temps et dans l’espace.
A un niveau simple, une parole peut désigner un objet dans le présent ou dans un futur proche. Elle peut aussi le désigner dans l’espace à un endroit proche ou pas trop éloigné pour la pensée.
La parole humaine va plus loin. Elle peut parler d’un objet qui n’est pas dans la réalité présente et même d’un objet uniquement imaginaire. La parole humaine dépasse les limites concrètes de l’espace. Elle peut aussi parler d’un objet à un moment du passé ou à un moment du futur. Elle dépasse les limites du temps présent.
Faut-il croire que le langage a pu atteindre ce niveau d’abstraction sans être simultanément capable d’utiliser des signes écrits pour l’exprimer ?
Est-ce que l’écrit, du fait de sa persistance à tout endroit du temps et de l’espace autre que ceux du moment et de l’endroit de sa rédaction, a été utilisé dès que le langage est devenu capable d’abstraction par rapport au temps et à l’espace ?
Il est difficile d’imaginer le contraire. Dès qu’une chose a été nommée par un langage partagé par plusieurs personnes, la nécessité de messages entre absents a immédiatement rendu nécessaire de pouvoir communiquer une chose ou une pensée par un signe que la personne présente peut laisser à un endroit pour une autre qui n’y sera présente que plus tard.
Il me semble que, dès qu’un être a été capable d’abstraction dans le temps et dans l’espace, le langage oral a dû quasi immédiatement susciter un recours à des signes écrits constituant une première forme d’écriture.
Affirmer que des « hommes » préhistoriques étaient des hommes sans cette capacité d’abstraction est un a priori qui reste à démontrer par rapport à ce qui est défini comme étant un homme.
Beaucoup pensent qu’il suffit de constater de la sensibilité artistique, des capacités technologiques ou une conscience de la mort par des pratiques funéraires pour attester d’une présence humaine semblable à la nôtre.
Ces réalités indiquent certes une importante continuité avec notre réalité humaine, mais notre point de vue de croyant nous ouvre une autre approche.
Pour un athée, il n’y a que de la continuité, des petites variations successives dans la longue histoire de l’évolution.
Pour le croyant, il y a une nouveauté extraordinaire qui est intervenue dans le cours de l’histoire et que l’athée ne prend pas en compte.
Quelles que soient les qualités intellectuelles, la sensibilité, ou les capacités d’un être vivant sur la terre, le croyant comme l’athée savent que l’être terrestre n’a qu’une vie éphémère. Sans cesse des êtres naissent, se reproduisent, et meurent. La vie terrestre ne subsiste pas de manière personnelle ou individuelle lorsque les êtres meurent. Dans la nature, il n’y a pas de survie individuelle mais un renouvellement constant des êtres vivants. De ce seul point de vue, « l’homme » préhistorique ne paraît pas moins homme que nous.
Mais, le chrétien découvre par le Christ ressuscité l’extraordinaire réalité d’une création d’un être éternel, d’un être destiné à la résurrection.
Rien n’obligeait Dieu à faire d’un homo sapiens un être capable de communion avec Lui, un être ayant une réalité terrestre et spirituelle dans laquelle il pourrait vivre lui-même, dans laquelle il pourrait s’incarner, un être ayant une vie éternelle semblable à la sienne, un être capable de vivre comme Lui et avec Lui dans une communion infinie d’amour.
Ce n’est pas parce qu’il a conscience de la mort ou qu’il est capable de dessiner des fresques magnifiques qu’un être devient naturellement éternel, qu’il acquiert une âme immortelle.
A un moment et à un endroit bien précis du temps et de l’espace, des âmes immortelles ont été créées dans un premier couple de la lignée des homo sapiens.
Ce fait historique s’est produit à un moment où, après une longue évolution de milliards d’années, un corps semblable au nôtre est devenu apte à être assumé par Dieu lui-même et, dès lors, apte aussi à faire vivre des âmes immortelles à son image et à sa ressemblance.
Ce corps ne devait-il pas avoir atteint, sur le plan cérébral, un niveau d’abstraction suffisant pour permettre simultanément de vivre dans la réalité terrestre et dans la réalité spirituelle de Dieu ?
Dès leur création, les premiers humains sont capables de parler de manière abstraite, d’évoquer des réalités non présentes. Cela a dû se traduire par un accès immédiat à des premières formes d’écriture et au calcul.
L’écriture est généralement admise comme le critère délimitant l’histoire et la préhistoire par son apparition environ 3.500 ans avant l’ère chrétienne.
Si « l’homme » préhistorique est défini comme un être issu de l’évolution qui n’était pas encore capable de transmettre des messages à ses semblables en utilisant des signes écrits abstraits pour désigner des choses non présentes et des pensées, alors il semble qu’il s’agit d’un critère qui peut être adéquat non seulement pour séparer histoire et préhistoire, mais pour identifier la présence d’un humain.
Peut-on penser que la création de l’humanité, des premières âmes immortelles, se soit produite à un stade d’évolution inférieur de son intelligence et de sa conscience ?
L’ « homme » préhistorique paraît, en réalité, un préhumain.
NB : L’ensemble de mes réflexions concernant l’historicité d’Adam et Ève et du livre de la Genèse a été développé dans une synthèse réactualisée ce 24 mai 2023, sous le titre « Un jardin dans l’Eden », disponible en pdf dans la section Théologie de ce forum sous l’intitulé « Évolution, création, incarnation : un livre à télécharger » :
https://www.cite-catholique.org/viewtop ... 92&t=20369