Cher Philémon,
philémon.siclone a écrit :Permettez-moi d’inverser la question : pourquoi voulez-vous absolument connaître des amourettes de passage lorsque vous avez déjà auprès de vous une femme que vous aimez, qui vous aime et vous donne entière satisfaction ?
Je ne peux pas répondre à cette question : j'ignorais même que je voulais absolument connaître des amourettes
de passage. (décidément, on se croirait dans la pub sur "les antibiotiques c'est pas automatique" mais version vie amoureuse :
- Ah, tu es pour avoir des relations amoureuses secondaires ?
- Oui.
- Donc tu es pour les larguer au bout de quelques temps ?
- Ben non.
- Ah, donc tu n'es pas pour avoir des relations amoureuses secondaires ?
- Ben si.
- Donc tu es pour les larguer au bout de quelques temps ?
- Ben non.
Etc.)
Faut-il que je l'écrive en gros caractères :
Je ne suis pas pour collectionner les conquêtes comme on constituerait un tableau de chasse. Je ne suis pas pour la monogamie sérielle. Je suis fidèle mais pas exclusif.
philémon.siclone a écrit :Lorsqu’on va voir ailleurs, vous êtes d’accord que cela provient d’un manque ?
Ben non. Pas plus que si vous avez de nouveaux amis ce n'est parce que les anciens ne sont pas assez biens...
philémon.siclone a écrit : Quel est donc ce manque ? Car enfin, on n’agit pas sans raison. Si on recherche quelque chose, c’est que ce quelque chose fait défaut. Et c’est quelque peu inquiétant lorsqu’on sait que l’on ne reste pas éternellement jeune. Comment ferez-vous pour continuer à combler ce manque lorsque vous aurez 60 ans et plus ? Serez-vous un jour de ces immondes personnages qui vont faire du tourisme sexuel en Thaïlande ? Parce que je vais vous dire, ce que vous recherchez n’est ni plus ni moins que le plaisir.
Ben non. Pas plus que vous ne recherchez de nouveaux amis que par plaisir. Pas plus que vous n'avez épousé votre femme que pour le plaisir.
philémon.siclone a écrit : Je ne veux pas nier ici la réalité du plaisir charnel. Cette réalité existe, et elle ne nous quitte jamais de la naissance à la mort. Et ce plaisir, croyez-en ce que vous voulez, ce plaisir, je vous annonce solennellement que vous ne le comblerez jamais. Vous serez toujours insatisfait. Mais au passage, vous aurez utilisé des êtres humains qui vous auront servi d’instrument de plaisir, alors qu’un être humain est bien plus que cela.
Je ne dis pas le contraire !
philémon.siclone a écrit :Il y a plusieurs manières de se faire plaisir : la gastronomie, les divertissements, le pouvoir, les honneurs, et enfin : le sexe ! Ces plaisirs variés de la vie sont à première vue plus ou moins inoffensifs envers autrui. Mais si on y réfléchit bien, ils ne demeurent jamais complètement sans conséquence, pour autrui comme pour soi-même. Car après tout, nous ne sommes pas logés à la même enseigne. Même prendre un bon repas, a priori, ne fait de tort à personne. Oui, sauf que certains n’ont rien à manger. Et vous savez comme moi que dans la course au bonheur, certains se taillent une plus grosse part parce qu’ils sont les plus forts, tout simplement, tandis que d’autres ne se battent même plus parce qu’ils se savent au rang des plus faibles. On ne fait donc jamais rien par hasard.
Bien, donc je note que pour vous, il faut manger frugalement.
philémon.siclone a écrit :Pour en revenir au sujet, lorsque l’homme veut satisfaire un plaisir, il a souvent besoin que d’autres lui servent d’instruments. Un instrument, à la base, n’est guère plus qu’une chose inanimée. Et les êtres humains employés comme instruments de plaisir, pour la satisfaction et la joie d’une personne en particulier, ne sont guère plus que des êtres inanimés à ses yeux. D’où cette vaste comédie faite de manipulations et mensonges, mystifications et moqueries, duperies et arnaques qui pullulent tant dans le monde d’hier comme d’aujourd’hui. Car pour parvenir à ses fins, il faut amener l’autre à faire exactement ce qu’on attend de lui.
C'est très bien tout ça, seulement vous voyez, vous prêchez un convaincu mais vous ne parlez pas de mes idées sur l'amour et le sexe. Bon, le reste est enfin dans le sujet :
Vous dites : les choses seront claires dès le départ. C’est quoi, le « départ » ? A quel moment allez-vous annoncer la couleur ? Car il va bien falloir séduire à un moment ou un autre. Comment allez-vous procéder, concrètement ? Allez-vous d’abord séduire, et ensuite reconnaître que c’est juste pour une aventure secondaire ? Et dans ce cas, il y aura tromperie, parce que la personne aura cru autre chose pendant que vous la séduisiez. Elle se sentira humiliée. Ensuite, elle fera peut-être ce que vous demandez, acceptant le marché, mais espérant secrètement que la situation pourra évoluer par la suite. Et cela vous le savez très bien, mais vous en profiterez malgré tout. C’est la manipulation des cœurs. Ou bien allez-vous peut-être annoncer cela avant même de procéder à la séduction ? Impossible ! Ce serait tuer d’emblée la séduction. Aucune femme au monde n’accepte de se fourrer dans un lit sans être séduite d’abord.
C'est simple. Il suffirait que j'affirme être marié, aimer ma femme, ne pas vouloir la quitter ; et d'être le plus clair possible avec mes convictions et de ne séduire personne qui n'en ait une connaissance et une compréhension suffisante, et aussi de m'assurer préalablement de l'adhésion de la personne en question à mes convictions.
Malheureusement, juste après, vous redevenez hors-sujet :
Que vous reste-t-il, à part payer une prostituée ?
Et vous voyez, il n’y a aucune différence entre aller voir les filles, et faire ce que vous dites. Car si aucune femme n’accepte votre marché, si vous voulez aller au bout de votre logique, vous irez voir une professionnelle. Car votre besoin sera toujours là, réclamant satisfaction. Et il n’y a strictement aucune différence, mis à part l’argent. Et après tout, si elle vous rend un service, pourquoi ne la paieriez-vous pas ? Mais parvenu à ce point du raisonnement, j’espère que vous vous rendez compte que quelque chose ne tourne pas rond.
Effectivement, le raisonnement que vous me prêtez ne tourne pas rond. Mais puisque ce n'est pas le mien, je me permets de vous le rendre. Voyons, à partir du moment où un "amour secondaire" est basé sur... l'amour, comme son nom l'indique, alors en quoi une prostituée (à moins que je ne l'aime, mais donc pas en échange d'argent) pourrait-elle le combler ? Vous voyez ce qui coince ?
Car la prostitution est inacceptable, d’un point de vue moral. Vous me répondrez peut-être, comme auparavant, que nos repères moraux nous ont été transmis artificiellement par une lourde machine sociale qui nous écrase en nous inculquant des interdits (sous-entendu : tout ça c’est la faute à l’Eglise catholique. Ne dites pas le contraire, je vous ai vu venir avec vos gros sabots...).
Ben non, je pensais surtout au moralisme de la mentalité moderne et de la bourgeoisie XIXè. Même si l'Église a repris cela à son compte et a poussé le bouchon encore plus loin, elle a été beaucoup plus libérale par le passé (avant les Temps Modernes). Je vous conseille la lecture, fort salutaire et éclairante, de Jean-Claude Guillebaud,
La Tyrannie du plaisir, qui remet les pendules à l'heure sur pas mal de choses, et, au passage, renvoie dos à dos les conservateurs moralistes et les héritiers de la révolution sexuelle. C'est un auteur catholique, vous devriez aimer
Mais vous vous trompez. La société, c’est nous, les humains. Les principes moraux, c’est nous qui les avons définis, par souci du respect de la personne humaine. Et vous voyez comme moi que ça continue à notre époque. On continue, et on n’aura jamais fini de s’interroger sur la dignité de la personne humaine. La prostitution scandalise avant tout parce qu’elle est une atteinte à la dignité de la personne humaine.
Et le système que vous voulez ériger porte, à un degré certes moindre, le même genre d’atteinte : il met en présence deux êtres différents, de force inégale, dont les attentes ne sont pas forcément les mêmes, et l’un des deux va fatalement utiliser et manipuler l’autre. Car vous oubliez une chose : le principal travers de l’amour est la possessivité. Ce n’est pas un travers social, comme vous l’affirmez, mais un travers profondément humain, inhérent à notre nature. Lorsqu’un homme plaît à une femme, ou inversement, ce sentiment peut suivre une pente pouvant aller de la simple séduction à un amour possessif. Les sentiments vont et viennent. Ils sont changeants. Connaissez-vous Carmen ? Connaissez-vous les Liaisons dangereuses ? Vous ne savez pas où peut vous conduire l’engrenage. Les préceptes sociaux n’y sont pour rien du tout. La nature humaine est ainsi faite. Après cela, entrent en jeu des rapports de pouvoir et de domination. C’est à celui qui pourra manipuler l’autre : je t’aime, moi non plus. Celui qui aime est en position de faiblesse. Celui qui n’aime pas en position de force. Il peut utiliser l’autre comme il l’entend, et jouir du pouvoir qu’il exerce. Car quand on aime, on est prêt à tout.
Voilà pourquoi un modèle de vie amoureuse fondé sur un couple uni et stable, fidèle, sans escapades, est beaucoup plus sain, solide et respectueux de la personne humaine que ce que vous proposez. Les préceptes sociaux ont été établis pour nous protéger, justement, du danger, et non l’inverse.
Entendons-nous bien :
- La philosophie que je défends est une sorte d'idéal. Qu'il ne soit pas accessible parfaitement pour tout le monde, pour les raisons que vous évoquez, est un autre problème. Est-ce une raison pour abandonner l'idéal ou pouvons-nous essayer d'adapter tout simplement l'idéal à la réalité ?
- Dans une moindre mesure, les problèmes que vous évoquez se rencontrent également dans l'amitié. Donc l'amitié doit être exclusive selon vous ?
A mon avis, votre désir de vouloir que votre femme se sente libre vis-à-vis de vous vient d’une difficulté dans laquelle sont les hommes dans la société d’aujourd’hui. Les coups de butoir du féminisme nous ont tellement culpabilisés que nous n’osons plus nous affirmer. Nous ne voulons pas passer pour des tyrans. Donc nous fuyons, nous ne voulons plus nous engager, et cela se comprend. Nous craignons surtout de perdre la face, si l’autre venait à nous quitter. Finalement, déclarer à l’autre qu’elle est libre de faire ce qu’elle veut, c’est une manière de se protéger, c’est une manière aussi de s’assurer que l’autre choisit vraiment et librement de nous aimer. Mais vous ajoutez quand même :
pourvu que je reste son favori, hein
et c’est ça qui vous trahit.
Vous n'y êtes pas du tout. C'est simplement, déjà, un souci de cohérence doctrinal. Ensuite, c'est tout simplement ce que je ressens au fond de moi-même : ni possessivité, ni jalousie, ni exigence d'exclusivité.
Bien à vous.