Je réfléchissais à votre remarque sur ce qui est ou non "position officielle" dans ce sujet délicat des apparitions. Et je crois que vous mettez le doigt très justement, avec beaucoup de lucidité sur quelque chose d'important parce que cela peut prêter vraiment à confusion.
Je vais donc préciser ce qui me semble être correct sur ce sujet. Je vous invite à me corriger sans hésitation si vous pensez que je me trompe. Je cite pour cela tout d'abord le document officiel de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi (uniquement les deux derniers points qui concernent la prise de position de l'Eglise) :
Le document entier est lisible ici : http://www.spiritualite-chretienne.com/ ... ormes.htmlIII. D'autres Autorités habilitées à intervenir.
1. C'est à l'Ordinaire du lieu qu'il appartient au premier chef d'enquêter et d'intervenir.
2. Mais la Conférence épiscopale régionale ou nationale peut être amenée à intervenir :
1. si l'Ordinaire du lieu, après avoir rempli les obligations qui lui incombent, recourt à elle pour étudier l'ensemble du fait.
2. si le fait concerne également la région ou la nation, moyennant le consentement préalable de l'Ordinaire du lieu.
3. Le Siège Apostolique peut intervenir, soit à la demande de l'Ordinaire lui-même, soit à la demande d'un groupe qualifié de fidèles, ceci en raison du droit immédiat de juridiction universelle du Souverain Pontife (cf. infra, IV).
IV. De l'intervention de la S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
1. Interventions de la S. Congrégation
1. L'intervention de la S. Congrégation peut être requise soit par l'Ordinaire, après qu'il a rempli les obligations lui incombant, soit par un groupe qualifié de fidèles. Dans ce deuxième cas, on veillera à ce que le recours à la S. Congrégation ne soit pas motivé par des raisons suspectes (par exemple la volonté d'amener, d'une façon ou d'une autre, l'Ordinaire à modifier ses décisions légitimes, ou de faire ratifier la dérive sectariste d'un groupe, etc.).
2. Il appartient à la S. Congrégation d'intervenir de son propre mouvement dans les cas graves, notamment lorsque le fait affecte une large portion de l'Eglise ; mais l'Ordinaire sera toujours consulté, ainsi que la Conférence épiscopale si la situation le requiert.
2. Il appartient à la S. Congrégation de discerner et d'approuver la façon d'agir de l'Ordinaire, ou, si cela s'avère nécessaire, de procéder à un nouvel examen des faits distinct de celui qu'aura effectué l'Ordinaire ; ce nouvel examen des faits sera accompli soit par la S. Congrégation elle-même, soit par une commission spécialement instituée à cet effet.
Les présentes normes, définies dans la Congrégation plénière de cette S. Congrégation, ont été approuvées par le Souverain Pontife, le pape Paul VI, f. r., le 24 février 1978.
A Rome, du palais de la S. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 27 février 1978.
François, cardinal Seper, Préfet Fr. Jérôme Hamer, o.p., secrétaire.
Concernant cette position officielle, ce que j'ai compris jusqu'ici des différents documents ayant trait à Medjugorje et aux autres phénomènes d'apparition :
- une condamnation définitive du phénomène : c'est du ressort en dernier lieu de la Sacrée congrégation pour la doctrine de la foi
- une authentification du phénomène : idem
- toute décision, directive liturgico-pastorale concernant le vécu de la foi des fidèles en rapport avec le phénomène : du ressort de l'ordinaire du lieu (l'évêque) dans l'exercice de sa fonction
Si donc on reprend l'homélie de l'évêque de Mostar, en ce qu'il a d'officiel :
- dénoncer les prêtres schismatiques : c'est bien officiellement de son ressort et il engage donc légitimement l'autorité de l'Eglise
- rappeler le constat de non-supernaturalité : c'est du ressort de n'importe qui puisque cette décision émane des voix officielles (décision de 1991)
- interdire les manifestations publiques des voyants et la diffusion des messages : c'est bien officiellement de son ressort, car c'est une directive pastorale pour son diocèse
- rappeler les fidèles à la prudence et à l'obéissance ecclésiale : c'est bien officiellement de son ressort de pasteur également
En tous points donc cet évêque, dans son homélie, se fait la voix de la position officielle de l'Eglise sur le phénomène. Il ne statue pas, il donne des directives et des informations pastorales claires et précises dans le cadre stricte de sa mission d'évêque par rapport à ce type de phénomène.
En cela, il n'a même pas besoin d'être relayé par d'autres appuis plus hauts placés : dès lors qu'il ne ment pas ou ne délivre pas de fausses informations, ce qu'on a le devoir de considérer a priori, il exerce légitimement sa fonction d'évêque, avec donc toute l'autorité que l'Eglise lui reconnait. C'est donc une position officielle de l'Eglise.
Maintenant je suis d'accord que lorsqu'il dit, dans une interview, que selon lui, ce serait plutôt un constat de non-supernaturalité, il n'engage ici que son opinion personnelle, étant donné que ce constat est du ressort de la congrégation pour la doctrine de la foi.
Ce n'est pas ce qu'il fait dans cette homélie, et je le redis : ordonner aux voyants et aux fidèles d'arrêter de diffuser leurs messages, corrigez-moi si je me trompe, c'est tout à fait de son ressort officiel d'évêque administrant son diocèse. Si ils ne le font pas ils sont simplement dans la désobéissance à l'Eglise.






