Un gentil athée a écrit :Bonjour,
Gerald a écrit :Il y a six péchés contre le Saint-Esprit :
1 désespérer de son salut ;
Celui-ci n'est-il pas à la fois performatif et aussi, par voie de conséquence, non-peccamineux, et donc, finalement, auto-contradictoire performativement ?
Je m'explique : les péchés contre l'Esprit ne sont pas remis. Or désespérer de son salut est un péché contre l'Esprit, donc n'est pas remis. Donc quelqu'un qui désespère de son salut ne sera pas sauvé (caractère performatif du péché). Donc quelqu'un qui désespère de son salut aura raison d'en désespérer puisque le simple fait d'entretenir ce désespoir le prive de son salut. Donc quelqu'un qui désespère de son salut entretient une croyance vraie, et par conséquent ne pèche pas. S'il ne pèche pas, alors il sera sauvé. S'il est sauvé, alors il pèche contre l'Esprit en désespérant de son salut, donc il ne sera pas sauvé, etc., etc.
Je précise que je n'en fais pas une affaire d'état et qu'il y a sans doute une manière fort acceptable de sortir de cette impasse logique apparente que je me plaisais seulement à souligner car j'aime bien jouer avec les paradoxes
Bonne journée.
Je pense que la difficulté est levée par les clarifications de Saint Thomas. Il y a trois acceptions du péché contre l'Esprit et c’est la deuxième acception, l’impénitence FINALE, qui n’est remise en aucune façon (ni en ce monde, puisqu’il faudrait faire pénitence pour remettre le péché en ce monde, ni dans l’autre, puisqu’on est mort sans avoir fait pénitence). Voici les trois acceptions :
Première acception : « Les anciens docteurs: Athanase, Hilaire, Ambroise, Jérôme et Chrysostome disent qu'il y a péché contre le Saint-Esprit lorsque, littéralement, on dit un blasphème contre le Saint-Esprit, soit qu'on prenne ces mots comme le nom essentiel qui convient à la Trinité tout entière, dont chacune des personnes est sainte et est esprit; soit qu'on les prenne comme le nom personnel d'une seule personne. (…) ils ont blasphémé contre le Saint-Esprit en attribuant au prince des démons les oeuvres qu'il [Jésus] accomplissait par la vertu de sa divinité et par l'opération du Saint-Esprit. C’est pourquoi l'on dit qu'ils blasphémaient contre le Saint-Esprit. »
Deuxième acception : « S. Augustin lui, dit que le blasphème ou péché contre l'Esprit Saint, c'est l'impénitence finale, lorsqu'un homme persévère dans le péché mortel jusqu'à sa mort. Et cela ne se fait pas seulement par la parole de la bouche, mais aussi par la parole du coeur et de l'action, non en une seule fois, mais à de multiples reprises. (…) »
Troisième acception : « D'autres prennent encore la chose autrement. Ils disent qu'il y a péché ou blasphème contre l'Esprit Saint quand quelqu'un pèche contre le bien qu'on attribue en propre à l'Esprit Saint. (...) Cela se produit de deux façons. Parfois cela vient de l'inclination de l'habitus vicieux, appelé malice, mais alors le péché de malice n'est pas le même que le péché contre l'Esprit Saint. D'autres fois, cela vient du fait que ce qui pouvait empêcher le choix favorable au péché est rejeté et éloigné avec mépris, comme l'espérance par le désespoir, la crainte par la présomption, etc., comme on va le dire bientôt. Or tous ces éléments qui mettent obstacle au choix du péché sont des effets de l'Esprit Saint en nous. Voilà pourquoi pécher ainsi c'est pécher contre l'Esprit Saint, par malice. »
« Le Maître des Sentences distingue six espèces de péché contre l'Esprit Saint: le désespoir, la présomption, l'impénitence, l'obstination, l'opposition à la vérité reconnue, l'envie des grâces accordées à nos frères. (…) Dans la mesure où le péché contre l'Esprit Saint revêt la troisième acception, il est juste de lui assigner ces six espèces. »
Au passage, Saint Thomas précise que « Le péché de désespoir, ou celui de présomption, ne consiste pas à ne pas croire à la justice de Dieu, ou à sa miséricorde, mais à les mépriser. »
Maintenant, sur le fait que les péchés contre l'esprit soient ou ne soient pas remis, on peut déjà noter, avec saint Augustin, que la phrase de Jésus peut être comprise de façon restrictive :
« S. Aug. (serm. 2 sur les paroles du Seig., chap. 1 et 5). Ce passage renferme un grand mystère, et il faut demander à Dieu la lumière nécessaire pour bien l'exposer. Je vous le déclare, mes très chers frères, peut-être dans toutes les saintes Écritures ne trouve-t-on pas une question plus importante et plus difficile. Remarquez d'abord que Notre-Seigneur n'a pas dit: Aucun blasphème contre l'Esprit saint ne sera remis, ni: Celui qui aura dit une parole quelconque contre l'Esprit saint, mais: «Celui qui aura dit la parole». - Et au chap. 6: Il n'est donc point nécessaire de regarder comme irrémissible tout blasphème, toute parole contre l'Esprit saint, il faut seulement reconnaître qu'il y a une parole qui dite contre l'Esprit saint, ne peut obtenir de pardon. »
http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/dk5.htm#bfd
C'est pourquoi Saint Thomas distingue entre l'impénitence finale et les autres péchés contre l'esprit :
« ARTICLE 3: Le péché contre l’Esprit Saint est-il irrémissible?
(…)
Ce péché contre l'Esprit Saint est déclaré
diversement irrémissible suivant ses diverses acceptions. Si on le prend
pour l'impénitence finale, alors il est appelé irrémissible parce qu'il n'est remis d'aucune façon. En effet, le péché mortel dans lequel on persévère jusqu'à la mort, puisqu'il n'est pas remis en cette vie par la pénitence, ne le sera pas non plus dans la vie future.
Mais,
suivant les deux autres acceptions, il est dit irrémissible, non pas en ce sens qu'il ne puisse plus être remis d'aucune façon, mais parce que, de soi, il ne mérite pas d'être remis. Et cela doublement:
1° D'abord quant à la peine. En effet, celui qui pèche par ignorance ou par faiblesse mérite une peine moindre; mais celui qui pèche par malice caractérisée n'a pas une excuse qui puisse atténuer sa peine. Pareillement aussi, ceux qui blasphémaient envers le Fils de l'homme, tant que sa divinité n'était pas révélée, pouvaient avoir quelque excuse dans le fait qu'ils voyaient en lui une chair fragile, et ainsi méritaient-ils une moindre peine. Mais ceux qui blasphémaient la divinité elle-même en attribuant au diable les oeuvres de l'Esprit Saint, n'avaient aucune excuse qui pût diminuer leur peine. C'est pourquoi l'on dit, suivant le commentaire de S. Jean Chrysostome, que ce péché n'a été remis aux juifs ni en ce siècle ni dans le siècle futur, puisqu'ils ont subi pour cela un châtiment, et dans la vie présente par les Romains, et dans la vie future avec la peine de l'enfer. Dans le même sens, S. Athanase rapporte aussi l'exemple de leurs ancêtres: d'abord ils entrèrent en lutte contre Moïse à cause du manque d'eau et de pain, et le Seigneur le supporta patiemment, car ils avaient une excuse dans la faiblesse de la chair. Mais ensuite ils péchèrent plus gravement et blasphémèrent pour ainsi dire contre l'Esprit Saint en attribuant à une idole les bienfaits de Dieu qui les avait tirés de l'Égypte, lorsqu'il déclarèrent (Ex 32, 4): " Voici tes dieux Israël, ce sont eux qui t'ont ramené du pays d'Égypte. " C'est pourquoi le Seigneur, tout ensemble les fit punir sur-le-champ puisque " ce jour-là trois mille hommes environ périrent ", et les menaça d'un châtiment pour l'avenir en disant: " Quand à moi, au jour de ma vengeance, je visiterai ce péché qu'ils ont fait. "
2° Quant à la faute, la chose peut s'entendre d'une autre manière. De même qu'une maladie est dite incurable par sa nature propre, du fait qu'elle abolit ce qui peut aider à la guérison, par exemple lorsqu'elle enlève la vigueur de la nature, ou qu'elle dégoûte de la nourriture et du remède, bien que Dieu puisse pourtant guérir une telle maladie. De même le péché contre l'Esprit Saint est dit irrémissible par sa nature en tant qu'il exclut ce qui produit la rémission des péchés. Cependant cela ne ferme pas la voie du pardon et de la guérison devant la toute-puissance et-la miséricorde de Dieu, et il arrive grâce à elles que de tels pécheurs sont spirituellement guéris comme par miracle. »