Et donc tout ceci nous avait écarté de la question première mais nous y voilà :
. "Gentil athée", vous demandiez :
"Pourquoi dieu, s'il est bon et tout puissant, n'empêche-t-il pas le mal ? soit il n'est pas bon, soit il n'est pas tout puissant, soit il n'existe pas."
. Nous vous avons, je crois, montré que, en posant le tout comme hypothèse de travail, ça se tenait et on aboutissait à un système cohérent. Sans qu'il soit possible bien sûr de conclure quant à sa véracité réelle.
. La question portait donc sur la confrontation de ce modèle cohérent avec la réalité concrète, expérimentable : ce système cohérent est-il également cohérent et compatible avec le monde tel que nous le connaissons ?
. J'en disais (enfin, pas que moi mais là je parle en mon nom) qu'il aurait fallu d'abord bien s'entendre avec certitude sur les termes de la question :
- qu'appelle-t-on "Mal", qu'appelle-t-on "Bien" ?
- qu'est-ce qui vous permet de déclarer objectivement l'existence du Mal dans le monde ?
- qu'entend-on par "mal objectif" ?
- qu'entend-on par "intervention de dieu" ?
- qu'entend-on par "je crois en" ?
- qu'entend-on par "je" ?
(oui, bon, ça va).
. Vous aviez répondu par des affirmations d'ordre assez abstrait : croyance en une "Idée du Bien", en un "Mal objectif", en considérant que cela réglait la question des fondements, que donc nous étions d'accord sur les termes, et qu'il ne restait donc plus qu'à discuter de la possibilité de coexistence entre ce dieu tout puissant et ce Mal objectif.
. Sauf que voilà : on a un peu creusé.
Et nous voyons donc que nous n'avons effectivement, à la base, au fondement, pas du tout la même définition du Mal. (même si nous avons du mal pour l'instant à donner une définition précise, nous voyons bien qu'apparemment ce sont deux points de vue très différent).
C'est, du coup, le problème :
. Si vous demandez à des chrétiens "si dieu existe, s'il est tout puissant et bon, pourquoi n'empêche-t-il pas le Mal ?",
eux vont essayer de vous répondre, et vous essayerez d'objecter à leur réponses... alors même qu'en faites vous n'avez pas du tout compris la question de la même façon ! D'où un peu un dialogue de sourds (bon, pas tout à fait évidemment, quand-même, mais avec pas mal d'incompréhensions et de contre sens, forcément).
. Parce que, si vous demandez à des chrétiens : "
si dieu existe, s'il est tout puissant et bon, pourquoi n'empêche-t-il pas le Mal ?"
. Vous, visiblement, ne vous incluez pas DU TOUT dans la question. D'après ce que vous avez montré, vous parlez là d'
un Mal qui vous est totalement extérieur, qui frappe autour de vous, ou vous-même, mais ne passe JAMAIS par vous.
. Eux, d'emblée, vont réfléchir à la question en ayant en tête l'idée du
Mal qui traverse toute la création (
"la ligne de partage entre le Bien et le Mal traverse le cœur de chaque Homme", c'est Soljenitsine, je crois), un
Mal dont eux-même se voient comme les acteurs occasionnels, récurrents, un Mal qui est le même de la réflexion blessante à la sœur ou à l'épouse jusqu'à la torture par l'ex-officier SS dans les caves secrètes du Fatah
(oui, bon, c'est pour donner un petit aspect "Jason Bourne" ou "007")
Donc, vous ne partez, chacun, pas du tout sur la même compréhension de la question. Déjà.
. En d'autres termes, vous vous voyez comme
observateur extérieur, d'actes auxquels vous n'avez aucune part*.
(
*aussi parce que vous choisissez d'emblée comme "Mal" QUE les actes que vous n'êtes pas susceptibles de commettre**)
(
**d'où ma question sur la colère et la violence, c'est pour ça, c'est tout.)
(
Si vous regardez bien, vous avez quand même passé pas mal de pages en oubliant la question première, juste pour expliquer que "le Mal" ne passe pas par vous. ç'a quand-même l'air d'un principe important dans votre théorie sur la question.)
...alors que vos interlocuteurs sont, eux, en train de raisonner en se voyant comme acteurs de la question, en considérant des actes qu'ils se savent tout à fait susceptibles de commettre.
Voilà ce que je tire de tout cela.
Ca ne signifie pas que toute discussion sur la question est impossible (comme on se le demandait au tout début),
Mais uniquement que, si vous posez la question à des chrétiens pour connaître la réponse chrétienne, vous êtes bien obligé de prendre en compte la compréhension chrétienne de la question. Cela forme un tout.
Vous ne pouvez pas (c'est une impossibilité logique dont je parle là, remarquez bien, et non morale ou que sais je) poser une question "bâtarde" avec le mot "Mal" compris comme vous le comprenez et le mot "Dieu" comme le concept chrétien.
OU ALORS il s'agit de la question avec VOTRE concept du Mal et VOTRE concept du dieu (sorte de surhomme agissant, pensant comme un Homme, inscrit dans le Temps et l'Espace comme un surhomme), et dans ce cas, effectivement, vous pouvez conclure à l'impossibilité de la coexistence de ces deux concepts..
...mais UNIQUEMENT TELS QUE VOUS LES VOYEZ, donc. Logique.
Mais pour vouloir comprendre la position chrétienne sur la question, il faut bien que vous commenciez par prendre en compte (en hypothèse, s'entend) les concepts chrétiens de Mal et de Dieu.
Sinon, soit ça n'a pas de sens et la question est impossible, soit vous ne pouvez pas tirer de conclusion quant à la croyance chrétienne.
Ceci étant posé, je crois que nous avons un peu plus avancé sur les fondements même de la question.
