La colère de Dieu

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lendarque
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La colère de Dieu

Message non lu par lendarque »

La colère de Dieu
Se répand ici bas.
Nous mangeons notre dernier repas
Avant l’ultime adieu…

Qu’avons-nous fait ?
Oui quel bienfait
Avons-nous substitué au méfait ?
Oui qu’avons-nous fait ?

Le feu se mêle à l’eau
Et le laid au pas beau.
Nous sommes des beaux-parleurs
De fieffés menteurs.

Oui ! Nous sommes des menteurs
Des castrateurs,
Des castrateurs de la Parabole !
Oui nous avons refusé la Bonne Parole !

Nous avons oublié de nous fondre dans le bonheur
Et notre couleur
Ardente
A été flamboyante.

A cet instant
La terre est un désert
Et nous les survivants
Nous sommes diserts

Dieu entend notre détresse
Accorde-nous de nouveau ta tendresse,
La caresse
De l’esprit Saint, de nouveau ta divine promesse

lendarque

une prière triste
pour une dure pensée
mais Dieu existe
pour nous consoler.

lendarque
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freeze
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Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par freeze »

Bonjours,

J'aimerais vous entretenir, comme le titre l'indique, sur l'épisode des marchands du temple,
et le fait que Jésus ait usé d'une certaine violence pour montrer sa désapprobation pour ce genre de pratique.

Pour les chrétiens il est évident que l'on ne peut servir DIEU et l'argent mais j'aimerais que l'on ne s'arrête pas à ça et qu'on se penche plutôt sur "Pourquoi le christ, dans cet épisode en particulier, semble avoir perdu toute mesure", puisque
il est allé jusqu'à renverser les étalages des marchands.

Pourquoi l'agneau de DIEU s'est transformé dans ce cas précis en lion.

Viens alors une autre question qui est de savoir si nous pouvons, comme Jésus, user de violence dans certaines conditions.

J'aimerais avoir vos sentiments personnels sur ce sujet

Merci
Serge BS
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par Serge BS »

[+] Texte masqué
Dieu nous demande d'aimer de tout notre coeur/corps, de toute notre âme et de tout notre esprit. Ce que Jésus combat ici, ce n'est pas l'argent, mais le mal, donc le contraire, le refus, la négation de l'Amour se substituant à Dieu dans ce qu'Il a de plus saint, c'est-à-dire Son Temple ! Le combat contre le mal se doit donc d'être entier ! C'est ce que nous montre Jésus, d'autant plus que ces marchands sont eux parfaitement conscients de ce qu'ils font, car ils sont, pour changer dans l'enceinte du Temple, des pratiquants se disant fidèles à Dieu ! La réaction de Jésus se devait donc d'être entière et complète, du fait même 1/ de la connaissance du mal qu'avaient ces marchands, puisque connaissant la Parole de Dieu et se voulant ses disciples en Son temple ; 2/ du lieu donc ; 3/ de la qualité de croyants se voulant parfaits de Son Père qu'avaient ces marchands ! La conjonction, exceptionnelle, de ces trois données justifie seule cette totale réaction ! Conscience du péché + connaissance et adhésion "officielle" à la Parole de Dieu + détournement de la Foi au profit du mal, trois conduits nécessaires et indispensables, mais très rares à réunir ! La violence n'est donc pas justifiable en dehors de la réunion d'un tel faisceau de circonstances exceptionnelles, le mal ne venant pas, par exemple, de personne n'ayant pas connu Dieu et son message, cette dernière attitude imposant une certain mesure que ne peut avoir Jésus dans un autre cas ! Bref, le péché mortel, le refus de la Foi ne peut venir que de celui qui sait, pas de celui qui ne sait pas... Or, ces marchands, et les desservants du Temple les admettant savaient, eux !

Maintenant, puisque vous parlez de violence, quelle violence ? Car nous ne sommes pas ici dans le cas de celle dont nous parle Clausewitz dans son De la Guerre (I, 2). Rfléchissons au sens chrétien de la violence, en particulier au travers de certains passages du Nouveau Testament. Car on s’aperçoit en effet qu’un certain nombre de passages des Évangiles posent la question de la violence. Il convient donc de s'attacher maintenant à chercher à entrevoir ce que signifie cette violence, et pour y arriver on cherchera dans un premier temps à comprendre ce que signifient deux passages évangéliques majeurs évoquant la violence : « Jusqu'à Jean, ce furent la Loi et les prophètes ; depuis lors le Royaume de Dieu est annoncé, et tous s'efforcent d'y entrer par violence » (Lc 16, 16) ; « Le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s'en emparent » (Mt 11, 12).

Une toute première remarque… Contrairement à ce qu'estime P. Bonnard (L'Évangile selon saint Matthieu, 2002, page 163), [Mt 11, 12] n'a pas d'existence indépendante dans le texte mathéen. Il est totalement lié tant à ce qui le précède - la place de Jean le Baptiste dans le Royaume - qu'avec ce qui le suit - la fin du temps des prophètes avec la venue de Jean -. Tout ce que l'on peut lui concéder, c'est que le texte de Luc est effectivement un peu plus explicite, mais rien d'autre.

Par ailleurs, et toujours pour ce qui est de [Mt 11, 12], une autre interrogation se pose. Le texte grec est « ê basileia tôn ouranon biadzetai », littéralement « le royaume des cieux est violenté ». Or, biadzetai peut se traduire autrement, de manière rare, comme ouvert à la violence, ou encore par émergeant par la violence. Encore des interrogations… Le monde dans les douleurs de son ré-enfantement ? Un lien avec l'eschatologie apocalyptique ? Oui d'une certaine manière si l'on se réfère au temps, car cette parole dépasse le temps en embrassant, comme l'a écrit François Bovon au sujet de [Lc 16, 16], l'arc entier de l'histoire (cf. L’Évangile selon saint Luc 15,1-19, 27, 2001, page 91) … Par ailleurs, comme Aristophane, entre autres, traduit dans Les Thesmophories biadzetai par contraint par la force, par la violence, d’autres traductions seraient possibles…

Une deuxième précision… Vers le début de notre ère, il ne manquait pas de Juifs qui envisageaient le triomphe du Messie sous l'aspect d'une bataille acharnée d'où l'envoyé de Dieu sortirait vainqueur. À l'opposé absolu de cette approche, le Christ laissait à ceux qui s'attachaient à lui cette maxime décisive : « Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). La violence annoncée dans ces versets n'a rien à voir avec le messianisme juif. Bien au contraire, on peut même trouver dans la violence mathéenne une annonce de la persécution !

Troisième remarque… A contrario de certains (tel C. Culmann, in : Verbum Caro, 1951, n° 18, page 5) -, je ne pense donc pas qu'il faille voir dans ces versets une allusion aux zélotes qui voulaient instaurer le royaume de Dieu sur terre par la violence ; Jésus parle clairement du royaume des Cieux, et son propre royaume n'est pas de ce monde. Je ne pense pas non plus qu'il faille y voir la violence dont Satan use contre les hommes qui cherchent à l'atteindre (cela supposerait une victoire de Satan, et de plus cela se retrouve bien plus en [Mt 12, 43-45]), ou encore la violence avec laquelle le royaume se répand sur la terre, car l'image serait dans ce dernier cas descendante et non pas ascendante comme dans le texte. Par contre, comme l'écrit le Père Lagrange, on peut d'ores et déjà assimiler cette violence à la force avec laquelle les hommes s'approchent du royaume qu'ils découvrent en Jésus. « Le Royaume des cieux est comparable à un trésor qui était caché dans un champ et qu'un homme a découvert : il le cache à nouveau et, dans sa joie, il s'en va mettre en vente ce qu'il a, et il achète ce champ. Le Royaume des cieux est encore comparable à un marchand qui cherchait des perles fines. Ayant trouvé une perle de grand prix, il s'en est allé vendre tout ce qu'il avait, et il l'a achetée » (Mt 13, 44-46), même si elle est bien plus que cela, car ce passage ne fait pas référence à une violence, mais seulement à une action. Le passage de [Mt 13, 44-46] me semble par ailleurs expressément devoir être rapproché de ce que Jésus conseille au jeune homme riche (Mt 19, 16-26)…

Une autre question se pose : celle de l’époque se rapporte réellement ce passage ? On peut estimer qu'il est en fait intemporel, en ce sens qu'il inclurait l'ensemble des temps successifs à l'Incarnation. Ce temps nous concernerait donc nous-mêmes, nous y serions ; il serait notre présent ! Le depuis devrait donc se lire depuis le temps de Jean le baptiste jusqu'à celui qui lit ce verset de l'Évangile. Dans tous les cas, ce verset inscrit la mission de Jésus dans une perspective historique, faisant de sa venue sur terre - ou plutôt celle de Jean le baptiste - le pivot de toute l'histoire du Salut : il y a un avant, il y a un après, les deux devant être pris comme des entités entières ; le temps d'avant est donc uniforme, celui depuis tout autant, et ces temps deviennent ainsi d'une certaines manière intemporels ! Avec la venue de Jésus, nous sommes entrés dans une ère nouvelle, Dieu s'étant incarné pour nous sauver, toutes et tous !

[Mt 11, 12] et [Lc 16, 16] sont en fait des passages parmi les plus difficiles à comprendre et à interpréter des Évangiles, tant ils présentent de facettes et ouvrent de possibilités à la lecture et à la compréhension... Cela signifie t-il que tout homme rêvant de l'éternité et souhaitant être sauvé, chacun cherche par tout moyen d'accéder au Royaume ? Une interprétation séduisante au premier degré, mais insuffisante, même si tout n'y est pas faux.

Si l'on compare [Lc 16, 16] et [Mt 11, 12], on relève au premier coup d'œil que Luc est plus explicite, presque plus "matériel" que Matthieu. Ces deux passages sont en fait complémentaires - comme toujours avec Matthieu et Luc -, et c'est pourquoi ils seront analysés conjointement… Matthieu, c'est la proclamation du Royaume, fondée sur le roc du sermon sur la Montagne… Luc, c'est un discours s'adressant à des Églises déjà initiées à la foi par le ministère de Paul, mais aussi cherchant à convaincre les autorités d'une société romanisée de la volonté des chrétiens de ne pas remettre en cause l'ordre établi… Une finalité avant tout théologique chez le premier, une finalité avant tout explicative chez le second… Deux approches différentes, mais en fait totalement complémentaires, d'où la volonté de ne pas détacher ces deux Évangiles dans leur analyse.

Ces mots de Jésus font référence à la violence. Il ne s'agit pas a priori ici de violence physique, mais bien plus d'une violence spirituelle positive, violence spirituelle que l'on peut retrouver en [Ep 6, 10-12], celle du combat de la foi, du combat spirituel. En effet, qui pourrait forcer la porte du Royaume de Dieu par la force matérielle ? Il s'agirait donc ici d'une violence sur soi-même ; il faut utiliser la force de la foi que l'on porte en soi-même pour se faire violence et pour ainsi vaincre son mal intérieur, ses propres tentations. En ce sens, l'individu peut devenir fort et ainsi accéder au Royaume des Cieux.

Et ici, on doit se poser quelques questions sur le concept de grâce… La théologie de la grâce ne s’oppose t-elle pas à la parole du Christ qui indique à l’homme les moyens de se sauver, ces moyens étant à la fois extérieurs et spirituels ? De ce fait, ne permet-elle pas de détourner les paroles du Christ et ne contredit-elle pas dans les faits sociaux le libre-arbitre de l’homme ? Bref, saint Paul n’a t-il pas d’une certaine manière mal interprété la parole du Christ, donc la trahissant, en voulant se faire justement le « superman » de la mission ? Le seul feu intérieur ne suffit pas, car le chrétien doit aussi traduire ce feu en acte. La théologie de la grâce ne va t-elle pas trop loin ? Certes, on ne doit pas parler de mérite, car ce serait se donner un droit sur Dieu ; mais tout axer sur le don de Dieu, pourrait aussi être négation du caractère salvateur de la mort et de la résurrection, et surtout pourrait faire de Dieu un principe à la fois bonté et méchanceté, voire même une sorte de sadique faisant s’affronter ou pécher les hommes ? De plus, pourquoi dans ce cadre maintenir les indulgences et les saints, car ce serait dans les deux cas forcer la main de Dieu, car les unes poussant à des actes inutiles, les autres n’étant que des présupposés, des « forçages » de main à Dieu, donc contradiction, car peut-on préjuger de Dieu ? Or, le Père, dans son infinie bonté, ne nous a t-il pas offert, depuis la venue de son Fils sur terre, une grâce infinie, celle de pouvoir participer par nos actes et par notre foi à notre propre salut, l’Esprit Saint intervenant dans notre propre processus salvateur ? La grâce divine ne serait-elle donc pas ex ante offerte à la nature humaine, tout comme la prédestination de l’homme me semble être une prédestination globale de l’humanité au bien, et non pas une prédestination individuelle au salut… Ou alors, la venue du Christ n’a aucun sens, et plus encore sa mort sur la Croix ! Ne serait-ce pas finalement là ce que Jésus aurait voulu dire lorsqu’il parle de ces violents qui depuis Jean le baptiste entrent dans le Royaume des Cieux, car garder le feu intérieur offert par grâce par Dieu et la vivre en actes n’est pas une évidence et impose de se faire violence à soi-même ! Bref, ne faudrait-il pas reconsidérer une partie de l’approche théologique de la grâce en en renversant la proposition, celle-ci étant offerte à la naissance et plus encore par le baptême, et l’homme pouvant la perdre, même si Dieu peut toujours, dans son infini Amour, offrire la grâce du salut à celui qui l’a perdu ? Et ceci n’est pas négation du péché, bien au contraire, car la doctrine catholique du péché insiste également sur l’idée de réconciliation ; surmonter son péché par la conscience de l’avoir commis et par des actes n’est-il pas salvateur en lui-même, par restauration du don baptismal de la grâce divine ?

Si l'on interprète cette violence en une violence positive en vue du bien, en une violence avant tout spirituelle et intérieure, on pourrait dire que seul celui qui sera violent contre lui-même lorsqu'il se trouvera exposé au péché, donc usant de violence positive pour échapper au péché, pourra accéder au Royaume de Dieu. Pensons par exemple aux dures conditions que Jésus posait à ceux qui l'écoutaient pour entrer dans le Royaume (Lc 8, 18-22 ; Lc 10, 37-39 ; …), conditions imposant des violences à ceux qui veulent suivre le Christ… On peut retrouver une confirmation de cette violence positive tant chez Matthieu que chez Luc, les hommes devant faire des efforts pour vaincre leur péché et donc les obstacles qu'ils portent en eux-mêmes à leur entrée dans le Royaume. « Entrez par la porte étroite. Large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux ceux qui s'y engagent » (Mt 7, 13). « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas » (Lc 13, 24).

N'oublions pas qu'avec Jésus, certes la Loi subsiste, mais elle n'est plus la même ! Jésus n'est pas venu abolir la Loi (Mt 5, 17 ; Jn 10, 35), mais est venu l'accomplir. Il y a donc changement d'échelle dans la perspective du Salut. La simple observance de la Loi n'est plus suffisante ; il faut la vivre en actes, mais surtout en foi. Ce qui compte, ce n'est plus la forme, mais le fond ! La violence est ici intérieure, spirituelle…

Tout ceci semble confirmé par [Mt 16, 25-26], que l'on retrouve en [Mc 8, 35] et en [Lc 9, 24] : « Qui veut sauvegarder sa vie, la perdra ; mais qui perd sa vie à cause de moi, l'assurera. Et quel avantage l'homme aura t-il à gagner le monde entier, s'il le paie de sa vie » ? Ce passage montre bien où se situe le combat pour le Royaume : dans l'âme, car gagner le monde entier sur un plan terrestre ne rapporte rien à l'âme. Par contre, livrer bataille pour sauver son âme est un acte juste lorsque l'on est armé de la foi.

Dans tous les cas, rien ne permet d'affirmer, surtout en confrontation avec l'économie générale des quatre Évangiles, qu'une violence négative permette d'accéder au Royaume. Tout le Nouveau Testament, toute la Bible le démontre ! La violence négative, la violence contre l'esprit, contre les commandements est toujours route vers le péché, le négatif entraînant la haine et donc le contraire de l'Amour, alors même que l'Amour est, si l'on me passe cette expression, la mesure à laquelle Dieu nous jugera ! Le sort des violents négatifs est donc en fait déjà scellé : ils n'auront pas le Royaume !

En fait, la violence n'est en elle-même ni positive, ni négative, ni bonne, ni mauvaise. Tout tient en ce que l'on met dans cette violence, celle-ci n'étant qu'un instrument. C'est donc la finalité bonne ou mauvaise de la violence qui prévaut, donc la manière dont cet instrument est utilisé, donc certes sa fin mais aussi sa forme ! Un acte bon ne peut se faire par des moyens mauvais, être méchant contre le méchant rendant soi-même méchant comme l'écrivit saint Augustin dans son sermon CCCII : « Tu le condamnes et tu fais comme lui ? Tu veux par le mal triompher du mal ? Triompher de la méchanceté par la méchanceté ? Il y aura alors deux méchancetés qu'il faudra vaincre l'une et l'autre »…

Et on en revient ici à l'épisode de Jésus chassant les marchands du Temple (Mt 21, 12-17). Jésus fait ici montre d'une très grande violence, y compris physique, mais cette violence est canalisée pour le zèle de la maison de son Père qui n'est plus respectée. Les marchands avaient voulu s'emparer de la maison de Dieu pour en faire un repère de brigands, de bandits, de voleurs ; ce sont eux qui ont créé la première violence, une violence insultante et humiliante pour le Royaume de Dieu, et c'est pourquoi Jésus, pourtant plein d'Amour divin, fait montre de violence en les chassant brutalement. Il y aurait donc une violence matérielle légitime, qui permettrait d'accéder au Royaume, à la condition que l'intention de cette violence soit droite et axée vers le seul bien, et avec un cœur pur ! Un parallèle entre l'épisode des marchands du Temple et la parole de Jésus est ici frappante, une véritable double parabole… On peut aussi penser à saint Jean le baptiste qui lui-même était violent en paroles ; ne traitait-il pas d'engeance de vipères les pharisiens et les sadducéens (Mt 3, 7). Jésus lui-même ne traita t-il pas d'hypocrites les scribes et les pharisiens (Mt 23, 13…) ; Jésus ne critique pas ici les Juifs, très loin de là, mais un certain intégrisme fondé sur un rigorisme de façade et sur une lecture uniquement littérale de la Loi. Jésus ne traita t-il pas même de Satan - ou du moins d'appelé par Satan - le disciple auquel il confie ses brebis, saint Pierre lui même (Lc 22, 31), ainsi que les juifs qui ne le reconnaissent pas ! Des mots extrêmement violents, mais tous axés vers le bien, dictés par le zèle pour le Royaume des Cieux, Royaume d'ailleurs destiné par les Béatitudes non pas aux doux, qui auront la terre en partage (Mt 5, 4), mais aux pauvres en esprit, donc à ceux qui sont humbles dans leur cœur et dans leur esprit (Mt 5, 3) !

Comment ne pas penser aussi à ce passage des Écritures où Jésus dit aux pharisiens qu'ils ont fermé à clé les portes du Royaume, plus personne ne pouvant y rentrer derrière eux (Mt 15, 6-9; Mc 7, 1-13). Quel parallèle avec le passage de l'Évangile de Luc ici étudié : les mêmes mots, les mêmes idées ! Les pharisiens se sont emparés avec violence des clés du Royaume et sont persuadés qu'ils ont le contrôle de l'accès au Royaume, ce que leur dénie Jésus ! Et Jésus de redonner symboliquement ces clés à Pierre (Mt 16, 19), Jésus étant lui-même la porte (Jn 10, 9) ; Pierre qui d'ailleurs était lui-même un homme violent et impétueux, bref, un homme comme un autre… Quel exemple pour nous que ce Pierre, qui a même renié le Christ et qui pourtant a les clés du Royaume ! Quel espérance pour tout homme pêcheur ! Il y a alors critique de la violence de ceux qui veulent s'approprier le Royaume, au nom même de la Loi et des prophètes, ce qui est inadmissible pour Jésus qui est venu sauver tous les hommes ; dans ce seul cas, on peut y trouver une critique des zélotes qui veulent imposer la loi divine par la force, mais ce n'est pourtant même dans cette hypothèse qu'une infime dimension du message contenu par cette parole de Jésus.

Si l'on relie les deux passages, on voit donc bien que le Royaume des Cieux appartient aux violents qui s'en emparent, mais Jésus introduit une nuance : ceux qui usurpent le droit d'en détenir les clés seront balayés par la colère de Dieu, alors que ceux qui les ont reçu du Christ auront eux le droit d'y faire accéder. Mais, il faut y prendre garde, si ces derniers ne se conforment pas à la volonté de Dieu ou abusent de leurs prérogatives, ils deviendront alors semblables aux scribes et aux pharisiens, ces violents usurpateurs qui se veulent seuls accédants au Royaume. Il existe cependant une légère contradiction entre [Lc 16, 16] et [Mt 11, 12], contradiction pouvant laisser penser à une autre violence, celle venant d'ennemis de la vérité. « Le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s'en emparent. » Cette lecture semble confirmée par deux paroles très proches dans le texte de Matthieu de Jésus : « Que celui qui a des oreilles entende ! » (Mt 11, 15), et : « Mais à qui vais-je comparer cette génération ? » (Mt 11, 16).

Il y a donc deux lectures possibles de deux passages mis au même niveau dans les concordances synoptiques. Pourtant, la référence à [Mt 16, 25] et d'autres passages ouvre une perspective dans le sens d'une violence positive. Mais, finalement, n'y a t-il pas coexistence des deux violences, chacun des deux évangélistes ayant mis l'accent sur la forme de violence qui éclaire le mieux son discours. On aurait donc un jeu à deux violences et à deux temps, une véritable matrice scripturale ! Violence positive du temps de Jésus, violence positive de notre temps, violence négative du temps de Jésus - à confronter avec sa Passion et aux difficultés de sa mission -, violence négative de notre temps ! Finalement, on est ici en présence de deux textes bien plus profonds et bien moins anodins qu'il n'y paraît, car ils sont une véritable description de la réalité du monde et de la confrontation entre les deux Cités telles que posées par saint Augustin…

« Si ta main ou ton pied entraînent ta chute, coupe-les et jette-les loin de toi; mieux vaut pour toi entrer dans la vie manchot ou estropié que d'être jeté avec tes deux mains ou tes deux pieds dans le feu éternel ! Et si ton oeil entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi; mieux vaut pour toi entrer borgne dans la vie que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne de feu ! » (Mt 18, 8-9). Si l'on pense maintenant à [Mt 18, 8-9], on peut y trouver une autre interprétation d'une violence positive. Une autre approche y est ici proposée, approche pouvant elle aussi s'interpréter de diverses manières, mais non sans rapport avec la matrice des violences évoquées précédemment ; il y a dans les propos de Jésus une très grande violence, une violence physique, dans sa propre chair, auto-mutilatrice, mais violence allant de pair avec la violence du bien, avec la recherche de l'absolu de Dieu et du bien. Précisons cependant que cette mutilation ne doit pas être physique ; elle est avant tout spirituelle !

En fait, dans ces divers passages, Jésus veut attirer notre attention sur la nécessité de se faire violence et donc de chercher à devenir un homme nouveau, un homme violent lorsqu'il lutte contre les péchés qui entachent son âme, ces péchés étant directement reliés à la chair… Cela signifierait-il que la violence positive peut aussi exister sur le plan matériel ? C'est là une question ouverte, et il n'est pas impossible que la réponse à y apporter soit positive, ce qui permettrait de justifier dans certains cas l'usage d'une violence légitime, dès lors que celle-ci est exercée par l'autorité légitime…

Jésus s'exprime ici sous une forme absolue… Parlons-en, car l'absolu est paradoxal, car souvent lié à la violence ! La violence, surtout du sacré, ne doit-elle pas avant tout être pensée en termes d’absolu ? L’absolu n’est-il pas, bien plus que le bien ou le mal - car il y a une violence du bien -, le véritable critère de la violence, et ce d’autant plus quand le sacré s’en mêle, comme trop souvent aujourd’hui ? Comment ne pas penser à Goetz, ce mercenaire qui, dans Le diable et le Bon Dieu (1951) de Sartre, fait le mal avec la foi d’un saint et le bien avec la rage d’un homme de guerre ? L’absolu ou sa recherche n’est-il pas la vraie définition de la violence ? On peut ici penser aux concepts chrétien de guerre sainte ou musulman de jihâd. Ainsi, Al-Djazaïri, fortement influencé par le wahhabisme le plus extrême cependant, a t-il défini en 1964 l’objectif du jihâd comme étant « de faire face aux ennemis de la religion et de la Nation, (…), … prohiber toute adoration autre que celle du Seigneur, (…) répandre la justice et la vertu. » Mais il ne s’agit ici que du petit jihâd (al-jihâd-l'-asghar), pas du vrai qui est lutte en soi-même contre son mal intérieur ! Le vrai jihâd est élan intérieur, lutte, effort ; le "vrai" jihâd (al-jihâd-l'-akba) est victoire du bien sur le mal, le plus souvent pensée comme victoire intérieure

Revenons un court instant sur le paradoxe de la violence du bien, et prenons un exemple lié au passage étudié : saint Jean le baptiste. Ce dernier fut un grand violent. Mais sa violence fut toujours dirigée contre le mal, contre l'orgueil, contre le péché de l'homme. Il n'a jamais tué ou blessé personne, mais il a blessé le mal et touché non pas Hérode mais le mal et le péché qui détruisaient Hérode. Cela laisse présupposer qu'il peut y avoir une violence positive, une violence moralement et éthiquement légitime, mais à la condition que celle-ci ait pour objectif de détruire l'objet mauvais. Néanmoins, pour qu'elle soit légitime, ou plutôt pour que cette légitimité soit complète, il est nécessaire que cette violence produise moins de mal qu'elle n'en produit. C'est là tout le défi lancé aux politiques dans la définition d'une politique de sécurité, car l'usage régalien de la force et de la violence légitime peut conduire à des excès contraire à la loi naturelle et aux désirs de l'homme. Ceci impose donc une capacité réelle de discernement, alors même que cette capacité n'est le plus souvent que fort peu répandue.

Revenons aussi sur l'idée que l'absolu, ou sa recherche, pourrait être l'une des véritables définitions de la violence, ou plutôt l'un de ses aspects trop souvent méconnu. En ce sens, le message des Béatitudes n'est-il pas sublimement, suprêmement violent ? Même le pur est touché dans sa quête d'absolu par la violence, par celle du bien, car le bien peut se recevoir en pleine gueule ! Ne serait-ce donc pas dès lors tout le sacré qui serait violence, dès lors qu'on cherche à le vivre avec plénitude ? Il faudrait donc abandonner à ce point du raisonnement la vision négative de la violence, dépasser la seule vision négative de la violence pour voir et traiter aussi d'une violence du bien ? L'abandon à Dieu d'une Thérèse de Lisieux n'est-il pas aussi violence ? Ne dit-on pas se faire violence ? Bien absolument pur, mal absolument sale, deux extrêmes qui finalement ne veulent rien dire car ignorant l'homme ? En voulant faire l'absolu bien ou l'absolu mal, ne détruit-on pas l'humanité ? Car c'est en cherchant le bien que Torquemada a fait le mal ! Donc, hors de l'individuel, le sacré absolu est toujours violence et même violence à soi-même. L'absolu, alors que Dieu est inaccessible et que l'homme n'est pas Dieu ! Imiter Dieu, ou chercher à l'imiter, c'est faire violence absolue, et on peut le démontrer en analysant par exemple certaines tentatives de clonage humain où l'homme cherche à se substituer à Dieu ou encore à certains ravages sur l'environnement commis par un homme se croyant maître de la nature et de l'univers ! Absolu de l'absolu ! Et si Sartre avait saisi avec Goetz l'une des facettes les plus difficiles de la question, lui qui s'était pourtant trompé en affirmant que l'enfer c'est les autres alors que l'enfer, le vrai, c'est la solitude, c'est soi-même ne vivant qu'en soi-même, l'absolu de soi-même…. La vacuité bouddhique serait en ce sens violence absolue, violence suprême, mais elle n'est pourtant pas solitude car elle est aussi compassion, donc vision de l'autre, étant par là même un obstacle au nirvana absolu ! L'homme n'est pas fait pour vivre seul, et la société sera toujours moins violente que la société ! Oui, Thérèse de Lisieux aura été violente, même si celle-ci a été humanisée par la violence même, simpliste certes, de ces sœurs qui la taquinaient. Son vrai salut ne s'est-il pas trouvé plus que dans son abandon à Dieu en ces brimades qui la ramenaient à son humanité ? Car, quelle est la frontière entre l'extase et l'exaltation religieuse ? Peut-être celle séparant les deux faces de la violence… Les pères du désert n'étaient-ils donc pas dans l'erreur en cherchant la solitude humaine absolue ? Pourtant eux-mêmes ressentaient le besoin de se réunir périodiquement en communauté. Pensons à la violence subie par Saint Paul sur le chemin de Damas, cette violence divine qui allait le canaliser vers la violence du bien, en faisant l'Apôtre de l'Amour ! mais l'amour absolu, lorsqu'il n'est pas divinité lui-même, n'est-il pas violence pour celui qui la subit ? Ne parle t-on pas de divorce parce que l'un des conjoints est trop encombrant de sa sollicitude et de son amour ? C'est en fait l'excès qui fait la violence, que ce soit l'excès du bien, l'excès du mal, ou l'excès d'indifférence… La violence serait ainsi une caractéristique de l'homme, de son subconscient, le moteur de son action… La violence de certains jeunes des banlieues n'est-elle pas parfois l'expression d'un appel au secours ?

Donc, en gardant à l'esprit ce qui précède, en en particulier le lien à la force - que celle-ci soit forte ou faible pour reprendre des concepts de physique -, et l'idée d'absolu, la violence peut se définir comme étant tout ce qui porte atteinte à l'intégrité de la personne ou d'un bien, quelle que soit cette intégrité, y compris morale. Et on rejoint ici la définition que donne Paul Ricoeur de la violence : « La destruction par quelqu'un d'autre de la capacité d'agir d'un sujet » (Soi-même comme un autre, 1990, page 187). Cette définition est intéressante, mais elle reste néanmoins non satisfaisante, car elle ignore la violence volontaire ou non contre soi-même, ainsi que la violence contre les biens ou contre les idées. Néanmoins, en s'en inspirant, on pourrait définir la violence comme étant tout acte visant à l'absolu ou à la destruction de la capacité d'agir ou d'exister d'un agent quelconque. Seul le rapport à l'absolu me semble devoir être retenu dans le cas de Jésus et de sa parole, car il ne veut pas d'une souveraineté matérielle…

Deux passages des Synoptiques sont particulièrement forts quant à l'attitude à adopter face à celui qui nous fait du mal, et sont à l’origine de l’approche pacifiste (sous les réserves que l’on peut donner à ce mot) des chrétiens. Chez Matthieu, « 38Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. 39Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre. 40À qui veut te mener devant le juge pour te prendre ta tunique, laisse lui aussi ton manteau. 41Si quelqu'un te force à faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. 42À qui te demande, donne ; à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos. » (Mt 5, 38-42) (notons, pour bien comprendre le verset 41, il faut savoir qu’il s’agit d'une référence à la réquisition de portage imposée aux Juifs par les Romains, à la fin de porter leurs bagages sur un mille romain environ, réquisition jugée humiliante). Et chez Luc, « 29À qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre. À qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique. 30À quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas. 31Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux. » (Lc 6, 29-31)

Une première remarque relative à [Mt 5, 39]. Ce que l'on traduit par méchant, le mot grec ponerôs est-il ici un adjectif neutre ou un substantif masculin ? S'il s'agit d'un adjectif, il se rapporte soit au mal que l'on veut nous faire, soit à l'état de celui qui est dans la peine, celui qui souffre ; s'il s'agit d'un substantif, il se rapporte à l'homme mauvais. Il apparaît que ce dernier sens est celui retenu par les exégètes pour traduire [Mt 5, 39]. Pourtant, une autre lecture, bien plus lié aux Béatitudes pourrait être effectuée en retenant le second sens de l'adjectif, car [Mt 5, 39] se traduirait alors par : Et moi je vous dis de ne pas résister à celui qui est dans la peine. Cette traduction va en apparence à l'encontre des versets qui suivent, mais elle a pourtant l'avantage d'insister sur la souffrance du méchant, et donc sur l'impératif de charité et de compassion du chrétien. Il faudrait peut être en fait traduire ce verset de la manière suivante : Et moi je vous dis de ne pas résister au méchant car il est dans la peine, doublant le mot grec, mais insistant sur les deux dimensions du méchant qui à la fois fait le mal et à la fois souffre, même sans le savoir… Alors, l'économie générale du sermon sur la Montagne se trouverait intégralement respectée, car on y trouve une dimension de relation mutuelle ! Par contre, je pense que l’on doit éliminer d’office le sens que donnent parfois Aristote ou Xénophon au mot « méchants », pour désigner le peuple par opposition aux aristocrates.

Ces deux textes considérés comme similaires dans les Synoptiques se veulent avant tout être une critique de la loi du talion ; mais ils sont aussi plus que cela. On remarquera néanmoins d'emblée que le texte mathéen (Mt 5, 38-42) est bien plus dur et difficile à appliquer que le texte de Luc (Lc 6, 29-31) de par l'idée posée de ne pas résister au méchant. Par contre, dans l'Évangile de Luc, il n'est pas fait directement référence à l'idée de résister au méchant, même si certains des exemples que donne Jésus chez Matthieu s'y retrouvent. En fait, les deux textes doivent être lus conjointement car on retrouve chez Luc une phrase qui permet de mieux comprendre la dureté de [Mt 5, 39] : « Et comme vous voulez que les hommes agissent envers vous, agissez de même envers eux » (Lc 6, 31). On retrouve certes cette phrase dans l'Évangile de Matthieu, mais bien après, en conclusion du sermon sur la Montagne : « Ainsi, tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux: c'est la Loi et les Prophètes » (Mt 7, 12). Il s'agit là, comme l'a écrit Jean Radermakers (Au fil de l’évangile selon saint Matthieu. 2. Lecture continue, 1972, pages 102 et 104 ; note 35), de la règle d'or, résumé de la Loi et des prophètes. C'est donc bien là la clé de lecture de ce qui suit, car du mal ne peut naître le mal ! Et tout se fonde sur l'attitude individuelle de chacun.

Nous insisterons particulièrement dans un premier temps sur [Mt 5, 39]. Il s'agit de la cinquième antithèse du Sermon sur la Montagne à la justice radicale, antithèse relative à la légitime défense et à la riposte au conflit ouvert ; elle est située dans un passage visant avant tout à exposer l'idée de paix qui prédomine dans la pensée de Jésus, à la suite des Béatitudes… Ce n'est ici qu'une loi personnelle à lire à l'aune de la volonté de pratiquer les Béatitudes, et non pas d'une loi d'État. Ce que veut faire comprendre Jésus, c'est que dans la sphère du privé, tout coup, même justement porté, entraîne une réaction de violence, créant une chaîne sans fin de violence. Jésus s'adresse en effet ici aux individus et leur donne des préceptes individuels. Ce n'est pas à l'homme de se venger, même en cas d'injustice ; il est pour cela une justice supérieure, celle de Dieu, comme le dit saint Paul : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu » (Rm 12, 19), donc d'une certaine manière aussi celle collective des hommes, puisque, toujours selon saint Paul, tout pouvoir vient de Dieu (Rm 13, 1), alors que « les magistrats ne sont pas à craindre quand on fait le bien, mais quand on fait le mal » (Rm 13, 3). Ici donc, pour prévenir la vengeance, il y a la justice terrestre, en tant qu'image ou lieutenance de la justice divine, l'autorité et les magistrats disposant du glaive pour punir les méchants. « Ce n'est pas en vain qu'elle porte le glaive : en punissant, elle est au service de Dieu pour manifester sa colère envers le malfaiteur » (Rm 13, 4).

En parlant des méchants, Jésus évoque avec réalisme la nature de certains hommes - voire de l'homme lui-même -, ainsi que les rapports qui en découlent, tout ceci étant finalement la finalité de son propos sur la justice dans le Royaume des Cieux (Mt 5, 17-7, 12), la Loi ne pouvant s'accomplir que par une justice surabondante, même si elle ne sera véritablement accomplie qu'hors du monde. Jésus parle surtout aux hommes de la justice du Royaume des cieux, plus que de celle de la terre, même si l'accomplissement de cette justice des Cieux dès le monde terrestre est une piste vers le Royaume. Il nous montre surtout qu'Il est venu pour accomplir et humaniser la Loi qui ne doit plus être maîtresse mais servante des hommes, cette Loi ne pouvant de plus s'accomplir que par une justice surabondante, ou plus encore par un Amour surabondant.

Certains hommes ont une intention mauvaise, et la réaction classique est de chercher à se faire justice soi-même. Or, Jésus n'est favorable ni à la loi du talion, qui se veut dans son principe équilibre - ce qu'elle n'est pas dans son application dès lors que les pharisiens et les scribes ne s'attachent qu'à la lettre de la Loi et non pas à son esprit -, ni au fait de se faire justice soi-même. Il fait d'ailleurs à plusieurs reprises référence aux juges et à leur rôle social, tout comme saint Paul, en particulier en [Rm 13, 3]. La loi du talion était pourtant déjà progrès par rapport à la vengeance pure et simple (Ex 21, 24 ; Lv 24, 20 ; Dt 19, 20), même si elle n'était pas spécifique aux seuls Hébreux comme le montre par exemple le Code de Hammurapi qui est dominé par cette double idée d'équilibre et de proportionnalité de la peine, mais non pas du dol ou du mal subi. Mais la loi du talion est fondée sur les idées de riposte et de représailles, ce qui peut conduire à une spirale sans fin de violence, un peu comme dans les cas de vendetta en Corse ou comme le démontre encore l'actuelle situation au Moyen-orient. Le sang appelle le sang ! Or, ce n'est pas là la vision de Jésus ! Ce que recommande Jésus c'est tout d'abord de ne pas être l'agresseur. Puis de ne pas résister à l'agresseur, renversant ici la logique traditionnelle de la Loi, allant même très loin puisque demandant certes de ne pas répondre à la violence par la violence, mais aussi de ne pas chercher à se défendre par une procédure légale, encore que ce dernier point ne soit pas véritablement avéré, car il évoque plus le cas où l'on est soi-même déféré devant un juge, et demandant dès lors surtout de ne pas attendre le jugement, même en cas d'injustice, en renonçant à son droit. Il ne s'agit pas là d'une hyperbole manifestant une pure intention, mais d'un acte à vivre, comme le feront les Apôtres (Ac 5, 41). Il y a en fait mise en perspective entre sa propre attitude et l'attitude du Père (Mt 5, 42 par rapport à Mt 7, 11). C'est le prolongement de l'Amour du prochain jusqu'à l'Amour de l'ennemi. Tout se retrouve dans le «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48).

Selon cette parole, il apparaît ainsi que la violence, privée du support que lui procure la résistance de ses victimes, disparaîtra d'elle-même. Il ne s'agit ni de résignation, ni démission, mais d'un acte de foi, d'un acte de confiance. Il y a avant tout rejet de la loi individuelle du talion (Dt 19, 18-21), loi qui était déjà elle-même atténuation de la vengeance personnelle en imposant une proportionnalité. C'est le courage du dialogue, de la volonté, de la conciliation, de la réconciliation qui est mis ici en avant, bien plus que la simple non-violence, que la passivité, que la non résistance… C'est aussi l'encouragement à la vertu de patience. Il faut savoir tendre la main à celui qui nous fait du mal, et non pas lui rendre le mal, car notre devoir de chrétien est de chercher à le sauver avant tout pour qu'il devienne un juste à son tour. C'est là le véritable honneur du chrétien. Ce n'est pas un appel au renoncement, mais un conseil de vie, Jésus sachant très bien que l'homme ne peut être parfait ; saint Pierre lui-même nous le démontre par ses actes, alors même qu'il est le détenteur des clés du Royaume (Mt 16, 19)… Jésus nous demande surtout de dépasser la justice des pharisiens et des scribes, l'idéal étant que Jésus accomplit toute justice (Mt 3, 15). En fait, l'authentique justice s'accomplit dans le secret, devant le Père (Mt 6, 1-18), et Jésus nous demande surtout d'éviter d'être nous mêmes des sources de querelles, la réponse brutale à la méchanceté étant elle-même méchanceté. Le chrétien se doit donc avant tout de faire œuvre de charité (1Co 13, 13), donc doit faire preuve au maximum de mansuétude, la priorité étant avant tout, outre d'aimer, de ne surtout pas être hypocrite (cf. Mt 6, 2)…

Jésus précise ici toute l'étendue du devoir de charité, car il ne faut pas répondre au mal par le mal, car on n'est plus alors en présence d'un bon et d'un méchant, mais de deux méchants ! C'est ce que dit saint Augustin, même s'il se fonde dans ce cas sur [Rm 12, 21], en proclamant dans son sermon CCCII (10) déjà cité : « Tu le condamnes et tu fais comme lui ? Tu veux par le mal triompher du mal ? Triompher de la méchanceté par la méchanceté ? Il y aura alors deux méchancetés qu'il faudra vaincre l'une et l'autre. C'est aussi ce qu'écrivait saint Paul : Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez à coeur de faire le bien devant tous les hommes » (Rm 12, 17), ou encore l'Apôtre Pierre lui-même qui nous dit : « Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l'insulte pour l'insulte ; au contraire, bénissez, car c'est à cela que vous avez été appelés, afin d'hériter la bénédiction » (1P 3, 9).

Il s'agit donc bien là d'une parabole à finalité morale et individuelle, d'un appel absolu à faire le bien, donc à dépasser sa nature humaine, par delà et à cause de la Grâce divine ! Pourtant, il ne s'agit pas là d'une obligation, mais d'un conseil, Jésus lui-même ne l'ayant pas appliqué en [Jn 18, 22-23] en questionnant le garde l'ayant giflé lors de son arrestation, acceptant cette gifle si Lui a mal parlé ! Il faut surtout que l'individu évite de tomber dans les péchés de colère ou de vengeance, qui sont contraires à la volonté divine, vengeance personnelle qui était déjà condamnée dans l'Ancien Testament (Lv 19, 18). Il faut avant tout chercher à conquérir son agresseur par la force de la mansuétude. On retrouve ici la condition de ne pas être l'agresseur posée par saint Augustin pour qu'une guerre soit juste. Ce n'est donc pas ce passage, qui fonde le renoncement, mais bien plus [Mt 5, 29] qui impose de ne pas faire scandale. En fait, saint Thomas d'Aquin a bien entrevu la question en étudiant dans le même ensemble la guerre, la rixe, la sédition, …, unissant dans une même réflexion les péchés contre la paix que sont la discorde, la dispute, le schisme, la guerre, la rixe, la sédition, le scandale et la sottise, insérant dans cette partie de la IIa-IIae les préceptes de la charité et le don de sagesse, alors même qu'elle traite avant tout du péché ! Face à l'outrage, aux corvées, aux chicanes, il faut avant tout ne pas chercher à répondre, car le méchant va trouver dans cette résistance motif à continuer ; et il y a donc avant tout devoir de chercher à convaincre, avant d'agir.

En aucun cas ce texte ne se rapporte à l'attitude collective de l'État ; il ne relève que de la sphère individuelle, et de la mise en œuvre en chacun du commandement d'Amour du prochain. On peut ici penser au sermon CCCII (11) de saint Augustin où il rappelle, s'appuyant d'ailleurs sur saint Paul : « Il y a pour les méchants des juges, il y a des pouvoirs établis. « Ce n'est pas sans raison, dit l'Apôtre, que le pouvoir porte le glaive ; car il est le ministre de Dieu dans sa colère : mais contre celui qui fait le mal. Le ministre de la colère divine contre celui qui fait le mal. Si donc tu fais le mal, poursuit-il, crains. Ce n'est pas sans raison qu'il porte le glaive. » » Même si l'homme doit tendre individuellement vers la justice, ce n'est pas à lui individu de l'assumer, mais bien plus à Dieu ou à l'État… On doit aussi rapprocher ce passage des paroles de Jésus relatives aux fils du Royaume et aux fils du méchant (Mt 13, 36-50). Nous ne devons pas être des méchants, car Dieu lui-même les jettera dans le feu de l'enfer (Mt 13, 50). Et Jésus nous montre bien que l'évolution de l'homme est lente, le juste et le méchant se révélant peu à peu à eux-mêmes…

Ce texte peut cependant se rapporter indirectement à l'État - en tant que réunion
d'une population humaine - en lui faisant pour obligation de chercher, même en cas d'injustice subie, de chercher avant tout la paix, la conciliation, bref de ramener le méchant dans le droit chemin. Et il y a surtout rejet de l'égalité traditionnelle existant entre l'affront subit et la riposte à rendre ; de ce fait, la guerre ne doit pas avoir de conséquences pires que l'affront subit. D'ailleurs, Jésus donne une indication en ce sens un peu plus loin en évoquant les jugements des tribunaux, même s'Il demande à ses disciples de chercher avant tout à les éviter (Mt 5, 40). Dans tous les cas, il faut échapper à l'engrenage de la violence. On peut ici penser à ce qu'est théoriquement le judo, c'est-à-dire une voie de la souplesse cherchant à utiliser la force de l'autre pour le vaincre lui-même, la force étant ici l'indicible force de l'Amour et de la charité ; on peut aussi penser à la non-violence telle que prêchée par Gandhi ou par le Pasteur Martin Luther King. Par la gratuité de l'acte individuel de non réaction, Jésus donne à l'homme un moyen d'accéder lui-même à la gratuité de la grâce divine. Et l'on rejoint ici à nouveau saint Augustin…

Ces paroles de Jésus, plus qu'un ordre impératif - Il sait que tout cela ne sera possible que dans la Cité de Dieu -, sont avant tout un appel à la conversion personnelle et à s'amender soi-même. Il sait bien que nous ne pouvons les suivre dans tous les cas, mais il nous y encourage, cherche surtout à donner un sens à la Loi qui ne doit plus être conçue comme quelque chose de figé et d'inhumain, mais avant tout comme quelque chose de vivant et à adapter aux circonstances, alors même qu'Il ne la remet pas en cause…

Deux remarques maintenant… En premier lieu, Jésus nous demande, si nous sommes frappés sur la joue gauche, de tendre l'autre (Mt 5, 39). Mais il ne nous dit rien si l'on est à nouveau frappé, car l'homme n'a que deux joues… Sans chercher à discuter pour savoir ce qu'est cette autre joue comme l'a fait par exemple saint Augustin, ce n'est pas un mauvais calembour que de poser la question du que faire après, car Jésus lui-même peut être violent (Mt 21, 12-17). Ensuite, pour ce qui est des exemples donnés par le Christ, il n'est pas question ici du cas où l'on veut soi-même mener quelqu'un devant le juge, mais du cas où l'on est l'accusé ; et lorsque l'on est forcé à marché et que l'on marche plus, celui qui force à marcher doit marcher avec soi.

En fait, ce passage ne doit pas être isolé du reste du Sermon sur la Montagne, car il est un élément clé de l'économie globale, et il ne doit donc se lire qu'à la seule aune des Béatitudes et des commandements individuels d'Amour (Mt 22, 36-40), la Loi elle-même étant ici dépassée expressément par Jésus qui l'accomplit (Mt 5, 17-20), même s'Il semble la durcir ou la contredire, notamment lorsqu'Il parle de l'adultère (Mt 5, 27-32) ou encore des rapports entre frères (Mt 5, 21-26). « N'allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abroger, mais accomplir. Car, en vérité je vous le déclare, avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l'i ne passera de la loi, que tout ne soit arrivé. Dès lors celui qui transgressera un seul de ces plus petits commandements et enseignera aux hommes à faire de même sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux ; au contraire, celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le Royaume des cieux. Car je vous le dis: si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, non, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Mt 5, 17-20). Dans le sermon sur la Montagne, et vues les références citées par Jésus, la Loi doit se comprendre comme étant l'ensemble des commandements que Dieu a donné à son peuple ; elle est donc plus que le Décalogue, et, dans l'absolu, on peut estimer, surtout du fait de la référence aux Prophètes, que Jésus parle de la Loi comme étant à la fois les commandements et les livres du Pentateuque contenant ces commandements, sens que reprendra saint Paul en [2Co 3, 15]. Par contre, et là encore du fait de la référence aux Prophètes, elle ne peut s'entendre comme dans [Jn 10, 34] ou [Rm 3, 19] au sens d'ensemble de l'Ancien Testament. Ceci renforce le caractère moral et non pas politique du sermon sur la Montagne, et l'on peut retrouver dans les antithèses le sens de force poussant l'homme à choisir entre le bien et le mal que donne saint Paul à la Loi en [Rm 7, 22-23] et en [Rm 8, 2]. Le lien est dès lors facile avec le texte des Béatitudes, avec [Mt 5, 4] et [Mt 5, 9] dont [Mt 5, 39] est en quelque sorte l'apothéose : « Heureux les doux : ils auront la terre en partage ; Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu », un lien devant aussi être établi avec [Mt 5, 21-26]. « Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre répondra au tribunal. Et moi je vous le dit : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; celui qui dira à son frère : "Imbécile" sera justiciable du Sanhédrin ; celui qui dira : "Fou" sera passible de la géhenne du feu. Quand tu vas présenter ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère à quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande. Mets-toi vite d'accord avec ton adversaire, tant que tu es en chemin avec lui, de peur que cet adversaire ne te livre au juge, le juge au gendarme, et que tu ne sois jeté en prison. En vérité, je te le déclare : tu n'en sortiras pas tant que tu n'auras pas payé jusqu'au dernier centime. » De même, un autre lien majeur doit être fait avec [Mt 5, 44] : « Aimez-vos ennemis ! » C'est ce qu'Hilaire de Poitiers (In Mat. 4, 27) synthétisa en écrivant que la foi prescrit d'aimer ses ennemis et par le sentiment universel de la charité elle brise les mouvements de violence dans l'esprit de l'homme, non seulement en empêchant la colère de se venger, mais encore en l'apaisant jusqu'à aimer celui qui a tort.

Un dernier point : ne s'agit-il pas aussi et avant tout du prêche d'une attitude à venir, de celle à tenir face aux persécutions qui viendront dans les premiers siècles de l'Église ? Car Jésus évoque souvent la persécution à cause de son nom, tant chez Matthieu (Mt 5, 11-12) que chez Luc (Lc 6, 22) ! Et surtout, Jésus ne parle t-il pas de sa propre Passion ? « Vous avez condamné , vous avez assassiné le juste : il ne vous résiste pas » (Jc 5, 6)…

Conclusion pratique : dans un souci permanent de justice et d'Amour du prochain, il ne faut pas être l'agresseur, et il faut rechercher avant tout la paix, y compris parfois en donnant l'impression de renoncer, tant que ce renoncement ne remet pas en cause la respect des deux grands commandements d'Amour… Et gardons toujours à l'esprit que nous ne sommes pas Dieu, mais des créatures de Dieu...
freeze
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par freeze »

Merci SBS pour ta trés complète réponse.
Je te répondrai l'année prochaine quand j'aurai fini de tout lire et de tout comprendre :-D
sylvain34110
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par sylvain34110 »

En deux petites phrases je dirais :

-nous savons que Dieu est lent à la colère mais que quand il se met en colère il ne fait pas semblant.

De même le fils (qui nous enseigne dans l'évangile au passage à être lent a la colère) est très doux et très lent à la colère ce qui peut expliquer pourquoi il aurait eu cette soudaine violence.

Le Christ est venu pour les pécheur, et comme il le dit à plusieurs reprises quand il voit leur manque de foi il leur dit "jusqu'à quand vous supporterai-je"... On voit que malgré leur manque de fois Jésus reste calme et aimant mais le fait que le temple de son Père fut transformé en lieu de voleur à enflammer sa colère !
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par Christian »

Bonjour à tous,

Toute intervention de SBS est passionnante, et celle ci-dessus est le produit d’une profonde recherche, qui m’intimide. J’offrirai une réponse plus simple à la question originale de freeze. Ce passage est le seul de Sa vie où Jésus initie une agression physique contre autrui. Or ramenons cette agression à sa juste intensité. Jésus chasse les marchands, Il renverse les tables des changeurs, Il n’en frappe aucun. Il ne détruit rien. Il ne prend la propriété de personne (les changeurs ramasseront leurs sous tombés à terre). Jésus peut se le permettre car Il se trouve dans la maison de son Père. Il est chez Lui. Ne peut-on faire sortir de chez soi les squatters et les importuns ?

Chez Luc et Mathieu, la référence à Son Père est répétée : « Ma maison… ». Dans un autre passage où Il commente la redevance due au Temple, Jésus pose la question à Pierre : les fils de rois paient-ils l’impôt à leur père ? Evidemment non. Révélateur. Ce temple, Jésus le considère à juste titre comme Sa demeure. C’est pourquoi Il se permet de décider quel usage en sera fait. A aucun autre moment de Sa vie, Jésus ne chasse les marchands, les changeurs, les riches d’aucun autre lieu, où ils sont chez eux. L'action de Jésus n'a aucun caractère politique et social. Elle est strictement liée au contexte du Temple de Jérusalem, aujourd'hui disparu.
SBS
En fait, la violence n'est en elle-même ni positive, ni négative, ni bonne, ni mauvaise. Tout tient en ce que l'on met dans cette violence, celle-ci n'étant qu'un instrument. C'est donc la finalité bonne ou mauvaise de la violence qui prévaut, donc la manière dont cet instrument est utilisé, donc certes sa fin mais aussi sa forme !

c'est pourquoi Jésus, pourtant plein d'Amour divin, fait montre de violence en les chassant brutalement. Il y aurait donc une violence matérielle légitime, qui permettrait d'accéder au Royaume, à la condition que l'intention de cette violence soit droite et axée vers le seul bien, et avec un cœur pur !
Voilà une idée qui me paraît diablement (je pèse mes mots) dangereuse. Pour deux raisons :

-- ce petit donc qui relie, dans le deuxième paragraphe cité ci-dessus, l’action de Jésus à une « violence matérielle légitime » est totalement déplacé. Car si l’action de Jésus est droite, par définition, et part d’un « cœur pur », qui dira qu’il peut en être de même d’une action strictement humaine ?

-- on ne peut pas plus légitimer la violence par le résultat espéré qu’on ne peut le faire en arguant d’un « cœur pur ». Car l’avenir nous est inconnu. Et les plus grandes souffrances infligées aux êtres humains le furent toujours par ceux qui croyaient sincèrement œuvrer pour le bien.

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Olivier JC
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par Olivier JC »

Bonjour,

Effectivement, l'intervention de SBS est très intéressante.

Sur ce même passage d'Evangile, j'avais lu un autre regard. Les marchands du Temple étaient installés à l'intérieur du Temple, dans la cour au sein de laquelle il était permis aux non-juifs d'entrer.

Jésus entend mettre un terme à cette "colonisation", puisque le Temple est "maison de prière pour tous les peuples".

Mais il va de soi que les deux regards me semblent tout à fait complémentaires.

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Serge BS
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par Serge BS »

Christian,

Je réponds partiellement à ta légitime remarque dans mon texte même par la citation de Saint Augustin qui la suit. Je vais chercher dans ma documentation le fichier où je commente d'ailleurs ce passage de Saint Augustin, et, dès que je l'ai retrouvé, je le mets en ligne afin de préciser ce que je voulais dire. Il est vrai que cela peut paraître ambigüe.

Oui, c'est en effet le fruit d'une longue recherche, puisque c'est un résumé d'un passage de ma thèse dont le sujet est : La guerre et le métier des armes chez les auteurs chrétiens des cinq premiers siècles.
___________________________________________________________________________________
Olivier,

Pour ce qui est du statut de la cour du Temple, je vais rechercher. Je pense que je devrai trouver cela dans un gros bouquin sorti au Cerf en 1998 : Le monde où vivai Jésus, ou bien alors chez le Père De Vaux.
freeze
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par freeze »

Bon, je dois dire que part votre érudition à tous, j'ai un peu l'impression que le sujet ma échappé
parce que j'ai du mal à vraiment extraire une explication clair.... (heureux les simples d'esprit) :-D

Cependant à la lumière de ce que vous dites, ne peut on pas dire simplement que
Jésus a particulièrement réagit à cette situation car les marchands avait introduit une autre divinité(l'argent)
dans la maison de père?
Le Temple ou l'eglise doit être un lieu qui doit rester pur, un refuge, ce qui explique cette soudaine colère. :boxe:

Il va de soit que je ne considère pas l'argent comme une divinité mais certains oui.
Serge BS
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par Serge BS »

Il suffisait de lire les dix premières lignes de mon message ! Vous y aviez une première réponse simple ! La suite n'est qu'un commentaire éclairant, et à la portée de toute personne souhaitant vraiment comprendre !
freeze
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par freeze »

SBS a écrit :Il suffisait de lire les dix premières lignes de mon message ! Vous y aviez une première réponse simple ! La suite n'est qu'un commentaire éclairant, et à la portée de toute personne souhaitant vraiment comprendre !
Mon chère SBS, il est évident que j'apprécie vos efforts et soyez sure que j'essaye de comprendre,
cependant ma préférence va vers un dialogue en forme de ruisseau et non en forme de torrent.

Peut être est-ce ma faute d'avoir fait le rapprochement du mot violence avec Jésus, qui a eu pour
conséquence que vous m'expliquiez votre point de vu à coup de canon.

J'ai cru ressentir dans vos écrits un agassement qui justifier les nombreuses références sur le message d'amour du Christ.
Je n'ai aucun doute que Jésus soit l'agneau de DIEU et c'est justement pour cette raison que cette épisode m'intéresse.

Jésus ne nous a pas habituer à lutter de cette façon, en faisant appel à notre force physique,
il aurait très bien pu profité de cette évènement pour continuer à nous enseigner comme il avait toujours fait.
c'est à dire en faisant appel à notre conscience et notre intelligence.

Maintenant bien sure on peut voir une métaphore.
Serge BS
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Re: Les marchands du temple et la colère de Jésus

Message non lu par Serge BS »

Vous savez, Freeze, ce n'était pas un canon ! tout au plus un modeste crapouillot !

En fait, comme vous l'avez noté, je réponds toujours de deux manières : - une réponse courte, modèle petit ruisseau; - une réponse longue, modèle petite rivière (je suis conscient de mes limites, et quand je les oublie, je me souviens de cette réponse de Jésus à Don Camillo : Tu te prends pour un transatlantique alors que tu n'es qu'une modeste barque au milieu d'un lac dont tu vois les rives ! Ce n'est que du cinéma, mais cette réplique est si belle, si forte...)!

Dans tous les cas, je suis touché que vous ne rejetiez pas mes petites rivières qui sont aussi, je le sais d'expérience, utiles ! Je crois d'ailleurs que la force de ce forum est de permettre la co-existence sur un même sujet de petits ruisseaux et de petites rivières, même si ces ruisseaux n'alimentent pas forcément ces rivières, mais d'autres ! Comme cela chacun, y compris ceux qui n'écrivent pas sur le forum mais réagissent par mèl ou MP, a le choix, selon ses propres besoins ! Nous nous complétons en fait tous, sachant que nos ruisseaux et nos rivières alimentent en fait tous ensemble l'Océan de la Foi ! Il y a plusieurs voies nous apprend la spiritualité chrétienne ! Nous sommes chacun un filet d'eau cherchant à suivre l'une de ces voies dans la rigole de son bas-côté !

Je me réjouis même lorsque des athées, des théistes, des croyants non catholiques viennent ici ! C'est la preuve que le Catholicisme, que Dieu les interpelle, même s'ils ne s'en rendent pas compte ! C'est la preuve que Dieu les appelle à suivre l'une des voies vers Lui ! Et puis, lorsqu'ils nous asticotent, ils nous forcent à quitter nos ronrons, à chercher des réponses !
antoine henry
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La colère de Jésus

Message non lu par antoine henry »

Bonjour à tous et à toutes,

Je viens de méditer l'Evangile de la messe du 9 novembre (dédicace de la basilique du Latran). A ce propos, je réfléchis sur cette scène particulière où Jésus fait un fouet avec du cordage (préméditation ??) et chasse les vendeurs du Temple. Je plaisante un peu en écrivant "préméditation" mais, dans les faits, peut-on imaginer que cette colère ait pu monter et éclater, un peu comme nos colères ? Et dans ce cas, que peut-on dire de cette colère par rapport aux commandements de Dieu ? La colère n'est certainement pas toujours un péché. Qu'en pensez-vous ? Merci de vos contributions.
etienne lorant
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Re: La colère de Jésus

Message non lu par etienne lorant »

La colère de Jésus n'est pas de la même "substance" que la colère des hommes. Dans le cas précis, c'est encore un signe laissé aux hommes. Les cordages ne peuvent pas faire grand mal. De même la colère de Dieu n'est pas à l'image de la colère des hommes. Il ne faut pas se laisser prendre par le sens littéral. Quand un père (autrefois, puisqu'aujourd'hui c'est interdit) infligeait une fessée à son fiston, il le faisait dans un but éducatif - et je peux dire que chez moi, çà a marché ! La colère divine qui mena à l'arche de Noé, quand "Dieu se repentit" d'avoir créé l'homme, c'est tout autre chose. Dans tous les cas, la "colère" de Jésus est sainte, non-vulnérante et légitime: il rétablit l'ordre dans la maison de son Père.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
antoine henry
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Re: La colère de Jésus

Message non lu par antoine henry »

Merci Etienne pour cette réponse,

Toutefois je pense que la colère "des hommes" n'est pas toujours quelque chose de vain ou de franchement à la marge de ce que doit faire ou dire un chrétien. Déjà qu'y a-t-il sous le terme "colère" et puis il faut voir le contexte et la manière.

Même si, j'en convient, la colère de Jésus ne peut être comparée à celle des hommes (vous avez parfaitement raison), j'ose penser (c'est ma contribution à ce post) que la colère n'est pas systématiquement à classer dans "péché".

De mon humble avis, il y a des colères saines. Tout dépend de la forme, comme je l'ai déjà écrit, et là, c'est autre chose. Que devient l'autre dans ce contexte ?
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