Le blasphème contre le Saint-Esprit

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Dúbida
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Le blasphème contre le Saint-Esprit

Message non lu par Dúbida »

Bonjour :)
En lisant l'évangile de Marc (3:28;3:29), je suis tombée sur ceci :

28. Je vous le dis en vérité, tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu’ils auront proférés ;
29. mais quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n’obtiendra jamais de pardon : il est coupable d’un péché éternel.

Je pense (et j'espère) que ce n'est pas à prendre au sens littéral, mais dans ce cas, comment comprendre ce passage ?
Harfang
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Re: Blasphème contre le Saint-Esprit : péché éternel ?

Message non lu par Harfang »

Que veux dire : Blasphémer contre le Saint-Esprit ? Est-ce une résistance à ce dernier ?
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Raistlin
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Re: Blasphème contre le Saint-Esprit : péché éternel ?

Message non lu par Raistlin »

Chère Dubida,

Voici un passage du Catéchisme de l'Eglise catholique particulièrement éclairant sur ce sujet :
CEC a écrit :984 Le Credo met en relation "le pardon des péchés" avec la profession de foi en l’Esprit Saint. En effet, le Christ ressuscité a confié aux apôtres le pouvoir de pardonner les péchés lorsqu’il leur a donné l’Esprit Saint.
Comme on peut le voir, le pardon des péchés est directement lié à l'Esprit Saint. C'est Lui qui nous purifie et nous renouvelle pour faire de nous des Fils et des Filles de Dieu.

Le blasphème contre l'Esprit Saint c'est Le rejeter, Lui et Son offre de Salut, et Lui refuser la possibilité de nous guérir et de nous faire entrer dans la Vie. Bref, c'est refuser le pardon de Dieu.
Et le CEC confirme un peu plus loin :
CEC a écrit :1864 " Tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis " (Mt 12, 31 ; cf. Mc 3, 29 ; Lc 12, 10). Il n’y a pas de limites à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l’Esprit Saint (cf. DeV 46). Un tel endurcissement peut conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle.
Cordialement
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Dúbida
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Re: Blasphème contre le Saint-Esprit : péché éternel ?

Message non lu par Dúbida »

Merci Raistlin :)
Je dois dire que la façon dont le texte est écrit me faisait penser que blasphémer (ce que je comprend comme "proférer des injures", mais j'imagine que ce n'est pas le seul sens) UNE SEULE FOIS contre le Saint Esprit, et paf péché éternel, et tout ça sans possibilité de pardon ! Ce qui serait assez effrayant...
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Sofia
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Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

Message non lu par Sofia »

Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre. Évangile selon Matthieu, chapitre 12, vv 31-32.

Bonjour,
Dans quelles circonstances peut-on dire que quelqu'un "pèche contre l'Esprit-Saint" ?
J'ai lu deux choses :
- que c'est lorsqu'on sait que Dieu existe, qu'Il nous aime mais qu'on refuse volontairement de Le suivre;
- que c'est lorsqu'on pense que l'on a tellement péché que Dieu ne peut pas nous pardonner (péché d'orgueil).
Quelle est la bonne réponse ?

Et pourquoi Jésus, dans le passage précédent, dit que ce blasphème ne sera pas pardonné même dans ce monde ?
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Libremax
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

Message non lu par Libremax »

Sofia a écrit : Bonjour,
Dans quelles circonstances peut-on dire que quelqu'un "pèche contre l'Esprit-Saint" ?
J'ai lu deux choses :
- que c'est lorsqu'on sait que Dieu existe, qu'Il nous aime mais qu'on refuse volontairement de Le suivre;
- que c'est lorsqu'on pense que l'on a tellement péché que Dieu ne peut pas nous pardonner (péché d'orgueil).
Quelle est la bonne réponse ?
Et pourquoi Jésus, dans le passage précédent, dit que ce blasphème ne sera pas pardonné même dans ce monde ?
Refuser l'Esprit, c'est refuser de reconnaître Dieu.
Donc effectivement, la personne qui constate l'oeuvre de Dieu, qui est conscient de Sa grâce et de Son amour, et la rejette, se ferme totalement à Dieu: le pardon n'est plus possible, tout simplement parce que cette personne n'en veut pas.
Le péché contre l'Esprit, c'est le péché contre Dieu "en connaissance de cause".

Jésus précise que ce péché ne pourra être pardonné ni dans ce monde, ni dans l'autre. Pour les catholiques, c'est le signe que certains péchés qui seront restés non pardonnés dans cette vie pourront être pardonnés au Ciel. C'est un aspect du Purgatoire.

Mais ce péché-là, nul ne peut le pardonner tant qu'il ne cesse pas.
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Invité
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

Message non lu par Invité »

Sofia a écrit :
Dans quelles circonstances peut-on dire que quelqu'un "pèche contre l'Esprit-Saint" ?
J'ai lu deux choses :
- que c'est lorsqu'on sait que Dieu existe, qu'Il nous aime mais qu'on refuse volontairement de Le suivre;
- que c'est lorsqu'on pense que l'on a tellement péché que Dieu ne peut pas nous pardonner (péché d'orgueil).
Quelle est la bonne réponse ?



je pense que c'est un peu ça , un endurcissement tel qu'on en vient à refuser le pardon de Dieu où l'espoir d'être pardonné. En effet, le pire pêcheur ne doit jamais désespérer de son sort.

Catéchisme. 1864 " Tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis " (Mt 12, 31 ; cf. Mc 3, 29 ; Lc 12, 10). Il n’y a pas de limites à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d’accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l’Esprit Saint (cf. DeV 46). Un tel endurcissement peut conduire à l’impénitence finale et à la perte éternelle.


Il ne faut, en effet, désespérer pendant cette vie d'aucun pécheur, quelque dépravé qu'il soit, et ce ne sera jamais témérité de prier pour celui dont il est permis encore d'espérer le salut. St Augustin.


Supposons un homme chargé de tous les crimes. Je veux qu'il ait commis tout ce qui exclut du royaume céleste; qu'il sorte non du milieu des infidèles, mais des rangs des amis de Dieu et de ceux qui ont sucé la foi avec le lait: qu'il devienne ensuite fornicateur, adultère, débauché, voleur, ivrogne, abandonné aux dernières infamies, blasphémateur et le reste ; hé bien ! je n'admets pas qu'un tel homme désespère de son salut non, eût-il continué jusqu'à une extrême vieillesse cette mauvaise et abominable vie. Si la colère de Dieu était une passion, je concevrais que l'on désespérât d'en pouvoir jamais éteindre la flamme allumée par tant de crimes. Mais comme la divinité est impassible de sa nature, et que, lors même qu'elle punit et châtie, elle le fait non-seulement sans colère, mais encore avec une tendre sollicitude et un grand amour pour les hommes, il s'ensuit qu'il faut avoir une confiance invincible et croire fermement à la vertu de la pénitence. St Jean Chrysostome



Sofia a écrit :
Et pourquoi Jésus, dans le passage précédent, dit que ce blasphème ne sera pas pardonné même dans ce monde ?


ce passage, en sous entendant que des péchés peuvent être pardonnés dans l'autre monde, annonce la doctrine du purgatoire.

S. Grég. (Dialog. 4, 34). Ce passage nous donne à entendre que certaines fautes sont pardonnées en ce monde, tandis que d'autres ne sont remises que dans l'autre ...
gerardh
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

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_____

Bonjour Sofia,

Le passage de Marc 3 versets 22 et suivants est plus explicite.

Quant à ce monde, il faut comprendre ce siècle, cette époque biblique. C'était encore l'époque de la Loi ; ce le sera encore, dans un sens, dans un temps futur. Aujourd'hui nous sommes dans une autre époque, le temps de la grâce, où tous les péchés, même les plus graves, ont été remis à tous les chrétiens à la croix du calvaire.


___________
Gerald
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

Message non lu par Gerald »

Selon le catéchisme de saint Pie X :
Combien y a-t-il de péchés contre le Saint-Esprit ?

Il y a six péchés contre le Saint-Esprit :

1 désespérer de son salut ;

2 espérer par présomption se sauver sans mérite ;

3 combattre la vérité connue ;

4 envier les grâces d’autrui ;

5 s’obstiner dans ses péchés ;

6 mourir dans l’impénitence finale.

Pourquoi dit-on que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit ?

On dit que ces péchés sont en particulier contre le Saint-Esprit parce qu’ils sont commis par pure malice, ce qui est contraire à la bonté, attribuée au Saint-Esprit.
http://catechisme.free.fr/stpiex/part5/ ... chap06.htm

Pour plus de précisions, les quatre articles de la question 14 de la deuxième section de la deuxième partie de la somme théologique :

http://docteurangelique.free.fr/livresf ... oc79331883
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Sofia
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

Message non lu par Sofia »

Merci.
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

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Sofia a écrit :J'ai lu deux choses :
- que c'est lorsqu'on sait que Dieu existe, qu'Il nous aime mais qu'on refuse volontairement de Le suivre;
- que c'est lorsqu'on pense que l'on a tellement péché que Dieu ne peut pas nous pardonner (péché d'orgueil).
Quelle est la bonne réponse ?
En fait, les deux reviennent au même. Dans ces deux cas, il y a le refus d'être aimé, par orgueil.
Donc la personne s'exclut elle-même.
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Un gentil athée
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

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Bonjour,
Gerald a écrit :Il y a six péchés contre le Saint-Esprit :

1 désespérer de son salut ;
Celui-ci n'est-il pas à la fois performatif et aussi, par voie de conséquence, non-peccamineux, et donc, finalement, auto-contradictoire performativement ?

Je m'explique : les péchés contre l'Esprit ne sont pas remis. Or désespérer de son salut est un péché contre l'Esprit, donc n'est pas remis. Donc quelqu'un qui désespère de son salut ne sera pas sauvé (caractère performatif du péché). Donc quelqu'un qui désespère de son salut aura raison d'en désespérer puisque le simple fait d'entretenir ce désespoir le prive de son salut. Donc quelqu'un qui désespère de son salut entretient une croyance vraie, et par conséquent ne pèche pas. S'il ne pèche pas, alors il sera sauvé. S'il est sauvé, alors il pèche contre l'Esprit en désespérant de son salut, donc il ne sera pas sauvé, etc., etc.

Je précise que je n'en fais pas une affaire d'état et qu'il y a sans doute une manière fort acceptable de sortir de cette impasse logique apparente que je me plaisais seulement à souligner car j'aime bien jouer avec les paradoxes ;)

Bonne journée.
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Raistlin
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

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Un gentil athée a écrit :Je m'explique : les péchés contre l'Esprit ne sont pas remis. Or désespérer de son salut est un péché contre l'Esprit, donc n'est pas remis. Donc quelqu'un qui désespère de son salut ne sera pas sauvé (caractère performatif du péché). Donc quelqu'un qui désespère de son salut aura raison d'en désespérer puisque le simple fait d'entretenir ce désespoir le prive de son salut. Donc quelqu'un qui désespère de son salut entretient une croyance vraie, et par conséquent ne pèche pas. S'il ne pèche pas, alors il sera sauvé. S'il est sauvé, alors il pèche contre l'Esprit en désespérant de son salut, donc il ne sera pas sauvé, etc., etc.
Franchement, vous raisonnez bizarrement (et vous semblez aimer les sophismes). Dieu sauve ceux qui demandent à être sauvés. Dieu ne sauve personne malgré lui ou sans lui. Ceux qui connaissent le Salut que Dieu propose et désespèrent malgré tout de sa Miséricorde, ceux-là en effet ne pourront être pardonnés pour la simple et bonne raison qu'ils ne demanderont même plus à l'être. Or Dieu ne nous "viole" pas en nous obligeant à vivre dans sa gloire si nous n'en voulons pas.

Cette attitude ne doit pas être confondue avec celle de celui qui connaît sa misère, le mal qui est en lui et s'en lamente, mais sans jamais désespérer de la Miséricorde de Dieu, plus forte que nos péchés. (Ce fut l'attitude de beaucoup de grands saints)

Cordialement,
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Libremax
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

Message non lu par Libremax »

Un gentil athée a écrit : les péchés contre l'Esprit ne sont pas remis. Or désespérer de son salut est un péché contre l'Esprit, donc n'est pas remis. Donc quelqu'un qui désespère de son salut ne sera pas sauvé (caractère performatif du péché). Donc quelqu'un qui désespère de son salut aura raison d'en désespérer puisque le simple fait d'entretenir ce désespoir le prive de son salut. Donc quelqu'un qui désespère de son salut entretient une croyance vraie, et par conséquent ne pèche pas. S'il ne pèche pas, alors il sera sauvé. S'il est sauvé, alors il pèche contre l'Esprit en désespérant de son salut, donc il ne sera pas sauvé, etc., etc.
Cher Gentil athée,

Sans vouloir trop vous répondre avec sérieux, et en imaginant (par absurde, je crois) que quelqu'un se pose au moment décisif le problème en ces termes, il me semble que cette réflexion constituerait précisément l'orgueil de celui qui pense pouvoir être sauvé sans mérite:

Par la seule logique, donc par sa seule réflexion, cette personne s'imaginerait avoir le droit d'être sauvé! Parce qu'il "entretient une croyance vraie" !
Le souci est que l'idée de "vrai" que vous donnez ici est uniquement celle de la vérité logique, et non pas la vérité de l'honnêteté, la vérité du coeur.

Désespérer de son salut, ce n'est pas "s'imaginer qu'on ne sera pas sauvé". Je pense qu'il y a de nombreux bienheureux dans ce cas. C'est se couper de tout espoir d'être sauvé, c'est à dire, puisqu'il faut que tout espoir soit réellement coupé, c'est refuser cet espoir.

Car au contraire, la personne qui n'a plus d'espoir, mais qui est toute prête à le recevoir à nouveau, même contre toute attente, et le recevoir de Dieu Lui-même, a l'attitude la plus sainte qui soit.
Gerald
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Re: Pécher contre l'Esprit (Mt 12, 31-32)

Message non lu par Gerald »

Un gentil athée a écrit :Bonjour,
Gerald a écrit :Il y a six péchés contre le Saint-Esprit :

1 désespérer de son salut ;
Celui-ci n'est-il pas à la fois performatif et aussi, par voie de conséquence, non-peccamineux, et donc, finalement, auto-contradictoire performativement ?

Je m'explique : les péchés contre l'Esprit ne sont pas remis. Or désespérer de son salut est un péché contre l'Esprit, donc n'est pas remis. Donc quelqu'un qui désespère de son salut ne sera pas sauvé (caractère performatif du péché). Donc quelqu'un qui désespère de son salut aura raison d'en désespérer puisque le simple fait d'entretenir ce désespoir le prive de son salut. Donc quelqu'un qui désespère de son salut entretient une croyance vraie, et par conséquent ne pèche pas. S'il ne pèche pas, alors il sera sauvé. S'il est sauvé, alors il pèche contre l'Esprit en désespérant de son salut, donc il ne sera pas sauvé, etc., etc.

Je précise que je n'en fais pas une affaire d'état et qu'il y a sans doute une manière fort acceptable de sortir de cette impasse logique apparente que je me plaisais seulement à souligner car j'aime bien jouer avec les paradoxes ;)

Bonne journée.
Je pense que la difficulté est levée par les clarifications de Saint Thomas. Il y a trois acceptions du péché contre l'Esprit et c’est la deuxième acception, l’impénitence FINALE, qui n’est remise en aucune façon (ni en ce monde, puisqu’il faudrait faire pénitence pour remettre le péché en ce monde, ni dans l’autre, puisqu’on est mort sans avoir fait pénitence). Voici les trois acceptions :

Première acception : « Les anciens docteurs: Athanase, Hilaire, Ambroise, Jérôme et Chrysostome disent qu'il y a péché contre le Saint-Esprit lorsque, littéralement, on dit un blasphème contre le Saint-Esprit, soit qu'on prenne ces mots comme le nom essentiel qui convient à la Trinité tout entière, dont chacune des personnes est sainte et est esprit; soit qu'on les prenne comme le nom personnel d'une seule personne. (…) ils ont blasphémé contre le Saint-Esprit en attribuant au prince des démons les oeuvres qu'il [Jésus] accomplissait par la vertu de sa divinité et par l'opération du Saint-Esprit. C’est pourquoi l'on dit qu'ils blasphémaient contre le Saint-Esprit. »

Deuxième acception : « S. Augustin lui, dit que le blasphème ou péché contre l'Esprit Saint, c'est l'impénitence finale, lorsqu'un homme persévère dans le péché mortel jusqu'à sa mort. Et cela ne se fait pas seulement par la parole de la bouche, mais aussi par la parole du coeur et de l'action, non en une seule fois, mais à de multiples reprises. (…) »

Troisième acception : « D'autres prennent encore la chose autrement. Ils disent qu'il y a péché ou blasphème contre l'Esprit Saint quand quelqu'un pèche contre le bien qu'on attribue en propre à l'Esprit Saint. (...) Cela se produit de deux façons. Parfois cela vient de l'inclination de l'habitus vicieux, appelé malice, mais alors le péché de malice n'est pas le même que le péché contre l'Esprit Saint. D'autres fois, cela vient du fait que ce qui pouvait empêcher le choix favorable au péché est rejeté et éloigné avec mépris, comme l'espérance par le désespoir, la crainte par la présomption, etc., comme on va le dire bientôt. Or tous ces éléments qui mettent obstacle au choix du péché sont des effets de l'Esprit Saint en nous. Voilà pourquoi pécher ainsi c'est pécher contre l'Esprit Saint, par malice. »

« Le Maître des Sentences distingue six espèces de péché contre l'Esprit Saint: le désespoir, la présomption, l'impénitence, l'obstination, l'opposition à la vérité reconnue, l'envie des grâces accordées à nos frères. (…) Dans la mesure où le péché contre l'Esprit Saint revêt la troisième acception, il est juste de lui assigner ces six espèces. »

Au passage, Saint Thomas précise que « Le péché de désespoir, ou celui de présomption, ne consiste pas à ne pas croire à la justice de Dieu, ou à sa miséricorde, mais à les mépriser. »

Maintenant, sur le fait que les péchés contre l'esprit soient ou ne soient pas remis, on peut déjà noter, avec saint Augustin, que la phrase de Jésus peut être comprise de façon restrictive :

« S. Aug. (serm. 2 sur les paroles du Seig., chap. 1 et 5). Ce passage renferme un grand mystère, et il faut demander à Dieu la lumière nécessaire pour bien l'exposer. Je vous le déclare, mes très chers frères, peut-être dans toutes les saintes Écritures ne trouve-t-on pas une question plus importante et plus difficile. Remarquez d'abord que Notre-Seigneur n'a pas dit: Aucun blasphème contre l'Esprit saint ne sera remis, ni: Celui qui aura dit une parole quelconque contre l'Esprit saint, mais: «Celui qui aura dit la parole». - Et au chap. 6: Il n'est donc point nécessaire de regarder comme irrémissible tout blasphème, toute parole contre l'Esprit saint, il faut seulement reconnaître qu'il y a une parole qui dite contre l'Esprit saint, ne peut obtenir de pardon. »

http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/dk5.htm#bfd

C'est pourquoi Saint Thomas distingue entre l'impénitence finale et les autres péchés contre l'esprit :

« ARTICLE 3: Le péché contre l’Esprit Saint est-il irrémissible?
(…)
Ce péché contre l'Esprit Saint est déclaré diversement irrémissible suivant ses diverses acceptions. Si on le prend pour l'impénitence finale, alors il est appelé irrémissible parce qu'il n'est remis d'aucune façon. En effet, le péché mortel dans lequel on persévère jusqu'à la mort, puisqu'il n'est pas remis en cette vie par la pénitence, ne le sera pas non plus dans la vie future.

Mais, suivant les deux autres acceptions, il est dit irrémissible, non pas en ce sens qu'il ne puisse plus être remis d'aucune façon, mais parce que, de soi, il ne mérite pas d'être remis. Et cela doublement:

1° D'abord quant à la peine. En effet, celui qui pèche par ignorance ou par faiblesse mérite une peine moindre; mais celui qui pèche par malice caractérisée n'a pas une excuse qui puisse atténuer sa peine. Pareillement aussi, ceux qui blasphémaient envers le Fils de l'homme, tant que sa divinité n'était pas révélée, pouvaient avoir quelque excuse dans le fait qu'ils voyaient en lui une chair fragile, et ainsi méritaient-ils une moindre peine. Mais ceux qui blasphémaient la divinité elle-même en attribuant au diable les oeuvres de l'Esprit Saint, n'avaient aucune excuse qui pût diminuer leur peine. C'est pourquoi l'on dit, suivant le commentaire de S. Jean Chrysostome, que ce péché n'a été remis aux juifs ni en ce siècle ni dans le siècle futur, puisqu'ils ont subi pour cela un châtiment, et dans la vie présente par les Romains, et dans la vie future avec la peine de l'enfer. Dans le même sens, S. Athanase rapporte aussi l'exemple de leurs ancêtres: d'abord ils entrèrent en lutte contre Moïse à cause du manque d'eau et de pain, et le Seigneur le supporta patiemment, car ils avaient une excuse dans la faiblesse de la chair. Mais ensuite ils péchèrent plus gravement et blasphémèrent pour ainsi dire contre l'Esprit Saint en attribuant à une idole les bienfaits de Dieu qui les avait tirés de l'Égypte, lorsqu'il déclarèrent (Ex 32, 4): " Voici tes dieux Israël, ce sont eux qui t'ont ramené du pays d'Égypte. " C'est pourquoi le Seigneur, tout ensemble les fit punir sur-le-champ puisque " ce jour-là trois mille hommes environ périrent ", et les menaça d'un châtiment pour l'avenir en disant: " Quand à moi, au jour de ma vengeance, je visiterai ce péché qu'ils ont fait. "

2° Quant à la faute, la chose peut s'entendre d'une autre manière. De même qu'une maladie est dite incurable par sa nature propre, du fait qu'elle abolit ce qui peut aider à la guérison, par exemple lorsqu'elle enlève la vigueur de la nature, ou qu'elle dégoûte de la nourriture et du remède, bien que Dieu puisse pourtant guérir une telle maladie. De même le péché contre l'Esprit Saint est dit irrémissible par sa nature en tant qu'il exclut ce qui produit la rémission des péchés. Cependant cela ne ferme pas la voie du pardon et de la guérison devant la toute-puissance et-la miséricorde de Dieu, et il arrive grâce à elles que de tels pécheurs sont spirituellement guéris comme par miracle. »
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