Les questions en canon que vous posez, Virgile, me font penser aux catastrophes aériennes; il est notoire qu'un accident d'avion arrive toujours, systématiquement, suite à une enchaînement de faits mineurs, voire disparates, qu'il faut avoir l'intelligence de synthétiser (d'associer) pour comprendre qu'il y a problème et pouvoir anticiper. Et que si dans une chaîne il n'y avait qu'un seul chaînon manquant, cela suffirait pour que la chaîne soit interrompue définitivement. Ca laisse songeur...
l'Eglise n'en compte proportionnellement certainement pas un plus grand nombre qu'ailleurs.
De par son ministère il a la possibilité, d'entrer facilement en contact avec des jeunes. Il dispose la plupart du temps d'un logement où il lui est loisible d'accueillir librement toutes sortes de gens.
Il est prouvé, d'un point de vue médical, (mais je ne peux plus vous retrouver la référence, ça date) que les prédateurs sexuels, les pédophiles notamment, organisent leur vie en fonction de leur fantasme sexuel, et cela tout au long de leur vie, d'autant qu'entre le moment où ils sont eux-même victimes ou futurs agresseurs inconscient de leur état et le moment où ils sont agresseurs avérés, plein d'actes sont posés par eux, mais pas sciemment. Tout ça pour dire que les pédophiles se retrouvent toujours, comme par hasard, dans les métiers et les structures qui totalisent toutes les conditions d'un passage à l'acte: c'est ainsi qu'ils seront attirés vers les métiers de l'éducation, le sacerdoce (pas que catholique, les autres religions aussi et autant), les métiers de loisirs, d'association sportive, etc...
Donc statistiquement il y a un peu plus de prédateurs sexuels "visibles" dans ces métiers-là qu'ailleurs. Ce qui est alors choquant, c'est que les pères directeurs de séminaires et les évêques ne peuvent pas l'ignorer, mais au contraire se doivent, eux, de redoubler de discernement quant à leur candidat ou leur prêtre.
A propos de la responsabilité des pères, je vous renvoie à un post de Charles d'il y a un mois:
"Dans les grands séminaires diocésains (devenus par la suite interdiocésains en raison d'une baisse des vocations que l'on a mis du temps à reconnaître),
on n'a admis que des jeunes au caractère assez faible pour pouvoir être manipulés par des Supérieurs déjà totalement gagnés aux idées de la pastorale nouvelle. Les séminaires se sont alors transformés en sortes de colonies de vacances
pour jeunes en mal d'identité et en lieux de formatage des esprits, le but étant de faire en sorte que le futur clergé des diocèses de France devienne hostile à tout ce qui vient de Rome. " extrait du site ProLiturgia:
http://pagesperso-orange.fr/proliturgia ... ations.htm
dans le fil:
viewtopic.php?f=93&t=7317
Cela semble renvoyer à un malaise plus profond, dont l'émergence d'un agresseur sexuel ne peut constituer qu'un symptôme parmi d'autres. Il y a peut-être une urgence plus générale, au-delà d'un simple fait.
Le discernement du fait débattu ici n'en reste pas moins délicat pour les évêques:
Si les affaires de pédophilie "surprennent" tout le monde, c'est surtout parce qu'il y a eu un problème de discernement. La plupart des gens vous affirment "qu'ils ne savaient pas": mais mon expérience personnelle me fait croire que beaucoup de gens ne veulent pas savoir et que certains poussent même l'aveuglement jusqu'à refuser la vérité lorsque des preuves sont présentées.
Mais c'est justement là un des noeuds les plus épineux du problème: l'agression sexuelle sur mineur est un tel tabou, un tel scandale qu'on ne peut pas, moralement, porter des soupçons infondés sur une personne, parce qu'on sait que même un soupçon infondé peut la détruire, briser les liens de cette personne avec tout son entourage, la condamner pour toujours à la suspicion et à la médisance. Et ce d'autant plus que l'étiquetage "agresseur sexuel", relève du diagnostic psychiatrique, et que par définition, un diagnostic ne peut être fait et validé que par un médecin psychiatre.
C'est très grave, et à plusieurs niveaux, de se permettre une telle vision d'une personne.
(j'ai l'exemple d'une amie, instit, qui s'est vue accusée de ça parce que les parents de l'élève (qui lui avait trois ans), voulaient gagner des sous parce que les deux ne travaillaient pas! (a y être, ils l'avaient accusée d'un peu tout et n'importe quoi, ce qui a rapidement permis de faire la part des choses...) L'instit en question a été aussitôt défendue, mais reste bien marquée).
La visibilité d'un agresseur reste pour toutes ces raisons difficile à établir: qui croire? qui condamner? Il se trouve en plus que pour les agresseurs les plus intelligents, jouer subtilement sur les doutes des autres participe de la survie de leur assouvissement, de leur survie sociale ou physique même.
Un membre très proche de ma famille a connu un curé disparu suite à une histoire de ce type (et au passage, ça pose quand même la question de l'attitude de l'église quand les faits sont avérés): sincèrement, personne n'a rien vu venir, ni les responsables d'aûmonerie, ni les catéchistes, ni les proches du curé incriminé. Et pour cause, la vitrine était parfaite: "un saint homme" disait-on. Tout simplement parce que le curé en question n'était pas plus bête que mal habillé: aucune de ses victimes ne se sont trouvées être de son entourage proche ou permanent, de sa paroisse la plus fidèle, mais seulement des enfants plus rarement vus. De là comment croire un enfant qui n'a pas les mots pour décrire ce qui lui est arrivé, et qui est persuadé, malgré l'horreur, que ce qui a eu lieu est "normal" parce que c'est un adulte, et qui plus est le curé, qui le lui a dit, après que papa et maman lui ai bien recommandé d'être poli et obéissant avec le prêtre?! Sans compter ceux qui croient être les seuls à avoir vécu cela, ou qui croient qu'ils sont punis avec justice (!!) et qui donc ne disent rien...
Maintenant, je ne sais pas comment la vie s'organise en séminaire, et jusqu'à quel point les choses sont dépistables ou non dans ces lieux; mais il faut compter aussi avec la possibilité que la nature d'une personne agresseur sexuel ne s'y révèle pas, et qu'elle se révèle seulement plus tard, au contact d'enfants...
Sinon, pour la très malheureuse première phrase de l'évêque, ... peut-être que sous le coup de l'émotion, il a cherché à ne pas se ranger d'emblée au rang des accusateursavant le procès, laissant la présomption d'innocence à son prêtre, par souci de justice, de cohésion idéologique, ou parce que lui-même était très touché et sidéré par le fait qu'un des siens, qu'il prenait pour un ange, était en fait un démon...
Bien à vous,
Zélie.