gerardh a écrit :La certitude que j’ai de mon salut serait effectivement de l’orgueil si elle provenait de quelque mérite de ma part. Or je n’ai aucun mérite : j’étais de ceux qui étaient « haïssables, se haïssant les uns les autres » (Tite 3), et « mort dans mes fautes et dans mes péchés » (Eph 2), incapable de m’approcher de Dieu. C’est la grâce de Dieu en Jésus Christ et elle seule qui m’a sauvé et m’a rendu juste à ses yeux. Ce sont ceux qui refuseraient cette grâce « gratuite » qui sont des orgueilleux, car ils pensent devoir faire quelque chose pour mériter leur salut. Cela ne veut pas dire que les œuvres n’ont pas d’importance, mais qu’elles n’ont pas de valeur expiatoire (je pense que prochainement il y aura un discussion sur ce sujet).
Vous faites complètement fi de la liberté de l'Homme. Où est ce que l'homme est libre quand il est enfermé dans une certitude d'être sauvé ? Il n'a plus le choix de son avenir, son avenir lui est déjà donné : il est sauvé. Il n'y a plus de choix de l'homme dans son Salut, il n'a plus à faire de choix : il est sauvé. Il n'a pas le droit de refuser son Salut : il lui est imposé parce qu'à un moment donné il a crû. La liberté de l'homme est fondamentale dans le christianisme, et il est impensable que Dieu puisse aliéner cette liberté, quand bien même pour nous sauver.
Ensuite vous citez des passages bibliques (je ne suis fan des citations bibliques courtes, hors de contexte) pour justifier votre théorie. Reprenons les une à une.
Jean 3,16 : Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle
Dans ce verset on voit le Christ qui est la voie du Salut. Mais en aucun cas il n'est écrit que la vie éternelle est un dû à quelqu'un qui croit. Non, il est clairement établit que celui qui ne croit pas en Lui périra, mais la possibilité d'avoir la vie éternelle est présente quand on croit en Jésus mais en aucun cas il n'y a de certitude. "afin que" C'est assez clair ici, afin que... Le but est là : que les croyants aient accès à la vie éternelle, mais est ce que les croyants atteindront ce but, là est la question.
1 Jean 5, 13 : Je vous ai écrit ces choses afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu
Il faut lire les versets précédents pour bien comprendre ce verset. Mais même seul, ce verset ne dit pas que nous avons la vie éternelle uniquement en croyant en Notre Seigneur. Ce n'est pas une exclusion de tout sauf de la Foi, mais bien qu'il faut avoir la Foi pour être sauvé. Et c'est là tout le sens de ce passage de 1 Jean 5, 1-13. D'ailleurs, comme à chaque fois avec Saint Jean, quand il parle de la Foi, les œuvres ne sont pas bien loin. Et effectivement, c'est juste au dessus, au verset 3 :
1 Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu; et quiconque aime celui qui l'a engendré, aime aussi celui qui est né de lui. 2 A cette marque nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu, si nous aimons Dieu, et si nous observons ses commandements. 3 Car c'est aimer Dieu que de garder ses commandements. Et ses commandements ne sont pas pénibles, 4 parce que tout ce qui est né de Dieu remporte la victoire sur le monde; et la victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi. 5 Qui est celui qui est vainqueur du monde, sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu?
6 C'est ce même Jésus-Christ qui est venu par l'eau et par le sang, non avec l'eau seulement, mais avec l'eau et avec le sang. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, par ce que l'Esprit est la vérité. 7 Car il y en a trois qui rendent témoignage [dans le ciel: le Père, le Verbe et l'Esprit; et ces trois sont un. 8 Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre]: l'Esprit, l'eau et le sang; et ces trois sont d'accord. 9 Si nous recevons le témoignage des hommes, le témoignage de Dieu est plus grand; et c'est bien là le témoignage de Dieu, qui a rendu témoignage à son Fils.
10 Celui qui croit au Fils de Dieu a ce témoignage (de Dieu) en lui-même; celui qui ne croit pas Dieu, le fait menteur, puisqu'i1 n'a pas cru au témoignage que Dieu a rendu à son Fils. 11 Et voici ce témoignage, c'est que, Dieu nous a donne la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils. 12 Celui qui a le Fils a la vie; celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie. 13 Je vous ai écrit ces choses, afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez au nom du Fils de Dieu. (1Jean (CP) 5)
Il faut bien comprendre que l'Eglise dit explicitement qu'il faut la Foi pour être sauvé. Mais pas uniquement elle car nous sommes aussi acteur de notre Salut.
Rom 5, 1 : Ayant donc été justifiés sur le principe de la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre seigneur Jésus Christ
Oui nous sommes justifié, mais attention, nous sommes encore maitre de notre Salut. Toujours la liberté de l'homme. De plus ici il est question de la réconciliation avec Dieu après le pêché originel et nous sommes réconcilié par le Christ.
Là cela veut dire que nous serons jugé par les yeux du Christ au lieu des yeux de la Loi (je fais référence à un passage de l'apocalypse, je n'ai plus les références en tête). Et il vaut mieux être regardé par les yeux aimant du Christ, et donc justifié par Lui, que par les yeux rudes de la Loi. Mais même devant le Christ, le Christ regardera nos œuvres (2 Cor, V 10).
Rom 8, 1 : Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont dans le christ Jésus
Encore faut il être dans le Christ Jésus... Et ça ce n'est pas uniquement par la Foi que vous y arriverez (St Math VII, 21).
Ephésiens 2 : nous étions par nature des enfants de colère, comme aussi les autres. Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause de son grand amour dont il nous a aimés,) alors même que nous étions morts dans nos fautes, nous a vivifiés ensemble avec le Christ (vous êtes sauvés par [la] grâce), et nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes dans le christ Jésus, afin qu’il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans sa bonté envers nous dans le christ Jésus. Car vous êtes sauvés par la grâce, par la foi, et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ; non pas sur le principe des œuvres, afin que personne ne se glorifie ; car nous sommes son ouvrage, ayant été créés dans le christ Jésus pour les bonnes œuvres que Dieu a préparées à l’avance, afin que nous marchions en elles.
Là on voit clairement que la Foi est nécessaire au Salut. Mais vous confondez le principe des œuvres qui est de faire une œuvre pour elle-même et qui nous glorifie (ce dont parle Saint Paul ici), et les œuvres qui sont faites pour la gloire de Dieu et qui servent Son Saint Nom et qui par conséquent ne nous glorifie pas nous, mais glorifie Dieu.
Tite 3 : nous étions, nous aussi, autrefois, insensés, désobéissants, égarés, asservis à diverses convoitises et voluptés, vivant dans la malice et dans l’envie, haïssables, nous haïssant l’un l’autre. Mais, quand la bonté de notre Dieu sauveur et son amour envers les hommes sont apparus, il nous sauva, non sur le principe d’œuvres [accomplies] en justice, que nous, nous eussions faites, mais selon sa propre miséricorde, par le lavage de la régénération et le renouvellement de l’Esprit Saint, qu’il a répandu richement sur nous par Jésus Christ, notre Sauveur, afin que, ayant été justifiés par sa grâce, nous devinssions héritiers selon l’espérance de la vie éternelle
Même réponse qu'en haut, ici il est question du "principe des œuvres". Principe mauvais. Et non pas des oeuvres faites pour la gloire de Dieu et non pour notre propre gloire.
Vous posez la question de l’éloignement de la foi : le chrétien est né de nouveau d’une vie éternelle qui ne peut pas lui être enlevée. Il est par ailleurs scellé du Saint-Esprit, qui vient habiter en lui sans retour en tant que personne divine. Le chrétien ne peut donc pas perdre son salut, même s’il a une crise quant à la foi : il sera sauvé « comme à travers le feu ». A noter que cette assurance n’est en aucun cas une licence pour faire n’importe quoi sous prétexte de la grâce de Dieu : l’épitre aux Romains est très clair à cet égard. Le diable est un ennemi pour le chrétien, mais c’est un ennemi vaincu à la croix : il peut faire chuter quelqu’un, mais il ne peut rien contre le salut d’un chrétien.
Donc pour vous, quelqu'un qui a eu la Foi à un moment donné de son existence mais qui a rejeté ensuite le Christ garde son Salut. Il y a un problème ici dans ce genre de raisonnement. Où est la liberté de l'homme ? Où l'homme peut il être maitre de son destin si parce qu'il a crû une fois alors son Salut est assuré ?
Et désolé, si, c'est clairement un blanc seing pour faire ce que l'on veut...
Vous posez la question du blasphème contre le Saint-Esprit : cela concernait, dans les premiers temps de l’enseignement du Christ, le fait d’attribuer au pouvoir de Satan les miracles effectués par le Christ. Ce péché est propre à une époque, qui reviendra un jour, où le christ rétablira son royaume terrestre pour 1000 ans : en ce temps, les chrétiens seront dans la maison du Père.
Les gens qui attribuent les miracles de Lourdes à Satan pêchent aussi contre le Saint Esprit. Il n'est pas uniquement question des actes de Jésus-Christ qui sont rejeté par ses contemporains. Il est question de toutes les actions du Saint Esprit. Et à partir du moment où on rejette une action du Saint Esprit alors on blasphème contre Lui.
De plus la notion de pêché propre à une époque est assez hasardeuse. Un pêché est un pêché à notre époque ou à l'époque du Christ.
Mais dans notre époque, nous sommes dans le temps de la grâce où « à tout péché, il y a miséricorde ». Le chrétien doit haïr le péché, mais il ne doit pas craindre un éventuel blasphème de sa part contre le Saint-Esprit. C’est pourquoi le chrétien a la paix avec Dieu (voir citation plus haut)
Je ne vois pas pourquoi le chrétien serait exempt de pêcher contre le Saint Esprit. Il n'a pas un bouclier anti-pêché, c'est un pêcheur comme les autres et c'est pour cela qu'il a besoin de la Sainte Miséricorde de Dieu qui s'exprime lors de la confession.
Vous savez aussi que l'acceptation de la Foi est une œuvre. Vu que l'on exerce notre volonté pour faire un choix, ce choix conduit à une œuvre : devenir enfant de Dieu.
Réfléchissez bien au fait que Dieu ne nous fait pas spectateur de notre Salut mais acteur de notre Salut. Il nous offre la possibilité d'être sauvé en croyant en Lui, il faut concrétiser cette possibilité. Nous sommes acteurs et nous sommes libre.
Je vous donne en conclusion une phrase qui m'a marqué pour ce sujet :
Pour nous catholiques, nous pensons que nous sommes justifiés par la grâce, grâce qui s'obtient par la foi agissante en charité (Gal. V, 6)